États-Unis - Slovaquie (Mondial 2012, à Helsinki)

120507-295Toujours invaincus, les États-Unis affrontent sur leur troisième sortie une Slovaquie quant à elle en manque de points dans ce championnat du monde. Il est vrai peu aidée par un calendrier qui lui fait jouer les trois « gros » de la poule en entrée, la Double-Croix peut surtout se montrer déçue de ne pas avoir mis à profit de belles situations devant le Canada et la Finlande, deux favoris qui semblent encore en rodage en cette entame de compétition. Ce soir, les Slaves vont enfin pouvoir compter sur les services de Michal Handzuš, le « Shark » de San José, qui se remet peu à peu de ses pépins de santé. Aligné au centre de la première attaque en compagnie de Tomáš Kopecký et Branko Radivojevič, le champion du monde 2002 apportera avant tout une expérience non négligeable au groupe slovaque.

C’est cependant un jeunot, Libor Hudáček, qui porte de suite le danger devant la cage de Jimmy Howard. En même temps qu’il saute du banc pour rejoindre la glace, le récent champion de Slovaquie avec Bratislava récupère un palet mal maîtrisé en zone neutre par Max Pacioretty puis part en break. Si sa tentative est ratée au poteau droit, l’action n’en est pas avortée pour autant. Howard montre les plus grandes difficultés à mettre la main sur la rondelle, l’oublie même juste devant sa ligne, et Dominik Graňák met à profit cette fébrilité en insistant d’un coup de palette : le récent lauréat de la Coupe Gagarine ouvre le score alors que le match n’en est qu’à son introduction (0-1, 00'47). La vidéo confirme la réalisation et voilà les Slovaques, pas forcément en réussite depuis le lancement du tournoi (seulement deux buts inscrits contre la Feuille d’érable), menant pour la première fois.

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L’Oncle Sam est un temps secoué mais réussit peu à peu à redresser sa garde et même montrer les dents par des incursions rapides dans le camp adversaire, notamment par l’aile gauche. Kyle Okposo est bien servi en retrait par Justin Faulk mais la frappe du New-Yorkais dans l’enclave passe clairement à côté des filets de Ján Laco, qui ne couvrait pas du tout sa partie gauche sur ce coup (04'48). Paul Stastny, qui joue là contre le pays natal de son illustre père Peter, ne lève pas assez la rondelle au poteau gauche alors que le décalage avait été fait par le même Faulk ; du bout du patin droit, Laco annihile l’occasion de l’attaquant de Colorado (10'21). Entre-temps, Juraj Mikúš, bien placé dans le slot mais pris par deux défenseurs, n’était pas parvenu à ajuster un back-hand repoussé sans souci par Howard (07'48).

Les Bleus reculent de plus en plus devant les coups de boutoir américains et passent difficilement la zone neutre. Pourtant, il leur arrive de porter le danger devant le gardien de Detroit en contre-attaque. Tomáš Surový, démarqué entre les cercles, ne cadre pas son tir du poignet en reprise d’un palet piqué à droite à Alex Goligoski par Miroslav Šatan (12'51).

Alors que la bannière étoilée est de nouveau ancrée dans la zone slovaque, le bon travail défensif de Handzuš et Kopecký permet à Radivojevič et Andrej Sekera de se retrouver à deux contre un devant Chris Butler. L’ailier du Spartak Moscou analyse rapidement la situation : Patrick Dwyer sprinte pour bloquer la trajectoire d’une éventuelle passe à son défenseur au centre et le portier américain s’est avancé, découvrant la droite de sa cage. Radivojevič décide donc de la jouer perso et justifie son choix en trouvant la lucarne droite américaine d’une frappe balayée dans le rond gauche (0-2, 15'04).

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La joie slovaque est cependant de courte durée. Trente-sept secondes pour être précis. Okposo fait le tour de la cage slovaque vers la droite puis sert en retrait Faulk lequel, entre la ligne bleue et le cercle, envoie instantément un slap qui se fraye un chemin d’abord entre les cannes de Surový avant de faire de même avec les jambières de Laco (1-2, 15'41). Revigorés par cette réduction du score, les hommes de Scott Gordon insistent en attaque et Jeff Petry, qui déborde lui aussi sur la gauche, n’est pas loin de voir sa frappe peu appuyée tromper le gardien slovaque (17'25). Plus en rythme que la Double-Croix et plus précis dans leurs passes, les blancs n’ont toutefois pas l’inspiration nécessaire dans le geste final.

