Russie - Finlande (Mondial 2012, demi-finale)

IMG 4118Finlande-Russie, une rencontre toujours appréciée par les Finlandais, pour lesquels le hockey ne devient alors que le prolongement de la politique par d'autres moyens... une guerre du printemps qui  éclate régulièrement lors des championnats du monde. La dernière en date remonte à l'an dernier et une victoire 3-0, déjà en demi-finale, à Bratislava, marquée par un but rentré dans la légende du jeune prodige Mikael Granlund.

Auréolé depuis d'un titre de champion du monde, il est encore là cette année mais sa ligne est un peu en retrait dans le tournoi, où la Finlande a fait preuve comme souvent d'un très bon jeu collectif.  Le gardien Konstantin Barulin aussi est encore là, mais en tant que remplaçant du gardien de Colorado Avalanche, Semyon Varlamov. Car la Russie présente une des équipes les plus fortes de ces dernières années. Les grands noms se sont ajoutés à l'effectif tout au long du tournoi, rendant l'équipe de plus en plus impressionnante, avec Ovechkin et Semin en provenance de Washington pour le dernier match. Elle est d'ailleurs invaincue dans le tournoi.

De quoi enthousiasmer le public venu nombreux. La rencontre est supposée à guichets fermés, même si on aperçoit quelques places libres. Une grosse communauté russe vit en Finlande, principalement concentrée le long de la frontière et à Helsinki. Du coup l'ambiance chauffe rapidement, les "Rossiya ! Rossiya !" rivalisant avec les "Suomi ! Suomi !"

Sur la glace, la première grosse occasion est pour la Finlande qui place un 3 contre 2 avec Ossi Väänänen, en général cantonné aux tâches défensives, qui monte le palet en zone offensive. Le défenseur, dans son antre des Jokerit Helsinki, trouve son rival du HIFK Mikael Granlund au centre qui dévie devant le but sur la jambière de Varlamov.

Aleksandr Ovechkin mène ensuite la première occasion russe, il s'infiltre bien du coin droit vers le but pour profiter du trafic mais bute sur Petri Vehanen.

IMG 4260Le héros du quart de finale contre les États-Unis, Jesse Joensuu, fait un numéro de contrôle du palet impressionnant le long de la bande en zone offensive, il le garde longtemps usant de sa technique autant que de son physique, avant de réussir à le donner à Petri Kontiola qui voit Janne Niskala seul à la ligne bleue. Le défenseur de KHL prend un slap plein axe qui bat le gardien. 0-1 à 7'28.

Les deux équipes contrôlent bien le palet lorsqu'elles sont en zone offensive mais les Finlandais se rendent maîtres de la zone neutre. Du coup les Slaves cherchent le jeu long mais les passes arrivent rarement à leur destinataire.

Sur une attaque rapide d'Aleksei Tereshchenko qui ne donne rien, le centre de Kazan frôle d'un peu trop près Petri Vehanen qui tombe. De la prison, il regarde impuissant le power-play finlandais se mettre en place. Mikko Koivu trouve Mikko Mäenpää mais son slap dans le trafic passe à côté. Le jeu de puissance se poursuit avec le retour à égalité numérique et c'est Pavel Datsyuk qui libère les siens en contrant un lancer.

La Russie réagit par Nikita Nikitin. Le grand défenseur de Columbus décoche un bon tir en première intention, le gardien se met hors de position en s'avançant pour faire l'arrêt, la défense se couche devant le but, et Evgeni Malkin arrive à prendre le rebond et marque dans la cage ouverte que Vehanen réintègre trop tard. 1-1 à 15'33.

IMG 4166Les choses ne s'arrangent pas quand Ossi Väänänen essaye d'empêcher les 106 kg d'Alexandre Svitov de s'approcher dangereusement du but avec le palet. Il est envoyé pour deux minutes en prison. La Russie s'installe et Alexandre Semin, ne voyant aucune solution avec un partenaire démarqué tente sa chance en solitaire.

