New York Rangers - New Jersey Devils (finale de conférence Est, match 5)

Les Rangers ont pris un coup sur la tête en perdant nettement le match précédent, au point de tomber dans la frustration et les mauvais gestes. Pour autant, aucune équipe ne s'attend à un match dérapant de la même manière ce soir.

Pete DeBoer n'a procédé à aucun changement dans son alignement. Ce n'est pas le cas de John Tortorella qui a placé le rookie Chris Kreider en première ligne avec Brad Richards et Carl Hagelin, récompensant l'ancien universitaire de ses prestations en playoffs. Kreider, avec déjà cinq buts, est en effet l'un des rares attaquants efficaces pour les Rangers, alors que Marian Gaborik, entre autres, a disparu de la circulation. Brandon Dubinsky, absent depuis le 24 avril, fait pour sa part son retour.

Lorsque les journalistes ont demandé à John Tortorella ce qu'il comptait faire pour améliorer les débuts de match, il a répondu : "prier". Les cieux l'ont-ils entendu ?

Un froid réalisme

La partie débute avec une bonne charge de Zach Parise sur Brad Richards, initiant l'échec-avant intense traditionnel des Devils. La réplique est immédiate avec deux charges sur Marek Zidlicky, notamment du revenant Brandon Dubinsky. New Jersey, serein, commence à porter le danger. Après une longue présence de la ligne Ponikarovsky-Josefson-Clarkson, les Rangers cèdent les premiers. L'échec-avant marche bien avec Steve Bernier et Stephen Gionta le long de la bande, le palet revient à Mark Fayne, libre à la bleue. Il expédie un bon tir, dévié par Gionta qui conclut sur son propre rebond (0-1 à 02'43"). Le petit frère du capitaine de Montréal n'a qu'un match de saison régulière cette saison, mais a transformé la quatrième ligne pour ces playoffs et signe son troisième but du printemps.

Les Devils insistent : Adam Henrique pour Patrik Elias, arrêt d'Henrik Lundqvist. Deuxième chance sur une montée d'Ilya Kovalchuk, qui, en déséquilibre, décale Henrique. Le rookie lance de la bleue, Elias masque le gardien et le palet rebondit sur sa jambe puis celle d'Artem Anisimov, qui compensait la montée de Marc Staal... et but ! (0-2 à 04'13"). Temps mort demandé par John Tortorella après ce début de match calamiteux des bleus... Deux buts en 1'30", ce n'est pas vraiment le départ canon qu'espérait l'entraineur !

Martin Brodeur n'a pas eu beaucoup de travail jusque là, mais il stoppe le premier tir dangereux, venu d'un débordement rapide de Carl Hagelin. La meilleure chance revient à Marian Gaborik, qui rate inexplicablement la cage sur un énorme travail de Ruslan Fedotenko autour du but. L'Ukrainien lance ensuite de l'aile, avec Derek Stepan au rebond, puis Gaborik... arrêt de Brodeur, tenace. Les Rangers réagissent bien après le temps mort, tentant de conserver le palet en zone offensive. New Jersey ne compte aucun tir depuis le deuxième but, sous pression. Mais un contre terrible vient détruire ce beau travail : Zach Parise contre un tir, parvient à pousser le palet vers Travis Zajac dans la neutre qui s'avance et, en entrée de cercle, trompe Lundqvist d'un tir croisé côté crosse (0-3 à 15'41"). Trois buts en dix minutes, un handicap que les Rangers auront du mal à remonter, eux qui n'ont jamais marqué quatre buts en un match dans ces phases finales.

