France - Kazakhstan (Mondial 2012, à Helsinki)

IMG 4942C'est le juge de paix. Le match qui, s'il ne suffira pas à désigner le rélégué de ce groupe de Helsinki, déterminera en grande partie la position des deux équipes dans la compétition. La France (2-7 contre les États-Unis) comme le Kazakhstan (1-5 contre la Suisse) ont été dominés à leur premier match, et elles ont comme point commun d'avoir surtout encaissé des buts en infériorité numérique.

La discipline est donc un mot d'ordre partagé dans les deux vestiaires. Sacha Treille est le premier fautif dès la première minute, mais la France s'en sort. Antonin Manavian, pas entré en jeu avant-hier, est aligné sur cette infériorité, comme sur les suivantes, et tient donc lui aussi un rôle dans la défense tricolore.

Konstantin Savenkov prend la première pénalité asiatique (et, en punition, ne reviendra plus sur la glace) en retenant le bras d'Amar. Le jeu de puissance français est lent dans ses transmissions dans un premier temps, et le Kazakhstan finit par ressortir de sa zone. Talgat Zhailauov n'éloigne cependant pas assez le danger, et laisse Meunier récupérer le palet dès la zone neutre. Le capitaine français fonce dans le coin, est suivi dans le bas de la zone par la boîte du Kazakhstan qui vient de changer, et libère Kevin Hecquefeuille qui a alors beaucoup de champ à la ligne bleue. Connaissant le slap du Genevois, on pressent le meilleur, et il a tout le temps d'armer un missile qui passe sous les bottes d'Ivanov, que l'infatigable Meunier est venu masquer (1-0, 08'59").

IMG 4983Même une obstruction inexistante de Bellemare (l'attaquant adverse est venu tout seul percuter Huet) ne perturbe pas la marche en avant des Français. Alors que l'infériorité numérique s'achève, c'est encore Meunier qui vient contrer Aleksei Litvinenko et provoque une pénalité différée. Nicolas Besch poursuit l'action à 2 contre 1, fait se coucher le défenseur et le dépasse afin de remettre le palet devant la cage. Pour empêcher la passe décisive, l'arrière au sol a alors un geste désespéré en balayant la glace de sa crosse dans un mouvement rotatif... Le résultat est qu'il détourne le palet sous son gardien (2-0, 11'27", photo de gauche).

Le second avantage numérique, pour une crosse haute de Litvinenko, est aussi réussi que le premier pour la France. Une rondelle contrée dans les airs retombe dans le cercle gauche, et Sacha Treille est plus prompt que Shemelin pour venir au pied de la trajectoire et la reprendre comme elle vient, dans le haut du filet (3-0, 14'53", photo ci-dessous). Un but fatal au jeune gardien Ivanov, qui a effectivement été aligné comme le sélectionneur Shaïanov l'avait suggéré hier. Retour d'un homme d'expérience dans les cages avec Vitali Eremeïev, qui n'avait pas de bons souvenirs de la France lors du match décisif du maintien il y a deux ans.

IMG 5017Ce début de match tient du rêve pour l'équipe de France, mais il ne faut pas perdre sa discipline, à l'instar d'une pénalité évitable de Guttig en zone neutre. Cette fois le Kazakhstan concrétise l'occasion. Dmitri Dudarev passe de derrière la cage à Vadim Krasnoslobodtsev qui tire dans l'angle (3-1, 17'13").

Le colosse de la défense kazakhe Aleksei Litvinenko n'est pas assez puissant pour arrêter Sacha Treille, mais suffisamment lourd pour perdre du terrain et l'accrocher. Sa seconde pénalité à trois secondes de la sirène qui assure à la France de revenir sur la glace à 5 contre 4. La carte de la patience ne fonctionne toujours pas en jeu placé, mais le Kazakhstan est bien plus à la peine face aux attaques en mouvement. Sacha Treille s'approche du but avec sa maîtrise technique et donne en retrait à Pierre-Édouard Bellemare dans le slot. Bon arrêt d'Eremeïev à bout portant.

