États-Unis - Suisse (Mondial 2012, à Helsinki)

120515-565La Suisse n'a plus rien à gagner dans ce championnat du monde qu'elle terminera à la onzième place quoi qu'il arrive. Elle essaiera sûrement d'oublier ces deux semaines un peu maudites durant lesquelles elle aura perdu quatre attaquants sur blessure, le dernier en date étant Nino Niederreiter. Devinez qui a encore dû modifier ses lignes ? Sean Simpson ne trouve même plus ça drôle. Il joue avec deux défenseurs reconvertis en attaque, Von Gunten et Seger. Dans leur malheur, les Suisses n'auront pas tout perdu. Ils auront au moins vu leur place aux Jeux Olympiques assurée par la dernière débâcle allemande.

Ce match revête en revanche une importance pour les Américains : ils ont besoin d'une victoire pour passer à la deuxième place de la poule et retrouver la Finlande en quart de finale. En cas de défaite en revanche, ils resteront quatrièmes et affronteront le Canada. Ils "choisissent" donc entre deux adversaires... qu'ils ont déjà battus ! C'est face aux rivaux moins cotés qu'ils ont connu plus de problèmes.

Est-ce un problème de motivation des États-Unis ? Comme en face la Suisse n'a rien à gagner, le match débute sur un rythme assez lent. Chaque équipe s'appuie quand même sur ses points forts. Les Américains vont droit dans l'enclave et créent des actions chaudes. La passe de derrière la cage de Kyle Okposo est ainsi reprise par Cam Atkinson pour un moment très chaud. Dans cette guerre de tranchées, Andres Ambühl doit même un peu plus tard se placer sur sa ligne pour faire barrage de son corps.

120515-589-(But Ruthemann)Les attaques suisses, elles, penchent à gauche. Tous les débordements passent par ce côté. C'est le cas du petit pont de Damien Brunner sur Chris Butler. Le numéro 96 est décidé à se montrer sous son meilleur jour vis-à-vis des recruteurs de NHL, sa cible déclarée. Roman Wick n'est pas en reste avec une belle accélération. Dépassé et déjà couché, le défenseur Jeff Petry se retourne au sol d'un mouvement de crosse à 360° qui fait trébucher l'attaquant suisse et récolte une pénalité, sans conséquence.

Le but qui s'est fait attendre 20 minutes arrive finalement en... 21 secondes à la reprise. Ivo Rüthemann dévie directement dans le demi-cercle du gardien la passe de Brunner. Le capitaine Jack Johnson le charge trop tard contre la cage, car il était dans le dos de l'attaquant. Si même lui ne montre pas l'exemple, cela explique que la défense américaine soit négligente (0-1, 20'21", photo de gauche).

Ce but réveille cependant les blancs qui réagissent très rapidement. Luca Sbisa se fait pénaliser, et peu après qu'il sorte de prison, Bobby Ryan reprend entre les cercles la passe du revers de Max Pacioretty (1-1, 22'39"). Justin Abdelkader se fait sanctionner dans la foulée pour n'avoir pas pris la peine d'apprendre les règles internationales : il a continué à jouer après avoir perdu son casque.

120515-662-(But Fowler)Les plus beaux gestes techniques individuels restent helvétiques. La feinte de tir de Wick piège son défenseur (Faulk), il le déborde et contourne la cage. Ses coéquipiers lèvent alors les bras mais le palet n'a fait que traverser devant le but. Même s'il a été contaminé ce soir par l'indolence défensive général de son équipe, l'arrière Cam Fowler compense par ses instincts offensifs : il monte dans l'axe dans le dos de Furrer et dévie au second poteau une excellente passe dans le timing de Paul Stastny (2-1, 36'52, photo de droite). Les plus belles actions collectives, les plus simples aussi, restent américaines.

Au début du troisième tiers-temps, Denis Hollenstein est projeté dans la bande par Craig Smith derrière le but américain. Le penalty killing maintient bien la Suisse dans le périmètre pour l'empêcher d'être dangereuse. Ce sont les unités spéciales qui font donc une différence définitive. Blindenbacher a en effet relayé Smith en prison, et pendant que les blancs sont en supériorité numérique, Paul Stastny est laissé seul devant le but par Josi et reçoit la passe de Bobby Ryan (3-1, 45'22"). Sur l'action suivante, Alex Goligoski décoche un slap puissant dans le cercle gauche, sur une passe de derrière la cage d'Abdelkader (4-1, 46'04"). Le match est tué.

120515-587Thibaut Monnet part en breakaway en infériorité, du moins le croit-il ! Au moment où il engage son mouvement devant le gardien, Kyle Okposo revient du diable vauvert pour soulever sa crosse en plongeant et lui voler le palet. Spectaculaire geste défensif !

En panne d'attaquants valides, la Suisse en est résolue à compter sur Morris Trachsler pour marquer. Il reprend face à la cage un centre contré de Benjamin Plüss. Ce but est particulièrement mérité pour l'attaquant défensif de Genève, surtout que l'action est partie d'une mise au jeu qu'il a gagnée. Le bilan de Trachsler aux engagements (5 sur 10) est plus modeste que d'habitude. Mais il reste incomparable à ses coéquipiers : 5 sur 15 pour Romy, 2 sur 13 pour Ambühl et 0 sur 8 pour Bieber...

Difficile d'espérer mieux dans ses conditions. Seize secondes après la réduction du score, Jeff Petry tire sous le bras du gardien Reto Berra qui n'a pas connu une bonne soirée (5-2, 54'59").