La première chance de revenir vient d'une charge de Mark Fayne sur Brandon Prust : deux minutes. Avec un 4/11 en supériorité dans la série, les Rangers ont des raisons d'y croire. Pour cela il faut s'installer, ce qu'ils sont incapables de faire. La seule chance est un palet envoyé au fond qui rebondit bizarrement, alors que Brodeur avait anticipé derrière sa cage, avant un seul tir, signé Brian Boyle, en fin de pénalité. Le danger ne peut venir que des défenseurs ; le lancer de Ryan McDonagh traverse l'enclave, sans dommage. Les Devils répondent physiquement, reprenant leur forecheck. Ils ne laissent aucun espace pour des relances correctes, forçant New York à se battre dans les bandes et aux attaquants à revenir pour aider leurs défenseurs. Finalement, c'est sur un long palet plein axe que Brandon Prust s'échappe et réduit le score du revers en résistant au retour de Zidlicky (1-3 à 15'41"). Un but qui réveille le public et toute l'équipe : nouvelle tentative de Marc Staal servi par Michael Del Zotto, sur la crosse de Brodeur. Les Devils n'ont aucun tir depuis le but de Zajac et il faut attendre un lancer de Peter Harrold pour les voir revenir à l'offensive. Après un excellent départ et un réalisme froid, ils ont reculé et laissé revenir un peu les Rangers. Mais New York paie encore très cher son départ poussif : ils ont pris 12 buts et en ont marqué seulement 5 sur les premiers tiers dans ces playoffs.

Attaque-défense

Va-t-on assister à une attaque défense dans ce deuxième tiers ? En tout cas, la première occasion est au fond ! Un centre d'Anisimov dans le slot vient trouver Ryan Callahan qui dévie le palet dans le but. L'arbitrage vidéo est de sortie car le palet a touché le patin du capitaine. Le but est finalement validé (2-3 à 20'32"). Un but qui relance complètement la partie. Les Bleus insistent ; un centre de derrière le but et Stepan manque le cadre. Le public est debout et New Jersey sous pression. Pete DeBoer a senti le danger et demande à ses joueurs de reprendre leur échec-avant, en lançant sa quatrième ligne. Mais New York continue et sur une mise au jeu, Dainius Zubrus prend deux minutes pour un accrochage. Brad Richards lance dans l'axe, le rebond est pris par Callahan en angle fermé... Le palet touche les deux poteaux et sort ! Ce sera la seule occasion, mais quelle occasion, sur ce jeu de puissance.

Après sept minutes, il y a 6 tirs à 1 en faveur des Rangers, mais Prust se rend coupable d'un cinglage sur Alexei Ponikarovsky et New Jersey a l'occasion de reprendre de l'air. Les Rangers se sacrifient pour contrer les tirs, menés par leur capitaine Callahan. La pénalité est tuée et, sur une action hors limite, Prust fait tomber Harrold, qui riposte : deux minutes chacun. La séquence ne donne rien et les Rangers continuent à pousser. McDonagh perce dans l'axe et décale Richards à droite, qui a du champ... arrêt de Brodeur. Rupp, Hagelin tentent leur chance à leur tour, acculant la défense sur son but. On compte 19 tirs à 8 et le match est une attaque-défense. À quatre minutes de la pause, Fedotenko vient charger Bryce Salvador sans palet : pénalité logique et un peu d'air pour New Jersey. Les Devils sont incapables de s'installer et voient leurs passes coupées, jusqu'aux dernières secondes avec un échange Kovalchuk-Josefson sur lequel le jeune Suédois échoue sur Lundqvist. New

Jersey sort la tête de l'eau dans les dernières minutes avec un échec-avant mieux mené, se concluant par une série de tirs pour trois arrêts de Lundqvist face aux troisième et quatrième lignes adverses. Bernier et Carter mènent la charge et poursuivent leur excellent match, juste avant la sirène : les Devils ont plié d'entrée mais tenu le choc dans la foulée, malgré une forte pression des Rangers. Il y a toujours 3-2 et tout reste à faire...

Coaching gagnant

Et comme dans le deuxième tiers, cela ne traîne pas : 17 secondes et Brodeur sort jouer un palet loin de son but. Le disque file dans le coin, lui échappe hors du trapèze, Gaborik surgit et lance vers le but, alors que Brodeur se remet en position. Il ne parvient pas à trouver le palet qui finit au fond des filets. Les Rangers égalisent dans la confusion (3-3 à 40'17"). Une erreur coupable du gardien, même si en début d'action une obstruction sur un défenseur est passée inaperçue... Cela permet au public de chanter ironiquement "Mar-ty, Mar-ty" pour les minutes qui suivent !

