Russie - Norvège (Mondial 2012, quart de finale)

La Russie ne s'ennuie plus !

SEMIN Alexander-100516-620

Aleksei Tereshchenko, qui a disputé cinq championnats du monde, a confié qu'il s'agissait du "plus ennuyeux" qu'il ait joué. Les tribunes trop souvent vides du Globen participent certainement de ce sentiment car elles nuisent à l'ambiance habituelle. Il y a heureusement plus de monde aujourd'hui pour le quart de finale.

Mais si les Russes disaient s'ennuyer, c'est qu'ils ne voyaient plus d'enjeu à la fin de cette première phase qu'ils ont copieusement dominée. En l'absence de quarts de finale croisés, ils savaient devoir retrouver un adversaire déjà battu. C'est peut-être là que réside le piège. La Norvège n'avait en effet pas du tout digéré sa défaite en poule, se plaignant de l'arbitrage qui lui avait refusé un but.

La Russie aligne comme prévu ses "jokers" Ovechkin et Semin sur la deuxième ligne aux côtés de Datsyuk. Bilyaletdinov a donc rétrogradé Kulemin et Kuznetsov en quatrième ligne, et il n'aligne donc plus vraiment de trio défensif. On n'en voit pas l'utilité, à vrai dire, puisque la partie commence à sens unique. La Norvège reste très regroupée derrière, et la Russie a des difficultés à construire le jeu face à ce bloc défensif, au point de commettre trois dégagements interdits en huit minutes.

Aleksandr Ovechkin, qui donne une grosse mise en échec dès sa première présence, ne met pas longtemps à entrer dans le match. Il ouvre le score avec beaucoup de chance, en remettant le palet en aveugle de derrière la cage. Le malheureux Lars Haugen se met ce but contre son camp en s'emmêlant entre sa crosse et ses bottes (1-0, 07'26"). Ce but-gag compense l'échec de Sergei Shirokov, qui n'avait pas converti une passe de derrière le but, échouant dans la botte de Haugen alors qu'il avait la cage bien ouverte.

La première offensive de la Norvège vient de la quatrième ligne, et déjà sur l'action suivante, elle égalise par son premier trio sur sa première attaque typique : les joueurs montent sur la même ligne, et à mi-zone, le palet circule horizontalement de l'ailier droit au centre puis à l'ailier gauche. Le lancer de Patrick Thoresen est détourné, mais le rebond arrive à l'opposé à Per-Åge Skrøder. L'attaquant de Modo a toujours été un buteur d'une grande précision, et il le démontre encore malgré l'angle très fermé (1-1, 11'33").

Ce but fonne confiance aux Norvégiens qui commencent à prendre leurs habitudes en zone offensive. Cela leur coûte cher. Une longue passe d'Aleksei Emelin envoie Aleksandr Popov dans une échappée tellement solitaire que l'attaquant d'Omsk ne s'autorise pas à la manquer (2-1, 14'09").

Avant le match, les journalistes russes dépeignaient les Norvégiens comme de brutaux guerriers vikings cherchant à casser du Malkin à la hache. Ce n'est pas ce que l'on voit. Les hommes de Roy Johansen ne s'engagent jamais avec excès sur le plan physique, parce qu'ils privilégient le positionnement et la discipline. La première pénalité est russe, un cinglage d'Evgeni Biryukov à une minute de la pause. La Norvège en profite à la reprise, tout en subtilité : la passe de Morten Ask vise la pallette de Patrick Thoresen pour la déviation en lucarne (2-2, 20'28").

OVECHKIN Alexander-100516-571Ask retient le bras de Tereshchenko, et c'est au tour de la Russie de jouer en supériorité numérique. Un slap d'Ilya Nikulin frappe le poteau, et un bon lancer de Datsyuk est cueilli par la mitaine de Haugen : la Norvège s'en sort. Peu après, la Russie signe une "attaque norvégienne" avec transmissions horizontales d'Ovechkin et Datsyuk, mais le lancer de Semin heurte également le montant. En plus d'être aidé par ses poteaux, Lars Haugen donne peu de rebonds et tient bon.

Les rugueux défenseurs norvégiens commencent à dépasser les bornes en faisant le ménage devant leur cage. Henrik Solberg commet une obstruction sur Shirokov, puis, au début de l'infériorité numérique, Ole Kristian Tollefsen donne un coup de poing à Perezhogin (qui en rajoute) après le coup de sifflet. Le capitaine de la Norvège bénéficie de l'indulgence arbitrale. Il interprète aussitôt cela comme du laxisme et ne cesse de provoquer les attaquants adverses au-delà de la limites dans les actions suivantes. De quoi attiser les nerfs des Russes, déjà passablement rougis par le score toujours nul. Emelin simule un peu et envoie en prison Røymark qui le tenait par la taille, mais les Scandinaves résistent toujours vaillamment.

