Russie - Slovaquie (Mondial 2012, finale)

IMG 5762C'est, sur le papier, la finale la plus déséquilibrée de l'histoire moderne du championnat du monde. D'un côté, une habituée, la Russie. Elle dispute sa quatrième finale en cinq ans, elle est emmenée par le meilleur joueur du monde actuellement, Evgeni Malkin, et compte accessoirement sur celui qui était parfois affublé de ce type il y a peu, Aleksandr Ovechkin.

En face, la Slovaquie ne dispute que la troisième finale de son histoire, après 2000 et 2002. Elle a oscillé entre la 10e et la 13e place mondiale depuis quatre ans. Bonne nouvelle cependant, Tomas Starosta, sorti sur blessure hier, est bien présent. Elle dispose donc de six défenseurs, le minimum syndical vu le déploiement de talents offensifs qu'ils vont affronter.

Les Slovaques s'appuient sur un gardien de 30 ans qui n'avait jamais disputé de compétition internationale, Jan Laco. Il a les deuxièmes meilleures statistiques de ce Mondial derrière Semion Varlamov, son rival ce soir, et sont en concurrence pour êtrele meilleur gardien de la compétition.

Varlamov est le premier à s'incliner. Cinq secondes après avoir pris sans broncher une charge d'Ovechkin, le géant Zdeno Chara envoie un lancer en feuille morte dans la lucarne opposée (0-1). Cette ouverture du score immédiate est le scénario idéal pour la Slovaquie. Mais elle est moins défensive qu'en demi-finale contre les Tchèques. Elle surprend même par plusieurs séquences dangereuses en zone offensive.

IMG 5800-But SeminLa vie est cependant beaucoup plus dure en zone défensive pour la Slovaquie. Elle éprouve des difficultés à contenir les rapides attaques russes à sa ligne bleue. Après une séquence collective du premier trio russe, le défenseur Ilya Nikulin feinte le tir en haut des cercles, fait s'avancer le gardien et sert à droite Evgeni Malkin qui a une cage ouverte. Mais Ivan Baranka, le défenseur slovaque du Spartak Moscou, parvient à contrer son tir de la crosse ! Une incroyable occasion manquée, mais la Russie égalise de toute façon sur l'action suivante. Le centre du revers d'Ovechkin passe entre les jambières de Vydareny et est repris par Aleksandr Semin arrivant dans l'axe (1-1, photo de gauche). Après le premier tiers-temps, la finale reste donc ouverte.

La Russie passe la vitesse supérieure en deuxième période. Jan Laco arrête deux tirs consécutifs de Malkin, mais la première ligne russe est redoutable à chacune de ses présences et prépare sa revanche. Laco écarte le palet de la crosse de Popov par un bon poke-check, mais du coup il quitte son poste et la rondelle arrive directement dans la palette de Perezhogin qui a alors la cage ouverte. Chara et Surovy font barrage de leurs corps, mais leurs 210 kilos cumulés n'empêchent pas le caoutchouc de franchir la ligne (2-1).

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Les offensives russes se succèdent à un rythme effréné. Ivan Baranka réussit son second sauvetage de la soirée : il s'allonge et bloque de la crosse un centre de Kokarev sur un 2 contre 1 russe. Semin attire deux joueurs et renverse le jeu pour le one-timer d'Ovechkin, mais celui-ci glisse un peu et voit son tir contré par Sekera. La paire défensive Vydareny-Starosta est le point faible slovaque et n'arrive plus à sortir proprement le palet. Les Russes le comprennent et intensifient leur pressing, jusqu'à ce que les Tereshchenko et Shirokov se retrouvent à 2 contre 1 pour un une-deux d'école (3-1).

La Russie est maintenant en gala. Pavel Datsyuk récupère le palet dans sa zone, le remonte à 2 contre 1, et réussit une feinte derrière le défenseur pour un tir dangereux mais détourné. Qu'importe, Datsyuk va encore voler la rondelle dans une crosse slovaque pour la transmettre à Aleksandr Semin près de la cage pour le 4-1.

Chara fait trébucher Popov et la Slovaquie, qui n'avait pas besoin de ça, concède la première pénalité du match. Evgeni Malkin, dont le nom est scandé par le public, signe une passe aveugle de derrière la cage pour Perezhogin, dont le tir est dévié sur le poteau. Les Slovaques n'en peuvent plus et sont contents d'entendre la sirène mettre un terme à leur calvaire, après vingt minutes de totale domination russe.

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Il n'y a plus de suspense pour la dernière période. Le tout est de savoir à quelle sauce les Slovaques vont être mangés si jamais les Russes n'ont pas encore terminé leur festin. Pavel Datsyuk reprend une part de dessert, que lui tend Ovechkin de derrière la cage (5-1). Jan Laco, lui, a une indigestion. Le gardien slovaque est sorti du jeu, mais il se consolera en apprenant son élection comme meilleur gardien.

