Bilan de la KHL (I) : équipes classées de 17 à 23

Metallurg Novokuznetsk (17e) : quo vadis, Maksim Kitsyn ?

MereskinAprès deux tristes années passées à la dernière place, les supporters de Novokuznetsk ont été ravis de retrouver une équipe compétitive. Le premier succès de prestige contre Kazan a été salué par une ola, preuve du nouvel intérêt d'un public qui commençait à y croire de nouveau.

Il y en a un qui n'y croyait plus du tout en revanche, c'est Maksim Kitsyn. Le champion du monde junior 2011, revenu de cinq mois passés au Canada en junior majeur, n'a pas connu du tout la même trajectoire que ses camarades. Pendant que Tarasenko ou Kuznetsov devenaient des vedettes de la KHL, le pauvre Kitsyn se morfondait en quatrième ligne, avec des résultats catastrophiques : 3 petits points et la plus mauvaise fiche de l'équipe, -17 ! Le junior a même été rétrogradé en fin de saison dans l'équipe-ferme de VHL, le Yermak Angarsk. Pourra-t-il rebondir l'an prochain ?

L'air n'était plus bon pour le gamin... mais pour les vieux non plus ! Pour accrocher les play-offs, le Metallurg a misé en novembre sur Chris Simon, le vétéran canadien qui n'avait plus joué depuis six mois, et lui a offert la bagatelle de 150 000 dollars par mois, ce qui en faisait le joueur le mieux payé de l'équipe avec Sergei Brylin. Mais il n'y a que par leurs salaires que les vétérans, loin de leur forme d'antan, se sont distingués.

Le Metallurg était donc trop court pour espérer jouer en play-offs. Une victoire sur son homonyme de Magnitogorsk lui a fait croire à sa chance, et deux jours plus tard, les 7300 places ont - pour la première fois depuis trois ans - toutes été vendues pour le derby sibérien contre Omsk, le dernier match à domicile. Mais Novokuznetsk s'est incliné 1-4, non sans avoir eu l'occasion de revenir dans le match (poteau du défenseur Kuklev). L'efficacité aux tirs, la plus mauvaise de KHL, en dessous des 7%, a été le gros point faible de la saison. Le président l'a compris. Il a annoncé qu'il reconduirait tout le staff et promis de renforcer l'offensive.

 

Neftekhimik Nijnekamsk (18e) : fin de série pour un habitué

FranskevichLa dernière fois que Nijnekamsk avait raté les play-offs, c'était en 2003, à l'époque où seuls huit clubs y participaient. Autant dire que les Tatars ont été très désagréablement surpris de la mauvaise tournure que prenait la saison. Bien sûr, ils ont viré l'entraîneur, Aleksandr Smirnov, pour le remplacer par le vénérable Vladimir Golubovich, 57 ans. Mais à aucun moment, ils n'ont retrouvé le niveau d'autrefois, du temps de Krikunov, l'entraîneur de tous les succès qu'ils ont été contraints de libérer pour le grand club tatar, Ak Bars Kazan.

L'une des explications à cette saison médiocre est que les nouveaux gardiens n'ont pas convaincu. Le grand Finlandais Tuomas Tarkki, qui avait été meilleur gardien de SM-liiga en 2007 et 2008, a mis du temps à s'adapter à la KHL. On a même cru que l'autre recrue Denis Franskevich lui prendrait la place de titulaire, mais il n'a pas réussi à le concurrencer. Tarkki est resté numéro 1, mais avec un 90% d'arrêts très moyen.

Pour tenter de s'en sortir, le club s'est également montré actif sur les transferts. Fin octobre, il a engagé un leader défensif avec l'ex-international finlandais Tuukka Mäntylä. Mais sa plus grande réussite fut un échange a priori mineur d'Anton Krysanov contre Yegor Milovzorov, un attaquant originaire de Novosibirsk qui n'avait jamais fait parler de lui, mais qui a marqué 33 points en 37 rencontres et mené l'attaque avec le capitaine local Maksim Pestushko.

