Slovaquie - Bélarus (Mondial 2012, à Helsinki)

IMG 9126En prenant ses cliques et ses claques dans la nuit sans piper mot, Andrei Mezin a provoqué bien des remous au sein de l’équipe du Bélarus, qui n’avait pas vraiment besoin de cela dans ce championnat du Monde. Loin d’être citée parmi les favoris de la poule au début des festivités, il n’en reste pas moins que la formation slave n’a pas offert jusqu’à présent de copies encourageantes, pas même lors de son unique succès acquis dans la douleur face au promu kazakh.

Le départ du gardien emblématique, visiblement peu enclin à partager sa place avec Vitali Koval, pèse évidemment un peu plus dans le marasme ambiant. Face aux Slovaques, adversaires du jour, Andrei et Sergei Kostitsyn vont faire leur grand début dans ce Mondial et l’on attend des deux frangins des Nashville Predators, en plus de conjurer le mauvais sort offensif (huit buts en quatre matches), de redorer le blason biélorusse.

Elle aussi habituée jadis à avoir le moral en berne, la Slovaquie coule pour le moment des jours heureux. Mercredi, son succès étriqué contre le Kazakhstan (4-2) avait suscité des interrogations quelque peu nuancées dès le lendemain par le succès des Américains en prolongation sur ces mêmes représentants de l’aigle des steppes.

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Quoi qu’il en soit, la Double-Croix respecte toujours son livre de route et entrevoit avec un certain optimisme sa participation aux quarts-de-finale. Un peu rincée par ses deux matches disputés en l’espace de vingt-quatre heures (États-Unis mardi et donc Kazakhstan mercredi), la Slovaquie a pu profiter de deux jours de pause avant d’affronter le Bélarus ; jeudi, tout le monde a eu le droit à une séance de karting.

Ce break en pleine compétition a semble-t-il fait le plus grand bien aux Slovaques. D’entrée de jeu, ils se montrent les plus rapides et parviennent déjà à déborder la défense du Bélarus. Michal Handzuš bataille ferme en fond de zone, remporte son duel et peut servir en retrait Branko Radivojevič qui trouve cependant Vitali Koval sur sa reprise dans le slot (00'38). Les bleus poursuivent sur leur lancée, bien aidés il est vrai par une défense adversaire approximative.

En contre, Marcel Hossa, qui fête aujourd’hui sa centième sélection, bute lui aussi sur le portier biélorusse (06'08). De même que Handzuš sur une reprise dans le cercle gauche d’une passe de Radivojevič (06'37). La pression slovaque est finalement récompensée quelques secondes plus tard. Après avoir mis dans le vent Andrei Kostitsyn sur la droite, Andrej Sekera tente sa chance un mètre après la ligne bleue et ouvre le score ; victime du trafic devant lui, Koval ne voit pas la trajectoire du palet qui passe sous sa barre (1-0, 06'45).

Les blancs ont toutefois la possibilité de donner la réplique alors qu’ils se retrouvent en supériorité numérique suite à la charge de Tomáš Surový dans le dos de Dmitri Meleshko dans le coin droit biélorusse (2'+10' pour le Slovaque, 07'19). Mais la Double-Croix gère parfaitement bien le surplus d’effort et prouve ses bonnes dispositions dans ce genre de situation : hormis un but à trois contre cinq encaissé face aux Américains, elle n’a pas plié en infériorité depuis le début du tournoi.

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À forces de nouveau égales, les Bleus repartent à l’avant. Pris par deux défenseurs, Juraj Mikúš tente vainement de reprendre dans l’enclave le rebond de la frappe de Tomáš Tatár entre les cercles et Michel Miklík, le troisième laron de la deuxième attaque slovaque, ne fait pas mieux alors qu’il arrive en renfort au poteau droit (09'39). Un peu comme contre le Kazakhstan, la Slovaquie semble s’endormir après l’ouverture du score et laissent venir petit à petit les Biélorusses.

Sans danger cependant. Les deux formations perdent le palet très facilement en zone neutre, si bien que l’on assiste, à partir de la dixième minute, à une partie peu riche en spectacle. Pas même après que Ivan Baranka ait filé en prison pour avoir accroché Mikhail Grabovski (16'31). À part deux slaps qui terminent sur Ján Laco, le Bélarus, une nouvelle fois, ne montre rien en avantage numérique, la faute à une excellente lecture du jeu slovaque. Les défenseurs bleus se contentent d’expédier au loin les rebonds qui ne trouvent pas preneurs.

