Bilan de la KHL (II) : équipes classées de 9 à 16

Salavat Yulaev Ufa (9e) : les exigences de Radulov

2012-06-Russie-GurkinVyacheslav Bykov avait conduit le Salavat Yulaev Ufa au titre de champion de Russie au prix d'un compromis avec la star de l'équipe Aleksandr Radulov : il faisait preuve de tolérance envers ses sautes d'humeur, ses mots déplacés, ses violations disciplinaires. Une attitude qui était nécessaire pour arriver à la victoire, mais qui a pu être nuisible à terme pour le joueur (qui serait crucifié médiatiquement quelques mois plus tard à Nashville pour une soirée trop tardive dans un bar), mais aussi pour l'autorité des entraîneurs suivants.

Le nouvel entraîneur Sergei Mikhalev - qui avait déjà entraîné Ufa et Radulov en 2009 - devait en effet gérer un Radulov un peu trop pédant, qui ne se contentait plus d'exiger du temps de jeu pour lui-même, mais souhaitait aussi que son frère Igor en bénéficie aussi. D'où un échange public via Twitter qui fit scandale quand Aleksandr Radulov confiait à Evgeni Malkin qu'il souhaitait quitter Ufa à terme à cause de l'entraîneur. La Russie était sous le choc : serait-il échangé à Saint-Pétersbourg ?

Non. La purge a finalement concerné les renforts étrangers (Jakub Klepis, Robert Nilsson). La série de défaites se prolongeant malgré le retour de Radulov, l'entraîneur Mikhalev est parti en accord avec le club, remplacé par l'éternel adjoint depuis dix ans, Vener Safin.

Mais le problème majeur restait intact : il y avait beaucoup trop de vedettes et pas assez de porteurs d'eau dans le vestiaire. Le club a donc négocié - moyennant une forte indemnité - la fin des gros contrats des vétérans Oleg Tverdovsky et Maksim Sushinsky, ce dernier ayant été recruté par Mikhalev pendant l'été.

Une question n'était pas résolue, le manque de confiance d'Erik Ersberg. Le gardien suédois a semblé troublé de la concurrence interne, mais il n'a pas totalement convaincu même quand il a été conforté en titulaire.

Après tant de remous automnaux, le championnat est redevenu plus calme à Ufa. Aleksandr Radulov a rangé ses états d'âme au placard pour rester le meilleur marqueur du championnat avec 63 points. Le "Che" a ensuite surpris tout le monde en rasant sa barbe pour mieux la laisser refleurir dans la durée des play-offs. Le poil a très peu poussé puisque le Salavat a été battu au premier tour par son rival Kazan. Moins en verve, Radulov a pâti de l'absence temporaire de son centre habituel Sergei Zinoviev, "indisposé" : il semble en fait qu'il ait été sanctionné pour un retard à l'entraînement. Radulov, libéré dès début mars, en a alors profité pour solder sa dernière année de contrat NHL à Nashville. Il y a vite trouvé ses marques mais le bilan final est négatif : un problème disciplinaire monté en épingle et une blessure au genou qui l'a aussi privé de championnat du monde.

 

Severstal Cherepovets (10e) : comment saboter ses play-offs

2012-06-Russie-KetovIl y a un moyen en général assez fiable pour être sûr de saboter une saison : virer l'entraîneur à la veille des play-offs. C'est ce qu'a fait le Severstal avec Dmitri Kvartalnov, qui avait apparemment des opposants au sein des nouveaux dirigeants. La décision était assez incompréhensible, car la saison avait été plutôt bonne et sereine à Cherepovets. Adjoint arrivé en cours d'année, Aleksandr Smirnov a donc repris le poste d'entraîneur en chef, dont il avait été viré quelques mois plus tôt à Nijnekamsk. Mais la mission était piégée. Ce changement de coach intempestif a peut-être privé le Severstal d'une meilleure performance contre un adversaire prenable (l'Atlant). Il s'est fait éliminer en six manches.

Bien qu'il se soit mis à recruter des joueurs étrangers de bon niveau (le défenseur suédois Staffan Kronwall a été le plus solide d'entre eux), le Severstal est toujours mené par des hockeyeurs russes. Il serait donc logique de voir l'équipe de Russie s'appuyer sur eux...