Preuve que le Neftekhimik n'a jamais abandonné, il a toujours refusé les sollicitations des autres clubs qui s'intéressait à ses principaux joueurs, le défenseur international Nikolaï Belov ou les ex-attaquants de NHL Aleksandr Korolyuk et Oleg Kvasha. Il a eu le mérite de jouer le jeu jusqu'au bout et a fini la saison par trois victoires à l'extérieur, même s'il n'y avait plus rien à espérer.

 

Spartak Moscou (19e) : le club du peuple n'est plus populaire

BenoitLe Spartak avait cette saison recruté ses premières stars, Josef Stümpel et Marcel Hossa. Mais, peut-être marqués comme tous leurs compatriotes par le décès de leur ami de longue date Pavol Demitra, les deux attaquants slovaques ont très vite déçu. Le plus régulier des Slovaques, c'était finalement Stefan Ruzicka, joueur au caractère nonchalant s'il en est, mais qui terminera de loin meilleur marqueur de l'équipe.

Si le Spartak était encore dans le top-8 de sa conférence, c'était essentiellement grâce à son gardien Ivan Kasutin, qui repoussait régulièrement 40 tirs à chaque match. Mais il n'avait pas de doublure de valeur, et quand il est revenu de l'équipe de Russie B avec une angine après la trêve internationale de novembre, les rouge et blanc ont encaissé des cartons.

Pour tenter de débloquer psychologiquement leurs joueurs slovaques, le Spartak a alors engagé Frantisek Hossa, le père de Marcel (et de Marian) : et un coach de plus sur le banc ! Mais il arrivait au pire moment, avec un gardien malade, sans Stümpel victime d'une fracture du poignet, et pendant une accumulation de défaites humiliantes à domicile.

Les joueurs avaient plaidé la cause de leur entraîneur Viktor Pachkalin et les dirigeants voulaient donc le garder jusqu'à la trêve le temps de réfléchir, mais la huitième défaite à domicile d'affilée, un terrible 1-7 contre le Traktor devant la dernière poignée de fidèles (1200 spectateurs seulement), a obligé une réaction rapide.

Le club moscovite semblait alors dans l'improvisation totale : il licenciait Pachkalin, mais aussi le manager Andrei Yakovenko, sans même avoir préparé la succession de l'un ou de l'autre. Il fallait attendre une semaine supplémentaire (et une nouvelle rouste 10-2 à Saint-Pétersbourg) pour que Hossa père - l'ex-sélectionneur slovaque n'avait fait qu'assurer l'intérim - soit remercié à son tour et qu'Andrei Sidorenko arrive. Celui-ci remettait aussitôt l'équipe au travail. En effet, si Pachkalin était compétent tactiquement, il lui manquait un peu d'autorité. Sidorenko devait user de sa poigne de fer pour activer une équipe physiquement défaillante qui craquait à chaque fin de match.

Les entraînements redoublés devaient permettre une course-poursuite effrénée, qui s'est vite révélée vaine. Le Spartak a alors laissé partir Kasutin vers Kazan. La troisième doublure essayée dans les cages, Sergei Borisov, s'est retrouvé soudain titulaire... et a obtenu de meilleures statistiques. Le Spartak a retrouvé un peu de consistance et a donc prolongé le contrat de Sidorenko. Mais cela prendra du temps de reconquérir le public, car le "club du peuple" a aujourd'hui la plus faible moyenne de spectateurs de la ligue !

 

Sibir Novosibirsk (20e) : de l'infirmerie à la braderie

SibirLa profondeur de banc est assez limitée au Sibir, et le club a donc besoin que l'infirmerie soit vide pour atteindre les play-offs, comme l'an passé. Mais la chance ne sourit pas à tous les coups. Alors que le championnat avait bien commencé à Novosibirsk sous l'impulsion de la première ligne Enlund-Lehterä-Tarasenko, les ennuis ont rapidement commencé.

Aleksandr Suglobov s'est d'abord déchiré les ischio-jambiers le 18 octobre, puis le centre finlandais Jori Lehterä s'est blessé au ménisque onze jours plus tard. En l'absence de deux attaquants majeurs, le Sibir a perdu sept fois de suite et est sorti de la zone des qualifiées, pour ne plus jamais y rentrer.

