Bélarus - France (Mondial 2012, à Helsinki)

IMG 1189Grâce à sa victoire contre la Suisse 4-2, la France peut encore rêver à un quart de finale, même s'il faudrait pour cela multiplier les exploits en gagnant contre la Slovaquie demain, et aujourd'hui contre le Bélarus, un adversaire que l'on avait jamais battu... jusqu'à l'an dernier, dans le match couperet pour éviter la poule de maintien.

Mais il faudrait faire encore mieux et gagner avant la prolongation cette fois. Pas forcément impossible contre une équipe à court de motivation dans le tournoi, même si elle peut mathématiquement encore être reléguée si le Kazakhstan bat la Finlande...

Les deux effectifs ressemblent d'ailleurs beaucoup à ceux de l'an dernier et les Français savent que les équipes de l'ex-bloc soviétique ont souvent un style de jeu qui ne leur convient pas trop.

La France commence donc très défensivement et ne prend aucun risque. Quand Kevin Hecquefeuille perd sa crosse, Julien Desrosiers se sacrifie et lui passe la sienne. La défense française reçoit cependant une première alerte quand elle laisse Andrei Stas s'infiltrer démarqué au deuxième poteau sur un centre qu'il ne peut heureusement pas reprendre. Il se rend même coupable juste après d'une crosse haute sur Pierre-Édouard Bellemare.

IMG 1043-(But Kalyuzhny)

Le power-play français s'installe bien mais en face, le Belarus est quand même la meilleure équipe du tournoi avec 100 % en penalty killing. Beaucoup de lancers mais la construction est un peu lente et les tirs pas très puissants. Stéphane Da Costa prend un shoot complètement à côté qui renvoie le jeu en dehors de la zone offensive.

Le Bélarus se montre tout de même plus dangereux à égalité numérique et la défense est parfois dépassée en première période. Du coup, le premier but arrive logiquement après dix minutes de jeu, sur une combinaison  classique conclue par un tir d'Alexei Kalyuzhny du cercle droit. 1-0 à 8'15 (photo ci-contre)

Quelques instants plus tard, Cristobal Huet repousse péniblement un palet sur une attaque de Dmitri Meleshko. Le jeu se poursuit mais à la pause publicitaire, les ralentis de la télévision montrent que le palet a en fait franchi la ligne du but sous la jambière de Huet avant que le gardien de l'équipe de France ne le repousse. Trop tard pour revenir en arrière. Les arbitres n'avaient rien vu, ni les joueurs du Bélarus qui n'ont pas protesté sur l'instant.

IMG 1292De quoi agacer les Slaves ! Une pénalité différée est appelée contre le capitaine Vladimir Denisov, qui s'était déjà accroché avec Stéphane Da Costa quelques minutes auparavant. Le jeu de puissance s'installe, du moins au début mais les tirs sont sans danger pour le Bélarus. décidément expert pour tuer les pénalités.

Le Bélarus peut donc continuer à être indiscipliné et Mikhaïl Grabovski charge un peu trop fort Antoine Roussel en représailles de quelques coups de crosses auparavant. Sur la supériorité numérique, Stéphane Da Costa à une cage ouverte sur le power-play mais Vitali Koval, déjà impeccable jusqu'ici, dévie du bout de la jambière.

La France revient donc au vestiaire pour la première pause avec un but de retard. Le deuxième tiers-temps reprend depuis moins d'une minute que les Français, qui avaient réussi à éviter le banc des pénalités, se font sanctionner à cause d'une crosse haute de Yorick Treille. La France, qui est aux antipodes du Bélarus en termes de statistiques de penalty-killing avec moins de 60 % (le plus bas du tournoi), se montre très efficace pour tuer la pénalité. Et elle va devoir le prouver à nouveau parce que Teddy Da Costa fait trébucher Sergei Drozd. Son travail est propre et les Bleus gardent le score.

