Suisse - France (Mondial 2012, à Helsinki)

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Les deux équipes viennent d'affronter les deux favoris du groupe : la France y a subi deux cartons, alors que la Suisse s'est vaillamment battue et a chèrement vendu sa peau. Dans les deux cas, cela fait toujours zéro point, et les deux pays ont besoin maintenant d'agrémenter leur compteur pour remplir leurs objectifs. Les Bleus doivent reprendre leur marge sur le Kazakhstan pour assurer le maintien, alors que les Helvètes doivent recoller aux basques des Slovaques et des Américains, leurs prochains adversaires. Ces trois nations se disputent les deux places restantes pour les quarts de finale.

Bien qu'elle ait perdu deux attaquants sur blessure (Moser et Rubin), la Suisse ne s'est pas privée d'utiliser son dernier joker pour un défenseur, le très bon Roman Josi, qui vient d'achever ses play-offs NHL avec Nashville. Cela lui fait certes neuf arrières, mais le vétéran Mathias Seger faitn des piges à l'avant pour la bonne cause, et les paires défensives sont revues (sauf Bezina - Du Bois).

La France compte sur les retours de ses joueurs-phares Cristobal Huet et Pierre-Édouard Bellemare pour donner du fil à retordre à la Suisse. Effectivement, Bellemare redonne une nouvelle impulsion à la deuxième ligne : non seulement il travaille comme toujours dans les deux sens de glace, mais il bénéficie aussi du bon pressing de ses coéquipiers Stéphane Da Costa et Anthony Guttig pour conquérir de bons palets en zone offensive.

IMG 9646Quant à Huet, il tient le fort face à des adversaires qu'il connaît tous très bien pour en croiser la plupart en LNA suisse. Bien aidé par sa défense qui lui permet de voir partir les nombreux tirs décochés dans toutes les positions, il réussit quinze arrêts au premier tiers-temps. Il ne s'incline qu'une fois, sur un tir instantané de Nino Niederreiter à la suite d'un engagement gagné par Morris Trachsler (une véritable bête aux mises au jeu, il en remportera 12 sur 13 aujourd'hui). Mais "El Niño", rétrogradé sur la troisième ligne pour ce match, voit son lancer ricocher sur le poteau.

Même si la Suisse domine dans l'ensemble, elle ne parvient pas à prendre un avantage prépondérant. Elle envoie au fond pour travailler dans les bandes, mais les défenseurs français tiennent bon. Mieux même, dans le cas de Besch, il se fait retenir par Mathias Bieber, le remplaçant de Niederreiter sur la ligne d'Ambühl. Dès cette première pénalité suisse, Kevin Hecqufeuille adopte sa nouvelle position en jeu de puissance, position qu'on lui avait déjà vue comme contre la Finlande : au lieu de rester à la pointe, il vient doucement s'infiltrer au milieu de la boîte suisse et sert ainsi de relais pour recevoir le centre de Meunier et donner du champ à Yohann Auvitu pour lancer de la ligne bleue. Yorick Treille, lui, a toujours le même rôle et masque le gardien (0-1, 17'11").

IMG 9707--But France 2-La France doit maintenant tenir son avantage malgré l'éloignement du banc lors de la deuxième période. Comme la Suisse parvient depuis le début du match à s'installer de longs moments en zone offensive, le risque est que les présences se rallongent et que les joueurs se fatiguent, ce que subit notamment la paire Amar-Rouleau. La plus longue séquence en zone adverse a lieu juste avant la mi-match... mais elle est réussie par la quatrième ligne française ! Pour que Raux ne récupère pas une passe au second poteau, Félicien Du Bois est contraint à une déviation risquée hors cadre. La première ligne poursuit le temps fort français, auquel la Suisse semble mettre fin par une remontée de palet de Rüthemann puis la force de Trachsler aux mises au jeu.

C'est alors que la troisième ligne française entre en scène. Tout en maîtrise technique, Charles Bertrand lui permet de franchir la zone neutre, d'entrer en zone et d'envoyer au fond. Tout en robustesse, Antoine Roussel protège le palet des griffes de Du Bois derrière la cage en attendant le soutien. Bertrand arrive, plus vite que Bezina, et remet le palet devant la cage. Romy n'arrive pas à couper la passe et Teddy Da Costa tire alors dans le haut du filet (0-2, 32'44", photo de droite).