On a alors procédé à une permutation : Andrei Tarasenko a laissé la place d'entraîneur à son adjoint, l'ancien défenseur Dmitri Yushkevich, tout en restant dans le club. Mais les résultats ont tardé à suivre et le nouveau coach s'est vite rendu compte qu'il ne servait plus à rien de parler de play-offs.

Le Sibir a donc procédé à une grande braderie en janvier. Les trois meilleurs défenseurs ont tous été cédés : Vyacheslav Belov à l'Atlant, Aleksandr Kutuzov au Dynamo et Grigorijs Pujacs à l'Avangard. Le plus déchirant, ce fut cependant de "prêter" à Saint-Pétersbourg le leader offensif Vladimir Tarasenko, qui tournait à un point par match. La jeune star locale avait en effet besoin de rallonger sa saison pour mieux se préparer pour l'équipe nationale (mais cela n'a pas suffi pour qu'il intègre l'effectif du championnat du monde). C'était en fait un adieu définitif à la Sibérie, puisque Tarasenko partira en NHL (Saint-Louis) l'an prochain.

 

Lev Poprad (21e) : bonjour, au revoir

MihalikSportivement, les Slovaques étaient encore en phase de découverte pour leur première saison de KHL. Ils n'étaient pas en mesure de se qualifier en play-offs et ont donc laissé partir leurs meilleurs joueurs en janvier pour faire des économies : le défenseur Vladimir Mihalik, le meilleur marqueur Tomas Netik, le jeune international Juraj Mikus et la star Ladislav Nagy, qui a même menacé de porter plainte contre sa mise à l'écart, avant de retrouver un contrat à Minsk.

À ce moment, l'avenir du club était déjà en grande négociation. Le Lev a été racheté par un groupe tchèque qui souhaitait le déménager à Prague. Le maire de Poprad, Anton Danko, est alors monté au créneau pour conserver une équipe de KHL dans sa ville, en déclarant avoir le soutien du premier ministre Robert Fico sur le sujet. Mais l'enveloppe de 10 millions d'euros exigée par la ligue russe était rédhibitoire...

En fait, la KHL s'est servie de Poprad pour poser le pied hors des frontières de l'ex-URSS. Elle a démontré que c'était possible, et grâce à ce jalon, elle pourra bientôt s'installer dans deux capitales, Prague et Bratislava. Il est clair que la petite ville au pied des Monts Tatras ne l'intéresse plus.

L'enthousiasme dont a fait preuve le public de Poprad a donc été un peu douché. Il ne restera rien de très mémorable de cette saison en KHL. Juste quelques souvenirs fugaces qui resteront sans lendemain. Et peut-être aussi le fait qu'un certain Jan Laco, gardien jusque là inconnu hors de Slovaquie, a montré ses talents sur les patinoires russes avant de se révéler aux championnats du monde.

 

Avtomobilist Ekaterinburg (22e) : même joueur joue encore

Avtomobilist11 voix contre 8 : c'est par ce vote très serré que le comité de la KHL a admis que l'Avtomobilist continue de participer la saison prochaine. Le club, qui avait vécu une grande crise financière la saison précédente, est toujours sur le fil du rasoir.

La saison 2011/12 a ainsi été éclipsée par d'incessantes batailles judiciaires. L'ex-président du club Vyacheslav Potekhin a été poursuivi par la justice pour évasion fiscale, mais il conserve encore un pouvoir en tant qu'actionnaire majoritaire de la patinoire, et il a essayé de s'en servir. En février, il a poursuivi les dirigeants de l'équipe en justice pour une dette de 50 millions de roubles, en interdisant l'accès à la patinoire à tout membre du club ! L'Avtomobilist a répliqué à son tour par une autre plainte pour rupture de contrat. Le tribunal local a cependant repoussé les audiences et permis que l'Avtomobilist puisse jouer normalement les dernières rencontres de la saison sur sa glace, sauvant ainsi les apparences.

Cela aurait fait genre d'être expulsé de sa patinoire. Au classement, il n'y avait plus rien à sauver. L'entraîneur Ilya Byakin avait démissionné fin novembre, et le seul coach restant, Andrei Martemyanov, a dirigé l'équipe vers un classement attendu à la dernière place de la coférence Est.