Le public commence à humer un parfum d'exploit... Jamais un "petit" n'a battu en gros en phase éliminatoire de championnat du monde. La Norvège sera-t-elle la première ? Malheureusement pour elle, la troisième période vient juste de commencer qu'Aleksei Emelin, de la ligne bleue, envoie un tir du poignet dans la lucarne (3-2, 40'55"). Un mauvais but pour Haugen, qui garde cependant la tête froide et continue à faire de beaux arrêts, notamment une mitaine devant Ovechkin seul dans l'enclave.

La Norvège commence à s'énerver et à s'éparpiller à dix minutes de la fin après un accrochage évident mais non sifflé sur Ask. Peu après, Nikolaï Zherdev met fin au suspense en déviant un tir de Biryukov (4-2, 50'43").

La Russie joue maintenant libérée. La première ligne signe un joli mouvement collecif avec passe-abandon de Malkin et centre de Perezhogin pour Popov, dont le tir est bloqué par la botte de Haugen. Denis Kokarev signe un festival technique, jusqu'à ce que Mats Trygg le fasse trébucher. La pénalité est convertie par un lancer axial d'Ilya Nikulin de la ligne bleue (5-2, 54'52").

On espère que la Russie ne s'est pas trop ennuyée, car elle a eu l'air de se faire sacrément peur. Elle s'est cependant rassurée en troisième période. L'inclusion toujours délicate des individualités Ovechkin et Semin s'est bien passée. Ils n'ont pas déparé dans l'effectif et leur centre Pavel Datsyuk a joué un match complet, en récoltant énormément de palets.

Désignés joueurs du match : Nikolaï Zherdev pour la Russie et Per-Åge Skrøder pour la Norvège.

Commentaires d'après-match

Semion Varlamov (gardien de la Russie) : "C'est le quart de finale et on n'a plus le droit de faire d'erreur. C'est peut-être pour cette raison que nous étions assez nerveux en début de match. Les Norvégiens étaient plus actifs qu'en match de poule."

Pavel Datsyuk (attaquant de la Russie) : "Nous avons gagné parce que nous n'avons rien changé à notre jeu. Nous savions que, tôt ou tard, nous allions réussir à marquer."

 

Russie - Norvège 5-2 (2-1, 0-1, 3-0)
Jeudi 17 mai 2012 à 14h45 au Globen de Stockholm. 7519 specteurs.
Arbitrage de Lars Brüggemann (ALL) et Danny Kurmann (SUI) assistés de Roger Arm (SUI) et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : Russie 2' (2', 0', 0'), Norvège 8' (0', 6', 2').
Tirs : Russie 45 (13, 16, 16), Norvège 21 (9, 4, 8).
 
Évolution du score :
1-0 à 07'26" : Ovechkin assisté de Semin
1-1 à 11'33" : Skrøder assisté de Hansen et Thoresen
2-1 à 14'09" : Popov assisté d'Emelin et Ryasenski
2-2 à 20'28" : Thoresen assisté d'Ask et Holøs (sup. num.)
3-2 à 40'55" : Emelin assisté de Datsyuk et Semin
4-2 à 50'43" : Zherdev assisté de E. Biryukov et Tereshchenko
5-2 à 54'52" : Nikulin assisté de Malkin (sup. num.)

 
Russie
 
Gardien : Semyon Varlamov.
 
Défenseurs : Evgeni Biryukov (+1, 2') - Ilya Nikulin (C, +1); Evgeni Ryasenski (+3) - Aleksei Emelin (+2) ; Denis Denisov - Evgeni Medvedev (-1) ; Nikita Nikitin.
 
Attaquants : Aleksandr Perezhogin (+1) - Evgeni Malkin - Aleksandr Popov ; Aleksandr Ovechkin (+2) - Pavel Datsyuk (+2) - Aleksandr Semin (+2) ; Sergei Shirokov (+1) - Aleksei Tereshchenko (A, +1) - Nikolaï Zherdev (+1) ; Nikolaï Kulyomin - Aleksandr Svitov (A) - Evgeni Kuznetsov (-1) puis Denis Kokarev à 24'.
 
Remplaçant : Konstantin Barulin (G). Absents : Mikhaïl Biryukov (G), Dimitri Kalinin (suspendu), Evgeni Ketov (en réserve).

Norvège

Gardien : Lars Haugen.

Défenseurs : Mars Trygg (2') - Ole-Kristian Tollefsen (C) ; Jonas Holøs (-2) - Alexander Bonsaksen (-2) ; Juha Kaunismäki (-1) - Henrik Solberg (-1, 2').

Attaquants : Per-Åge Skrøder (-1) - Mads Hansen - Patrick Thoresen (A, -1) ; Lars Erik Spets (-2) - Anders Bastiansen (A, -3) - Mathis Olimb (-2) ; Martin Røymark (2') - Kristian Forsberg - Marius Holtet ; Andreas Martinsen - Morten Ask (2') - Ken Andre Olimb.

Remplaçants : Lars Volden (G), Lars Løkken Østli, Mats Rosseli Olsen.