Onze ans après Cristobal Huet : Tim Bozon

Dans la famille Bozon, je demande ... Timothé. Usuellement appelé Tim, il est le deuxième des trois enfants de Philippe. Aujourd'hui est un grand jour pour lui mais aussi pour le hockey français : le jeune hockeyeur est inscrit à la cinquantième séance de repêchage de la NHL. Et il devrait devenir le joueur français, formé en Europe, sélectionné le plus tôt dans une draft NHL. Présent à Pittsburgh pour vivre son rêve, il espère marcher dans les pas de son illustre paternel. Philippe n'avait toutefois pas été repêché par les Blues de Saint-Louis avant de découvrir la Ligue Nationale.

Par le passé, deux joueurs français et formés en Europe ont déjà été repêchés : Yorick Treille par les Blackhawks de Chicago (1999, 7e ronde, 195e choix) et Cristobal Huet par les Kings de Los Angeles (2001, 7e, 214e choix). Il faut également préciser que, tout comme Philippe Bozon, Stéphane Da Costa a été engagé en tant qu'agent libre par les Senators d'Ottawa et n'a jamais été repêché.



Tim a suivi son père toute sa jeunesse et a passé la plus grande partie de sa vie en Suisse. Il a évolué à Genève, Kloten et Lugano, où il s'est fait remarquer lors de la saison 2010-2011. Il y a un peu moins d'un an, il était sélectionné par les Blazers de Kamloops, qui évoluent dans la WHL. Le propriétaire de l'équipe se nomme Marck Recchi. Cette ligue junior est une des trois principales au Canada et compte également quelques équipes américaines. Tim était un des deux joueurs européens, quota oblige, à s'aligner avec l'équipe cette saison. À son premier match face à Prince George, il n'inscrivit aucun point... mais se rattrapa au suivant en délivrant trois assistances contre Vancouver. Une performance qu'il réédita trois semaines plus tard à Lethbridge. Son association avec J.C. Lipon et Colin Smith était prometteuse. Capable de jouer au centre, Tim a évolué cette saison sur l'aile gauche.

Après des débuts où il se montrait plus efficace à la construction qu'à la conclusion, sa fiche s'est équilibrée progressivement démontrant une aptitude aussi bien à passer qu'à marquer. C'est au cours du mois de janvier que Tim fit le plus parler de lui. À la suite d'un mois de décembre mi-figue, mi-raisin, il effectua une série impressionnante de neuf matches consécutifs avec au moins un point. Sans une fiche blanche face à Tri-City, il aurait pu porter sa série à un total de seize rencontres. Tim figurait alors parmi les meilleures recrues de la saison et tournait autour d'un point par match. Son entraîneur Guy Charron ne tarissait pas d'éloges en fin de saison : « Il est un joueur très créatif, son lancer et son maniement de palet sont formidables. Il a connu une excellente première saison dans la WHL. Son éthique de travail devrait l'amener à un autre niveau la saison prochaine. »

La faculté d'adaptation de Tim au jeu nord-américain a impressionné de nombreux observateurs. Sa capacité à parler couramment quatre langues n'y est sans doute pas pour rien, tout comme les conseils de son père qui a suivi avec attention sa progression depuis la Suisse. Après Nino Niederreiter il y a deux ans et Sven Bärtschi l'an passé, Tim était un troisième attaquant arrivé de Suisse qui attirait les regards dans cette ligue. Tous deux sélectionnés en première ronde, on ne peut que souhaiter pareille fortune au jeune Bozon. Et comme eux auparavant, profitant toutefois de nombreux forfaits, il a été invité en janvier pour le CHL/NHL Top Prospects Game à Kelowna. Ce regroupement rassemble les vingt-quatre meilleurs attaquants, douze meilleurs défenseurs et quatre meilleurs gardiens disponibles – donc qui ne sont pas blessés – en vue du repêchage. Un match est organisé entre deux équipes ainsi qu'un concours d'habileté.

Tim Bozon faisait partie de l'équipe Cherry. Il était en lice dans le concours d'échappées. Il s'est incliné en finale face à Radek Faksa mais a impressionné la foule avec un mouvement inspiré de Lacrosse pour son premier essai. Lors de l'opposition avec l'équipe Orr, ils ont connu une courte défaite (2-1) assortie d'une fiche vierge pour le jeune français. L'entraîneur de prestige de l'équipe Cherry, Mark Recchi, déclarait récemment que Tim a « de bonnes mains, est un bon patineur et rivalise sur la glace. Sa régularité va s'améliorer avec l'âge. »

Parmi les meilleures équipes de la saison régulière, Kamloops apparaissait parmi les favoris des séries. Après avoir facilement balayé Victoria au premier tour, Tim marquant quatre buts, c'était Sven Bärtschi et Portland qui se dressaient sur la route des Blazers. La série fut plus difficile pour le tricolore, il ne marqua qu'une fois et subissait une élimination en sept matches. L'échec était cruel. Mené trois victoires à zéro dans la série, Kamloops avait arraché un septième match décisif à Portland. Tim a été désigné recrue de l'année dans la conférence Ouest. Il fut juste devancé en finale par Sam Reinhart pour la récompense de recrue de l'année dans la WHL. Ainsi s'achevait la saison sportive d'un des plus grands espoirs du hockey français.

