Courbevoie - Dunkerque (Division 1, 24e journée)

La seconde trahison fatale de l'histoire ?

ZICH Petr-111008-012Les défections des Canadiens à mi-saison sont devenus une triste litanie pour les clubs français. Mais dans l'histoire, certaines ont eu plus de poids que d'autres.

La pire trahison connue est certainement celle de Pierre Aubry en 1988. Par la méthode employée, tout d'abord, puisque c'est en usurpant l'identité d'un dirigeant chamoniard que son transfert vers l'Italie avait été autorisé par la FFSG. Par ses conséquences, surtout, puisque Chamonix, club doyen et recordman des titres, avait connu les affres de la relégation pour la première fois de son histoire après ce départ.

Le même destin semblait attendre Courbevoie quand son gardien Sylvain Michaud a signé en LNAH à Noël. Le coup de poignard contre lequel un club français ne peut rien faire. Ni se retourner contre le joueur, puisque les ligues nord-américaines échappent à la législation internationale. Ni recruter un remplaçant, puisque la règle du joker médical ne permet de substituer un gardien qu'en cas de blessure. Depuis janvier, le COC, qui était en route vers son objectif de play-offs, a perdu 6 matchs sur 7 et glissait tout droit vers la division 2.

Il y avait urgence. L'inexpérimenté Thibaut Hiret ne pouvait pas enchaîner seul les matches. L'unique solution était de réactiver les gardiens de l'an passé. Nicolas Fourcade était pris par sa vie familiale. Il ne restait plus qu'une seule chance. L'ancien gardien d'élite Julien Figved, toujours en contact avec l'équipe puisqu'il en est l'ostéopathe, s'est proposé de rechausser les patins fin janvier. Mais il s'est blessé peu après, ce qui a retardé son retour. Après deux petites semaines d'entraînement, le voilà qui fait son grand retour.

Ce renfort décuple la motivation de Courbevoie face à Dunkerque, qui a le même nombre de points, 17, soit une unité d'avance sur la zone de relégation occupée par Bordeaux. Les rouges attaquent les premiers. Les Nordistes sont à la peine, et leur défenseur Petr Zich commet une mauvaise relance qui arrive sur Matus Hanes - de dos et tout heureux de voir arriver ce palet à côté de lui. L'arrière tchèque charge avec la crosse l'attaquant slovaque pour rattraper son erreur. Pendant la supériorité numérique, une passe d'Alexandre Motte au second poteau est manquée de peu par Hanes.

MotteAlexandreÀ partir de la septième minute, et d'une charge de Konopka dans le dos de Destoop, les Courbevoisiens accumulent les fautes : cinglage de Kodyjasz, charge incorrecte de Place et coup de crosse de Paillet en zone offensive. Pendant huit minutes, Dunkerque passe presque tout son temps en avantage numérique, mais ne produit rien. Luc Tanesie sort proprement les palets de sa zone, et Alexandre Motte vole même le palet à Wikström dans le camp adverse.

La meilleure occasion est d'ailleurs pour Courbevoie en infériorité : Kévin Gadoury décale du revers Marc-André Tourigny esseulé qui tire... sur le poteau ! À sa sortie de prison, Benoît Paillet se poste à la bleue pour servir un centre à Tourigny oublié dans le dos de la défense adverse. À deux mètres face au but, le Canadien rate son contrôle et laisse le palet glisser vers Martel. Ces deux occasions manquées contribuent peut-être à la frustration de Tourigny, qui casse sa crosse sur le banc de la prison après un échange de provocations avec Croguennec et prend une méconduite.

La dernière pénalité du premier tiers-temps est cependant une obstruction de Folcke. Courbevoie a donc encore sept secondes de supériorité numérique à la reprise... et encaisse tout de suite un but. Une mésentente entre Jasko et Tanésie permet à François Rozenthal de s'engouffrer entre eux et d'aller glisser le palet entre les jambières de Figved (0-1, 20'11").

Matus Hanes se présente lui aussi face au but, mais Martel pare du bouclier. Cela commence à faire beaucoup d'occasions manquées, mais Courbevoie ne rumine que trente secondes. Anthony Kodyjasz sert Benoît Paillet démarqué dans le slot qui a le temps de lever le palet (1-1, 24'09"). Le déblocage est réussi. Un tir excentré de Konopka trompe Martel sans doute masqué (2-1, 27'52").

FOLCKE _Ghislain-111008-133

Le match aurait pu basculer onze secondes plus tard, quand Maxime Brachet reste au sol, sévèrement sonné par une charge dans la bande de Kodyjasz, qui prend une pénalité de match. Courbevoie a une longue infériorité en perspective, mais un atout : la vitesse de Gadoury, beaucoup trop rapide pour François Rozenthal qui doit plonger pour gêner l'échappée du Canadien et prend deux minutes pour obstruction. Tkac est sanctionné pour le même motif 36 secondes plus tard. C'est Courbevoie qui joue à 4 contre 3, et William Place qui marque en lucarne (3-1, 29'47").

Les cinq minutes de pénalité de Kodyjasz ne sont cependant pas terminées. Maurice Rozenthal retrouve un peu de ses jambes d'antan et est retenu par Tourigny. Dunkerque peut jouer 1'12" à cinq contre trois... en théorie. Mais dans les trente secondes qui suivent, Kim Wikström et Maurice Rozenthal sont pénalisés en zone offensive. C'est donc le COC qui repasse en supériorité, même si Place est alors moins précis dans ses lancers.