Depuis cinq ans, Vassili Koshechkin était un titulaire régulier de la Sbornaïa. Mais l'arrivée d'un nouveau sélectionneur, Zinetula Bilyaletdinov, lui a été fatale : c'est sous sa direction que la carrière de Koshechkin avait failli dérailler à Kazan, et aucun des deux hommes n'a de bons souvenirs de l'autre. Par conséquent, le gardien du Severstal n'a plus été appelé en sélection, même pas sur une liste élargie, ce qui en devenait presque vexatoire ! Koshechkin a en effet réussi de nouveau une très belle saison.

Les deux autres vedettes de l'équipe ont été Maksim Chudinov, 5e pointeur parmi les défenseurs de la KHL, et Vadim Shipachev, 4e pointeur chez les attaquants. On aurait pu s'attendre à les voir gagner leur place en équipe nationale pour les Mondiaux, surtout Shipachev qui a participé à tous les tournois de l'Euro Hockey Tour. Il était bien du voyage à Helsinki, mais a été renvoyé chez lui sans jouer.

C'est donc un homme inattendu, Evgeni Ketov, qui a finalement eu les faveurs de Bilyaletdinov. Le capitaine du Severstal n'avait inscrit que 26 points en championnat (contre 62 à Shipachev), mais il correspondait mieux à un profil de quatrième ligne que recherchait le sélectionneur. Ketov est le seul joueur russe à n'avoir marqué aucun point aux championnats du monde, et il a passé les phases finales en tribune, mais qu'importe : il a la médaille d'or !

 

Barys Astana (11e) : attentat à la crème glacée !

2012-06-Russie-DallmanAprès des années de surprises, aucune équipe n'a renversé la hiérarchie cette année au premier tour des play-offs de KHL. De tous les prétendants, c'est le Barys Astana qui est passé le plus près.

En octobre, le Barys était pourtant loin de penser à ces play-offs. Il a en effet vécu une série noire en perdant 0-7 contre le Yugra puis 0-4 contre l'Amur. Cette dernière défaite tombait pile poil le jour de l'anniversaire d'Askar Mamin, ex-ministre et surtout président de la fédération du Kazakhstan de hockey sur glace. Les joueurs auraient voulu la peau de leur entraîneur Andrei Khomutov qu'ils ne s'y seraient pas pris autrement. Khomutov a donc été le premier coach viré dans cette saison de KHL, et il a été remplacé par Andrei Shaïanov.

Alors onzième de la conférence ouest, Astana a réussi une remontée fantastique dès le mois de novembre. Comme toujours, les Kazakhs se sont appuyés sur leurs deux premières lignes entièrement étrangères, conduisant la KHL à envisager d'imposer un plafonnement à cinq joueurs non-sélectionnables y compris pour les clubs non-russes. Le Barys serait bien embêté. Comme le Kazakhstan n'a pas la double nationalité, Kevin Dallman avait renoncé à la naturalisation. Le défenseur offensif, principale star de l'équipe, quittera même le pays après l'atteinte à la liberté d'expression dont sa femme a été victime en parlant de corruption sur son blog. Le nouveau joueur-clé est maintenant un Américain, Brandon Bochenski, qui dispose d'un temps de jeu de rêve et est devenu meilleur buteur de KHL avec 27 filets.

En trois années d'existence, le Barys n'avait pas gagné un seul match sur 10 rencontres de play-offs, tombant toujours face à Kazan. Cette année, il a changé d'adversaire et a affronté Magnitogorsk. Le sort lui semblait plus favorable puisque le club du Kazakhstan a mené 3 victoires à 1, avant de se faire remonter et dépasser sur trois prolongations. La plus frustrante fut celle du sixième match à domicile, une prolongation maudite où Nigel Dawes n'a pas converti une occasion idéale et où le premier centre Dustin Boyd a dû être évacué à l'hôpital en retombant mal dans la balustrade.

Ce sixième match a été marqué par un pénalty très controversé de Sushinsky et les supporters locaux étaient très mécontents de l'arbitrage. Lorsque Mozyakin a inscrit le but vainqueur des visiteurs, ils ont donc laissé éclater leur colère de manière originale. Ils ont utilisé comme arme la nourriture favorite des patinoires depuis l'époque soviétique : la glace ! Fedor Kaneïrikin, l'entraîneur de Magnitogorsk, s'est retrouvé avec une grosse tache blanche qui fondait sur sa veste !

Malgré son effectif dominé par les "mercenaires", le sort du Barys reste lié à celui du Kazakhstan : Shaïanov a aussi remplacé Khomutov a la tête de l'équipe nationale, et comme celle-ci est redescendue de l'élite mondiale, il a démissionné de la sélection et s'est ensuite fait virer du club.

