Retour sur le Hockey Forum (12-14 juin 2012 Barcelone)

Cette semaine se tenait à Barcelone le tout premier forum européen du hockey, organisé par l’IIHF. Cet évènement est né d’un souhait commun entre l’IIHF et les ligues du top-8 continental européen d’évoquer l’avenir du hockey européen en réunissant les différents acteurs. René Fasel, le président de l’IIHF, expliquait : « Nous voulons échanger sur certains problèmes clés, plus particulièrement concernant le hockey européen, et trouver un plan global pour aller de l’avant. » Pendant trois jours se sont donc succédé des présentations et des tables rondes abordant différents thèmes : la compétition européenne des clubs, leurs modèles économiques ou encore le calendrier international.

Après le discours inaugural de René Fasel, le secrétaire général de l’IIHF, Horst Lichtner, dévoilait quelques enjeux d’avenir pour le hockey non seulement européen mais aussi mondial. On pouvait en retenir trois que sont la création d’une compétition officielle des clubs européens, la revitalisation de la Coupe Victoria et le développement de la discipline en Asie avec en point de mire les Jeux Olympiques de Pyeongchang en 2018. La place était ensuite laissée aux premiers intervenants, une fois n’est pas coutume, extérieurs au monde du hockey sur glace. Jordi Bertomeu, Michael Wiederer et Frank Leenders représentaient respectivement l’organisation de la compétition européenne des clubs de basketball, handball et football.

Chacun présenta alors le mode de fonctionnement de sa compétition mais également comment chacune était structurée et avait évolué au fil des années. L’objectif n’est évidemment pas de « cannibaliser » une compétition et la transposer à l’identique pour le hockey sur glace, mais de s’adapter aux problématiques structurelles et financières de ce sport. Il ressortait notamment de ces présentations qu’il ne fallait pas avoir peur de débuter modestement avec peu d’équipes engagées et qu’il fallait que la création d’une telle compétition soit bénéfique tant aux ligues, aux équipes et aux joueurs. Pour clore cet échange, la parole fut donnée à Michele Centenaro, secrétaire général de l’association des clubs [de football] européens. Ce dernier rappela notamment que les sponsors et les diffuseurs ont besoin que « la compétition soit crédible et intégrale. Elle doit être authentique. En Europe, [le sport] est né avec des promotions et des relégations, avec des qualifications sportives. Nous ne devons pas changer cela. »

Les différents intervenants pouvaient rentrer dans le vif du sujet, le hockey, mercredi matin. Trois interventions étaient au programme de la matinée. Ralph Krueger, ancien sélectionneur de la Suisse et actuel membre des Edmonton Oilers, se présentait en premier derrière le pupitre. Il soulignait qu’au cours de treize dernières années, il y avait eu quatre formats différents pour des compétitions de clubs européens. Il y avait un manque d’uniformité et de stabilité pour qu’un format se développe correctement. Il mit ensuite en avant l’importance de ce genre de compétition pour les joueurs : « Les matches internationaux rendent les joueurs meilleurs, leur permettent d’atteindre un niveau plus élevé que ce qu’ils atteindraient autrement. »

Deux visions radicalement différentes ont ensuite été détaillées aux participants par l’intermédiaire de Timo Everi et Anders Ternbom puis d’Aleksandr Medvedev. Les deux premiers ont expliqué les origines du Nordic Trophy, qui est l’ancêtre de l’actuel European Trophy, qui résidaient dans une volonté des clubs d’augmenter les rencontres internationales. Ternbom souligna qu’il était essentiel qu’une telle compétition se mette en place grâce à l’accord des clubs entre eux. Medvedev commença son discours par une présentation du fonctionnement de la ligue qu’il préside : la KHL. Sa vision d’une compétition européenne est radicalement différente et repose sur un modèle de ligue fermée paneuropéenne. Il espère ainsi à terme mettre en place une ligue de soixante-quatre équipes à l’aide d’une politique expansionniste, d’ailleurs déjà en marche, vers l’Ouest de l’Europe. On retrouve alors face-à-face deux modèles aux fonctionnements extrêmement différents. Il y a d’une part une compétition parallèlement organisée aux ligues nationales et d’autre part une ligue européenne à part entière. La matinée se terminait par une table ronde réunissant différentes parties prenantes pour revenir sur les présentations préalables.