La Slovaquie sauve l'honneur sur sa seule supériorité numérique du match, accordée pour un cinglage d'Ovechkin. Le capitaine Zdeno Chara quitte sa position à la ligne bleue et s'avance dans le slot, sans être inquiété (jamais le rude Emelin n'a paru aussi chétif), pour inscrire son deuxième but du match sur passe de Surovy (5-2).

Le gardien remplaçant slovaque, Peter Hamerlik, se met en valeur par un arrêt-mitaine sur un tir à bout portant de Kulemin servi en retrait par Svitov, et par une parade de la jambière sur un décalage inverse (Kulemin pour Svitov). Mais lui aussi devra rendre les armes. Car il manque un détail à la feuille de match : le meilleur marqueur de la compétition Evgeni Malkin n'a pas inscrit le moindre point ! Il répare l'erreur en déposant Chara en zone neutre avant de prendre un splendide tir à mi-distance (6-2).

IMG 6130Les joueurs russes se congratulent puis offrent une séance de trampoline à leur entraîneur Zinetula Bilyaletdinov, qu'ils lancent à deux mètres de haut. Il faut dire que le Tatar a remporté l'or dès son premier championnat du monde sur le banc !

Après vingt minutes assez serrées, la finale a ensuite été aussi déséquilibrée qu'on pouvait le craindre. Un jeu à sens unique, certes mais un jeu magnifique, dans lequel les Russes ont fait l'étalage de tout leur talent avec une vitesse d'exécution collective phénoménale. Même menés au score, comme en demi-finale, ils ont totalement surclassé leurs adversaies. Jamais leurs principales stars n'avaient toutes évolué au plus haut niveau au même moment : cette parfaite alchimie leur donne évidemment un grand sourire à deux ans de "leurs" Jeux olympiques à Sotchi.

Désignés joueurs du match : Aleksandr Semin pour la Russie et Zdeno Chara pour la Slovaquie.

Trois meilleurs joueurs russes du tournoi selon leur entraîneur : Semion Varlamov, Ilya Nikulin et Evgeni Malkin.

Trois meilleurs joueurs slovaques du tournoi selon leur entraîneur : Jan Laco, Zdeno Chara et Andrej Sekera.

Commentaires d'après-match

Zdeno Chara (défenseur et capitaine de la Slovaquie) : "Cette médaille est dédiée à Pavol [Demitra] bien sûr. On l'a toujours gardé à l'esprit."

Tomas Kopecky (attaquant de la Slovaquie) : "C'est vraiment dur quand on a trois buts de retard de revenir, surtout contre une équipe comme la Russie. C'est un sentiment bizarre. On se dit qu'avec quelques erreurs en moins, si on avait marqué un deuxième but... on ose imaginer. Mais reconnaissons qu'ils ont mieux joué et qu'ils le méritent. Ils ont 4 lignes avec des talents incroyables. Ils ont joué en équipe, ce qui nous a surpris, car en général ils ont plus des patineurs individualistes, mais là ils ont fait un effort d'équipe, et c'est pour ça qu'ils ont gagné. Pavol [Demitra] était un bon ami, j'avais déjà dit que je dédiais toute ma saison à sa mémoire. On en avait discuté avec Zdeno après les quarts de finale. Si on gagnait une médaille, on mettrait tous les deux son maillot parce qu'on était très proches. Il m'a beaucoup aidé dans ma carrière. J'en serais pas là aujourd'hui sans lui. C'est ma façon de le remercier."

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Michal Sersen (défenseur de la Slovaquie) : "On est déçus mais on sait qu'on doit être satisfaits avec cette médaille parce que personne nous attendait en finale. Quand on a marqué le premier but, on se sentait bien, on pensait qu'on pouvait gagner, mais ils ont été meilleurs pendant le match. Après la deuxième période on y croyait encore. Le coach nous a demandé de nous battre jusqu'au bout."

Juraj Mikus (attaquant de la Slovaquie) : "Je suis vraiment fatigué. Ils patinent vraiment vite. On avait comme plan de garder le score le plus longtemps possible parce que ça les rendrait de plus en plus nerveux. Le plan a bien marché au début mais ensuite on a fait quelques erreurs dans la deuxième période. On a essayé de rester concentré mais face à la Russie, c'est vraiment difficile. [Starosta] était peut-être à... 40% de ses capacités mais il s'est donné à 100% de toute façon. Il a un orteil cassé et son épaule hier était démise pendant quelques instants. Moi, j'ai du sang dans ma jambe et dans mon genou [après le choc avec Getzlaf], c'est très douloureux, davantage qu'hier."

Tomas Tatar (attaquant de la Slovaquie) : "On aurait eu du mal à le croire si on nous avait dit avant le tournoi qu'on gagnerait l'argent. On va fêter ça. Mais juste après le match comme ça, un match serré, on est un peu déçus car on était proche de l'or."