La Slovaquie se reprend dans les ultimes secondes du premier tiers-temps et parvient même à reprendre ses deux buts d‘avance. En fond de zone américaine, Marcel Haščák centre pour Mário Bližňák mais la puissante reprise de ce dernier dans le slot est repoussé par Howard. Le rebond est récupéré par Sekera à l’entrée du cercle droit et la tentative de la « hâche » (son nom traduit en français) connaît plus de succès : le puck est dévié au fond par l’intérieur de la cuisse du gardien américain à six secondes du premier souffle (1-3, 19'54). Avec le premier but marqué dans la première minute et le troisième juste avant la pause, la Slovaquie ne pouvait espérer meilleure entame. 

Les Bleus dominent les cinq premières minutes du deuxième acte. Affichant un entrain offensif qu’on était plus habitué à leur voir, ils sont en position de creuser l’écart, d’abord par Tomáš Tatár, dont le tir rasant dans l’axe est détourné du bout du patin gauche par Howard (21'18), puis par Radivojevič qui s’échappe après une passe en profondeur d’Ivan Baranka mais qui ne peut ajuster son revers sous la pression d’un défenseur (22'56).

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Puis, progressivement, la formation d’Outre-Atlantique prend clairement le dessus sur son homologue d’Europe centrale, au point de devenir presque hégémonique aux alentours de la demi-heure de jeu. La Slovaquie est acculée dans sa zone pendant de très longues secondes presque sans temps morts et il est évident que cela lui prend énormément de forces. Les Américains pressent, patinent vitent, manoeuvrent bien et sont tenaces. Mais Laco prouve ce soir, comme contre la Finlande la veille, que l’éventuel renfort de Jaroslav Halák, éliminé de NHL dans la journée, n’est peut-être pas si indispensable.

Les USA dominent, certes, mais ont toutefois du mal à se créer de franches occasions devant une défense qui, même si elle commence à se désorganiser, maintient toujours une grande vigilance, notamment par l’intermédiaire du géant capitaine Zdeno Chára. En face, les offensives slovaques ne sont pas plus marquées du sceau de l’insécurité, mais elles ont le mérite de mettre plus souvent à contribution Howard. Ce qui explique que l’impression visuelle ne correspond pas à la réalité des statistiques : la Slovaquie a presque cadré deux fois plus de frappes que les États-Unis !

Ces derniers ont toutefois la possibilité de réduire leur déficit en fin de période lorsque Tomáš Starosta, qui fait trébucher Justin Abdelkader en fond de zone slovaque (38'14), puis Milan Bartovič, coupable quant à lui d’un cinglage sur la main gauche du capitaine Jack Johnson (38'28), filent tous deux en prison et contraignent leur équipe, déjà bien éprouvée depuis dix minutes, à perdre encore de l’énergie. Le siège américain ne tarde cependant pas à porter ses fruits. Bobby Ryan et Cam Fowler se passent le disque et le second cité tente sa chance à l’entrée du cercle gauche. Son tir s’écrase sur la bande mais Pacioretty est là pour récupérer derrière la cage et servir en retrait Stastny. Pris en tenaille au poteau droit par Handzuš et Graňák, le vice-champion olympique réussit tout de même à glisser la rondelle au fond (2-3, 38'47).

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Les Américains évoluent encore en supériorité numérique pendant la première demi-minute du dernier tiers-temps mais ils n’utilisent pas cet avantage. C’est à forces égales qu’ils se montrent les plus menaçants. Une bonne exploitation d’une erreur de Tatár en défense permet à Abdelkader, son camarade à Detroit et à Grand Rapids, d’être en position favorable devant Laco mais son revers ne fait que toucher la barre gauche (41'50). Le bâton haut de Cam Atkinson sur le visage de Chára est sanctionné d’une double pénalité et la progression américaine se voit donc ralentie par cette infériorité de quatre minute (44'47). De plus en plus sur les rotules, la Slovaquie n’est pas du tout en mesure de mettre à profit ce long jeu de puissance. Il lui permet tout au plus de respirer un peu en éloignant le péril de sa zone. Ce répit terminé, la pression américaine se fait de plus belle : c’est au tour de Stastny de taper dans la ferraille slovaque (49'28).

