Finlande - Suisse (Mondial 2012, à Helsinki)

120508-415La Finlande et la Suisse sont les seules équipes à avoir fait le plein de points dans ce groupe, et elles passent leur premier gros test l'une contre l'autre. La patinoire est pleine pour ce match, mais si Bernard Laporte était parmi nous, il parlerait de "public de bourgeois". Vu le prix des places, on sent que ce sont surtout les entreprises qui les ont acquises pour offrir. Du coup, à l'oreille, on entend principalement les supporters... helvétiques. "Hopp Schwiiz !"

Les deux équipes ont en commun de n'avoir jamais aucun souci de gardien, et elles poursuivent donc leur alternance. Reto Berra et Kari Lehtonen ont leur tour de garde ce soir. La Suisse a vu partir Simon Moser, après sa grave blessure au genou. C'est en quelque sorte le deuxième attaquant perdu, puisque Julien Sprunger ne s'est finalement jamais rétabli de sa chute sur la tête contre le Canada en préparation. Il n'a pas été officiellement enregistré, et ne figurera pas dans l'effectif. Lui aussi est rentré au pays. C'est le treizième attaquant Thibaut Monnet qui remplace Moser sur la ligne de Romy et Brunner, qui a été la ligne la plus en vue.

Les Suisses, qui n'hésitent pas à presser à deux, montrent plus de velléités offensives que la Finlande, tout en contrôle et qui attend son heure. L'épreuve de patience ne dure pas longtemps. Daniel Rubin prend une pénalité en zone neutre, et la sanction arrive au bout de neuf secondes : le tir non cadré de Janne Niskala frappe la bande et revient sur Jarkko Immonen en embuscade à gauche de la cage (1-0, 06'30"). Les blancs semblent pouvoir se contenter d'exploiter les erreurs adverses : Pesonen et Granlund s'offrent un 2 contre 1 sur un palet perdu par Ambühl à la ligne bleue, mais Berra fait l'arrêt.

Le jeu ne manque pas de rythme, ni de vigueur. Les batailles pour le palet sont âpres sur le moindre centimètre carré de glace. Pour autant, les espaces se font rares, et donc les occasions de but aussi. Il est très difficile de déstabiliser le bloc finlandais. Pour réussir sa seule attaque en surnombre, à 3 contre 2, la Suisse a eu besoin que ses deux arrières Seger et Von Gunten participent à l'offensive, néanmoins maîtrisée par une défense solide et vigilante.

120508-326Cela fait 146 minutes que la Finlande n'a pas encaissé de but dans ce championnat du monde. L'homme qui va mettre fin à cette invincibilité, c'est Andres Ambühl. Parti à 2 contre 1, il regarde longtemps son coéquipier, fait ainsi se coucher le défenseur Niskala, puis en vient à son intention véritable qui est de tirer au but (1-1, 25'44").

Maintenant que les Finlandais ont enfin encaissé un but, le scénario peut-il enfin changer ? Non, car elle reprend son sempiternel but d'avance. Vingt secondes plus tard, le poison Leo Komarov arrive à prendre deux rebonds dans les jupons de Goran Bezina (2-1, 26'05"). Désolé pour le contretemps, la Finlande reprend son petit bonhomme de chemin. Elle a commis une erreur, elle n'a pas l'intention de s'en permettre une autre. Mais elle lambine aussi un peu face à une équipe suisse qui travaille fort.

En fin de tiers-temps, cependant, le rugueux défenseur de NHL Luca Sbisa se fait rétamer par le forechecking de Jarkko Immonen. Ses partenaires de la deuxième ligne, Granlund dans la bande puis Pesonen qui devance Mark Streit, se chargent de ramener le palet jusque dans le slot à Immonen, qui lève le palet du revers dans le haut du filet (3-1). L'écart pourrait être acquis, mais la mise en échec finlandaise suivante en fond de zone a l'effet inverse de celle d'Immonen : la charge de Jesse Joensuu contre la bande arrive en effet au niveau de la tête de Blindenbacher, et il est donc sanctionné de 2'+10'. La Suisse transforme alors la supériorité numérique : Lehtonen laisse un long rebond sur un slap puissant de Streit, et Roman Wick lui envoie le palet entre les jambières (3-2, 37'44").

120508-357Grande nouveauté dans un match des Finlandais : on a vu des buts à la pelle dans cette période. Mais cela ne change pas grand chose au bilan. Les hommes de Jukka Jalonen thésaurisent toujours leur petite unité d'avance.

La troisième période s'ouvre par une crosse haute de Bieber. Un tir de Juuso Hietanen heurte le casque de Berra puis de Streit, mais Jussi Jokinen n'arrive pas à exploiter le rebond en cage ouverte que dégage le capitaine suisse. La plus belle occasion est cependant pour la Suisse en infériorité : Granlund perd le palet et Kevin Romy, qui a perdu sa crosse, réussit une passe du patin de toute beauté qui arrive quinze mètres plus loin dans la crosse de Damien Brunner, qui glisse le palet entre les bottes de Lehtonen qui est dans un mouvement de recul. Le gardien finlandais arrive à repousser in extremis le palet de sa jambe arrière, juste avant qu'il ne franchisse la ligne. Du moins la vidéo ne prouve-t-elle pas le contraire...

