Finale KHL : Freddie Mercury décisif

BelovAntonSi les premières années de la KHL ont vu la victoire de favoris, la Coupe Gagarine sera attribuée cette fois-ci à une équipe inattendue. Sans être de vrais outsiders, ni le Dynamo Moscou ni l'Avangard Omsk ne disposent de superstars. Elles ont bâti leurs succès sur leurs collectifs.

La vedette de cette finale a d'abord été Aleksandr Perezhogin. L'ailier d'Omsk a marqué trois buts décisifs qui ont permis aux Sibériens de mener trois victoires à une. Normalement, un écart rédhibitoire dans une finale. On annonçait déjà la grande réhabilitation de l'entraîneur finlandais Raimo Summanen. Le coach autrefois controversé, qui insultait et frappait ses joueurs, était devenu un homme affable dont l'enthousiasme avait conquis les médias. Il est vrai que se confronter Oleg "Chuck Norris" Znarok, qui bouffe du journaliste à son petit déjeûner, suffit à rendre n'importe qui sympathique en comparaison !

Mais au soir du quatrième match, le peu bavard Znaroks, qui avait imposé un silence similaire à ses hommes, lâcha une phrase prémonitoire : "notre finale ne fait que commencer." Qui le croyait ce soir-là ? Lui, et c'est tout ce qui compte. Car il en a convaincu son équipe. Il a modifié sa tactique pour neutraliser l'adversaire, pris dans la nasse. La ligne Cervenka-Popov-Perezhogin fut maîtrisée dès cet instant.

L'autre tournant psychologique de la finale, c'est le contrôle positif d'Anton Belov. Son absence inexpliquée au cinquième match (Summanen : "je ne sais pas, demandez au médecin de l'équipe pourquoi il ne l'a pas autorisé à jouer"...) fut révélée peu après. Le défenseur de l'Avangard n'était pas un élément-clé a priori. En apprenant la nouvelle, certains ironisaient même au Dynamo : si on avait annoncé la suspension de Cervenka ou de Rämö, bon, mais là, il n'y avait pas de quoi en faire un fromage.

Et pourtant... Lors du sixième match, Yuri Aleksandrov, le remplaçant de Belov, a commis une erreur coupable d'entrée, et Martin Skoula, orphelin de son habituel partenaire, a donné deux buts adverses. L'Avangard semblait perdre ses nerfs, à l'instar de Summanen - agacé par les provocations incessantes de son compatriote Komarov ? - qui est allé glisser quelques mots sur le chemin des vestiaires à son homologue Znarok, pas vraiment le style à se laisser intimider.

EremenkoMême à domicile, l'Avangard Omsk n'est donc plus serein dans ce septième match. Alors qu'il est censé être l'équipe la plus offensive, il n'a plus autant confiance en ses moyens et s'évertue avant tout dans les premières minutes à empêcher que le Dynamo ne marque le premier but. Cela se passe très bien pendant cinq minutes, le seul danger étant l'assoupissement du spectateur, puis les Moscovites commencent à accroître le danger. Après un tir de la bleue à la neuvième minute, le gardien Karri Rämö ne sait plus où est le palet, que Mosalov peut envoyer dans la cage ouverte... La crosse de Pivtsakin contre in extremis cette situation.

Le 0-0 se maintient jusqu'en deuxième période. Le meilleur marqueur des play-offs Roman Cervenka se fait voler le palet en zone neutre par Konstantin Gorovikov, qui passe encore deux autres joueurs et s'échappe. Karri Rämö dévie le palet au dernier moment avec sa mitaine. Malgré cette frayeur, l'Avangard a globalement l'avantage, mais les offensives moscovites restent plus tranchantes.

Dans un match aussi tendu, les arbitres hésitent à siffler. Mais au troisième tiers, Perezhogin est en prison quand Gusev commet une faute évidente sur le genou d'Anisin. Les Moscovites, qui n'avaient pas eu la moindre supériorité numérique avant ce moment, jouent 1'10" à 5 contre 3. Une occasion exceptionnelle... dont il ne profitent pas. On se souvient alors des paroles de Vladislav Tretiak le matin même dans la presse : "en regardant le Dynamo, je me demande où est cette composante essentielle du coaching qu'est le jeu de puissance. Je n'envie pas le gardien Eremenko. Je sais moi-même combien il est difficile d'obtenir une victoire par un but d'écart quand vos partenaires gâchent sans cesse des occasions."