Les premières minutes du deuxième acte rompent radicalement avec cette monotonie. A la lutte dans le coin droit, Sekera récupère le puck grâce à un bon pressing offensif et aussi par l’entremise de l’arbitre qui ralentit involontairement le dégagement du capitaine Vladimir Denisov. Le défenseur de Buffalo repique ensuite au centre en contournant le cercle puis sert Radivojevič, démarqué sur le point d’engagement. Le « Moscovite » double la mise pour la Slovaquie en plaçant la rondelle dans la lucarne droite de Koval (2-0, 23'16, photo de droite).

À vrai dire, le jeu aurait dû être interrompu quelques secondes auparavant car les arbitres n’ont pas remarqué que le plexiglas n’avait pas résisté à une double charge de Denisov et Dmitri Korobov sur Mário Bližňák en fond de zone. Le temps de réparer l’affaire, les deux équipes peuvent souffler et les supporters slovaques reprendre en chœur « Nech Bože dá », l’hymne du titre mondial de 2002 qui sert désormais à célébrer les buts de la Slovaquie en Finlande. Un air qui deviendra à coup sûr entêtant pour le Bélarus qui va l’entendre encore trois fois dans les quatre minutes suivantes.

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Sans forcer leur talent, les attaquants à la Double-Croix perforent aisément la défense biélorusse. Miklík voit sa première tentative repoussée par Roman Graborenko mais le Cassovien s’y prend une seconde fois. Son back-hand dans le rond gauche connaît plus de succès puisqu’il se fraye un chemin sous les jambières du gardien de Nizhni Novgorod, un peu trop excentré de sa cage et qui ne referme pas assez promptement pour stopper (3-0, 24'58). Il convient de préciser que Koval souffre du dos et que, même si c’est un secret de polichinelle, Miklík, qui ouvre par la même son compteur en Mondial, affirmera à la pause au micro de la TV slovaque qu’il l’ignorait !

Le une-deux entre Tomáš Kopecký et Radivojevič cinquante secondes plus tard aggrave dangereusement la marque pour les protégés de Kari Heikkilä, pas forcément prophète en son pays. Auteur d’un fore-checking efficace en fond de zone, le double titulaire de la Coupe Stanley récupère la rondelle et recule pour mieux repartir dans le rond droit. Il décale alors pour son accolyte, situé derrière la ligne de but, qui lui remet derechef au premier poteau : au corps à corps avec Koval, Kopecký lève juste ce qu’il faut le caoutchouc au dessus de la cuisse gauche du malheureux gardien (4-0, 25'48).

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Le temps mort demandé par le coach du Bélarus ne porte en rien ses fruits. Tomáš Starosta et Surový ne sont pas loin de mener victorieusement leur contre (26'18), ce qui finit par agacer les défenseurs blancs qui donnent alors quelques coups à l’intention des deux belliqueux. Une intimidation qui ne refroidit en rien les assaillants slovaques. Entre les deux cercles, Miklík sert adroitement Tatár sur sa gauche et le cadet de la bande centre ensuite pour Mikúš. La reprise de ce dernier au deuxième poteau poursuit la déferlante bleue (5-0, 26'56). Le buteur ramasse alors le palet puis le porte à son banc : lui aussi vient de marquer pour la première en championnat du monde et il emportera avec lui la pièce à conviction. 

La Slovaquie a finalement trouvé ce brin de réussite offensive qui lui avait fait tant défaut en ouverture contre le Canada puis contre les champions du monde finlandais. Elle est même en mesure d’en profiter davantage en supériorité numérique, après que Viktor Kostyuchyonok a accroché Radivojevič (29'14). Miroslav Šatan n’est pas loin d’achever la belle combinaison instiguée derrière la cage par Surový et relayée par Libor Hudáček dans le rond gauche (29'56). Miklík, en fin de power-play, voit quant à lui sa reprise contenue in extremis par Koval. Bien que difficilement, le Bélarus conserve son invincibilité : il n’a encaissé aucun but en infériorité depuis le début de la compétition.

La première moitié de la rencontre vient de s’écouler et c’est seulement à partir de maintenant que les blancs se décident à afficher un visage bien plus conquérant. Forts d’une avance très confortable, les Slovaques lâchent un peu la pression et le Bélarus n’en demandaient pas autant pour enfin faire surface dans ce match. Dominik Graňák sanctionné pour avoir retenu un adversaire (33'28), le Bélarus sonne la révolte, d’abord par Grabovski (34'23), puis par Alexei Kalyuzhny qui reprend victorieusement dans le slot le rebond de la frappe d’Andrei Kostitsyn dans le haut du cercle droit (5-1, 34'36).