Et c'est en solitaire aussi que Valtteri Filppula, le meilleur marqueur finlandais, part en échappée, mais visiblement fatigué par son travail pour tuer la pénalité, la défense revient et l'oblige à prendre un tir excentré. Le jeu de puissance semble avoir du mal à s'installer mais à cinq secondes de la fin de la supériorité, Yevgeni Malkin, oublié au cente face reçoit une passe de Nikolai Zherdev et tire. Petri Vehanen ralentit le palet entre ses jambières mais le puck finit sa course au fond des filets. 2-1 à 19'06

La Finlande a pris doucement l'ascendant sur le jeu mais le score est à l'avantage des Russes à la première pause. Son jeu physique n'a pas autant de prise sur les solides gabarits russes que contre les Américains.

Avec ce but de retard, les Finlandais poussent et la première ligne se crée de grosses occasion, avec de nombreux tirs. La deuxième ligne n'est pas en reste avec Jarkko Immonen qui fait un petit pont sur Alexei Yemelin avant de tirer sur Varlamov. Enfin, Antti Pihlström se comporte comme un feu follet sur une attaque puis sur une contre-attaque solitaire conclue par un tir sur une très longue présence.

Mais une fois les Russes installés en zone offensive, ils sont très dangereux également, le talent individuel, notamment celui d'Ovechkin permet de conserver le palet et de trouver des tireurs arrières.

IMG 4237Lors d'une attaque, Evgeni Malkin rate son virage en tournant autour du but sous la pression de Joonas Järvinen et reste au sol apparemment touché au bras en tapant fort la balustrade. L'arbitre décide alors d'envoyer le défenseur des Pélicans de Lahti en prison pour deux minutes. Le public proteste et la morale sera sauve car Sergei Shirokov rate complètement son tir sur le power-play et Pihlström et Kukkonen finissent le bon travail de penalty-killing lors de l'infériorité numérique.

Mais sur un numéro individuel de conservation de palet, Aleksandr Ovechkin se promène dans la défense et décoche un tir qui bat Petri Vehanen, pas très inspiré. 3-1 à 29'47.

Deux buts de retard pour la Finlande à la mi-match. Inquiétant de se prendre autant de buts en aussi peu de tirs russes quand on connaît les difficultés parfois des Lions pour marquer. Mais le gros centre d'Ufa Alexander Svitov commet une faute inutile en zone offensive pour relancer les locaux.

Sauf que le jeu de puissance finlandais s'enraye complètement et ne débouche sur aucun tir. Pire, Janne Pesonen et Petri Kontiola perdent le palet à la bleue devant leur banc. Yevgeni Medevdev et Aleksei Tereshenko partent en deux contre un mais le premier prend le shoot mais ne bat pas Vehanen, qui se ressaisit.

IMG 4420Puis au tour de Mikko Koivu de commettre une faute inutile, un cinglage en dehors du jeu, en réponse à une charge de Medvedev.

Le jeu de puissance russe en revanche se montre beaucoup plus efficace et c'est l'inévitable centre de Pittsburg qui le concrétise. Hat trick de Yevgeni Malkin qui plie le match à lui tout seul ! 4-1 à 37'46

Les casquettes pleuvent sur la glace, pendant que certains supporters finlandais décident de quitter la patinoire.

Ils ont raison. Car la première minute de la troisième période résume bien le match : les Finlandais repartent à l'attaque et s'installent en zone offensive mais sur la première occasion russe, Denis Komarev reprend un centre de Nikolai Kulemin malgré le retour défensif de Väänänen, décidément pas à la fête ce soir. 5-1 à 41'05

Remonter un 4-1 paraissait très dur. Remonter un 5-1 en un tiers-temps ne s'est jamais vu. Même quand la Suède l'avait réussi contre la Finlande, elle avait commencé à la mi-match. Pourtant les Lions ne peuvent pas abandonner le match devant leur public. Alors Jesse Joensuu utilise sa grande crosse pour atteindre un palet dans l'axe et lancer. Il oblige ainsi Varlamov à faire une belle déviation du bouclier. Puis Mikko Koivu fait une bonne combinaison. Le jeu de puissance est installé. Mikko Mäenpää prend des bons shoots. Mais les Russes restent bien derrière sans se désunir.