La France domine toujours son sujet. Nicolas Besch coupe une contre-attaque adverse dès la zone neutre, Yorick Treille hérite du palet et le passe du revers à Meunier qui remet à Julien Desrosiers dans l'axe. Le Rouennais tire à mi-distance, le rebond lui revient et la seconde tentative est la bonne (4-1, 27'49").

IMG 5149Reste le problème de l'indiscipline. La charge à retardement de Fleury sur Fadeev contre la bande n'est dangereuse que potentiellement (deux minutes). Celle de Sacha Treille au centre de la glace l'est en revanche directement : son coude arrive en plein visage de Roman Starchenko, qui finit heureusement par se relever. L'attaquant du Sparta Prague prend une pénalité de match. Vu le débat mondial sur les charges à la tête tout au long de la saison, la suspension s'annonce lourde... La question n'est pas "quand" mais "si" on le reverra dans ce championnat du monde.

Le maigre public (8673 billets vendus, mais combien d'utilisés ?) prend maintenant les Français à dos et les siffle pendant qu'ils résistent une minute en double infériorité. En plus, comme Meunier accroche un adversaire à la ligne bleue, ils doivent encore jouer deux minutes de plus à trois contre cinq. Le trio Bellemare-Amar-Rouleau défend parfaitement et passe le relais à Auvitu-Treille-Bachet. Mais la chance a tourné : un centre de Fiodor Polishchuk est dévié par le patin de Vincent Bachet (4-2, 33'16").

Le plus dur semble passé puisque la France revient à cinq. Mais elle n'est pas à l'abri d'un scénario-catastrophe au début du troisième tiers-temps : le revers en angle de Talgat Zhailauov est anodin, mais Kevin Hecquefeuille ne l'empêche pas de mettre sa crosse pour prendre le rebond alors que son corps est déjà derrière la cage (4-3, 40'20").

IMG 5167Il faudra trembler jusqu'au bout. Damien Fleury fait trébucher un adversaire qui le dribble à proximité de la cage. La pénalité est tuée. Le soulagement arrive quand Stéphane Da Costa intercepte un palet en zone neutre. Anthony Guttig - au poste de Sacha Treille sur la deuxième ligne - part avec Pierre-Édouard Bellemare pour un 2 contre 1 parfaitement exécuté (5-3, 51'02", photo de droite).

À six minutes de la fin, Dave Henderson et Pierre Pousse tentent une innovation en testant Kevin Hecquefeuille à l'avant. L'ex-attaquant retrouve immédiatement ses repères, il s'infiltre dans le slot pour un tir de près puis est fait trébucher par Polishchuk dans un virage. Et qui transforme la supériorité numérique ? Hecquefeuille lui-même, avec un lancer axial de la ligne bleue, aidé par un bon écran de Yorick Treille (6-3, 56'14").

Roman Savchenko accueille le forechecking de Roussel avec le coude levé et prend 2'+10' pour charge à la tête. Le powerplay français, de plus en plus en confiance, réussit un bon jeu en triangle dans l'enclave avec Meunier et Treille. Servi au poteau opposé, Julien Desrosiers ne lève pas assez son palet qui échoue dans la jambière du gardien.

IMG 4966Même s'il a été assombri par la faute et la suspension prévisible de Sacha Treille, ce match aura montré que la France a maintenant une nette marge sur une ancienne bête noire comme le Kazakhstan. Elle s'est densifiée sur toutes ses lignes, les entraîneurs ont maintenant plus de solutions, et ils les utilisent.

Tout n'est pas parfait, cependant. Outre la discipline à contrôler, le bilan aux mises au jeu, qui était de 33% face aux Américains, est tout juste équilibré, ce qui n'est pas un bon résultat face à un adversaire faible en la matière. Le meilleur "centre" français n'en est pas un : il s'agit toujours de Pierre-Édouard Bellemare, qui prend les engagements uniquement depuis que Stéphane Da Costa les perdait tous contre les États-Unis.