Les deux équipes ont connu des défauts de concentration en défense ce soir. C'est assez inhabituel pour la Suisse, qui a peut-être peiné à trouver la motivation nécessaire pour maintenir son total investissement dans ce dernier match. Quant aux Américains, leur attaque beaucoup plus efficace cette année leur permet de compenser leurs moments de flottement.

Désignés joueurs du match : Bobby Ryan pour les États-Unis et Ivo Rüthemann pour la Suisse.

Commentaires d'après-match

120515-656

Cam Fowler (défenseur des États-Unis) : "Sur le premier but, on voit que Bobby Ryan est un pur buteur naturel. Il a fait un des mouvements les plus créatifs que j'ai vus autour de la cage. Peut-être que ça a à voir avec le fait qu'on a joué au foot avant le match, pour la coordination. Sur mon but, c'est ce que j'aimerais apporter un peu plus : ma vitesse en entrant dans la zone. Ce n'est pas évident quand l'équipe adverse joue la trappe avec 3 ou 4 gars à l'arrière. Le plus important pour moi est la manière dont on a réagi après le 4-2. C'est le genre de ténacité qu'on veut voir dans l'équipe. Finir l'adversaire quand on en a l'opportunité. On ne va pas prendre les Finlandais à la légère. Ils ont la pression de jouer devant leur public. Mais on veut aussi ramener une médaille aux États-Unis, ça fait un moment que c'est pas arrivé. Alors on a une certaine pression aussi. Peut-être pas autant qu'eux."

Benjamin Plüss (attaquant de la Suisse) : "Si on voit la préparation des championnats, on a fait des bons matches. Mais après, on a beaucoup perdu pendant le tournoi. Les quatre premiers étaient bons. Après, on est tombés contre la France et c'était vraiment difficile de revenir dans le tournoi. On a manqué de confiance quand ils sont revenus 2-2. On a perdu notre concentration pour deux minutes et ça coûte le match et le tournoi. Ils ont deux occasions, ils marquent deux buts, ils méritent plus que nous. J'ai eu une saison très longue. Ca va faire du bien se reposer. C'était une belle expérience de faire les championnats du monde."

Max Pacioretty (attaquant des États-Unis) : "Contre les Finlandais, le dernier match ne nous apportera pas un avantage particulier, ils sont très talentueux et travailleurs. Ce sera un tout autre match. Je m'attends à un match très physique évidemment. C'est une équipe qui joue physique, nous aussi. Notre équipe est jeune et rapide. Ça peut aider pour le forecheck contre eux."

120515-739-(700)

 

États-Unis - Suisse 5-2 (0-0, 2-1, 3-1)
Mardi 15 mai 2012 à 20h15 à la Hartwall Areena de Helsinki. 9212 spectateurs.
Arbitrage de Martin Frano (TCH) et Christer Lärking (SUE) assistés de Jon Kilian (NOR) et Sergei Shelyanin (RUS).
Pénalités : États-Unis 10' (4', 2', 4') ; Suisse 8' (2', 2', 4').
Tirs : États-Unis 24 (8, 10, 6) ; Suisse 27 (6, 7, 14).

Évolution du score :
0-1 à 20'21" : Rüthemann assisté de Brunner et Romy
1-1 à 22'39" : Ryan assisté de Pacioretty et Fowler
2-1 à 36'52" : Fowler assisté de Stastny
3-1 à 45'22" : Stastny assisté de Ryan et Pacioretty (sup. num.)
4-1 à 46'04" : Goligoski assisté d'Abdelkader et Palmieri
4-2 à 54'43" : Trachsler assisté de B. Plüss et Josi
5-2 à 54'59" : Petry assisté de Stastny


États-Unis

Gardien : Jimmy Howard.

Défenseurs : Jack Johnson (C) - Cam Fowler (+1) ; Alex Goligoski (+1) - Justin Faulk (+1) ; Chris Butler (+1) - Jeff Petry (+1, 2') ; puis à 40'00" Justin Braun (-1).

Attaquants : Max Pacioretty (+2, 2') - Paul Stastny (+2) - Bobby Ryan (+2) ; Cam Atkinson - Craig Smith (2') - Kyle Okposo ; Kyle Palmieri (+1) - Justin Abdelkader (4') - J.T. Brown ; Nate Thompson (A) - Jim Slater (A) - Patrick Dwyer (-1) ; Joey Crabb.

Remplaçant : Richard Bachman (G). Non-utilisés : John Curry (G), Ryan Lasch.

Suisse

Gardien : Reto Berra.

Défenseurs : Roman Josi (+1) - Félicien Du Bois (+1) ; Mark Streit (C, -2) - Severin Blindenbacher (-2) ; Philippe Furrer (-1) - Luca Sbisa (-2, 2').
 
Attaquants : Ivo Rüthemann (A) - Kevin Romy - Damien Brunner (-1) ; Roman Wick (-1) - Andres Ambühl (-1, 2') - Thibaut Monnet (-2) ; Benjamin Plüss - Morris Trachsler (+1) - Denis Hollenstein (+1, 2') ; Patrick Von Gunten (-1) - Matthias Bieber (-1) - Matthias Seger (A).

Remplaçant : Tobias Stephan (G). Absents : Lukas Flüeler (G), Simon Moser (genou droit), Daniel Rubin (fracture de la pommette), Goran Bezina (suspendu), Nino Niederreiter (blessé).