Jesse Joensuu ne semble pas avoir compris en revanche que le penalty-killing de son équipe n'était pas en forme ce soir : il fait une charge dans le genou de Medvedev et va s'asseoir en prison.

Sur le jeu de puissance, Petri Vehanen prend encore un mauvais but. Il dévie le tir de Yevgeni Biryukov sous son bras et Sergei Shirokov pousse le palet dans son dos pour être sûr qu'il ne tape pas le poteau et finisse et fond des filets. 6-1 à 48'41. La défaite tourne à la correction et Denis Kokarev n'est pas loin d’aggraver la marque lorsqu'il reprend un centre de Medvedev mais que sa reprise tape le poteau.

IMG 4565Le jeu finlandais installé en zone offensive retrouve enfin un peu d’efficacité : Mikael Granlund dévie un slap de la ligne bleue de Joonas Järvinen. Mais le but est déjà anecdotique et la joie déjà absente. 6-2 à 56'04

La réussite vient beaucoup trop tard et le champion du monde a depuis longtemps perdu sa couronne. La Finlande n'a jamais su utilisé les palets flottants devant le but et sa défense a été aussi mauvaise que son gardien, notamment sur les supériorités numériques russes.

Telle une revanche sur le but de Granlund de l'an dernier, le coup du chapeau de Malkin a enterré les espoirs des champions du monde. L'énorme talent offensif de la Russie a suffit pour mettre au fond les quelques occasions qu'ils se sont créées, pour le plus grand bonheur des nombreux supporters russes, qui pourront se régaler d'une finale contre le vainqueur de République Tchèque – Slovaquie. La Finlande devra se consoler avec le match pour la troisième place.

Désignés joueurs du match : Evgeni Malkin pour la Russie et Petri Kontiola pour la Finlande.

Commentaires d'après-match :

Evgeni Malkin: "C'est un gros score mais le match était dur."

Petri Kontiola: "Nos quatre lignes ont bien joué, mais j'ai l'impression qu'aussitôt qu'ils avaient une occasion, ils ont marqué. Notre gardien n'a pas mal joué, mais ils ont du talent dans l'équipe, de grands buteurs."

Antti Pihlström: "On a eu vraiment un très bon départ, on a joué très bien 15 minutes. Mais ils ont quand même marqué 2 buts dans les 5 dernières minutes de la première période. Sur les power-play, on aurait joué plus intelligemment, ils n'auraient pas marqué ces buts. On a joué physique au début parce qu'ils na'iment pas ça. Mais ça n'a pas march aujourd'hui. Trop de pénalités."

IMG 4139Pavel Datsyuk: "Le match a été intense, sous la pression des supporters finlandais. J'ai pas joué avec Valtteri [Filppula] mais contre lui. Sur la glace, il n'y a pas d'ami. Quand on n'est pas sur la glace, on s'entend d'autant mieux."

Alexander Ovechkin: "La Finlande joue bien. Ces dernières années, ils nous batait tout le temps. Je n'ai pas de mot pour Malkin. Je pense qu'il est le meilleur en ce moment. Personne ne peut l'arrêter."

Jesse Joensuu: "Je ne sais pas si mes coéquipiers pensent la même chose, mais pour moi, jouer à domicile ne fait aucune différence. C'est sympa mais je n'ai pas de pression supplémentaire."

Mikko Mäenpää: "Avec les rebonds et les déviations, tu nes sais jamais, parfois ça rentre, et certains soir, tu as l'impression que rien ne rentre. On n'a pas marqué le deuxième but plus tôt, mais eux, ils l'ont marqué. Ils ont peut-être eu plus de chance, mais nous Finlandais pensons que la chance se mérite. On ne croit que la chance vient toute seule. Il faut travailler dur et la mériter. On a essayer au mieux et ils ont été meilleurs. J'imagine que notre défense n'a pas aidé notre gardien comme elle aurait du. Ils ont aussi été très efficaces. Ils n'ont pas marqué sur chacune de leurs occasions mais presque."