IMG 9369Les Biélorusses, complètement revigorés, dominent alors le jeu jusqu’au second souffle. Andrei Stas intercepte à gauche une relance hasardeuse de Starosta mais, s’il file seul au but, ne parvient toutefois pas à tromper Laco (35'10). Sekera est ensuite contraint de faucher Yevgeni Kovyrshin qui s’était échappé dans l’axe, provoquant ainsi un tir de pénalité logique. L’attaquant de Severstal Cherepovets attend le dernier moment pour armer, essaye de glisser entre les jambes du goalie slovaque mais son tir n’est pas assez appuyé pour le surprendre (36'17, photo de gauche).

La première période avait été médiocre. La deuxième avait été quant à elle enthousiasmante. L’ultime acte, malheureusement, repart sur les bases de l’entame de la rencontre. Les Biélorusses continuent à assaillir le camp slovaque mais la défense a retrouvé ses esprits et c’est sans sourciller qu’elle annihile les menaces. Laco n’y est pas étranger. Le dernier rempart bleu est quand même battu sur une frappe venue de la gauche d’Alexei Ugarov et c’est Starosta qui repousse en panique la rondelle sur la ligne de but slovaque (49'43).

IMG 9406La Double-Croix dispose successivement de deux power-plays (elle évolue même à cinq contre trois pendant douze secondes) après le double-échec de Sergei Kostitsyn sur Sekera (51'36) puis la faute payée par Denisov (53'24). Il y a du trafic devant Koval après une frappe à mi-distance de Hudáček mais ni Surový ni la grande carcasse du capitaine Zdeno Chára ni même Šatan, qui tape la transversale, ne profitent de l’incroyable aubaine (53'13).

La pression slovaque est intense jusqu’à la fin du purgatoire biélorusse mais plus aucun but ne sera inscrit par les Slováci. Pas plus par le Bélarus d’ailleurs, lui aussi en supériorité numérique après le cinglage de Milan Bartovič sur Kalyuzhny (55'31). Ce dernier a pourtant l’occasion de réduire la marque au poteau droit sur un centre d’Andrei Kostitsyn mais le joueur de l’Avangard Omsk manque de synchronisation avec le palet (56'52).  

Quatre minutes auront donc suffi à sceller un précieux succès pour la Slovaquie qui, avant de jouer en grande partie sa qualification le lendemain soir contre la Suisse, sera le premier des supporters de la France justement face à la Confédération helvétique. C’est ce qu’a avoué Vladimír Vůjtek aux journalistes slovaques peu après la victoire de ses protégés… 

Désignés joueurs du match : Andrej Sekera (Slovaquie) et Andrei Stas (Bélarus).

Commentaires d’après-match

Vladimír Vůjtek (entraîneur de la Slovaquie) : « Pour la première fois ce de championnat, on a joué un match plein, dans lequel il n’y a pas eu la même tension nerveuse. On a débuté prudemment mais notre premier but nous a mis sur les bons rails. On a bien défendu. Ça nous a exceptionnellement bien souri au début de la deuxième période. On a réussi tout ce que l’on a entrepris. On savait que le gardien Koval avait des problèmes de santé et qu’il ne serait pas à 100%. Dans la seconde moitié du deuxième tiers, on aurait dû plus presser le Bélarus dans leur système de jeu car ils ont commencé à être très dominateurs. (...) Une rencontre très importante nous attend désormais contre la Suisse, on veut y conserver la place que l’on a actuellement au classement. Ce sera pour nous le match de la vérité. »

Kari Heikkilä (entraîneur du Bélarus) : « On aurait pu avoir une meilleure entame mais notre adversaire a inscrit le premier but. Le début du deuxième tiers a été pour nous un véritable cauchemar lorsque les Slovaques ont marqué quatre buts en très peu de temps. Notre problème, ce sont des moments de flottements très brefs qui nous font encore perdre la partie alors que l’on joue bien pendant cinquante minutes. »

IMG 9270Juraj Mikúš (attaquant de la Slovaquie) : « C’est extraordinaire d’avoir marqué mon premier but en championnat du monde. Tout de suite après, je suis allé récupérer le palet dans la cage et j’ai dû un peu négocier avec l’arbitre car il croyait que j’avais des comptes à régler avec le gardien. Après deux jours de pause nous avions faim de hockey. Jusqu’à la moitié du match, On a bien respecté la tactique que l’on s’était fixée. On a marqué des buts qui nous avaient fait défaut notamment contre la Finlande. Ainsi va le hockey. On a un peu lâché après mais, par chance, le Bélarus n’en a pas profité. »

