L'Allemagne humiliée comme jamais

REUL Denis-110511-464L'accession en quart de finale se joue en grande partie sur ce match. La Norvège est la mieux placée et part avec un avantage : elle compte un point d'avance sur l'Allemagne et aura un dernier adversaire plus facile (les Danois au lieu des Tchèques).

Comme dans le premier match de la journée entre Tchèques et Russes, le premier but arrive au bout de seulement vingt secondes. Du hockey direct à haute vélocité, comme les Norvégiens nous y ont habitués depuis quatre ans : relance par l'aile gauche, débordement et centre de Per Åge Skrøder, reprise de Mads Hansen et rebond de Patrick Thoresen qui est passé derrière le défenseur Christoph Schubert et a donc le but grand ouvert (0-1, 00'20").

L'Allemagne n'a pas le temps de s'en remettre puisque Gogulla part en prison. Marius Holtet dribble Marcus Kink et sa passe du revers à travers le slot est convertie par Patrick Thoresen à l'opposé (0-2, 01'28"). C'est déjà la panique dans les rangs allemands et Köbi Kölliker demande son temps mort.

Le cataplasme ne dure même pas quatre minutes, et la plaie béante s'ouvre à nouveau. Marius Holtet remporte haut la main son duel pour le palet avec Schubert derrière la bande, il revient ainsi dans le slot et signe sa seconde passe décisive du revers, pour Martin Røymark qui marque dans le haut du filet (0-3, 05'07"). Le gardien Dennis Endras, qui a la mine plus triste que Calimero, rejoint alors son banc pour être remplacé par Dimitri Kotschnew.

Pour garder espoir dans ce tournoi, les Allemands sont désormais contraints à une course-poursuite effrénée. Ils sont cependant maintenus sur les extérieurs par une défense norvégienne solide. Durant toute la première période, ils n'arrivent à porter le danger qu'une seule fois dans l'enclave adverse, lorsque l'arrière Justin Krueger s'infiltre dans le slot sur une passe-abandon de Kink.

Les noirs entrevoient un espoir en début de deuxième période quand Trygg se rend coupable d'une crosse haute devant leur cage. Mais les Norvégiens tuent la pénalité et, une fois au complet, enchaînent par une attaque rapide : Anders Bastiansen et Mathis Olimb attirent les cinq joueurs allemands sur le même côté de la glace et libèrent Lars Erik Spets totalement seul sur la droite. Malgré le score désastreux, les Allemands n'ont pas perdu leur courage : Denis Reul se couche de tout son long devant Røymark qui armait son slap et le contraint à un tir moins dangereux. Mais même la chance les abandonne. Un tir rasant de la bleue de Juha Kaunismäki est dévié par une crosse allemande au passage (0-5, 24'12").

Christoph Schubert perd le palet derrière sa cage face à Røymark et le fait trébucher : la sentence est rendue par un lancer axial de Jonas Holøs (0-6). Que Ken André Olimb arrivant tout près de la cage ait laissé son tir échouer dans la botte gauche de Kotschnew posée sur la ligne tient du miracle pour l'Allemagne. Mais le répit est bref. Après un powerplay allemand sans saveur, Patrick Thoresen est lancé seul en sortant du banc et, du haut du cercle droit, bat Kotschnew d'un tir croisé du côté de la plaque (0-7).

KAUNISMAKI Juha-100513-057

Morten Ask, méchamment aplati dans la bande par Denis Reul, laisse le palet à Mathis Olimb qui passe de derrière la cage à Per Åge Skrøder qui conclut. Reul prend 2'+10'. Nikolai Goc retient ensuite le buteur de la crosse, par frustration de son retard au marquage, et aurait aussi pu être pénalisé. Une prison suffit, puisque 43 secondes plus tard, Mats Trygg la transforme sur une passe transversale de Thoresen (0-9).

Patrick Reimer sauve l'honneur germanique sur un lancer balayé qui passe sous le bras droit de Haugen (1-9). Les joueurs allemands, hinteux, ne se réjouissent pas, mais leurs fans, eux, se lèvent et applaudissent. Des supporters d'autres pays auraient disparu de la patinoire sur la pointe des pieds depuis longtemps. Eux continueront leurs chorégraphies en troisième période !

Dennis Endras revient dans le but au troisième tiers-temps et encaisse un tir en lucarne (de Skrøder) au-dessus de la mitaine. Et à le voir se rapprocher de son banc où il fait demi-tour, on a l'impression qu'il signifie qu'il n'était pas du tout volontaire pour retourner à son poste ! Il ne fait pas bon être gardien ce soir, car aussitôt après, c'est Lars Haugen qui prend un mauvais but d'une position semblable, excentrée en entrée de zone. Le palet a une trajectoire curieuse sur la tranche et file entre ses jambières (2-10).

C'est évidemment pire pour Endras dont les malheurs ne sont pas finis. Mads Hansen, servi de derrière la cage par Bastiansen, prend tout son temps - encore une fois sous les yeux de Schubert - pour l'ajuster dans le haut du filet. Et après une bonne phase allemande un but du persévérant Kink, il encaisse un tir de la ligne bleue de Trygg, qui semble avoir été dévié par Thoresen (3-12). Endras se dirige vers le banc, fracasse violemment sa crosse. Le meilleur joueur du championnat du monde 2010 touche le fond moralement dans la même compétition, deux ans plus tard ! Crédité de 57% d'arrêts ce soir, il s'assied sur le banc et se cache la tête sous la serviette.

