Suède - République Tchèque (Mondial 2012, quart de finale)

CASLAVA Petr-090507-8573

Un étrange bruit a couru il y a quelques jours, propagé notamment par les journalistes russes : les Tchèques feraient exprès de perdre contre l'Allemagne afin de jouer leur quart de finale contre la Russie, et non contre la Suède ! Ils ont tordu le cou à cette rumeur de la meilleure des manières puisqu'ils ont écrasé les Allemands 8-1. Mais comment cette hypothèse a-t-elle seulement pu être émise ? Pourquoi une équipe chercherait-elle à affronter Malkin et ses coéquipiers invaincus ?

La raison est que la superstition est souvent vive dans le hockey, notamment chez les Tchèques. Le public et les journalistes craignent la Suède car cela leur rappelle de mauvais souvenirs. On pensait que le titre de champion du monde 2010 avait brisé ce tabou suédois, grâce à l'égalisation à huit secondes de la fin. Mais le sélectionneur était alors Vladimir Ruzicka. Le bilan d'Alois Hadamczik contre la Suède dans les grandes compétitions internationales est sans appel : zéro victoire, six défaites.

Son équipe ne part donc pas favorite. Tous les ressorts sont donc bons, même les petites cachotteries. Jusqu'au dernier moment, le staff s'est refusé à donner le nom du titulaire dans la cage. Les gardiens le savaient, bien sûr, c'était indispensable pour se préparer au match, mais ils n'étaient pas autorisés à le révéler publiquement. Deux solutions étaient possibles : soit Stepanek qui a souvent affronté les Suédois, y compris dans une situation similaire lors du quart de finale 2009, soit Jakub Kovar qui n'a jamais joué de sa vie contre cet adversaire. C'est finalement Kovar qui est aligné, pour son premier grand match à enjeu à ce niveau.

Les Suédois tiennent à finir en beauté devant leur public, pour ce dernier match au Globen. L'ambiance reste moins festive qu'à Helsinki où elle a vraiment décollé aujourd'hui. Les spectateurs de Stockholm sont moins enthousiastes. Ils encouragent plus timidement leur équipe avant de lui dire adieu quoi qu'il arrive : la formation qui se qualifiera ira disputer les phases finales en Finlande, pour y affronter l'outsider slovaque en demi-finale.

La partie commence par un round d'observation entre deux équipes appliquées qui laissent peu d'espaces. Au fil des minutes, il apparaît cependant que la Suède est un ton au-dessus. Sa première ligne notamment se montre supérieure dans la conservation et la circulation du palet en zone offensive. Le travail de Franzen et de Zetterberg derrière la cage élimine ainsi Blatak et Krejci, ce qui permet à Loui Eriksson de glisser le palet dans le petit espace entre les jambières de Jakub Kovar (1-0).

Confrontés à une défense compacte, les Tchèques ne se sont pas encore approchés du but adverse. Mais ils ne résignent pas et trouvent la solution en étirant la défense dans les coins. Erik Karlsson, principal candidat au trophée Norris de meilleur arrière de NHL, s'est ainsi éloigné de sa cage, et il est en retard sur Petr Nedved qui est seul pour dévier le lancer d'Ales Hemsky (1-1). La première véritable occasion des visiteurs a été la bonne ! Ce but change totalement la physionomie du jeu. Les Tchèques sont tout de suite plus dangereux. Michael Frolik effectue une déviation dangereuse dans l'enclave, et dix secondes plus tard, sur un palet récupéré derrière la ligne bleue, il surgit en face-à-face avec Viktor Fasth qui détourne du bras gauche.

La Suède est perturbée dans ses certitudes depuis l'égalisation. Elle est gagnée par la nervosité et elle en cafouille ses relances. La passe un peu forte de Jonathan Ericsson n'est pas contrôlée par Nicklas Bäckström. Milan Michalek hérite du palet et déborde côté gauche, et son centre est dévié par Jiri Novotny... et par le jarret du malheureux Ericsson (1-2). La pause intervient à point nommé pour une Tre Kronor qui a semblé soudain tétanisée par la pression. Le public aussi s'est brutalement réduit à un silence inquiet.

ERIKSSON Loui-090507-8588

Pär Mårts doit absolument rassurer pendant la pause une équipe en perte de confiance. Et il doit le faire sans Johan Franzen, qui ne joue plus car il se sent malade et migraineux. La Tre Kronor se met en situation de faire le jeu, le défenseur offensif d'Ottawa Erik Karlsson a ainsi une belle opportunité à bout portant, mais Jakub Kovar fait l'arrêt. Le problème est que les Suédois ne sont toujours pas sereins et paraissent toujours à la merci d'une erreur. Victor Hedman se fait contrer à la bleue par Tomas Plekanec qui part à 2 contre 0 avec Michael Frolik, qui a largé Jonathan Ericsson au patinage. La reprise de l'attaquant des Florida Panthers rate cependant le cadre.