 

Amur Khabarovsk (12e) : pour l'Amour de l'or

2012-06-Russie-PetruzalekL'Extrême-Orient russe étant réputé pour ses mines d'or, il était logique d'y voir débarquer Hannu Jortikka, qui fut surnommé le "roi Midas" en Finlande pour sa faculté de transformer toutes les équipes qu'il touchait en or. Son contact magique a fait l'office de "philtre d'Amour" à Khabarovsk. Il a mis en place un jeu assez simple, mais rapide, discipliné et intense. Ce style agressif dans la destruction du jeu adverse a gêné tous les adversaires qui n'étaient pas suffisamment engagés. Les Tigres, après trois ans en play-offs, se sont ainsi rapidement positionnés dans les premières places de la ligue avec une série de sept victoires d'affilée. Une plaisanterie douteuse tournait dans la KHL au sujet des joueurs d'Extrême-Orient : "ils ont dû inhaler la fumée de Fukushima, c'est pour ça qu'ils jouent si bien."

La série victorieuse s'est achevée le jour où Martin Ruzicka est revenu de blessure. Le Tchèque était le plus gros salaire de l'équipe et devait en être la star, mais il n'a jamais pu retrouver son meilleur niveau. Il a été éclipsé par un compatriote, Jakub Petruzalek, qui a gagné sa place en équipe de République Tchèque grâce à ses performances remarquées pour ses débuts en KHL. Cet ailier s'était fait connaître en Finlande et a été attiré par la notoriété de Jortikka. L'entraîneur s'était en effet impliqué dans le recrutement et avait aussi fait venir Mikko Mäenpää, le petit défenseur offensif de l'équipe de Finlande, qui a signé des statistiques impressionnantes en KHL (25 minutes de temps de jeu par match, 37 points et une fiche de +18).

Mais quand on se repose sur un petit nombre de joueurs-clés, on est vulnérable. Les blessures n'ont pas épargné Khabarovsk, qui a fini la saison sans ses deux premiers centres, Aleksandr Nikulin et surtout le meilleur marqueur jusque là Petr Vrana. Cette dernière perte a fini de démoraliser une équipe qui rêvait de la première place de sa division Chernyshev et a fini quatrième fatiguée par les très longs voyages en avion vers l'ouest.

On a alors reproché à Jortikka d'avoir été trop léger dans sa préparation physique, ce qui expliquait le déclin de son équipe. Le vétéran slovaque Jan Lasak a été l'un des plus affectés par ce déclin, et alors que les deux gardiens étaient alignés à équivalence, c'est Aleksei Murygin qui a fini titulaire. Mais si l'on cherche des fautes, ce n'est qu'en comparaison avec un début de saison exceptionnel qui pouvait difficilement durer. L'Amur ne peut guère se plaindre après avoir obtenu son meilleur classement depuis neuf ans.

 

Dynamo Minsk (13e) : expulsé... de chez lui

2012-06-Russie-LingletMinsk avait distribué des passeports de naturalisation à plusieurs joueurs canadiens, le gardien Kevin Lalande et les attaquants Geoff Platt et Charles Linglet. Cependant, les meneurs offensifs n'ont pas été des Biélorusses, ni récents ni encore moins anciens, car les joueurs locaux tiennent toujours des rôles de second ordre. Ce sont des Européens, Teemu Laine et Zbynek Irgl, qui ont été les deux meilleurs marqueurs. Et en défense, l'international tchèque Lukas Krajicek et le repenti finlandais Jere Karalahti ont prolongé leur contrat dès janvier jusqu'en 2014, preuve d'un ancrage à long terme dont l'équipe a besoin pour se construire.

Cette construction, elle était confiée depuis deux ans à l'entraîneur tchèque Marek Sykora. Mais après l'élimination en quatre matches secs au premier tour des play-offs contre l'autre Dynamo (de Moscou), il a annoncé qu'il mettait un terme à sa carrière. On se méfiait de cette réaction à chaud, car à Magnitogorsk, il avait fait ses adieux au championnat russe après une demi-finale perdue, et avait ensuite regretté d'avoir réagi si hâtivement. Mais cette fois, Sykora a bien confirmé sa décision à froid.

