Bilan 2012 de l'équipe de France U18 avec Sébastien Roujon

Sébastien Roujon, entraîneur de l'équipe de France U18, revient sur le championnat du monde où son équipe a obtenu le meilleur résultat de cette catégorie d'âge depuis seize ans.

- Quelles ont été les différences cette année dans la préparation ?

On avait évoqué l'an dernier que l'équipe serait fortement renouvelée car beaucoup de joueurs passaient en catégorie supérieure. La principale différence est donc qu'on avait une équipe plus jeune, avec une moyenne d'âge de 17 ans.

En plus, sur les cinq joueurs qui avaient connu le précédent championnat du monde, trois étaient absents : Rémi Thomas, notre capitaine, s'est blessé avant la préparation, Timothé Bozon était pris par son club en junior majeur, et Maurin Bouvet a été, comme Jacques Evrard, suspendu par la commission de discipline de la FFHG.

Il nous restait donc deux joueurs de l'an passé, Nicolas Leclerc et le gardien Antoine Bonvalot. L'équipe était donc différente dans la maturité. Beaucoup de joueurs ne s'attendaient pas à ce championnat du monde.

- Le premier match vous opposait à la Norvège, un adversaire qui venait de vous battre en amical.

La Norvège a accumulé quatre matches de préparation et est arrivée à son pic de forme. Elle nous a énormément gêné, essentiellement d'un point de vue tactique. On s'est fait étirer, et on n'a pas pu mettre en place nos principes de bloc-équipe au centre de la glace (1-6).

- Dès le lendemain midi, il fallait rencontrer la Slovénie. Cet horaire était-il plus difficile ?

Pour nous, ce n'est pas un problème. On avait positionné beaucoup de matchs à 11h30-12h pendant la préparation. L'enjeu du tournoi était de gagner un maximum de points contre nos adversaires directs pour le maintien : Slovénie, Italie et Japon. On avait remarqué l'importance de marquer au début. Nous avons été très agressifs sur nos premières présences, nous avons vite ouvert le score, ensuite ce fut un ping-pong pendant la première période (2-2), puis nous avons bien géré la suite du match (4-2).

- La victoire de l'Italie sur la Norvège vous a-t-elle alertés avant d'affronter les transalpins ?

On ne s'est pas inquiété des résultats des autres, surtout qu'on avait déjà travaillé des adversaires comme la Slovénie et l'Italie au long de la saison. L'important est que l'équipe U18 soit compétitive à chaque match. On a commis des erreurs sur des pertes de palet en deuxième période, et l'équipe italienne est très forte en contre-attaque. Par contre, on a résolu nos soucis de discipline. Malgré sa jeunesse, l'équipe ne s'est pas démobilisée et fait preuve d'énormément de caractère en fin de match pour revenir de 1-3 à 3-3 et gagner aux tirs au but.

L'autre différence cette saison, c'est qu'on a mis en place des entraînements-types pour gérer des fins de match quand on mène au score ou quand on est mené. Cela nous a vraiment servi, on savait quoi faire contre la Slovénie et l'Italie.

- Comment avez-vous abordé le match contre la Slovaquie, qui descendait de l'élite et jouait devant son public et la télévision (vidéo du match) ?

Ce sont des matches de défi, les joueurs s'y engagent assez naturellement. C'est la première fois que les U18 rencontraient un pays de hockey. La Slovaquie était regroupée depuis le mois de janvier, elle comptait cinq joueurs sur les listes de la draft NHL. Elle était obligée de gagner pour remonter et nous prenait au sérieux, car on pouvait encore leur passer devant.

De notre côté, notre maintien était assuré car le Japon avait perdu aux tirs au but contre l'Italie juste avant. Nous voulions matcher la Slovaquie le plus longtemps possible. Nous avons mis le premier but rapidement et essayé de tenir. L'équipe a été très courageuse, elle a appliqué notre système de surnombre en zone défensive. On craque sur la fin (1-4), on est très déçu, mais le résultat est logique et c'est une grosse expérience pour ces joueurs.

- Comment analyser la défaite finale (4-2) face au Japon ?