Le jeu devient ensuite plus fluide, d'un côté comme de l'autre libéré des petites fautes, et les deux équipes proposent un hockey simple à défaut d'être efficace. La France presse haut et le Bélarus attaque sagement sans prendre de risques inutiles, se contentant de son but d'avance.

IMG 1116En tout cas, jusqu'à ce que Teddy Da Costa récidive, cette fois en chargeant un joueur sans palet. Il retourne donc s'asseoir deux minutes pour obstruction. Petit moment de panique sur le power-play quand Dmitri Korobov prend un shoot sur Huet sans crosse mais il tire trop haut. La pénalité passe et on semble se diriger vers la deuxième pause. Mais sur un beau décalage de Vincent Bachet, Kevin Hecquefeuille parvient à placer un de ses slaps de la ligne bleue et marque. Égalisation ! 1-1 à 37'57

Coup dur pour le Bélarus avant de rentrer au vestiaire. Coup d'autant plus dur que Vitali Koval se blesse tout seul au genou dans son grand écart sur le tir. Et comme Andrei Mezin a quitté l'équipe sans explication, il ne reste plus que Dmitri Milchakov, un illustre inconnu qui joue au Metallurg... pas de Magnitogorsk mais de Zhlobyn, un club créé il y a 5 ans dans cette bourgade près de Gomel et qui a remporté l'Extraliga... du Bélarus. Un championnat certes modeste mais où on joue 50 matches dans la saison régulière. Julien Desrosiers essaye tout de suite un tir excentré dans les 5 secondes restantes pour le tester.

Peut-être conscients du manque d'expérience de leur nouveau cerbère, les Biélorusses monopolisent le palet en début de troisième période, car sur le seul tir qu'il reçoit en 3 minutes, il laisse un très dangereux rebond. Alexei Ugarov, puis Alexandre Kitarov, qui avait gagné la Continental Cup l'an dernier avec le Yunost Minsk contre Rouen, sont tout près de marquer sur un rebond mais la défense est plus présente sur le porteur du palet.

L'attaque en revanche est un peu moins efficace. Pourtant les Français sont bien conscients qu'une prolongation ne ferait pas du tout leurs affaires au classement. Hecquefeuille tente le doublé mais ne trouve que la jambière du gardien. On sent un peu de précipitation pour chercher la bonne position de tir. Les Bleus ont tiré seulement 3 fois dans la période pour l'instant et il ne reste que 10 minutes.

Puis Desrosiers rate sa passe et sa crosse arrive dans le visage de Alexei Ugarov. La prison du Rouennais est bien mal venue mais la France tient. Mieux, Kevin Hecquefeuille et Laurent Meunier partent en 2 contre 1 mais la passe du premier est trop dans les patins du second pour qu'il puisse l'exploiter.

IMG 1330-(But Auvitu)À sa sortie de prison, Desrosiers a l'occasion de se racheter en échappée mais il est obligé de tirer dans une position excentrée et le gardien fait la déviation. Puis Hecquefeuille essaye de la surprendre avec tir du revers de la bleue.

Se dirige-t-on vers les prolongations ? Non, car à moins de deux minutes de la fin du match Pierre-Édouard Bellemare, Stéphane Da Costa et Yohan Auvitu partent en contre-attaque à 3 contre 2. Da Costa sert Auvitu en retrait qui place un missile dans les filets ! 1-2 à 58'43 (photo ci-contre)

La France tient sa victoire. Il ne reste que 30 secondes avant la fin, le gardien sort mais les Bleus négocient parfaitement la fin de match et gagnent pour la première fois en temps réglementaire contre le Bélarus. Les Bleus font donc encore mieux que l'an dernier grâce à un jeu discipliné et surtout beaucoup de coeur.