Il en faudra plus pour gêner Aleksandr Eremenko, le vétéran qui a encaissé 10 buts seulement en 7 rencontres de finale et qui file vers sa cinquième couronne de champion de Russie. Le bon moment arrive. Ce sont les Tchèques qui font la différence. Le demi-tour en fond de zone de Marek Kvapil met dans le vent Popov, et il a donc tout loisir de soigner sa passe de derrière la cage pour son compatriote Jakub Klepis, dont le champion du monde junior Pivtsakin a lâché le marquage. Le moustachu dans le style années 70, grand concurrent de Leo "Barberousse" Komarov au titre de plus bel appendice pileux de ces play-offs, a le temps de s'y reprendre à deux fois pour battre Rämö (0-1). Klepis, un ancien joueur d'Omsk, achève donc une de ses anciennes équipes.

Finaliste malheureux avec le MVD il y a deux ans, Znarok a donc récidivé et amené cette fois un collectif sans vedette jusqu'au titre. C'est la première équipe de la "Conférence ouest" de KHL à soulever le trophée, et elle réjouit les cercles médiatiques et de pouvoir qui espéraient une résurgence du hockey à Moscou.

Commentaires d'après-match

klepisAleksandr Eremenko (gardien du Dynamo Moscou, MVP des play-offs) : "C'est particulièrement agréable de remporter la Coupe avec son club formateur. Je voudrais surtout remercier mes partenaires, le staff et le management qui m'ont aidé toute la saison. On m'a confié le rôle de numéro 1 au Dynamo alors que je n'avais plus joué depuis presque six mois. Au Salavat Yulaev Ufa l'an dernier, j'étais le troisième choix et je n'avais même pas touché le trophée. Le mérite en revient à notre entraîneur des gardiens Rashit Davydov. Il m'a complètement reconstruit. [...] Si l'équipe nationale est déjà au complet dans les cages, cela ne fait pas sens de la changer pour moi, surtout si les trois gardiens actuels [Varlamov/Barulin/Biryukov] préparent les prochains Jeux olympiques."

Jakub Klepis (attaquant du Dynamo Moscou, également titré l'an passé avec Ufa) : "Nous étions un peu énervés de ne pas avoir su marquer à 5 contre 3. Mais personnellement, je croyais depuis le début à notre victoire. Je suis content d'avoir marqué, mais j'ai gardé la tête froide. Il restait sept minutes. Quand on gagne un trophée, peu importe qui était l'adversaire. Je suppose que j'attire la chance. Cette moustache aussi porte bonheur. En fait, c'était mon idée. Je voulais faire quelque chose de drôle pour amuser les gars. Ils ont aimé, je ne compte plus les plaisanteries. J'ai beaucoup de surnoms, par exemple Freddie Mercury et Super Mario."

 

Avangard Omsk - Dynamo Moscou 0-1 (0-0, 0-0, 0-1)
Mercredi 25 avril 2012 à 16h00 à l'Arena-Omsk. 10318 spectateurs.
Arbitrage de Vyacheslav Bulanov (Moscou) et Jyri Rönn (FIN) assistés de Dmitri Sivov et Sergei Shelyanin (Moscou).
Pénalités : Avangard Omsk 8' (2', 0', 6') ; Dynamo Moscou 4' (2', 2', 0').

Évolution du score :
0-1 à 52'03" : Klepis assisté de Kvapil


Avangard Omsk

Gardien : Karri Rämö (FIN).

Défenseurs : Georgijs Pujacs (LET) - Anssi Salmela (FIN) ; Kirill Lyamin - Martin Skoula (TCH) ; Sergei Gusev - Nikita Pivtsakin ; Yuri Aleksandrov.

Attaquants : Aleksandr Perezhogin - Aleksandr Popov - Roman Cervenka (TCH) ; Aleksandr Frolov - Aleksei Kalyuzhny (C, BLR) - Anton Kuryanov ; Aleksandr Nesterov - Egor Averin - Igor Volkov ; Vladimir Pervushin - Dmitri Semin - Andrei Ivanov.

Remplaçant : Aleksei Kuznetsov (G). Absents : Anton Belov (dopage, suspendu en attente de décision), Sergei Kalinin (blessé à l'épaule).

Dynamo Moscou

Gardien : Aleksandr Eremenko.

Défenseurs : Aleksandr Boïkov - Filip Novak (TCH) ; Ilya Gorokhov - Dominik Granak (SVK) ; Janne Jalasvaara (FIN) - Maksim Soloviev.

Attaquants : Denis Mosalev - Yuri Babenko - Denis Kokarev ; Mikhaïl Anisin - Konstantin Gorovikov - Leonid Komarov (FIN) ; Jakub Klepis (TCH) - Sergei Soïn - Marek Kvapil (TCH) ; Konstantin Volkov - Dmitri Pestunov - Denis Tolpeko.

Remplaçants : Aleksei Volkov (G), Denis Barantsev. Absents : Aleksandr Kutuzov (fracture de la jambe droite), Atrtem Chernov (luxation de la clavicule), Igor Shchadilov (ligaments de l'épaule, en reprise), Aleksei Kudashov (blessé).