République Tchèque - Slovaquie (Mondial 2012, demi-finale)

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La Slovaquie était venue dans ce tournoi avec comme seules ambitions de sauver sa qualification olympique et d'arrêter de dégringoler au classement mondial. Mais après six victoires de suite, elle a retrouvé goût au hockey et se retrouve en demi-finale, ce qui la surprend elle-même. Elle n'a plus rien à perdre et se prend maintenant à rêver d'une médaille, sa première depuis neuf ans.

Pour leur grand retour d'entre les morts, les Slovaques affrontent leurs voisins tchèques, face à qui ils font un éternel complexe d'infériorité. Ils devraient justement prendre exemple sur les hommes d'Alois Hadamczik, qui ont réussi à vaincre leur complexe suédois. République Tchèque et Slovaquie luttent maintenant pour une place en finale face à la grande Russie.

Les deux équipes se présentent dans la même configuration qu'en quart de finale. Juraj Mikus, blessé au genou par la faute de Getzlaf (pénalité fatale au Canada), s'est entraîné à nouveau ce matin. Heureusement pour la Slovaquie qui a déjà été bien atteinte par les blessures dans cette compétition : Dominik Granak et Marcel Hossa exhibent un plâtre strictement identique autour de leur bras droit et de leur main.

La Slovaquie est maintenant entraînée par un Tchèque, Vladimir Vujtek, et ressemble donc encore plus à un miroir de sa voisine. Il faut dire que Hadamczik et Vujtek se connaissent bien, puisqu'ils avaient travaillé ensemble dans le club de Vitkovice : la confrontation entre ces deux pays qui n'en faisaient qu'un est donc encore plus amicale et fraternelle que d'habitude.

IMG 4877On ne s'étonnera donc pas que les deux équipes pratiquent un jeu similaire, en verrouillant la zone neutre. La République Tchèque trouve plus de solutions pour passer la ligne bleue offensive parce qu'elle a plus de vitesse dans les transmissions et dans le patinage. La fusée Frolik déborde ainsi côté gauche et lance sur le poteau de Jan Laco qui connaît sa première alerte. Après une bonne séquence installée de la troisième ligne offensive tchèque, le lancer lointain du défenseur Miroslav Blatak touchera lui aussi le montant.

Ce début de match à deux poteaux serait donc prometteur pour les Tchèques s'il n'y avait eu la sortie de Martin Erat. L'ailier de Nashville a subi une charge en retard de Libor Hudacek alors qu'il regardait à l'opposé. La première ligne est donc amputée, et Hadamczik est obligé de modifier ses trios qu'il avait enfin réussi à établir : Prucha passe en première ligne, alors que Vondrka le remplace sur le quatrième bloc. Et c'est justement lors d'un changement entre ces deux lignes que le match bascule. Le défenseur slovaque Andrej Sekera en profite pour traverser toute la zone neutre, avant de laisser le palet sur la gauche à Miroslav Satan qui marque d'un lancer croisé (0-1). Ce but en angle est la première faiblesse du tournoi pour le jeune gardien Jakub Kovar, qui avait déjà paru fébrile sur son premier arrêt.

IMG 4633Le second coup dur pour la République Tchèque intervient en début de deuxième période. Sur une charge de Sersen, Petr Koukal percute un coéquipier et se tord le genou. Or, Koukal avait été le joueur tchèque le plus actif au repli défensif, ce qui est utile quand le feu follet Hemsky en fait un peu trop. Il a été l'élément stabilisateur de la troisième ligne, la plus dangereuse au premier tiers-temps autour d'un Nedved inspiré.

Petr Prucha pousse Tomas Starosta à un mètre de la bande, et le défenseur slovaque se déboîte l'épaule et reste au sol. La situation est encore plus compliquée pour les blancs, qui n'ont plus que cinq arrières valides ! Heureusement que parmi eux se trouve "l'homme et demi" Zdeno Chara, dont le temps de jeu va encore croître...

Les Tchèques se remettent mieux de ces incidents. Contrairement à Starosta, Koukal revient en effet sur la glace. C'est le moment où son collègue Ales Hemsky signe un slalom spécial dont il a le secret dans la défense slovaque. Une modification a par contre eu lieu entre-temps dans l'alignement tchèque : c'est maintenant Michael Frolik qui joue à la place laissée vacante par Erat, et il marque d'un tir instantané sur un engagement remporté par Tomas Plekanec (1-1).