Les blancs maîtrisent de plus en plus la partie mais sont toujours en train de courir derrière le score. L’égalisation semble alors n'être qu’une affaire de secondes. D’autant plus lorsque Sekera, contraint à la faute (faire trébucher, 51'10), matérialise les difficultés de la défense bleue, désorientée par la vitesse des actions américaines alors que leurs jambes n’ont jamais été aussi lourdes. Mais le break de Milan Bartovič surprend les États-Unis et notamment son gardien Howard, qui ne trouve comme solution que de faire tomber l’assaillant, gaspillant par la même occasion l’avantage numérique des siens. C’est Bobby Ryan qui paye, par procuration, l’erreur de son portier (51'28). À quatre contre quatre, on assiste à une trève relative entre les deux camps.

La fin de partie est intense en émotions pour les supporters des uns comme pour ceux des autres. Côté américain, c’est Atkinson qui fait croire en l’égalisation lorsque, seul devant Laco, il manque de précision sur son back-hand (54'37). La Slovaquie, qui ne fait qu’agir en contres désormais, lève quant à elle les bras deux minutes plus tard. À deux contre un, Bartovič passe à Michel Miklík et la reprise du Cassovien termine dans la lucarne gauche de Howard. Les drapeaux à la Double-Croix ont beau s’agiter dans les tribunes, le présumé buteur n’est pas enclin pas à célébrer ce qui serait sa première réalisation dans un Mondial ; il sait, en fait, que la rondelle a seulement tapé le cadre. Le jugement des arbitres, pris après visionnage de la vidéo, lui donne raison (56'47).120507-339

Alors que les États-Unis ont sorti leur goalie depuis une demi-minute, c’est finalement Miroslav Šatan qui délivre son monde en contrant une passe d’Atkinson en zone neutre : depuis la ligne rouge, le titulaire de la Coupe Stanley 2009 trouve le poteau gauche mais la rondelle prend cette fois-ci la voie des filets désertés (2-4, 59'23). Brouillonne, la victoire slovaque récompense toutefois un bel état d’esprit collectif. Les Américains peuvent, eux, se mordre les doigts de ne pas avoir été plus réalistes en attaque.

Désignés joueurs du match : Paul Stastny (États-Unis) et Zdeno Chára (Slovaquie).

Commentaires d’après-match

Scott Gordon (entraîneur des États-Unis) : « On savait que les Slovaques avaient joué deux très bons matches contre le Canada et la Finlande et qu’ils les avaient seulement perdus de pas grand-chose. Ils ont bien été aidés aujourd’hui par une bonne première période qui leur a permis de prendre l’avantage. Ils ont très bien patiné et ont su récupérer les palets. Et même lorsque nous avons réduit la marque et que nous nous sommes créé des occasions, on a mal négocié nos actions devant une défense vigilante. Quoi qu’il en soit, la défaite n’est pas une fatalité, le tournoi continue et d’autres matches nous attendent. »

Bobby Ryan (attaquant des États-Unis) : « Ce sont trois points que nous aurions dû glaner. On a foutu en l’air le premier tiers-temps, même si on a dominé dans plusieurs secteurs. Leur gardien a été phénoménal et leur défense a fait un bon match. Heureusement, ça sonne pour nous comme un réveil pour le reste de la compétition. »

120507-374-(Chara-Pacioretty)

Max Pacioretty (attaquant des États-Unis, en photo ci-contre face à Chara) : « On ne peut pas se permettre de leur filer des turnoverssur la ligne bleue. Ils ont tant de bons joueurs qui savent manier la rondelle. On doit être patients, chiper les palets et aller les harceler. On a fait cela que tardivement dans la rencontre. Je pense qu’on a plutôt bien joué dans la troisième période, mais c’était juste trop tard ! »

Vladimír Vůjtek (entraîneur de la Slovaquie) : « On doit beaucoup à notre excellente entame. Nous avions besoin par ailleurs d’un but chanceux. Dans les rencontres précédentes, nous avons eu des chances de marquer que nous n’avons pas su transformer. Aujourd’hui, on y est parvenus même avec des demi-occasions. On avait insisté auprès des gars pour qu’ils aillent plus vers le but et qu’ils pressent beaucoup plus sur les palets déviés, même si cela ne réussit pas toujours. S’il y a de l’audace, il y a des buts. On s’est appuyés sur les joueurs les plus expérimentés en fin de match et on a conservé le résultat. On est ravis que ça nous ait enfin souri. Michal Handzuš a répondu à nos attentes. Il a apporté au groupe une sérénité nécessaire et il est, en compagnie de Zdeno Chára et Miro Šatan, un leader supplémentaire pour l’équipe. »