L'avalanche de pénalités se calme et est remplacée par... une avalance de buts. Le second tir gagnant de Konopka est tout aussi anodin que le premier, un palet rasant sans puissance à mi-distance (4-1, 35'21"). Après un tir contré de François Rozenthal, Martin Tkac est seul devant le filet grand ouvert pour le but le plus facile de sa carrière (4-2, 38'27"). Réplique immédiate avec un tir de la bleue de William Place et un rebond côté droit d'Alexandre Motte (5-2, 38'53").

Clément Thomas est sanctionné en fin de tiers et Courbevoie concrétise avec un peu de chance à la reprise : un tir manqué de Motte dans l'enclave se transforme en passe décisive pour Tourigny au poteau droit (6-2, 40'17"). Sur l'action suivante, un lancer de la bleue en déséquilibre de Ghislain Folcke réduit le score (6-3, 40'38").

THOMAS Clement-111008-018

Le COC maîtrise toujours le match, mais reste exposé à des contre-attaques dunkerquoises. N'Guyen tire sur l'extérieur du poteau, avant que, deux minutes plus tard, Clément Thomas n'entre en zone côté gauche pour marquer poteau rentrant (6-4, 53'01"). Motte est pénalisé peu après, et cela apparaît comme la dernière chance des Corsaires. C'est au contraire Tourigny qui s'échappe sur l'engagement. Il fusille à la fois Martel et le suspense (7-4, 53'53").

Le résultat de ce match ne fait aucune discussion. Retrouvant de la confiance dans les cages, Courbevoie a dominé la rencontre. Moins bonne équipe de D1 en infériorité numérique d'après les statistiques, le COC a pourtant pris le meilleur sur les Dunkerquois précisément dans ce domaine. Les Corsaires sont maintenant relégables, avec trois matches à jouer.

Commentaires d'après-match

Marc Leroux (entraîneur de Dunkerque) : "Le premier tiers a été équilibré, mais on n'a pas su profiter des nombreuses supériorités numériques sur lesquelles on n'a pas su conclure. Au deuxième tiers, c'était le scénario inverse. Beaucoup d'agressivité dans le jeu de Courbevoie nous a poussés à la faute. On réagit au troisième tiers mais il est trop tard. Ça nous rapproche de la relégation, mais on a deux fois l'avantage du terrain pour recevoir Toulouse et Valence."

Cédric Boucamus (entraîneur de Courbevoie) : "On vit l'enfer depuis janvier. On a perdu notre gardien, ce n'était plus le même championnat. Notre deuxième gardien est beaucoup trop jeune, il a fait ce qu'il a pu. Le temps de mettre Figved en forme, il a seulement quatre entraînements dans les jambes. On a une belle équipe, il nous fallait un gardien, ça pérennise la tête des joueurs. Si on attend après notre fédération, on peut mourir en D2, ils ne lèveraient pas le petit doigt ! Pourtant, cela fait des années que des Canadiens plantent les clubs à toutes les phases de Noël. Une chose est sûre, il n'y aura plus jamais de gardien québécois chez nous ! Ils peuvent envoyer leurs CV ailleurs..."

 

Courbevoie - Dunkerque 7-4 (0-0, 5-2, 2-2)
Samedi 25 février 2012 à 20h00 à la patinoire Thierry-Monier. 217 spectateurs.
Arbitrage de Stéphane Rousselin assisté d'Aurélien Smeeckaert et Charles-Édouard Salmon.
Pénalités : Courbevoie 63' (12'+10'+10', 4'+25', 2') ; Dunkerque 42' (8'+10', 12'+10', 2').
Tirs : Courbevoie 45 (10, 20, 15) ; Dunkerque 27 (9, 7, 11).

Évolution du score :
0-1 à 20'11" : F. Rozenthal assisté de Wikström
1-1 à 24'09" : Paillet assisté de Kodyjasz
2-1 à 27'52" : Konopka assisté de Gadoury et Kodyjasz
3-1 à 29'47" : Place assisté de Paillet et Hanes (sup. num.)
4-1 à 35'21" : Konopka assisté de Motte
4-2 à 38'27" : Tkac assisté de F. Rozenthal
5-2 à 38'53" : Motte assisté de Place et Konopka
6-2 à 40'17" : Tourigny assisté de Motte et Hanes (sup. num.)
6-3 à 40'38" : Folcke assisté de Bécuwe et Rousseau
6-4 à 53'01" : Thomas assisté de Folcke et Destoop
7-4 à 53'53" : Tourigny (inf. num.)


Courbevoie

Gardien : Julien Figved.

Défenseurs : William Place (A) - Vladimir Konopka ; Luc Tanésie - Roman Jasko ; puis Yoann Petiot [de 6'46" à 18'46" puis à partir de 52'].

Attaquants : les trois centres Kevin Gadoury (A), Benoît Paillet et Mickaël Denis alternent avec les deux paires d'ailiers Alexandre Motte (C) - Matus Hanes et Marc-André Tourigny - Anthony Kodyjasz ; puis Maxime Levot à 28'03" ; puis Marc Slupski à 43'39".

Remplaçants : Jean-Philippe Langevin (G), Thomas Giorgi, Grégory Boissière, Benjamin Renaud. Absents : Sylvain Michaud (parti), Hugo Vinatier (choix du coach).

Dunkerque

Gardien : Marc-André Martel.

Défenseurs : Petr Zich - Grégory Dubois (A) ; Martin Croguennec - Ghislain Folcke ; Martin Tkac - Maxime Brachet.

Attaquants : Clément Thomas (A) - Kim Wikström - François Rozenthal (C) ; Guillaume Pelletier - Éric Rousseau - Mathieu Becuwe ; Maurice Rozenthal - Benjamin N'Guyen - Loïc Destoop ou Antoine Houque.

Remplaçant : Pierrick Boudot (G).