La session de l’après-midi était dans un premier temps dédiée aux relations et à l’économie dans le sport. Après une introduction de Thomas Grimm, un consultant ancien président de la fédération suisse de football, Christian Feichtinger a pris la parole. Il est le président de Hockey Europe. Après avoir expliqué ce qu’est cette association, il donna son avis sur certaines problématiques communes à son association et à l’IIHF. Kevin Gilmore a été invité pour parler de l’économie du sport en tant que chef des opérations du Canadien de Montréal. Après avoir expliqué la philosophie commerciale de son organisation, il a décrit la manière dont elle a dû entièrement modifier son business model lorsqu’elle a déménagé du Forum de Montréal au Centre Bell à la fin des années 1990.

Dans un souci d’intégrer la NHL et ses joueurs aux concertations, l’IIHF invita Donald Fehr qui est le directeur exécutif de l’association des joueurs de NHL. Il commença son intervention en soulignant à quel point les joueurs désirent prendre part aux changements. Les sujets abordés variaient entre la création d’une compétition transatlantique et le calendrier international, tout en évoquant le dossier de l’été concernant la Ligue Nationale : la renégociation de la convention collective. Donald Fehr conclut son intervention en insistant : « Si vous voulez avoir une grosse compétition qui génère de meilleures audiences, vous avez besoin des meilleurs joueurs. Et donc vous voudrez inclure les joueurs de NHL d’une manière ou d’une autre. »

Pour conclure ce premier forum du hockey européen, une table ronde était organisée sur les thèmes du calendrier international et des équipes nationales. Marc Furrer, de la fédération suisse, commença par expliquer la synergie entre les clubs professionnels, les mouvements juniors ainsi que l’équipe nationale : « Avant tout le monde se plaignait des autres, maintenant tout le monde s’occupe des autres composantes tout en se concentrant sur ses propres fonctions ». La vision russe de ces synergies était narrée par Dmitri Kurbatov, directeur sportif de la KHL. Par sa voix arrivaient les premières propositions d’évolution du calendrier international, considérant notamment que les pauses internationales dans la saison perturbent la fluidité des ligues.

Martin Urban et Franz Reindl, des fédérations tchèque et allemande, rappelaient que les équipes nationales sont les principales sources de revenus des fédérations et donc que c’était un paramètre essentiel à prendre en compte en cas de refonte du calendrier international. Le débat se terminait entre Ralph Krueger, Slavomir Lener, Hakan Loob et Tyler Currie à propos du rythme des matches au cours de la saison et de ce que peuvent endurer les joueurs au maximum.

Au final pendant ces trois jours, près de 150 participants ont écouté, proposé et discuté pour l’avenir du hockey sur glace. On retrouvait parmi eux des représentants de clubs, de ligues, de fédérations, de l’IIHF, d’agences de marketing ou encore de diffuseurs audiovisuels. Tout le monde a pu tirer des conclusions, principalement sur quatre grands thèmes. Tout d’abord il a été souligné que la concurrence à un championnat européen des clubs est externe au hockey et non interne. La grande majorité des intervenants s’est également accordée à dire qu’il faut travailler sur une compétition paneuropéenne parallèle aux ligues nationales déjà existantes. Des pistes d’exploration sont apparues sur le calendrier international, qui pourrait être cyclisé et basé sur les Jeux Olympiques. Enfin, des propositions ont été faites pour une évolution de la structure du mode de gouvernance international.

Pour des comptes-rendus plus détaillés (en anglais), vous pouvez vous rendre sur le site de l’IIHF

@ha_philippe