IMG 4667La domination rouge est maintenant nette. Juraj Mikus fait trébucher Jiri Novotny en entrée de zone et prend la première pénalité du match, qu'il aura fallu attendre pendant 34 minutes malgré plusieurs charges douteuses. En supériorité numérique, Jakub Petruzalek trouve une superbe passe au second poteau vers la déviation d'Ales Hemsky... juste à côté.

On vire au jeu de massacre. Le remplaçant d'Erat en première ligne, Frolik, est lui aussi touché à la tête par une charge de Bliznak en zone neutre. Inutile de dire que Hadamczik est énervé contre les arbitres ! Peut-on vraiment se plaindre quand son équipe a échappé par ailleurs à la moindre pénalité ? Ce choc a toutefois mis brutalement fin au temps fort tchèque. La dernière occasion du deuxième tiers est slovaque, avec un tir à bout portant de Miroslav Satan.

Plus de peur que de mal, puisque Frolik reviendra finalement au jeu avec deux points de suture. Quant à Bliznak, il a finalement écopé d'une pénalité juste avant la pause (faire trébucher). À la reprise, l'avantage numérique tourne au vinaigre pour les Tchèques : la passe transversale de Plekanec est coupée par Michal Handzus, qui envoie alors Miroslav Satan vers un breakaway magistralement conclu, tant dans sa feinte qui désarçonne le gardien (1-2, photo de droite) que dans la manifestation de joie, dos sur la glace.

IMG 4921-But Satan 2C'est désormais à Jan Laco, le gardien slovaque "débutant" de 30 ans, de tenir le fort. Il réussit plusieurs arrêts déterminants, et ses (cinq) défenseurs sont de plus en plus robustes physiquement.

Alors que les attaquants tchèques jouent déjà une course contre la montre, Blatak et Nakladal, les deux défenseurs du Salavat Yulaev Ufa, n'arrivent pas à dégager le palet, qui revient sur Libor Hudacek. Le jeune attaquant du Slovan Bratislava n'hésite pas et se précipite aussitôt sur la cage pour dribbler Jakub Kovar (1-3). Éliminé trop facilement par les feintes adverses sur les deux buts slovaques en un contre un, Kovar est sorti par son coach et remplacé par Stepanek.

Les Tchèques arrivent de moins en moins à construire le jeu, car les Slovaques surmotivés contrent les palets et coupent les passes de plus en plus tôt. À huit minutes de la fin, Bartovic accroche Michalek, mais le jeu de puissance tchèque se désagrège dans des passes kamikazes sous les hurlements d'un Hadamczik désemparé.

Tomas Tatar aurait déjà pu propulser les Slovaques en finale : Stepanek ne fait que freiner son tir et est tout heureux de le voir dériver le long du poteau. De toute manière, même quand les Tchèques sortent leur gardien, les défenseurs blancs se couchent sur tous les palets, et Laco signe un arrêt acrobatique sur une ultime pénétration de Michalek.

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Décidément, l'heure n'est plus aux complexes dans le hockey international. La Slovaquie signe sa plus belle victoire contre la République Tchèque. Comme lors de la finale 2002 qui lui avait donné son unique titre, elle retrouvera en finale une équipe de Russie confiée à un entraîneur défensif (Mikhaïlov à l'époque, Bilyaletdinov maintenant). Sauf que les Russes disposent cette fois de superstars offensives comme Malkin et Ovechkin, et que les Slovaques n'ont plus que cinq de leurs huit défenseurs pour les affronter, les trois autres étant blessés.

Désignés joueurs du match : Michael Frolik pour la République Tchèque et Miroslav Satan pour la Slovaquie.

Commentaires d'après-match

Alois Hadamczik (entraîneur de la République Tchèque) : "C'étaient des joueurs sans palet, il est inconcevable que les arbitres n'aient pas réagi. Nous avons eu un séminaire avant le tournoi, et là, Erat prend une charge à la tête sans que l'arbitre ne siffle. Si je savais où l'envoyer, je ferais une vidéo. [Erat] est une lourde perte pour notre première ligne et notre jeu de puissance. Ensuite, sans Koukal ou Frolik, j'ai dû changer les lignes. En deuxième période, les Slovaques ne sont presque pas sortis de leur zone, mais nous n'avons pas concrétisé. Malheureusement, nous avons commis des erreurs et ils nous ont punis."