En effet, il ne pouvait pas s'aligner avec l'équipe nationale U18. L'élimination de Kamloops est intervenue au début des championnats du monde de la catégorie. Il manquait ainsi l'occasion de porter le maillot frappé du coq une troisième saison consécutive. Bien qu'encore U18, il était également sélectionnable pour les championnats du monde U20 au mois de décembre. En accord avec l'encadrement national, il avait alors annoncé vouloir se concentrer sur sa saison en Amérique du Nord. La compétition lui aurait fait manquer une partie de la saison.

La dernière échéance avant la séance de repêchage se déroulait au début du mois de juin à Toronto. Il s'agissait du NHL Scouting Combine. Sur une période de quatre jours, les meilleurs espoirs en vue du repêchage – environ cent – ont subi des tests médicaux, des épreuves physiques et des entretiens avec les équipes de la Ligue Nationale. Tim Bozon y a rencontré vingt-deux équipes. À son retour en Suisse, il déclara dans la presse tessinoise que les équipes les plus intéressées semblaient être Philadelphie, Colorado, Columbus, Montréal, Toronto et une équipe de New York.

Différentes agences de dépistage ont récemment sorti leurs ultimes rapports en vue de la séance de ce soir. Rapports sur les joueurs, classements, comparaisons, prédictions... nous vous proposons, pour terminer cet article, de partager certaines informations à titre indicatif. Le dépistage n'étant pas une science exacte, il est difficile de prévoir exactement à quelle place sera repêché Tim Bozon. D'après ces différents rapports, on peut toutefois s'attendre à ce que Tim soit repêché, demain, en deuxième ronde. En effet, seule la première ronde de sélection se déroulera ce soir. Une sélection en première ou en troisième ronde n'est pas à exclure mais semble moins probable.

La centrale de dépistage de la NHL a classé Tim Bozon 42e parmi les patineurs évoluant en Amérique du Nord. L'agence International Scouting Services (ISS) le classe 40e tous patineurs confondus tandis que l'agence Future Considerations (FCs) fait de lui son 49e tous joueurs confondus. L'agence McKeen l'a inscrit 45e dans son classement. ISS souligne notamment dans son rapport à quel point il a été l'un des espoirs les plus surprenant cette saison. Tandis qu'ISS décrit son potentiel comme « un attaquant de top-6 voire de troisième ligne qui peut jouer sur l'avantage numérique », FCs voit en lui un futur « playmaker de top-6 ».

ISS a classé les joueurs par compartiments du jeu comme le patinage, les mises au jeu ou encore la protection du palet. On y découvre que Tim est classé premier pour le maniement de la rondelle. Il devance des joueurs comme Nail Yakupov ou Mikhail Grigorenko. C'est le seul aspect du jeu pour lequel il est classé dans les cinq meilleurs. Au cours de la saison, certains dépisteurs ont comparé son style de jeu à celui de Kris Versteeg (Florida Panthers) ou David Perron (St-Louis Blues). ISS estime qu'il se rapproche de celui de Vyacheslav « Slava » Kozlov (ex-Atlanta Trashers). Pour conclure, Hockeysfuture croit à une sélection en fin de première ronde, 29e au total, par New Jersey tandis que FCs prédit qu'il sera repêché en fin de seconde ronde, 56e au total, par St-Louis. Si tel est le cas, il pourrait donc espérer jouer dans sa ville natale – il est né à St-Louis lorsque Philippe y évoluait – et porter le même chandail que son père dans la Ligue Nationale.

Tim Bozon touche donc du doigt un de ses rêves : être repêché par une équipe de NHL. Sauf surprise, il deviendra à Pittsburgh le joueur français, formé en Europe, sélectionné le plus tôt de l'histoire. Il pourra ensuite s'atteler à un nouvel objectif : atteindre le niveau de jeu requis pour devenir titulaire dans la Ligue Nationale, un autre de ses rêves. Pour cela il faudra être performant au camp des recrues puis au camp d'entraînement de sa future équipe. Rappelons que Tim n'a que dix-huit ans et a encore toute sa carrière devant lui !

@ha_philippe