Finlande - États-Unis (Mondial 2012, à Helsinki)

IMG 0624« We are hunting lions »

Il y a deux ans, la Finlande et les États-Unis s'affrontaient dans une improbable rencontre pour éviter la poule de maintien. Les Finlandais, dont dix joueurs sont encore présents dans l'équipe ce soir, envoyaient Jack Johnson et son groupe aller batailler avec la France, l'Italie et le Kazakhstan.

L'ancienne formule avec des groupes de quatre ne pardonnait pas l'inconstance et l'absence de préparation, deux défauts que l'on reproche souvent aux Américains. Mais avec la nouvelle formule, ils peuvent se permettre d'alterner le meilleur (victoire contre le Canada) et le moins bon (victoire en prolongation contre les Kazakhs).

Les Finlandais, eux, ont montré comme à leur habitude plus de constance mais restent sur une défaite difficile à avaler face au Canada après avoir mené 2-0 et 3-1 au cours de la partie.

Et ils commencent cette partie contre les Américains de la même manière qu'ils ont terminé celle contre les Canadiens. La domination territoriale est plutôt américaine même s'il y a peu de tirs et d'occasions dangereuses en leur faveur. Comme l'avant-veille, la Finlande est privée de palet alors même que son jeu repose sur le contrôle du puck et le jeu collectif.

La meilleure image en est Patrick Dwyer : il reste devant la cage et empêche toute relance, pendant que Craig Smith et ses autres coéquipiers font un marquage individuel serré. Du coup, la Finlande passe rarement la zone neutre et Jimmy Howard n'a presque rien à faire en début de match.

IMG 0445Les affaires se compliquent même quand Janne Niskala part en prison pour un cinglage sur Justin Abdelkader. La Finlande se débrouille cependant bien pour tuer la pénalité. C'est ensuite au tour de Kyle Palmieri et Mikko Koivu d'aller au cachot : ça faisait un petit moment que le capitaine finlandais jouait aux provocations pour déconcentrer les Américains, et Palmieri a été le premier à perdre ses nerfs avec lui.

Le jeu à 4 contre 4 débloque aussitôt le score. Jarkko Immonen gagne l'engagement dans sa zone mais Mikko Mäenpää et Juuso Hietanen derrière leur but sont pressés par Paul Statsny. Le palet ressort devant le but et Max Pacioretty en profite, en deux fois. 0-1 à 16'19. (photo de gauche)

Il manque encore un joueur de champ dans chaque camp quand Cam Fowler retient irrégulièrement Valtteri Filppula. Le power-play finlandais s'installe quelques instants à 4 contre 3, puis continue à 5 contre 4 quand les deux punis rejoignent leurs troupes respectives.

La Finlande se dirige laborieusement vers la première pause avec ce but de retard, mais preuve de la nervosité des locaux, Jussi Jokinen commet un cinglage bien inutile sur le gardien Jimmy Howard qui venait de geler le palet.

IMG 0422Les Lions sauront-ils montrer en deuxième période les mêmes ressources morales que les Canadiens lorsqu'ils étaient menés au score et dans tous les compartiments du jeu par ces mêmes Finlandais ? Ils commencent en tout cas la deuxième période en infériorité numérique.

Sans conséquence. Alex Goligoski fait ensuite tomber une première fois Jussi Jokinen. L'arbitre ne bronche pas, mais quand le défenseur récidive juste après sur un contre de Janne Pesonen, il l'envoie logiquement en prison. Le power-play, arme redoutable des Finlandais, fonctionne très bien et pourrait permettre de relancer la machine car il se crée des occasions dangereuses... jusqu'à ce que Valtteri Filppula fasse une très mauvaise passe qui sort de la zone d'attaque.

Jesse Joensuu, bien peu inspiré ce soir, commet une faute en zone offensive. La Finlande doit donc penser avant tout à défendre avant de pouvoir envisager de revenir au score. Puis Janne Niskala balance le palet dans les tribunes, bien garnies mais de plus en plus inquiètes au vu de la prestation de leurs protégés.