Le test sera rude demain dans ce domaine face au Canada, qui mettra aussi à rude épreuve les unités spéciales françaises, en difficulté contre les Américains. La France aura l'avantage d'aborder ce match sans pression. Sachant l'âge de nos deux premiers gardiens, ce serait une bonne occasion de préparer l'avenir en testant un certain Florian Hardy. Juste une idée comme ça...

Désignés joueurs du match : Laurent Meunier pour la France et Fedor Polishchuk pour le Kazakhstan.

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France - Kazakhstan 6-3 (3-1, 1-1, 2-1)
Dimanche 6 mai 2012 à 12h15 à la Hartwall Areena de Helsinki. 8673 spectateurs.
Arbitrage de Martin Frano (TCH) et Christer Lärking (SUE) assistés de Jon Kilian (NOR) et Sirko Schulz (ALL).
Pénalités : France 39' (6', 4'+25', 4'), Kazakhstan 24' (6', 0', 8'+10').
Tirs : France 41 (13+0, 12, 16), Kazakhstan 23 (12, 5, 6).

Évolution du score :
1-0 à 08'59" : Hecquefeuille assisté de Meunier et Desrosiers (sup. num.)
2-0 à 11'27" : Besch assisté de Meunier
3-0 à 14'53" : S. Treille assisté de S. Da Costa et Bellemare (sup. num.)
3-1 à 17'13" : Krasnoslobodtsev assisté de Dudarev et Starchenko (sup. num.)
4-1 à 27'49" : Desrosiers assisté de Y. Treille et Meunier
4-2 à 33'16" : Polishchuk assisté de Troshchinsky et Savchenko (double sup. num.)
4-3 à 40'42" : Zhailauov assisté de Dudarev et Novopashin
5-3 à 51'02" : Bellemare assisté de Guttig et S. Da Costa
6-3 à 56'14" : Hecquefeuille assisté de Desrosiers et Auvitu (sup. num.)
 

France

Gardien : Cristobal Huet.

Défenseurs : Vincent Bachet (A) - Kevin Hecquefeuille (-1) ; Baptiste Amar - Alexandre Rouleau (2') ; Yohann Auvitu (+2) - Nicolas Besch (+2) ; Antonin Manavian (+1).

Attaquants : Julien Desrosiers - Laurent Meunier (C, +1, 2') - Yorick Treille (+1) ; Stéphane Da Costa (+1) - Pierre-Édouard Bellemare (A, +2, 2') - Sacha Treille (2'+25') ; Charles Bertrand - Brian Henderson - Anthony Guttig (+1, 2') ; Antoine Roussel - Teddy Da Costa - Damien Fleury (4') ; Damien Raux.

Remplaçant : Fabrice Lhenry (G).

Kazakhstan

Gardien : Aleksei Ivanov puis Vitali Eremeïev à 14'53".

Défenseurs : Vitali Novopashin (A, +1) - Sergei Yakovenko ; Roman Savchenko (-1, 2'+10') - Aleksei Troshchinski ; Aleksei Litvinenko (-1, 4') [puis Kolesnikov à 20'] - Evgeni Fadeyev (-2) ; Vladislav Kolesnikov (-1) [puis Litvinenko à 20'] - Denis Shemelin.

Attaquants : Talgat Zhailauov (A) - Dmitri Upper (C, -1) - Konstantin Pushkaryov ; Roman Starchenko (-1) - Dmitri Dudarev - Vadim Krasnoslobodtsev ; Yevgeni Bumagin (-2) - Fyodor Polischuk (-1, 2') - Konstantin Romanov (-1, 2') ; Evgeni Rymarev, Andrei Spiridonov [2 présences] - Konstantin Savenkov (2') [1 présence].

En réserve : Vitali Kolesnik (G), Andrei Korabeinikov, Aleksei Vorontsov.