L'équipe de France gagne rarement contre le Japon, même si les 20 ans y sont parvenus cette année. On avait des blessés : Arthur Montenoise contre l'Italie et Fabien Kazarine contre la Slovaque. L'effectif était très court, et le powerplay était à modifier car Kazarine jouait un rôle en supériorité. Voilà pour les excuses. Après, on jouait pour une médaille, je ne pense pas qu'il y ait eu de démotivation, et c'est sûr que c'était une contre-performance. On a fait un très mauvais deuxième tiers et on n'a pas su revenir. Il nous a peut-être manqué un peu de fraîcheur mentale. C'est difficile en U18 de se re-fixer un objectif quand on en a atteint un.

- Quel bilan tirez-vous de ce championnat du monde ?

Je suis satisfait de l'investissement des joueurs. On avait énormément d'absents, et les présents se sont totalement investis. On termine au 14e rang mondial, je crois que c'est le meilleur résultat pour une équipe de France U18 [NDLR : c'est le cas depuis le championnat du monde existe, le dernier classement supérieur était une 11e place au championnat d'Europe - équivalent du 13e/14e rang mondial - en 1996]. Les jeunes joueurs pourront continuer à évoluer au plus haut niveau mondial, puisque cela correspond aux seize meilleures nations en senior.

- La France a les meilleures stats en infériorité, mais les moins bonnes en supériorité, comment l'expliquez-vous ?

On reste comme l'an passé une des meilleures défenses du tournoi. L'équipe de France a deux réels problèmes, qui sont liés : l'efficacité offensive et la supériorité numérique. Ce que je constate, c'est que nos équipes de jeunes n'ont jamais de joueur majeur, alors que nos adversaires en avaient. C'est un problème de niveau technique. Peut-être aussi qu'on aborde mal ce secteur, c'est sûr que c'est notre principal point de progression.

- Malo Ville, le meilleur marqueur, ne pouvait-il pas faire la différence ?

Il n'est pas pas comparable aux joueurs majeurs des autres équipes. Mais il était important pour nous en termes d'engagement, de points, d'investissement. Nous classifions dans les joueurs à très bonne habileté. C'est un fabricant de jeu, qui travaille très bien. Il a aussi profité de ses compagnons de ligne Romain Carpentier Guillaume Leclerc.

- Les lignes ont encore été très hiérarchisées dans leur production offensive.

C'est parce que nous ne construisons pas simplement notre équipe en prenant les meilleurs marqueurs du championnat. Nous avons adopté la même philosophie que l'an dernier. Nous avons deux lignes offensives (Carpentier-Ville-Leclerc et Kazarine-Perret-Bogdanoff) qui sont chargées de marquer des buts contre certaines équipes, comme l'Italie et Slovaquie. Quand on affronte des adversaires plus forts, en revanche, ces lignes ont un rôle défensif comme les autres.

Ensuite, nous avons une ligne qui est chargée de défendre contre les meilleurs blocs adverses. Cette année, elle était composée de Maxime Boulianne, Romain Chapuis et Cédric Di Dio Balsamo.

Enfin, la quatrième ligne, avec Douay, Metais et Plaire-Coudrier, ou Brugière, est une ligne qui amène de l'énergie et de l'intensité physique. Elle peut aussi marquer des buts
de manière simple, avec des lancers, des voiles, et elle en a mis deux comme ça.

- Les défenseurs n'ont inscrit aucun point, est-ce un manque ?

Nous avons peu d'arrières de profil offensif dans cette génération. Ce sont plus des joueurs capables de gagner les duels dans les coins, de réussir de bonnes premières passes et de sécuriser la cage. Nous n'avons pas d'arrière capable à la fois de bien réaliser ces tâches et de mener le jeu sur la ligne bleue, c'est-à-dire de faire de bons lancers pour créer des rebonds, de bons changements d'appui, et de trouver des lignes de passes.

- La plupart des attaquants seront encore là l'an prochain, mais pas les gardiens et la majorité des défenseurs.

La plus grosse recherche concerne le prochain gardien, ce sera le poste le plus ouvert l'an prochain. Certains arrières ont déjà été identifiés par le travail de Romain Guibet avec l'équipe de France U16. On est déjà en train de construire la future équipe, avec un stage en mai à Megève.

Les équipes de France de jeunes sont plus structurées désormais, avec un entraîneur-adjoint, un manager et un entraîneur vidéo. Ce qu'il faut améliorer, c'est la préparation physique et la technique individuelle.