Jonathan Ericsson, le gros défenseur des Detroit Red Wings qui fait son retour de blessure ce soir, prend la première pénalité du match pour une crosse placée entre les jambes d'un attaquant. Les Tchèques se jettent autour de la cage suédoise en supériorité numérique, et Martin Erat glisse sous le gardien un palet remis en retrait par Plekanec. Le but aurait pu être contestable car Michalek a les deux patins dans la zone au moment du tir, mais c'est en fait Niklas Kronwall qui a poussé l'attaquant tchèque sur son gardien. Le but est donc validé sans débat (1-3). Le but de Petr Koukal sera en revanche refusé : il a poussé le palet devant lequel Viktor Fasth avait posé sa mitaine après une percée à toute vitesse d'Ales Hemsky.

La Suède réagit très fort en fin de deuxième période. Sur un centre devant la cage de Hedman, les défenseurs tchèques Caslava et Nemec se sentent des velleités rugbystiques en plaquant au sol les attaquants adverses. L'espoir vient finalement d'une action individuelle de Henrik Zetterberg : il sort du coin, repique vers la cage, évite le poke-check de Kovar et parvient à mettre le palet au fond (2-3). Un but au bon moment, dans la dernière minute avant de rentrer aux vestiaires, pour redonner confiance à toute une équipe et à tout un pays.

Encore mieux qu'un but 45 secondes avant la pause, il y a un but 45 secondes après la pause ! Jonathan Ericsson, qui retrouve des couleurs après un début de match difficile, réussit un joli tir croisé à mi-hauteur (3-3). Sur le banc tchèque, Alois Hadamczik engueule vertement sa première ligne qui a laissé le défenseur suédois s'avancer. L'élan semble de nouveau suédois, mais Jakub Kovar dévie de la crosse un tir redoutable d'Alfredsson.

Après avoir perdu leurs deux buts d'avance, on pourrait ne plus donner cher de la peau des Tchèques. Pourtant, les vagues offensives rouges reprennent de plus belle. Petr Prucha est seul dans l'enclave, Fasth s'avance et pare du gant, mais son défenseur Victor Hedman a hâtivement bougé la cage par crainte du danger. En supériorité numérique, les Tchèques tardent énormément à s'installer et n'obtiennent qu'un tir de Petr Nedved, détourné de l'épaule par Fasth. Pour autant, Hedman ne reviendra plus sur la glace après cette pénalité stupide.

MICHALEK Milan-090507-8539

À cinq minutes de la fin, Viktor Fasth réussit un arrêt réflexe décisif de la botte sur un lancer puissant de Jiri Novotny à mi-distance. Jakub Kovar n'est pas en reste, repoussant deux bons lancers de Bäckström, puis encore un de Landeskog.

Après ce bras de fer des deux gardiens, la prolongation semble imminente. Mais à trente secondes de la fin, Milan Michalek éteint la patinoire un exploit personnel. Il met en échec Niklas Persson dans le coin, vole la rondelle dans la crosse de Niklas Kronwall qui l'avait récupérée et s'apprêtait à repartir de l'avant, puis file à la cage où il tire dans le haut du filet (3-4). Malgré un temps mort et la sortie du gardien, il n'y a plus rien à sauver pour la Tre Kronor.

La Suède comptait sur son jeu de puissance magique, le meilleur du tournoi. Manque de chance, les arbitres sifflent peu dans ces phases finales, on l'a vu dans toutes les rencontres. Elle n'a donc pas eu un seul avantage numérique ce soir...

Pendant dix minutes, on a cru à une Suède digne de son statut de favorite, qui paraissait disposer de moyens techniques et physiques supérieurs. Mais dès l'égalisation, les Tchèques ont pris confiance et ont cru à leur chance. Ils ont plus patiné que leurs adversaires, et ils ont aussi mis plus de mises en échec, malgré leurs gabarits plus modestes. Ils ont remporté la majorité des duels et remporté leur victoire.

Pour la Suède, ce Mondial est donc un échec sur toute la ligne : un Globen vide, une polémique sur le prix des billets, une faillite du marketing, pas de gros bénéfices pour la fédération, et pour couronner le tout, l'élimination précoce d'une équipe dont on attendait beaucoup avec 15 joueurs de NHL. L'incroyable série suédoise de 11 demi-finales consécutives en championnat du monde prend fin tristement.