L'entraîneur tchèque a connu de grandes difficultés à se trouver un gardien titulaire. Andrei Mezin, que l'on disait perturbé par le crash de Yaroslavl, n'était plus lui-même, et Kevin Lalande ne convainquait pas totalement comme titulaire. Alors, au dernier match de la saison régulière, l'international norvégien Lars Haugen était sorti du chapeau après avoir rongé son frein toute la saison. Les deux défaites 2-1 et 2-0 étaient difficilement imputables au gardien, mais pour le troisième match à domicile, Mezin était rappelé dans les cages. Le pauvre allait vivre un calvaire, préfigurant celui du Mondial, en se faisant sortir du jeu après trois buts encaissés en douze minutes, tous en infériorité numérique. En effet, Aleksandr Kulakov a "saboté" la série en prenant une pénalité de match pour une charge à la tête sur Boïkov, qui a coûté deux buts à elle seule.

Le Dynamo Minsk pouvait d'autant moins se remettre d'un tel coup du sort qu'il ne jouait pas chez lui. Alors qu'il dispose de la meilleure affluence de la saison régulière, il a en effet été obligé de s'exiler en "province" à Bobruisk car la Minsk Arena était occupée aux dates des play-offs par les championnats du monde juniors de patinage artistique ! Un raté qui fait tache dans un pays où le hockey était supposé être une priorité nationale...

 

Yugra Khanty-Mansiysk (14e) : gardien rôti puis doré

2012-06-Russie-BocharovQualifié en huitième et dernière position dans la forte conférence est, le Yugra se retrouvait face au champion de la saison régulière, le Traktor Chelyabinsk. On n'aurait pas dû donner cher de sa peau, sauf que son bilan était positif face à cet adversaire, et que le Traktor était privé de son meilleur joueur Evgeni Kuznetsov.

La série a quitté Chelyabinsk à une victoire partout, et le favori avait presque changé de camp. En deux années de KHL, Khanty-Mansiysk n'avait en effet jamais perdu à domicile face au Traktor. À 6-2 en 25 minutes, le troisième match a presque tourné à la démonstration... mais dans un incroyable dernier tiers-temps, le Yugra s'est effondé 6-7. Une défaite dont on ne se remet pas.

Dans ces cas-là, on cherche des coupables. Le gardien Mikhaïl Biryukov, le meilleur à son poste en saison régulière, était tout désigné. Or, son concurrent letton Edgars Masalskis était malade, comme une partie de l'équipe. Biryukov fut donc prié de jouer le match suivant, mais il abandonna son poste après six buts encaissés en se plaignant du pied. Une attitude peu appréciée de ses entraîneurs.

Pourtant, cela n'empêcha pas Biryukov d'être sélectionné troisième gardien de l'équipe de Russie, d'entrer en jeu quelques minutes en championnat du monde et de décrocher ainsi la deuxième médaille d'or internationale de sa carrière... alors qu'il doit encore prouver qu'il peut être un vrai gardien de play-offs.

Malgré cet échec, le Yugra a continué de se distinguer par son système de jeu très clair, un hockey collectif à l'ancienne. Son triumvirat d'entraîneurs renommés (Sergei Shepelev, Nikolaï Soloviov et Sergei Kotov) a donc été prolongé pour deux années supplémentaires.

 

Dinamo Riga (15e) : dissolution du cocon familial ?

2012-06-Russie-BicevskisLe Dinamo Riga est peut-être le club le plus familial de KHL. Il constitue en effet la grande famille du hockey letton, une famille endeuillée par le décès de Karlis Skrastins dans le crash de Yaroslavl en septembre, qui a beaucoup peiné l'équipe balte.

L'autre ancien défenseur de NHL, Sandis Ozolinš, commence quant à lui à accuser le poids des ans. Viré de son poste de manager de l'équipe nationale de Lettonie l'an dernier avec tout le reste du staff, il pouvait se consacrer à son club. Mais s'il était toujours précieux en supériorité numérique, son bilan à cinq contre cinq était beaucoup plus faible : sa fiche de -22 dans un club de milieu de tableau se passe d'explications. Ce sont donc Guntis Galvins et Krisjanis Redlihs qui sont devenus les défenseurs majeurs du Dinamo, et forcément, ils le sont également en équipe nationale.

En attaque, la domination de la première ligne a été encore plus flagrante. Martins Karsums, Janis Sprukts et bien sûr le rapide Mikelis Redlihs (poussé par la foule, il a gagné le concours de vitesse au All-Star Game à Riga pour un centième devant Kuznetsov) ont marqué 35% des buts de leur équipe, et même 50% en play-offs. Un pourcentage trop important, qui démontre qu'ils manquaient de soutien.