Zinetula Bilyaletdinov: "Le match était intéressant. On s'était bien préparé car on connaissait les joueurs et on savait que c'était une équipe sérieuse. Je suis très satisfait de notre jeu."

Jukka Jalonen: "On a commencé extrêmement bien, peut-être trop. On aurait pu terminer le tiers-temps à 2-0 mais en fin de période, quelque chose s'est produit, ou bien ne s'est pas produit. On prend deux buts et on perd peut-être notre confiance. Ensuite la Russie a mieux joué et a été très efficace sur ses occasions, particulièrement en supériorité. Même sans Malkin, la Russie aurait gagné. Petri Vehanen est un très bon gardien, il a fait un excellent tournoi, on n'a même pas envisagé de faire jouer un autre gardien."

 

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Russie - Finlande 6-2 (2-1, 2-0, 2-1)
Samedi 19 mai 2012 à 14h30 à la Hartwall Areena de Helsinki. 13239 spectateurs.
Arbitrage de Brent Reiber (SUI) et Antonin Jerabek (TCH) assistés de Johnathan Morrison (USA) et François Dussureault (CAN).
Pénalités : Russie 4' (2', 2', 0'), Finlande 8' (2', 4', 2').
Tirs : Russie 23 (10, 6, 7), Finlande 31 (7, 11, 13).

Évolution du score :
0-1 à 07'28" : Niskala assisté de Kontiola et Joensuu
1-1 à 15'33" : Malkin assisté de Nikitin et Popov
2-1 à 19'06" : Malkin assisté de Zherdev et Shirokov (sup. num.)
3-1 à 29'47" : Ovechkin assisté de Denisov et Popov
4-1 à 37'46" : Malkin assisté de Nikulin (sup. num.)
5-1 à 41'05" : Kokarev assisté de Kulemin
6-1 à 48'41" : Shirokov assisté de Biryukov et Nikitin (sup. num.)
6-2 à 56'04" : Granlund assisté de Järvinen et Koivu


Russie

Gardien : Semyon Varlamov.
 
Défenseurs : Evgeni Biryukov - Ilya Nikulin (C) ; Evgeni Ryasenski (-1) - Aleksei Emelin (+1) ; Denis Denisov (+1) - Evgeni Medvedev ; Nikita Nikitin (+1).
 
Attaquants : Aleksandr Popov (+2) - Evgeni Malkin (+1) - Aleksandr Perezhogin (+2) ; Aleksandr Ovechkin (+1) - Pavel Datsyuk - Aleksandr Semin ; Sergei Shirokov (-1) - Aleksei Tereshchenko (A, -1, 2') - Nikolaï Zherdev (-1) ; Nikolaï Kulemin - Aleksandr Svitov (A, 2') - Denis Kokarev ; Evgeni Kuznetsov .
 
Remplaçant : Konstantin Barulin (G). Absents : Mikhaïl Biryukov (G), Dimitri Kalinin (suspendu), Evgeni Ketov (en réserve).

Finlande
 
Gardien : Petri Vehanen.

Défenseurs : Mikko Mäenpää - Juuso Hietanen ; Joonas Järvinen (-1, 2') - Ossi Väänänen (-1, 2') ; Topi Jaakola (+1) - Lasse Kukkonen (A, -1) ; Janne Niskala.

Attaquants : Valtteri Filppula - Mikko Koivu (C, 2') - Jussi Jokinen (A, -1) ; Janne Pesonen (-1) puis Mika Pyörälä après 40'00" - Jarkko Immonen (-1) - Mikael Granlund (-1) ; Leo Komarov - Niko Kapanen - Tuomas Kiiskinen ; Antti Pihlström - Petri Kontiola –  Jesse Joensuu (2').

Remplaçant : Karri Rämö (G). Absents : Kari Lehtonen (G), Jani Tuppurainen (surnuméraire), Anssi Salmela (suspendu)

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