Le meilleur marqueur de LNA Damien Brunner va alors relancer la Suisse à lui seul, et devenir ce leader offensif que tout un pays réclamait à corps et à cris depuis des années. On l'avait vu rentrer au banc très énervé en début de deuxième période après avoir raté un breakaway, arrêté par un poke-check de Cristobal Huet. Il a su vite se remettre en selle et se venge par deux fois. Il a d'abord un peu de chance quand son tir en angle fermé est dévié par un défenseur français (1-2, 33'14", photo ci-dessous). Deux minutes plus tard, Stéphane Da Costa tarde à sortir le palet de la zone défensive et est immédiatement entouré de deux joueurs. Damien Brunner lui prend le palet et l'échange avec Kevin Romy pour s'ouvrir un angle de tir (2-2, 35'04"). Le tiers-temps se termine à toute vitesse avec des transitions rapides, et le dernier tir dangereux est, encore et toujours, pour Brunner.

ButSuisse1La Suisse qui était dans le doute a repris confiance, alors que la France doit oublier ses regrets avant la dernière période. Cristobal Huet réalise tout de suite un arrêt exceptionnel en grand écart, de la lame de son patin (!), en repoussant dans un ultime effort le rebond pris par Roman Wick après un premier tir d'Ambühl.

Il reste un quart d'heure à jouer quand Huet dévie de l'épaule, vers la transversale, un tir de Rüthemann. Le palet va dans le coin, et au moment de le dégager d'un coup de golf, Anthony Guttig prend de plein fouet la mise en échec de Goran Bezina et reste sonné. Un joueur de grande taille qui arrive sans intention de nuire, pour une charge initialement régulière, mais dont le coude arrive droit dans la tête de son adversaire : cela ne vous rappelle-t-il rien ? Les similitudes existent avec la faute qui a fait suspendre Sacha Treille. Guttig se relève en meilleur état que Starchenko, mais il a bien une commotion cérébrale. Quant à Bezina, il finit aux vestiaires.

IMG 9804--But France 4-Ces cinq minutes de supériorité numérique sont évidemment un tournant, surtout que la France va parfaitement les exploiter. Laurent Meunier entre en zone et envoie un magnifique tir à mi-hauteur, côté mitaine de Stephan (2-3, 46'21"). Puis Stéphane Da Costa "efface" son erreur sur l'égalisation en reprenant dans le cercle gauche une passe transversale de Bellemare (2-4, 47'05", photo de droite). La Suisse accuse le choc, les Français sont les premiers sur chaque action, et même les palets envoyés en tribune atterissent... au milieu du groupe de supporters de l'équipe de France. Le cinquième but chauffe plusieurs fois.

De retour à cinq, le jeu devient équilibré, mais la Suisse a besoin de plus. Par exemple de la première pénalité française du match, qui ne survient qu'à six minutes de la fin, quand Meunier retient l'intenable Brunner en zone neutre. Quand il sort de prison, Desrosiers l'y remplace. En se couchant devant un centre, Amar le détourne vers sa cage, où se forme aussitôt une incroyable mêlée de joueurs. Quand tout le monde se relève, quelques coups pleuvent évidemment, Meunier et Niederreiter vont en prison.

IMG 9958Bellemare dégage un palet par-dessus le plexi, et la France joue à 3 contre 6, sans ses deux meilleurs centres et joueurs-clés en infériorité ! Hecquefeuille et Roussel perdent les mises au jeu, et Cristobal Huet réalise encore de grands arrêts, face à Brunner deux fois et Romy.

La Suisse concède sa première défaite contre l'équipe de France depuis celle de 2000, qui ne l'avait pas empêchée de finir sixième. Cela rappelle que la Nati peut toujours accéder aux quarts de finale. Elle garde même la maîtrise de son destin si elle remporte ses deux dernières rencontres dans le temps réglementaire, sauf dans un cas : si la France en fait autant !

Installée à la cinquième place de son groupe, la France peut rêver. Elle a réussi un grand match, avec une performance collective remarquable. Le prochain match lundi face au Bélarus sera décisif : si elle perd, elle risque de tomber septième et de perdre le bénéfice de ce succès, mais si elle gagne, elle défiera les Slovaques pour une place en quart de finale.