Andrej Sekera (défenseur de la Slovaquie) : « Les gars ont fait un super boulot sur mon but, ils m’ont bien libéré l’espace. J’ai tenté ma chance et ça a fini au fond. On s’est concentrés à bien défendre, notamment en entame. On savait que les Biélorusses allaient progressivement nous laisser des espaces pour des contres rapides. Après deux jours libres, on peut dire que l’on était suffisamment reposés. »

Michel Miklík (attaquant de la Slovaquie) : « Je suis très content d’avoir marqué et d’avoir ainsi aidé l’équipe. On a essayé de frapper à chaque occasion. Le Bélarus a commencé à mieux patiné à partir de la seconde moitié de la deuxième période, mais on est parvenus à bien contenir leurs assauts. On s‘est tous efforcés de jouer de façon responsable et de ne rien céder aux Biélorusses. »

Branko Radivojevič (attaquant de la Slovaquie) : « On joue comme une équipe, ça nous sourit, chaque ligne bosse bien. On s’encourage tous mutuellement, c’est un super groupe. C’était très bien aujourd’hui même si on s’est un peu endormis sur nos lauriers après le cinquième but. On a contrôlé le match dans le troisième tiers-temps et on en a profité pour économiser des forces en prévision de la Suisse. Ça n’a pas été si simple que ça, la première période a été équilibrée. Mais on a bien joué en deuxième et on s’est facilité la tâche en marquant beaucoup et rapidement. Nous devons gagner demain, ça va être comme un match de play-off. On connaît bien les Suisses, on rencontre toujours des problèmes contre eux. »

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Slovaquie – Bélarus 5-1 (1-0, 4-1, 0-0)
Samedi 12 mai 2012 à 12h15 à la Hartwall Aréna de Helsinki. 9032 spectateurs.
Arbitrage de Jari Levonen (FIN) et Brent Reiber (SUI) assistés de Jon Kilian (NOR) et Masi Puolakka (FIN). 
Pénalités : Slovaquie 18' (14', 2', 2') ; Bélarus 8' (0', 2', 6')
Tirs : Slovaquie 40 (13, 15, 12) ; Bélarus 31 (9, 12, 10)

Évolution du score :
1-0 à 06'45'' : Sekera assisté de Baranka et Handzuš
2-0 à 23'16'' : Radivojevič assisté de Sekera
3-0 à 24'58'' : Miklík assisté de Mikúš et Tatár
4-0 à 25'48'' : Kopecký assisté de Radivojevič
5-0 à 26'56'' : Mikúš assisté de Tatár et Miklík
5-1 à 34'36'' : Kalyuzhny assisté de A. Kostitsyn et S. Kostitsyn (sup. num.)

Slovaquie

Gardien : Ján Laco.

Défenseurs : Ivan Baranka (2', +3) – Andrej Sekera (+3) ; Zdeno Chára (C) – Dominik Graňák (A, 2', +1) ; Tomáš Starosta (+1) – René Vydarený (+1) ; Michal Sersen (+1).

Attaquants : Branko Radivojevič (+3) – Michal Handzuš (+3) – Tomáš Kopecký (+3) ; Tomáš Tatár (+2) – Juraj Mikúš (+2) – Michel Miklík (+2) ; Miroslav Šatan (A) – Libor Hudáček – Tomáš Surový (2'+10') ; Marcel Hossa – Mário Bližňák – Milan Bartovič (2').

Remplaçants : Peter Hamerlík (G), Marcel Haščák (A). Non-utilisés : Július Hudáček (G), Kristián Kudroč (D, blessé au dos).

Bélarus

Gardien : Vitali Koval.

Défenseurs : Vladimir Denisov (C, 2', -2) – Dmitri Korobov (-3) ; Oleg Goroshko (-1) – Viktor Kostyuchyonok (2', -1) ; Nikolai Stasenko (-1) – Pavel Chernaok (-1) ; Roman Grabrorenko (-1).

Attaquants : Aleksei Ugarov (-2) – Mikhail Grabovski (A, -1) – Andrei Stepanov ; Andrei Kostitsyn (2', -3) –  Aleksei Kalyuzhny (A, -2) – Sergei Kostitsyn (2', -2) ; Andrei Stas – Konstantin Koltsov (-2) – Yevheni Kovyrshin (-2) ; Aleksandr Kulakov – Dmitri Meleshko – Aleksandr Kitarov (-1).

Remplaçant : Dmitri Milchakov (G), Andrei Mikhailov (A). Non-utilisés : Andrei Mezin (G, désertion), Sergei Drozd (A), Andrei Kolosov (A).

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