Y a-t-il eu le moindre éclair positif dans cette saison ? Oui, et on le doit au capitaine Andrei Subbotin, qui a été le premier joueur à franchir la barre des 1000 parties jouées dans l'élite russe, juste avant Proshkin et Troshchinski qui en ont fait autant dans les semaines suivantes. Ce palier atteint par l'aîné Subbotin est encore plus méritoire quand on sait qu'il est allé faire une saison de deuxième division en 2008/09 pour aider la résurrection de l'Avtomobilist. Le "premier" Avtomobilist, Subbotin - originaire de Tomsk en Sibérie - y avait joué en junior et dans ses premières années seniors, lorsque la ville s'appelait Sverdlovsk et non Ekaterinbourg du temps de l'URSS. On comprend donc que Subbotin, 39 ans, ait reçu de la KHL le prix du vétéran de l'année.

 

Vityaz Chekhov (23e) : le gang des récidivistes

AnisinLes goons du Vityaz sont comme les délinquants multi-récidivistes. Ils commettent les pires méfaits, puis viennent s'excuser en disant que, vraiment oh non vraiment, ils ne recommenceront plus. Et à chaque fois, ils s'en prennent à ce qu'ils trouvent, des joueurs qui n'ont rien demandé, les gardiens adverses, ou bien encore les supporters, comme l'a fait leur entraîneur Andrei Nazarov qui montrait le "bon exemple"  (il a fini, très tardivement, par être remercié de toute fonction en équipe nationale).

Lorsque Jeremy Yablonski a frappé par derrière Andrei Ryazantsev d'un crochet du gauche, la ligue s'est finalement décidée à sévir et à le disqualifier jusqu'à la fin de la saison. Yablonski a alors exprimé sa repentance dans un reportage de KHL-TV et a poussé la ligue, dans sa grande mansuétude, à le pardonner pour son écart de conduite, puisque Ryazantsev n'avait pas de séquelles. Il s'agissait en effet juste d'une bête incompréhension. Yablonski n'avait pas compris qu'en Russie les autres équipes n'avaient pas d'enforcers et qu'il était mal vu de se battre.

Nazarov s'est alors fait lyrique : "Aujourd'hui, Yablonski est devenu un symbole du Vityaz. Le symbole du fait que notre ville petite mais forte, sans avoir les possibilités des oligarques ou les ressources administratives, compte dans l'espace du hockey russe. Nous avons donc décidé que notre artiste canadien aura le rôle du capitaine en première ligne. Tous les fans doivent savoir que le Vityaz a besoin de Yablonski pour ménager de l'espace à nos jeunes joueurs. Oui, nous avons échangé nos leaders [les deux meilleurs marqueurs Mikhaïl Anisin et Artemi Panarin, le premier nommé devenant la star de la fin de la saison une fois qu'il avait quitté le Vityaz], et notre capitaine Sazonov et les trois autres Canadiens sont suspendus. Cependant, nous n'abandonnons pas." C'est beau, non ? Non ? Bon.

Dès qu'ils ont été réunis, les quatre brutes canadiennes ont évidemment recommencé à distribuer des bourre-pif, et le président de la commission de discipline Gennadi Velichkin était totalement désabusé : "Si vous voulez connaître mon avis personnel, j'ai l'impression que nous sommes tous fatigués de tout ça. C'était amusant au début, puis étonnant, maintenant nous pouvons parler de farce grotesque. Le comportement de l'équipe, du staff conduit par Monsieur Nazarov et du club peut être qualifié d'inacceptable. C'est un théâtre de l'absurde. Notez qu'en tant que président de la commission de discipline, j'ai fait de mon mieux. Toutes les décisions ont été unanimes, et les pénalités maximales. Tout le reste est à la discrétion de la direction de la ligue et de la fédération."

Laissons le dernier mot à Nazarov : "C'est ma dernière interview de la saison. L'hystérie qui a accompagné les derniers jours de notre club peut être arrêtée uniquement par le silence. Ce ne sont plus seulement les journaux sportifs et les médias de politique générale qui m'appellent, mais aussi les chaînes de musique." Peut-être lui demandent-ils les vidéos des meilleurs moments de la saison pour servir de clip à des titres de heavy metal. Ce ne serait qu'un juste retour des choses à la bande sonore utilisée dans la patinoire de Chekhov pendant les pauses.