Avec déjà 9 points, la France jouera une partie décisive demain contre la Slovaquie. Le vainqueur continuera le tournoi et jouera les quarts de finale tandis que le vaincu rentrera chez lui. Rien n'est impossible, et en théorie, la France peut même encore voir revenir Sacha Treille au jeu ! Mais quelque soit le résultat, l'objectif est déjà atteint. On ne peut pas en dire autant du Bélarus de Kari Heikkilä qui va de déception en déception dans ce Mondial, même si à chaque fois, ce sont de très courtes défaites et qu'ils gardent leur invincibilité en infériorité numérique.

Désignés joueurs du match : Alexandre Kitarov pour le Bélarus et Cristobal Huet pour la France.

IMG 1403Commentaires d'après-match :

Yorick Treille (attaquant de la France) : "Ça été dur, serré. On savait avant les championnats du monde que ces matches-là étaient maintenant à notre portée. C'est des matches qui se jouent à 1 but. On fait un bon travail défensif comme contre la Suisse. Un peu de chance aussi, il en faut, avec un palet qui a peut-être franchi la ligne et qui n'a pas été vu. On a bien joué au troisième tiers, c'était équilibré même si parfois on prend un peu l'eau. Par le passé, on a déjà réussi à gagner des matches comme ça, mais c'était plus des hold-ups. Aujourd"hui comme contre les Suisses, on a réussi à faire du jeu, à se créer pas mal d'occasions et faire quasiment jeu égal, même si on a aussi un gardien énorme qui nous tient dans le match. On arrive au dernier match avec la possibilité d'arriver en quart, c'est un peu notre 1/8e de finale. C'est génial. Ça va être dur physiquement, les deux équipes sont à 7 matches. Mais on commence à 0-0. Les Slovaques étaient contents qu'on ait battu les Suisses. Ils pensaient qu'on les avait aidés. Maintenant, ça peut peut-être leur jouer un tour et c'est ce qu'on va essayer de faire."

Julien Desrosiers (attaquant de la France) : "C'est des matches comme on se doit de jouer, on a été patient tout le match, fort défensivement. On a fait un peu de vidéo à l'hôtel, on a revisionné les moments de l'année dernière. Ça a donné un petit ascendant psychologique parce qu'on savait qu'on pouvait les battre. J'ai raté quelques championnats à cause de blessures. Mais [Treille et Meunier] sont des bons joueurs, c'est facile de s'adapter à eux. Ça va être énorme demain. On ne réalise pas trop ce qu'on est en train de faire."

Vladimir Denisov (défenseur du Bélarus) : "On voulait gagner mais encore une fois, on ne fait pas de résultat. En supériorité, on a mal joué, on n'a pas pas assez tiré. Il n'y a pas de jeu d'équipe, on ne tire pas assez au but, on joue un hockey de débutant. Évidemment c'est dommage d'avoir perdu [Koval] mais je ne pense pas que ça ait eu une influence sur le résultat. Pour le dernier match, on est des professionnels, on n'a pas le droit d'entrer sur la glace et de donner la victoire aux adversaires."

IMG 1409Dave Henderson (entraîneur de la France, ci-contre) : "On a eu deux périodes difficiles. On a essayé de revenir dans la troisième période, on a retruvé de l'énergie. Nous sommes très heureux. Pierre Pousse et moi sommes avec l'équipe depuis 8 ans. On travaillait pour en arriver là.  On ne savait pas combien de temps ça prendrait. Chaque année a l'air d'être meilleure. Plus de talent. On y pensait mais notre objectif principal les 5 premières années était de rester dans le groupe A. Maintenant ça va être dur car la Slovaquie est une équipe très forte. Mais je connais mes joueurs, ce sont des travailleurs, des chiffonniers. On avait plannifié notre stratégie [d'épargner Bellemare et Huet] quand on a su que Pi-Ed était un peu blessé. On ne peut pas lui laisser jouer 7 matches d'affilée. Cristo avait fini sa saison avec Fribourg de bonne heure. Il a eu deux matches de compétition. Lui et l'équipe ont pu peaufiner le jeu dans les premières rencontres. Contre les Kazakhs, on ne joue pas mal mais il y avait des joueurs laissés à l'abandon devant la cage qui coûtent des buts. Des erreurs qu'on ne fait plus en ce moment. Des oublis à la ligne bleue qu'on fait moins, donc ça l'aide aussi."