Les joueurs étrangers en particulier ne se sont pas imposés. Björn Melin, Ville Nieminen, Niclas Lucenius et Jakub Sindel ont marqué 2 buts à eux quatre. Jamie Lundmark et Fredrik Warg, avec 17 points, ont eu une contribution offensive honorable, mais leurs fiches de -20 et -16 sont les pires des attaquants. Seul le joker Marcel Hossa, en perdition au Spartak, a retrouvé son sens du but en arrivant à Riga en janvier. Mais ce n'est pas surprenant : le Slovaque était le buteur du club voici deux saisons. Il est donc "adopté" en Lettonie.

L'étranger qui s'était le mieux intégré, c'est sans doute le gardien américain Chris Holt, qui disait vouloir rester dix ans à Riga si c'était possible et ne plus vouloir revivre les vicissitudes du hockey professionnel nord-américain. Mais si Holt se plaisait, ses performances restaient irrégulières. Juris Savickis, aux commandes après la démission en fin de saison du manager Normunds Sejejs, a donc décidé de ne pas renouveler son contrat, laissant Holt très déçu. Est-ce le signe que le cocon familial du Dinamo s'effrite ?

 

CSKA Moscou (16e) : luttes de pouvoir

2012-06-Russie-PashninLe CSKA a abordé la saison en pleine tourmente. Les arriérés de salaire étaient tels que le club emblématique a fait appel au Kremlin pour lui trouver un sponsor capable de le sauver. La compagnie pétrolière Rosneft est alors entrée en scène, d'abord discrètement, en réglant les dettes et en prenant le contrôle des coulisses. Mais cette discrétion n'allait pas durer...

Les problèmes financiers étaient réglés, mais absolument pas les problèmes sportifs. Le CSKA s'enfonçait même de plus en plus, jusqu'à encaisser un 8-0 à Khabarovsk début janvier, sa dixième défaite en onze rencontres. Ce soir-là, le gardien slovaque Rastislav Stana, si souvent abandonné, a été sorti après le troisième but et était si énervé qu'il a quitté la patinoire alors que le match était encore en cours. Il a été convoqué pour s'expliquer devant le manager Sergei Nemchinov.

Un Nemchinov qui était alors la cible de toutes les critiques. Il était accusé de s'être fourvoyé dans le recrutement, notamment en recrutant le gros bras Darcy Verot qui, loin du jeu brutal du Vityaz, n'a servi à rien. Le joker automnal Nikita Filatov connaissait un second retour de NHL beaucoup moins percutant que le premier deux ans plus tôt. Mais surtout, Nemchinov s'est fait beaucoup d'ennemis en interne. L'entraîneur slovaque Julius Supler ne supportait pas de le voir s'immiscer dans ses choix sportifs. Il n'était pas le seul. Le défenseur Mikhaïl Pashnin, en qui Nemchinov tenait son grand espoir défensif il y a peu, s'est tellement détourné de lui qu'il a préféré aller jouer quelques mois au niveau inférieur en rejoignant le Lokomotiv Yaroslavl plutôt que rester au CSKA.

Le plus gros conflit opposait cependant Nemchinov à celui qui l'avait embauché et qui avait été son plus grand soutien quand il était coach, à savoir le président Vyacheslav Fetisov. Celui-ci a annoncé sa démission de manière spectaculaire lors de la conférence de presse avant le All-Star Game de KHL. Il y a d'abord dénoncé Rosneft en déclarant avoir trouvé Supler en pleurs parce qu'il avait été chassé de son bureau par un jeune cadre installé par le nouveau sponsor. Il a ensuite attaqué Nemchinov en imputant à son comportement autoritaire la responsabilité du départ des meilleurs joueurs.

Fetisov parti, Rosneft avait les coudées franches pour imposer sa loi. Julius Supler croyait avoir sauvé sa tête en gagnant les matchs-clés contre le dernier poursuivant, le Spartak, pour assurer la place en play-offs. Il en voudra à Sergei Gimaev, consultant télé qui l'a critiqué pour le faible temps de jeu accordé au vétéran Aleksei Yashin. Il ne critiquera pas Rosneft, même si c'est un des agents du sponsor qui a annoncé la décision à l'équipe, étonnée.

L'adjoint Vyacheslav Butsaev a donc fini la saison comme coach, sans Yashin blessé à la main. Le seul enjeu était de sortir dignement en play-offs contre l'impressionnant SKA Saint-Pétersbourg. Le CSKA a totalement explosé à l'extérieur, mais a fait bonne figure devant son public en décrochant une victoire. Maigre consolation à cette nouvelle saison terrible vécue par l'ancien grand club soviétique.