Aleksandr Ovechkin (attaquant de la Russie, en photo ci-contre) : "C'est un sentiment incroyable. Je pense qu'on le mérite."

Pavel Datsyuk (attaquant de la Russie) : "La Russie a gagné parce qu'on était plus motivés, agressifs, disciplinés, on jouait en équipe. Par rapport à la coupe Stanley, tu joues pour ton pays, il y a plus d'émotions. Ça vient du cœur. Les supporters n'auraient pas pu être mieux. On a été très encouragés aujourd'hui."

Ilya Nikulin (défenseur et capitaine de la Russie) : "C'est difficile de faire le bilan du tournoi, pour l'instant, je suis simplement submergé d'émotions et fatigué. Nous félicitons toute la Russie, cette victoire est pour vous."

Zinetula Bilyaletdinov (entraîneur de la Russie) : "Il nous restait une dernière étape dans ce tournoi. Ils avaient gagné contre les Canadiens, les Finlandais, on s'était donc bien préparé pour gagner. Je suis reconnaissant envers mes joueurs. C'est une bonne occasion de commémorer la tragédie du Lokomotiv Yaroslavl. C'était une excellent équipe où jouaient beaucoup de nos joueurs et de joueurs étrangers."

Vladimir Vujtek (entraîneur de la Slovaquie) : "Je félicite la Russie. On n'a pas réussi à rééditer la bonne performance qu'on a fait contre les Tchèques et les Canadiens. On a fait plus d'erreurs. Peut-être qu'on était fatigués, ou bien que les plus jeunes joueurs ont trop respecté l'adversaire. Cependant, j'aimerais remercier tous mes joueurs pour cette performance fantastique. Ça faisait 9 ans qu'on n'avait pas eu de médailles et c'est très bien pour la Slovaquie."

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Russie - Slovaquie 6-2 (1-1, 3-0, 2-1)
Dimanche 20 mai 2012 à 20h30 à la Hartwall Areena de Helsinki. 13242 spectateurs.
Arbitrage de Brent Reiber (SUI) et Antonin Jerabek (TCH) assistés de Roger Arm (SUI) et Petr Blümel (TCH).
Pénalités : Russie 2' (0', 0', 2'), Slovaquie 4' (0', 2', 2').
Tirs : Russie 42 (13, 16, 13), Slovaquie 31 (10, 8, 13).

Évolution du score :
0-1 à 01'06" : Chara assisté de Surovy
1-1 à 09'57" : Semin assisté d'Ovechkin et Datsyuk
2-1 à 26'10" : Perezhogin assisté de Popov
3-1 à 33'31" : Tereshchenko assisté de Shirokov et Zherdev
4-1 à 35'22" : Semin assisté de Datsyuk
5-1 à 43'55" : Datsyuk assisté de Semin et Ovechkin
5-2 à 49'37" : Chara assisté de Surovy et Satan (sup. num.)
6-2 à 58'02" : Malkin assisté de Nikulin et Nikitin


Russie

Gardien : Semyon Varlamov.
 
Défenseurs : Evgeni Biryukov (+1) - Ilya Nikulin (C, +2) ; Evgeni Ryasenski (+1) - Aleksei Emelin (+2) ; Denis Denisov (+1) - Evgeni Medvedev ; Nikita Nikitin (+1).
 
Attaquants : Aleksandr Popov (+2) - Evgeni Malkin (+2) - Aleksandr Perezhogin (+2) ; Aleksandr Ovechkin (+2, 2') - Pavel Datsyuk (+2) - Aleksandr Semin (+2) ; Sergei Shirokov (+1) - Aleksei Tereshchenko (A, +1) - Nikolaï Zherdev (+1) ; Nikolaï Kulemin - Aleksandr Svitov (A, 2') - Denis Kokarev.
 
Remplaçants : Konstantin Barulin (G), Evgeni Kuznetsov. Absents : Mikhaïl Biryukov (G), Dimitri Kalinin (suspendu), Evgeni Ketov (en réserve).

Slovaquie

Gardien : Jan Laco.

Défenseurs : Ivan Baranka (-1) - Andrej Sekera ; Michal Sersen (-2) - Zdeno Chára (C, -2, 2') ; Tomáš Starosta (-3) - René Vydarený (-2).

Attaquants : Tomáš Kopecký (2') - Michal Handžuš (A, -1) - Branko Radivojevic ; Libor Hudácek (-3) - Tomáš Surový (-2) - Miroslav Satan (A, -3) ; Tomáš Tatar (-1) - Juraj Mikúš (-1) - Michel Miklík (-1) ; Milan Bartovic (-1) - Mário Bližnák (-1) - Marek Hovorka (-1) puis Marcel Hašcák à 40'00".

Remplaçant : Peter Hamerlík (G). Absents : Julius Hudacek (G), Dominik Granak (main cassée), Kristián Kudroc (dos), Marcel Hossa (main cassée).

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