Sur la présence suivante, Callahan touche Zubrus au visage et rien n'est sifflé. Les Devils réagissent avec un tir de Salvador, David Clarkson masquant le gardien. Puis, c'est Henrique en pivot et Kovalchuk en pivot également... But, refusé car le Russe a contrôlé le palet trop haut. Le sifflet avait retenti au moment du tir. New York reprend le fil et Chris Kreider trouve Brodeur sur sa route, de même que Carl Hagelin sur un tour de cage. De l'autre côté, Jacob Josefson lance de loin et Lundqvist bloque. La partie s'équilibre et les duels sont intenses. Andy Greene démarre en deux-contre-un... retour de Dan Girardi qui bloque la passe. New Jersey pousse et Richards manque de tromper son propre gardien sur une remise en retrait ! Brodeur n'est pas en reste et s'impose sur un lancer venu d'un défenseur. La longue présence contraint Pete DeBoer à prendre un temps mort après le dégagement interdit.

Il reste dix minutes et l'atmosphère est étouffante. Les deux équipes parviennent à s'installer chacune leur tour pour de longues présences offensives sans que le compteur de tirs ne grimpe beaucoup. DeBoer modifie ses lignes, montant Gionta avec Elias et Kovalchuk, à la place d'Henrique, aligné avec Bernier et Carter. La méthode semble fonctionner avec une bonne fin de match des Devils qui reprennent leur échec-avant et bataillent dans les bandes, contrôlant de plus en plus le palet. Et cela paie : Gionta envoie au fond, Kovalchuk met en échec Del Zotto et Gionta, mis en échec par Girardi, parvient quand même à centrerfort au deuxième poteau où Carter, tout seul, trompe Lundqvist (3-4 à 55'36"). Les deux arrières des Rangers n'ont eu aucune aide du trio Hagelin-Richards-Kreider, statiques à la bleue pour le coup... Les jeux de ligne de DeBoer font la différence en cette fin de match et New Jersey reprend l'avantage à quatre minutes de la fin, assomant le public. Tortorella n'a plus de temps mort, mais sort son gardien à 1'20" de la fin. C'est Zach Parise qui finit le travail, lancé par Kovalchuk, pour un but cage vide (3-5 à 59'28").

Victoire des Devils, qui auront finalement dominé le début et la fin de match, soit à peine un quart d'heure... Les Rangers auront peut-être réalisé leur meilleur match de la série, mettant une pression monstre et parvenant même à remonter trois buts. Mais à force d'être dans la réaction permanente depuis le début des playoffs, à force de jouer avec le feu, ils auront fini par manquer de carburant en fin de partie. Un match où le coaching de Pete DeBoer aura remporté la mise, avec comme meilleur joueur du match Stephen Gionta, un match de saison régulière cette saison, douze en carrière... mais dix-sept en playoffs, où il a su se montrer décisif. La profondeur d'effectif a clairement fait la différence ce soir.

Il y a 18 ans jour pour jour, New Jersey battait les Rangers 4-1 et menait 3-2 dans la série. Le capitaine d'alors, Mark Messier, avait garanti la victoire et New York avait gagné les deux derniers matchs... il faudra faire aussi bien cette fois !

Commentaires d'après-match :

John Tortorella (entraîneur de New York) : "Je pense que nous avons sans doute joué notre meilleur match de la série."

Zach Parise (attaquant de New Jersey) : "Ce n'était pas le plus beau match. Probablement la plus longue séquence de nos playoffs où nous n'étions pas affûtés. Nous n'avons pas été bons à l'échec-avant, en partie parce qu'ils ont été bons. Nous avons réussi à arracher la victoire et c'est tout ce qui compte. Notre approche en troisième tiers était de garder ce but, malheureusement ça n'a pas duré longtemps. Nous avons alors pensé que c'était comme un 0-0, peu importait qui avait mis les trois derniers buts, seuls comptaient les trois prochains. Nous avons avancé et essayé d'avoir le premier."