Kari Heikkilä (entraîneur du Bélarus) : "C'était un bon match. Deux bonnes équipes. Du bon hockey. Malheureusement, les arbitres ne savaient pas quoi faire sur la glace. D'abord, ils n'ont pas compté notre deuxième but parce qu'ils ne l'ont pas vu. Et dans la deuxième période, l'arbitre est venu me voir et m'a dit qu'il y avait obstruction. C'est pourquoi il ne l'a pas compté. Je n'aime pas ça. Dans la dernière minute, ils ne nous ont pas laissé prendre un temps mort. J'ai demandé un temps mort. Pas de temps mort. À ce niveau, au championnat du monde, j'attends aussi que les arbitres soit au même niveau. [à propos des frères Kostitsyn] Je pense qu'ils peuvent mieux jouer."


IMG 1333-(But Auvitu)-(700)

 

Bélarus - France 1-2 (1-0, 0-1, 0-1)
Lundi 14 mai 2012 à 16h15 à la Hartwall Areena de Helsinki. 5583 spectateurs.
Arbitrage de Martin Frano (TCH) et Jari Levonen (FIN) assistés de Jon Kilian (NOR) et Sirko Schulz (ALL).
Pénalités : Bélarus 6' (6', 0',0') ; France 10' (0', 6', 4').
Tirs : Bélarus 22 (9, 9, 4) ; France 32 (12, 12, 8).

Évolution du score :
1-0 à 08'15" : Kalyuzhny assisté de Ugarov et Korobov
1-1 à 37'57" : Hecquefeuille assisté de Bachet et Bellemare
1-2 à 58'43" : Auvitu assisté de Bellemare et S. Da Costa


Bélarus

IMG 1414Gardien : Vitali Koval puis Dmitri Milchakov à 37'57.

Défenseurs : Vladimir Denisov (C, +1, 2') - Dmitri Korobov (+1) ; Oleg Goroshko (-1) - Viktor Kostyuchyonok (-1) ; Nikolai Stasenko (-1) - Pavel Chernaok (-1) ; Roman Graborenko.

Attaquants : Aleksei Ugarov (+1) - Mikhail Grabovski (A, +1, 2') - Aleksei Kalyuzhny (A, +1) ; Andrei Kostitsyn - Yevheni Kovyrshin - Sergei Kostitsyn ; Konstantin Koltsov (-1) - Andrei Stas (-1, 2') - Dmitri Meleshko ; Andrei Kolosov (-1) - Aleksandr Kitarov (-2) - Sergei Drozd (-1) ; Andrei Mikhailov.

Non-utilisés : Andrei Mezin (G, désertion), Andrei Stepanov, Aleksandr Kulakov.

France

Gardien : Cristobal Huet.

Défenseurs : Vincent Bachet (A, +1) - Kevin Hecquefeuille (A, +2) ; Baptiste Amar (-1) - Alexandre Rouleau (-1) ; Yohann Auvitu (+1) - Nicolas Besch (+1) ; Maxime Moisand - Antonin Manavian.

Attaquants : Julien Desrosiers (-1, 2') - Laurent Meunier (C, -1) - Yorick Treille (-1, 2') ; Stéphane Da Costa (+2) - Pierre-Édouard Bellemare (+2) - Loïc Lampérier [1 présence] ; Charles Bertrand - Brian Henderson - Antoine Roussel (2') ; Damien Raux - Teddy Da Costa (+1) - Damien Fleury.

Remplaçant : Fabrice Lhenry (G). Absents : Florian Hardy (G), Sacha Treille (suspendu), Anthony Guttig (commotion).

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