IMG 0578Reconnaissons à Joensuu et Komarov de bien tuer la pénalité. Mais avec déjà cinq pénalités à la mi-match, dont une qui a coûté un but, la Finlande laisse beaucoup de force. Et les duels dans les bandes finissent le plus souvent à l'avantage des américains. Et ce travail, quand il est derrière la cage finlandaise pendant de longs instants, finit par payer. Kyle Palmieri exploite une passe en retrait  qui venait derrière la cage. Son petit revers est synonyme de premier but pour le joueur des Ducks d'Anaheim. 0-2 à 35'33

La Finlande n'a pas le sort de son côté : Mika Pyörälä récupère un rebond laissé par Jimmy Howard mais son lancer touche le poteau. La frustration s'installe et Mikael Granlund commet un cinglage sur Bobby Ryan. Les Américains profitent assez vite de la supériorité. Très beau jeu de puissance. En pointe, Alex Goligoski balance le jeu à gauche et Justin Faulk reprend d'un puissant shoot du cercle gauche. 0-3 à 37'56

Le grand Kari Lehtonen montre à son tour des premiers signes d'exaspération après le but et la pause devrait permettre à la Finlande de se ressaisir devant son public.

IMG 0499Les Américains ont de quoi voir venir et commencent plutôt sur la défensive la troisième période, Jussi Jokinen se montrant très dangereux sur une action confuse devant le but. Puis sur la première attaque américaine dans cette ultime tiers-temps, Kari Lehtonen est masqué par le trafic et laisse passer un tir lointain et pas spécialement puissant de Chris Butler. Le défenseur des Flames de Calgary marque ainsi ses premiers points du tournoi. 0-4 à 42'12.

La foule est aphone. Elle commence même à désespérer quand sur l'action américaine suivante, Bobby Ryan, libre de tout marquage bat à bout portant Kari Lehtonen. 0-5 à 44'08. Sur le but, Joonas Järvinen, le défenseur de SM Liiga à Lahti, a complètement abandonné son gardien.

La Finlande sait qu'elle a perdu. Par frustration,  Anssi Salmela charge Goligoski par derrière en lui envoyant la tête contre la balustrade. Expulsion directe, et Mikael Granlund effectue la substitution dans le cachot. Le défenseur, finaliste malheureux de KHL cette saison avec l'Avangard Omsk, en perd toute dignité dans la défaite.

IMG 0618Les Finlandais doivent donc tuer les 5 minutes d'infériorité numérique, au début dans un silence de mort. Mais la foule n'est pas rancunière et commence timidement à reprendre quelques « Suomi ! Suomi ! » pour aider les Lions à traverser l'épreuve du power-play américain.

Le « Team USA » le joue sérieusement mais ne se lance pas corps et âme dans la bataille pour marquer. La Finlande parvient ainsi à tuer la pénalité, mais sur une attaque qui arrive un peu vite sur son but, Kari Lehtonen se prend Bobby Ryan qui chute et emporte le but et la jambe du gardien.

Une douleur ? Kari Lehtonen, blessé, est peut-être content de trouver une raison de sortir de ce match transformé en calvaire. Mais la même misère est tout près d'arriver à son remplaçant Petri Vehanen quand Petri Kontiola balance Justin Abdelkader dans le but sur une jambe de son portier. Heureusement sans bobo cette fois-ci.

Jesse Joensuu est encore puni, cette fois pour obstruction, et va s'asseoir sur le banc des pénalités à cinq minutes de la fin. Une pénalité un peu anecdotique car Scott Gordon a profité des cinq buts d'avance pour calmer le jeu, faire tourner ses lignes. Il donne ainsi un peu de temps de glace à Justin Braun pour lui redonner un peu de confiance après plusieurs contre-performances lors des rencontres précédentes.

IMG 0371Les États-Unis ont montré un jeu très séduisant ce soir, dominant la Finlande qui a continué sur sa lancée de sa fin de match contre le Canada. Les deux équipes sont assurées de jouer les quarts de finale, peut-être l'une contre l'autre, mais les champions sortant seront sûrement contents de jouer le Kazakhstan demain pour reprendre un peu de confiance.

La publicité pour le Mondial qui passe à chaque pause montre un groupe de hockeyeurs de chaque principale équipe chanter dans sa propre langue un petit refrain guerrier, dont un « we are hunting lions » commun aux deux équipes nord-américaines, et à la fin duquel les Finlandais répondent « Vous êtes les bienvenus pour essayer, nous n'avons pas peur du tout » (« Tervetuloa koettamaan, Emme pelkää ollenkaan ! »). Le moins que l'on puisse dire, c'est que la chasse a été bonne pour les Nord-Américains jusqu'à présent contre la Finlande, qui, elle, commence à inquiéter les observateurs.