Martin Brodeur (gardien de New Jersey) : "Gaspiller un 3-0 et revenir pour gagner, cela en dit long sur notre équipe. Nous sommes restés concentrés malgré quelques coups durs. Je ne sais pas trop si le deuxième n'est pas marqué volontairement du patin. Ce n'était pas notre meilleur match, mais nous l'avons gagné. C'est chouette de vivre cela, j'ai savouré aujourd'hui même s'ils sont revenus et nous ont presque battus. J'ai commis une erreur et je suis content que les gars aient su rebondir et gagner, sinon ça aurait été dur à vivre et je l'aurais longtemps entendu. [au sujet des chants "Mar-ty"] C'était énorme ! Aussi fort que possible. J'espère que, si je reviens pour le match 7, ils feront encore plus fort."

Patrik Elias (attaquant de New Jersey) : "C'est bon d'être à une victoire de la finale. Nous avons volé ce match. Martin a été solide et je pense que c'est l'un de leurs meilleurs match dans cette série. Nous devrons être meilleurs au prochain match, car nous ne pouvons pas voler ces matchs à chaque fois. On l'a fait ce soir, on prend mais il faudra être meilleur au prochain."

 

New York Rangers - New Jersey Devils 3-5 (3-1, 0-1, 2-1)
Mercredi 24 mai 2012, 20h00, Madison Square Garden. 18200 spectateurs.
Arbitrage de Wes McCauley et Dan O'Halloran assistés de Steve Barton et Pierre Racicot.
Tirs : New York 28 (9, 11, 8), New Jersey 17 (6, 5, 6)
Pénalités : New York 8' (0', 6', 2'), New Jersey 8' (2', 4', 2')

Récapitulatif du score :
0-1 à 02'43" : Gionta assisté de Fayne et Bernier
0-2 à 04'13" : Elias assisté de Henrique et Kovalchuk
0-3 à 09'49" : Zajac assisté de Parise et Salvador
1-3 à 15'41" : Prust assisté de Fedotenko et Stepan
2-3 à 20'32" : Callahan assisté de Anisimov et Dubinsky
3-3 à 40'17" : Gaborik
3-4 à 55'36" : Carter assisté de Gionta et Zidlicky
3-5 à 59'28" : Parise assisté de Kovalchuk et Fayne (cage vide)

 

New York Rangers

Gardien : Henrik Lundqvist (sorti de sa cage à 58'30")

Défenseurs : Dan Girardi - Ryan McDonagh ; Marc Staal (A) - Anton Strålman ; Michael Del Zotto - Stu Bickel.

Attaquants : Carl Hagelin - Brad Richards (A) - Marian Gaborik ; Chris Kreider - Derek Stepan - Ryan Callahan (C) ; Artem Anisimov - Brian Boyle - Mike Rupp ; Ruslan Fedotenko - Brandon Dubinsky - Brandon Prust.

Remplaçants : Martin Biron (G), John Scott (D), Jeff Woywitka (D), Steve Eminger (D).

Réservistes : Cam Talbot, Tim Erixon, Kris Newbury, Casey Wellman, Jonathan Audy-Marchessault, Marek Hrivik, J.T. Miller, Chad Kolarik, Dylan McIlrath.

Absents : Mats Zuccarello (poignet), Michael Sauer (commotion).

New Jersey Devils

Gardien : Martin Brodeur.

Défenseurs : Marek Zidlicky - Bryce Salvador ; Andy Greene - Mark Fayne ; Anton Volchenkov - Peter Harrold.

Attaquants : Zach Parise - Travis Zajac - Dainius Zubrus ; Patrik Elias - Adam Henrique - Ilya Kovalchuk ; Aleksei Ponikarovsky - Jacob Josefson - David Clarkson ; Ryan Carter - Stephen Gionta - Steve Bernier.

Remplaçants : Johan Hedberg (G), Adam Larsson (D) Matt Taormina (D), Cam Janssen (A), Eric Boulton (A), Petr Sykora (A).

Réservistes : Jeff Frazee (G), Keith Kinkaid (G), Brandon Burlon, Matthew Corrente, Eric Gelinas, Dan Kelly, Jay Leach, Alexander Urbom (D), Matt Anderson, Mike Hoeffel, Brad Mills, Tim Sestito, Mike Sislo, Mattias Tedenby, Steve Zalewski, Vladimir Zharkov (A).