Désignés joueurs du match : Henrik Zetterberg pour la Suède et Milan Michalek pour la République Tchèque.

Commentaires d'après-match

Henrik Zetterberg (attaquant de la Suède) : "Les Tchèques ont mieux joué que nous dans les deux premières périodes. Nous avons perdu des palets dans de mauvaises positions et ils sont bons dans les contre-attaques en 2 contre 1 ou 3 contre 2. C'est toujours triste de sortir des championnats du monde. Nous pouvons les gagner chaque année, on joue toujours pour l'or, et quand on ne l'a pas, on est déçu. En tant qu'athlète, j'ai vécu les deux côtés [il a participé au doublé historique JO/Mondiaux en 2006]. Mais il n'y a qu'une équipe qui peut gagner, et ce n'est pas nous cette année."

Alois Hadamczik (entraîneur de la République Tchèque) : "C'est un soulagement pour moi. Comme chacun sait, je manquais de réussite contre les Suédois. Ils m'ont battu si souvent dans les matchs importants que cela m'agaçait. La joie n'en est que plus grande maintenant. Nous avons parlé de leurs forces et faiblesses. Nous nous sommes préparés très intensivement pendant deux jours. Nous avons changé notre système de forechecking. Nous pressions dans un coin, mais si les Suédois changeaient de coin, nous arrêtions. [...] Quand les Slovaques se sont qualifiés, j'ai pensé que ce serait une honte que nos voisins y soient et pas nous. Mais je félicite [l'entraîneur tchèque de la Slovaquie] Vujtek, je lui ai écrit un message de félicitations."

 

Suède - République Tchèque 3-4 (1-2, 1-1, 1-1)
Jeudi 15 mai 2012 à 20h15 au Globen de Stockholm. 10397 spectateurs.
Arbitrage de Jari Levonen (FIN) et Brent Reiber (SUI/CAN) assistés de François Dussureault (CAN) et Jonathan Morrison (USA).
Pénalités : Suède 6' (0', 4', 2'), République Tchèque 2' (0', 2', 0').
Tirs : Suède 39 (11, 18, 10), République Tchèque 32 (14, 9, 9).

Évolution du score :
1-0 à 07'10" : Eriksson asissté de Zetterberg et Franzen
1-1 à 11'50" : Nedved assisté de Nakladal et Nemec
1-2 à 16'56" : Novotny assisté de Michalek
1-3 à 30'27" : Erat assisté de Krejci (sup. num.)
2-3 à 39'15" : Zetterberg
3-3 à 40'45" : Ericsson assisté d'Eriksson et Landeskog
3-4 à 59'31" : Michalek


Suède

Gardien : Viktor Fasth [sorti à 59'36"].

Défenseurs : Niklas Kronwall (-1) - Victor Hedman (2') ; Niklas Hjalmarsson (-1) - Erik Karlsson (-1) ; Staffan Kronwall (+1) - Jonas Brodin (+1) ; Jonathan Ericsson (+1, 2').

Attaquants : Loui Eriksson (+2) - Henrik Zetterberg (A, +3) - Johan Franzen (+1) [puis Silfverberg à 20'00"] ; Daniel Alfredsson (C, -2) - Niklas Bäckström (-2) - Patric Hörnqvist (-1) ; Viktor Stålberg (2') - Marcus Krüger - Gabriel Landeskog (A) ; Calle Järnkrok - Niklas Persson (-1) - Jakob Silfverberg puis Johan Larsson à 20'00".

Remplaçant : Jhonas Enroth (G). Absents : Cristopher Nihlstrop (G), Fredrik Pettersson (poignet cassé), Joel Lundqvist (fracture de l'os zygomatique).

République Tchèque

Gardien : Jakub Kovár.

Défenseurs : Miroslav Blaták (-1) - Jakub Nakládal (+1) ; Petr Čáslava (A) - Jakub Krejčík ; Lukáš Krajíček (-1, 2') - Tomáš Mojžíš ; Ondřej Němec (+1).

Attaquants : Milan Michálek (+1) - Tomáš Plekanec (C, -1) - Martin Erat (-1) ; Michael Frolík (-1) - David Krejčí (-2) - Petr Tenkrát (-1) ; Petr Koukal (+1) - Petr Nedved (A, +1) - Aleš Hemský (+1) ; Petr Průcha - Jiří Novotný (A, +1) - Jakub Petružálek (+1) ; Michal Vondrka [cinq secondes].

Remplaçants : Jakub Štěpánek (G). Absents : Petr Mrázek (G), Zdeněk Kutlák (cervicales), Lukáš Kašpar (surnuméraire).