Désignés joueurs du match : Damien Brunner pour la Suisse et Baptiste Amar pour la France.

Commentaires d'après-match

Dave Henderson (entraîneur de la France) : "On avait encore à l'idée que le Kazakhstan pourrait revenir. On a joué un bon match solide. On a joué plusieurs fois la Suisse aux derniers championnats du monde, ça a toujours été serré. J'ai demandé à l'équipe de se sacrifier aujourd'hui. Ils l'ont fait dans tous les compartiments. On ouvre le score et c'est important. On l'avait déjà fait contre des équipes de haut niveau dans ce tournoi. Je ne peux pas être plus heureux de mon équipe, de la façon dont ils se sont battus jusqu'à la fin."

Sean Simpson (entraîneur de la Suisse) : "Notre équipe, après deux jours de repos, n'avait plus la même intensité. Je ne sais pas pourquoi. Nous savions que ce serait un match dur. La France propose toujours de dures batailles à ces adversaires. Pas vraiment content avec la pénalité de 5 minutes. Nous avons regardé la vidéo. Nous ne pensons même pas que c'est une pénalité. Deux gars vont sur le palet et notre gars est plus gros que le leur. Leur gars se baissait. Ils se sont heurtés. Ces cinq minutes ont décidé de l'issue du match. Je ne dis pas ça comme une excuse, mais c'est un facteur. Ce n'était pas notre jour."

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Suisse - France 2-4 (0-1, 2-1, 0-2)
Samedi 12 mai 2012 à 16h15 à la Hartwall Areena de Helsinki. 9155 spectateurs.
Arbitrage de Georgij Jablukov (ALL) et Christer Lärking (ALL) assistés de Sergei Shelynin (RUS) et Jesse Wilmot (CAN).
Pénalités : Suisse 31' (2', 0', 4'+5'+20') ; France 10' (0', 0', 10').
Tirs : Suisse 43 (15, 17, 11) ; France 27 (7, 11, 9).

Évolution du score :
0-1 à 17'11" : Auvitu assisté de Hecquefeuille et Meunier
0-2 à 32'44" : T. Da Costa assisté de Bertrand et Roussel
1-2 à 33'14" : Brunner assisté de Romy
2-2 à 35'04" : Brunner assisté de Furrer et Blindenbacher
2-3 à 46'21" : Meunier (sup. num.)
2-4 à 47'05" : S. Da Costa assisté de Bellemare et Amar (sup. num.)


Suisse

Gardien : Tobias Stephan.

Défenseurs : Goran Bezina (A, 5'+20') - Félicien Du Bois (2') ; Mark Streit (C) - Severin Blindenbacher (+1) ; Luca Sbisa - Roman Josi ; Philippe Furrer (+1) - Patrick Von Gunten.
 
Attaquants : Denis Hollenstein - Kevin Romy - Damien Brunner (+1) ; Roman Wick - Andres Ambühl - Matthias Bieber (2') ; Benjamin Plüss - Morris Trachsler - Nino Niederreiter (2') ; Thibaut Monnet (+1) - Ivo Rüthemann (A, +1) - Matthias Seger (A).

Remplaçant : Reto Berra (G). Absents : Lukas Flüeler (G), Simon Moser (genou droit), Daniel Rubin (fracture de la pommette).

France

Gardien : Cristobal Huet.

Défenseurs : Vincent Bachet (A, -1) - Kevin Hecquefeuille (A, -1) ; Baptiste Amar - Alexandre Rouleau ; Yohann Auvitu - Nicolas Besch.

Attaquants : Julien Desrosiers (2') - Laurent Meunier (C, 4') - Yorick Treille (2') ; Stéphane Da Costa (-1) - Pierre-Édouard Bellemare (-1, 2') - Anthony Guttig (-1) ; Charles Bertrand (+1) - Brian Henderson - Antoine Roussel (+1) ; Damien Raux (-1) - Teddy Da Costa - Damien Fleury (-1).

Remplaçants : Fabrice Lhenry (G), Maxime Moisand, Antonin Manavian. Absents : Florian Hardy (G), Loïc Lampérier (en réserve), Sacha Treille (suspendu).

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