Désignés joueurs du match : Ossi Väänänen pour la Finlande et Justin Faulk pour les États-Unis.

Commentaires d'après-match :

Justin Abdelkader (attaquant des États-Unis, photo ci-dessus) : « C'est seulement un match. Il ne faut pas s'enflammer. Aujourd'hui, ça s'est très bien passé pour nous. Notre power-play a marqué. On a quelques joueurs vraiment bons dans l'équipe, qui savent être là quand il faut et font le job dans les moments-clefs. »

Bobby Ryan (attaquant des États-Unis) : « On ne pense pas encore aux quarts de finale et contre qui on va jouer. L'important, c'était de prendre les matches un par un et de se qualifier. »

Scott Gordon (entraîneur des États-Unis) : « On n'aurait pas pu demander à nos joueurs d'avoir mieux joué que ce soir. C'est la plus belle performance du Team USA depuis le début du tournoi. On avait dit avant le match que chaque joueur devait s'assurer d'apporter sa contribution à l'effort collectif. On n'a pas besoin que chaque joueur marque. »

Jukka Jalonen (entraîneur de la Finlande) : « Il n'y avait qu'une équipe sur la glace ce soir et ce n’était pas la Finlande. Notre préparation n'était pas suffisante pour jouer une équipe de ce calibre. Triste jour pour les mères finlandaises [fête des mères]. C'est difficile d'expliquer pourquoi nous avons été incapables de jouer de notre mieux. Peu de joueurs ont montré du positif ce soir. Heureusement il nous reste des matches mais nous devons nous améliorer. »

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Finlande - États-Unis 0-5 (0-1, 0-2, 0-2)
Dimanche 13 mai 2012 à 16h15 à la Hartwall Areena de Helsinki. 12652 spectateurs.
Arbitrage de Georgij Jablokov (ALL) et Brent Reiber (SUI) assistés de Petr Blümel (TCH) et Jesse Wilmot (CAN).
Pénalités : Finlande 39' (6', 6', 27') ; États-Unis 6' (4', 2', 0').
Tirs : Finlande 18 (4, 6, 8) ; États-Unis 31 (10, 11, 10).

Évolution du score :
0-1 à 16'19" : Pacioretty
0-2 à 35'33" : Palmieri assisté de Atkinson et Butler
0-3 à 37'56" : Faulk assisté de Goligoski et Pacioretty (sup. num.)
0-4 à 42'12" : Butler assisté de Petry et Atkinson
0-5 à 44'08" : Ryan assisté de Smith
 

Finlande

 
Gardien : Kari Lehtonen puis Petri Vehanen à 52'24.
 
Défenseurs : Mikko Mäenpää (-2) - Juuso Hietanen (-2) ; Ossi Väänänen (-1) - Joonas Järvinen (-1) ; Janne Niskala (4') - Anssi Salmela (-1, 25') ; Lasse Kukkonen (A, -1) - Topi Jaakola.

Attaquants : Valtteri Filppula (-1) - Mikko Koivu (C, -1, 2') - Jussi Jokinen (A, -1, 2') ; Janne Pesonen (-1) - Jarkko Immonen (-2) - Mikael Granlund (-2, 2') ; Jesse Joensuu (-1, 4') - Niko Kapanen (-1) - Leo Komarov (-1) ; Mika Pyörälä - Petri Kontiola – Antti Pihlström.
 
Absent : Karri Rämö (G), Jani Tuppurainen (en réserve), Tuomas Kiiskinen (en réserve).

États-Unis

Gardien : Jimmy Howard.

Défenseurs : Cam Fowler (+2, 2') - Jack Johnson (C, +2) ; Justin Faulk - Alex Goligoski (2') ; Chris Butler (+2) - Jeff Petry (+2) ; Justin Braun.

Attaquants : Ryan Lasch - Paul Stastny (+1) - Max Pacioretty (+1) ; Bobby Ryan (+1) - Craig Smith (+1) - Kyle Okposo (+1) ; Kyle Palmieri (+2, 2') - Justin Abdelkader (+2) - Cam Atkinson (+2) ; Nate Thompson (A) - Jim Slater (A) - Patrick Dwyer ; Joey Crabb.

Remplaçant : Richard Bachman (G). Non-utilisé : John Curry (G), J.T. Brown.

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