Kotschnew le remplace à nouveau et aura peu de travail. Christopher Fischer clôt le score à 5 contre 3, d'un tir haut, avec l'aide d'un écran de John Tripp (4-12).

Le jeu norvégien dépasse le débat entre hockey horizontal et hockey vertical en inventant une nouvelle définition : chez eux, les joueurs se déplacent verticalement, en remontant la glace rapidement, mais le palet se déplace horizontalement, pour piéger la défense dans la latéralité. Les ailiers débordent pendant que leurs coéquipiers foncent dans l'axe ou à l'opposé pour des reprises instantanées. La défense allemande, qui n'avait plus affronté la Norvège depuis quatre ans, ne savait plus où donner de la tête et a semblé mal préparée à ces actions norvégiennes déjà vues ces dernières années.

Même un Grec se surprendrait à manifester de la compassion pour l'Allemagne en regardant un tel match, sa plus lourde défaite de l'histoire face aux Norvégiens. Totalement surprise et dépitée par un début de match raté, elle a été emportée par le courant. Elle a régressé, comme si rien n'avait existé durant ces deux dernières années après sa relégation sportive de 2009. À l'époque, Christoph Schubert, qui évoluait alors en NHL, avait connu un championnat catastrophique illustré par sa bourde de début de match face à la France. Alors qu'il est revenu en équipe nationale cette année, sa prestation de ce soir risque de remettre l'actuel défenser de Hambourg sous les feux de la critique.

Désignés joueurs du match : Patrick Reimer pour l'Allemagne et Patrick Thoresen pour la Norvège.

Commentaires d'après-match

Jakob Kölliker (entraîneur de l'Allemagne) : "Il n'y a pas d'explication et pas d'excuse. Pour le moment, chaque mot est de trop."

 

Allemagne - Norvège 4-12 (0-3, 1-6, 3-3)
Dimanche 13 mai 2012 à 20h15 au Globen de Stockholm. 2462 spectateurs.
Arbitrage de Vyacheslav Bulanov (RUS) et Keith Kaval (USA) assistés d'Ivan Diedoulia (BLR) et Pierre Dehaen (FRA).
Pénalités : Allemagne 26' (6', 8'+10', 2'), Norvège 12' (0', 4', 8').
Tirs : Allemagne 29 (6, 13, 10), Norvège 32 (10, 13, 9).

Évolution du score :
0-1 à 00'20" : Thoresen assisté de Hansen et Skrøder
0-2 à 01'28" : Thoresen assisté de Holtet (sup. num.)
0-3 à 05'07" : Røymark assisté de Holtet
0-4 à 23'16" : L.E. Spets assisté de M. Olimb
0-5 à 24'12" : Kaunismäki assisté de M. Ask et K.A. Olimb
0-6 à 27'52" : Holøs assisté de Thoresen et Ask (sup. num.)
0-7 à 32'07" : Thoresen assisté d'Ask et Solberg
0-8 à 33'24" : Skrøder assisté de M. Olimb et Ask (sup. num.)
0-9 à 34'07" : Trygg assisté de Thoresen et Hansen (sup. num.)
1-9 à 38'25" : Reimer assisté de Gogulla et Schubert
1-10 à 40'44" : Skrøder assisté de Thoresen et Hansen
2-10 à 41'01" : Krueger assisté de Gogulla
2-11 à 43'15" : Hansen assisté de Bastiansen et Kaunismäki
3-11 à 46'27" : Kink assisté de Lavallee
3-12 à 52'05" : Trygg assisté de Hansen
4-12 à 57'17" : Fischer assisté de Hospelt et Gogulla (double sup. num.)

 
Allemagne

Gardien : Dennis Endras [puis Dimitri Kotschnew de 05'35" à 40'00" et de 52'46" à 60'00"].

Défenseurs : Justin Krueger (-3) - Christoph Schubert (-2, 2') ; Kevin Lavallee (+2, 2') - Nikolai Goc (+1) ; Florian Ondruschka (-4) - Christopher Fischer (-4) ; Denis Reul (2'+10').

Attaquants : John Tripp (-4) - Kai Hospelt (-5) - Andre Rankel (-1) puis Sebastian Furchner (-4) ; Philip Gogulla (4') - Christoph Ullmann (+1) - Patrick Reimer ; Evan Kaufmann (2') - Marcel Goc (C, 2') - Thomas Greilinger ; Felix Schütz (-1) - Alexander Barta (A, -1) - Marcus Kink (2').

En réserve : Dimitri Pätzold (G), Sinan Akdag, Daniel Pietta.

Norvège
 
Gardien : Lars Haugen.
 
Défenseurs : Mats Trygg (+3, 2') - Ole-Kristian Tollefsen (C, +2, 2') ; Jonas Holøs (+1) - Alexander Bonsaksen (+1) ; Juha Kaunismäki (+2) - Henrik Solberg (+1) ; puis à 40'00" Lars Lokken Østli.
 
Attaquants : Per Åge Skrøder (+4) - Mads Hansen (+4) - Patrick Thoresen (A, +3) ; Lars Erik Spets (+1) - Anders Bastiansen (A, +1) - Mathis Olimb (+1) ; Marius Holtet - Martin Røymark (2') - Mats Rosseli Olsen ; Andreas Martinsen (-1) - Morten Ask (+2, 2') - Ken Andre Olimb (+1) ; puis à 40'00" Tommy Kristiansen (-1, 2').
 
Remplaçant : Lars Volden (G). Absents : Pål Grotnes (G), Kristian Forsberg (commotion).