Tomas Plekanec (capitaine de la République Tchèque) : "C'était incomparable [avec le quart de finale contre la Suède]. Les Slovaques attendaient à quatre à la ligne bleue. Ils avaient une défense totalement en béton. Malheureusement, mon erreur a été décisive."

Vladimir Vujtek (entraîneur tchèque de la Slovaquie) : "Nous avions eu plus d'émotions contre la France. C'était un adversaire comme les autres pour nous. Si ça avait été la Suède, ça aurait été pareil. À l'époque où la Slovaquie avait une équipe forte, les Tchèques jouaient une tactique défensive similaire. Nous l'avons essayée et ça a fonctionné. [...] Après nos sept défaites en préparation, si quelqu'un nous avait dit que nous jouerions pour l'or, nous aurions pensé qu'il était fou. La cible est déjà largement dépassée, la finale est la cerise sur le gâteau. Nous regrettons la perte de Starosta, affronter les Russes avec cinq défenseurs ne sera pas facile. Il faudra y réfléchir. Les Finlandais les ont joué un peu naïvement, mais défendre face à Malkin est difficile pour tout le monde."

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République Tchèque - Slovaquie 1-3 (0-1, 1-0, 0-2)
Samedi 19 mai 2012 à 18h30 à la Hartwall Areena de Helsinki. 12355 spectateurs.
Arbitrage de Lars Brüggemann (ALL) et Jari Levonen (FIN) assistés de Sirko Schulz (ALL) et Jesse Wilmot (CAN).
Pénalités : République Tchèque 0' (0', 0', 0'), Slovaquie 6' (0', 4', 2').
Tirs : République Tchèque 37 (8, 14, 15), Slovaquie 28 (11, 7, 10).

Évolution du score :
0-1 à 15'52" : Satan assisté de Sekera et Baranka
1-1 à 30'45" : Frolik assisté de Plekanec
1-2 à 40'56" : Satan assisté de Handzus (inf. num.)
1-3 à 44'23" : Hudacek assisté de Surovy


République Tchèque

Gardien : Jakub Kovár puis à 46'24" Jakub Štepánek [sorti à 58'17"].

Défenseurs : Miroslav Blaták (-3) - Jakub Nakládal (-2) ; Petr Cáslava (A) - Ondrej Nemec ; Lukáš Krajícek (+1) - Tomáš Mojžíš (+1).

Attaquants : Milan Michálek - Tomáš Plekanec (C, -1) - Martin Erat [puis Prucha à 12' puis Frolik] ; Petr Tenkrát - David Krejcí (-2) - Michael Frolík (+1) [puis Prucha] ; Petr Koukal - Petr Nedved (A, -2) - Aleš Hemský (-1) ; Petr Prucha [puis Vondrka à 12'] - Jirí Novotný (A) - Jakub Petružálek (-1) ; Michal Vondrka (-1).

Remplaçant : Jakub Krejcík. Absents : Petr Mrázek (G), Zdenek Kutlák (cervicales), Lukáš Kašpar (surnuméraire).

Slovaquie

Gardien : Jan Laco.

Défenseurs : Ivan Baranka (+1) - Andrej Sekera ; Zdeno Chára (C, +2) - Michal Sersen ; René Vydarený (+1) - Tomáš Starosta.

Attaquants : Tomáš Kopecký - Michal Handžuš (A, +1) - Branko Radivojevic ; Libor Hudácek (+2) - Tomáš Surový (+2) - Miroslav Satan (A, +3) ; Tomáš Tatar (-1) - Juraj Mikúš (-1, 2') - Michel Miklík (-1) ; Milan Bartovic (2') - Mário Bližnák (2') - Marek Hovorka.

Remplaçants : Peter Hamerlík (G), Marcel Hašcák. Absents : Julius Hudacek (G), Dominik Granak (main cassée), Kristián Kudroc (dos), Marcel Hossa (main cassée).

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