Zdeno Chára (défenseur et capitaine de la Slovaquie) : « Le match a été très difficile, on a pas mal trimé pour l’emporter. On a très bien commencé, on a mené au score, mais on a un peu lâché en deuxième période et les Américains ont fait une énorme pression. On aurait pu mieux gérer certaines situations. Dans les vestiaires, avant le troisième tiers, on s’est dit ce qu’on devait améliorer. On a trouvé des solutions en gardant la tête froide et tout s’est bien terminé. On joue comme une équipe, on perd et on gagne collectivement. Ce succès est précieux et nous nous en réjouissons. »

Miroslav Šatan (attaquant de la Slovaquie) : « On est contents de marquer nos premiers points. Je pense que cette victoire va avoir son importance à la fin et qu’elle va nous aider. Même si on a joué un match éprouvant hier alors que les Américains ont pu se reposer, on est parvenus à les dominer en première période. En y inscrivant nos trois buts, on a construit les bases de notre succès. J’espère qu’on va encore s’améliorer dans nos jeux de puissance. Notre prestation a été excellente aujourd’hui. On a montré du cœur et de la combativité. »

Dominik Graňák (défenseur de la Slovaquie) : « Ça reste qu’un seul match ! Il faut de suite redescendre sur terre et continuer à batailler. Mais bon, la victoire est encourageante et surtout agréable. Les Américains ont très bien patiné, c’était presqu’impossible de distinguer les attaquants des défenseurs. Je trouve qu’ils ont joué un hockey offensif de style européen, pas vraiment au corps à corps. Quand ils nous renfermaient dans notre zone, on avait de quoi s’occuper ! Il était essentiel pour nous de mener. Un but inscrit dans les premières secondes de la partie donne toujours un surplus de force à une équipe. »

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États-Unis – Slovaquie 2-4 (1-3, 1-0, 0-1)
Lundi 7 mai 2012 à 20h15 à la Hartwall Arena de Helsinki. 3948 spectateurs.
Arbitrage de Morgan Johansson (SUE) et Christer Lärking (SUE) assistés de Masi Puolakka (FIN) et Sergei Shelyanin (RUS).
Pénalités : États-Unis 6' (0', 0', 6') ; Slovaquie 6' (0', 4', 2')
Tirs : États-Unis 20 (9, 7, 4) ; Slovaquie 32 (15, 10, 7)

Évolution du score :
0-1 à 00'47'' : Graňák assisté de Hudáček
0-2 à 15'04'' : Radivojevič assisté de Kopecký et Handzuš
1-2 à 15'41'' : Faulk assisté de Okposo et Slater
1-3 à 19'54'' : Sekera assisté de Bližňák
2-3 à 38'47'' : Stastny assisté de Pacioretty et Fowler (double sup. num.)
2-4 à 59'23'' : Šatan (cage vide)

 

États-Unis

Gardien : Jimmy Howard [2', sorti de 58'55'' à 59'23''].

Défenseurs : Cam Fowler (-3) – Jack Johnson (C, -2) ; Justin Faulk (+1) – Alex Goligoski ; Chris Butler (-1) – Jeff Petry (-1) ; Justin Braun.

Attaquants : Bobby Ryan (-2) – Paul Stastny (-1) – Max Pacioretty (-1) ; Ryan Lasch – Jim Slater (A) – Kyle Okposo ; Kyle Palmieri (-1) – Justin Abdelkader (-1) – Cam Atkinson (2'+2', -1) ; Joey Crabb (-1) – Nate Thompson (A, -1) – Patrick Dwyer (-1) ; J.T. Brown.

Remplaçant : Richard Bachman (G). Non-utilisé : John Curry (G).

Slovaquie

Gardien : Ján Laco.

Défenseurs : Ivan Baranka (+1) – Andrej Sekera (2', +2) ; Zdeno Chára (C, +2) – Dominik Graňák (A) ; Tomáš Starosta (2') – René Vydarený ; Michal Sersen (+1). 

Attaquants : Branko Radivojevič (+1) – Tomáš Kopecký (+1) – Michal Handzuš (+1) ; Miroslav Šatan (A, +1) – Libor Hudáček – Tomáš Surový (+1) ; Juraj Mikúš (+1) – Tomáš Tatár – Michel Miklík ; Marcel Haščák (+1) – Milan Bartovič (2', +1) – Mário Bližňák (+1) ; Marcel Hossa.

Remplaçant : Peter Hamerlík (G). Non-utilisé : Kristián Kudroč (D, dos). 

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