La Suisse maintient la pression et crée plusieurs occasions chaudes autour de la cage finlandaise avec leurs deux premières lignes. Il manque simplement le dernier geste, le revers de Sbisa en particulier rate la mire sur un rebond. Cette très bonne phase de la Nati s'interrompt à cause d'une pénalité assez sévère mais aussi assez idiote contre Goran Bezina, qui a fait obstruction sur Kontiola à la ligne rouge centrale pour faciliter une récupération de palet déjà tranquille de ses défenseurs. Cette pénalité tout simplement le match : Juuso Hietanen lance de la bleue et le très critiqué Jussi Jokinen - qui venait d'être retiré de la première ligne un peu avant la pénalité au profit de Granlund - offre une passe parfaite à Valtteri Filppula sur le rebond (4-2, 49'46").

120508-346On se doute que la Suisse ne s'en remettra pas, et elle achevée rapidement. Filppula s'offre un doublé sur un rebond en angle, dans le dos de Streit (5-2, 51'56"). La Nati ne presse plus haut et abandonne la partie.

La Finlande remporte donc sa victoire la plus large sur le plan du score, mais sûrement pas la plus facile. L'arbitrage qui la favorise quelque peu dans cette compétition embarrasse même les locaux, d'autant qu'il risque d'être un "ami" très dangereux. il ne sert à rien d'avoir la vie trop facile au début du tournoi. En tout cas, cette fois, elle n'a pas gâché les powerplays qui lui ont été accordés, avec des jeux très simples et de la présence au rebond.

On ne sait pas encore totalement ce qu'a cette Finlande dans le ventre. Mais c'est un peu le style de Jukka Jalonen, on disait exactement la même chose l'an dernier et son équipe a fini championne du monde... Quand elle donne l'impression de ne pas avoir eu à forcer, c'est qu'elle est dans son élément et que son plan de jeu a fonctionné.

Désignés joueurs du match : Valtteri Filppula pour la Finlande et Andres Ambühl pour la Suisse.

Commentaires d'après-match

Jukka Jalonen (entraîneur de la Finlande) : "C'était un match difficile ce soir, comme nous nous y attendions. Il y a eu pas mal d'occasions des deux côtés. Parmi les choses positives, il faut retenir le power-play qui a marqué deux buts."

Sean Simpson (entraîneur de la Suisse) : "On a vu du bon hockey des deux côtés. Ils ont utilisé toutes les occasions qu'ils ont eues pour marquer. Je suis déçu mais on joue les champions du monde et on a bien patiné ce soir. C'est positif pour les rencontres à venir."

120508-422-But de Filppula-(700)

 

Finlande - Suisse 5-2 (1-0, 2-2, 0-0)
Mardi 8 mai 2012 à 19h15 à la Hartwall Areena de Helsinki. 12448 spectateurs.
Arbitrage d'Antonin Jerabek (TCH) et David Lewis (CAN) assistés d'Andre Schrader et Sirko Schulz (ALL).
Pénalités : Finlande 18' (2', 4'+10', 2') ; Suisse 10' (2', 2', 6').
Tirs : Finlande 26 (7, 8, 11) ; Suisse 28 (9, 11, 8).

Évolution du score :
1-0 à 06'30" : Immonen assisté de Niskala et Salmela (sup. num.)
1-1 à 25'44" : Ambühl assisté de Sbisa
2-1 à 26'05" : Komarov assisté de Järvinen et Joensuu
3-1 à 36'45" : Immonen assisté de Pesonen et Granlund
3-2 à 37'44" : Wick assisté de Streit (sup. num.)
4-2 à 49'46" : Filppula assisté de Jokinen et Hietanen (sup. num.)
5-2 à 51'56" : Filppula assisté de Väänänen et Jokinen


Finlande
 
Gardien : Kari Lehtonen.
 
Défenseurs : Mikko Mäenpää (2') - Juuso Hietanen ; Janne Niskala (2') - Anssi Salmela ; Ossi Väänänen (+2) - Joonas Järvinen (+2) ; Lasse Kukkonen (A) - Topi Jaakola.

Attaquants : Valtteri Filppula (+1) - Mikko Koivu (C, +1) - Jussi Jokinen (A, +1) ; Janne Pesonen (2') - Jarkko Immonen - Mikael Granlund ; Jesse Joensuu (+1, 2'+10') - Niko Kapanen (+1) - Leo Komarov (+1) ; Mika Pyörälä - Petri Kontiola - Antti Pihlström.
 
Remplaçants : Petri Vehanen (G). Absent : Karri Rämö (G).

Suisse

Gardien : Reto Berra.

Défenseurs : Mark Streit (C, -1, 2') - Luca Sbisa (-1) ; Goran Bezina (A, -1, 2') - Félicien Du Bois (-1) ; Severin Blindenbacher - Philippe Furrer ; Matthias Seger (A) - Patrick Von Gunten.
 
Attaquants : Roman Wick (-1) - Andres Ambühl (-1) - Nino Niederreiter (-1) ; Thibaut Monnet (-1) - Kevin Romy (-1) - Damien Brunner (-1, 2') ; Ivo Rüthemann (A) - Matthias Bieber (2') - Denis Hollenstein ; Benjamin Plüss - Morris Trachsler - Daniel Rubin (2').

Remplaçant : Tobias Stephan (G). Absents : Lukas Flüeler (G), Simon Moser (genou droit).

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