Interview de Pierre Dehaen, arbitre international

Le juge de lignes français Pierre Dehaen a participé aux derniers championnats du monde.

Dehaen

- Comment vous êtes-vous réadapté à l'arbitrage français à votre retour du Québec ?

Ayant arbitré en France avant mon expérience d'une saison au Canada, je savais à quoi m'attendre à mon retour. Mais il est vrai que le nombre de matches arbitrés est totalement différent et qu'il y a là-bas un jeu plus physique ! Je pense donc être revenu au milieu des arbitres français avec une grande aisance.

- Comment avez-vous été accueilli par vos collègues français ? Vous ont-ils posé beaucoup de questions sur votre expérience ?

Mes collègues français étaient ravis de me revoir. Certains m'ont posé beaucoup de questions sur la vie dans la belle province, l'encadrement des arbitres, le niveau de jeu des différentes ligues, les différences sur les règles de jeu, etc... J'ai essayé de partager cette aventure avec eux et de ne pas garder que pour moi les enseignements de cette incroyable expérience.

- Par quel processus avez-vous été sélectionné parmi les arbitres internationaux ?

Chaque début de saison, la Commission Nationale d'Arbitrage suggère quelques noms d'officiels français à l'I.I.H.F. pour officier au niveau international. C'est ainsi que Jean-Christophe Benoist m'a proposé, et j'ai ensuite attendu que l'on me donne ma chance... Une fois que nous avons la chance d'être "dans le circuit", nous croisons régulièrement des superviseurs internationaux qui sont chargés de nous conseiller, de nous épauler lors des compétitions et d'évaluer nos performances.

Dehaen-AIK- Dans quelles conditions s'est déroulée votre expérience d'arbitre en Suède ?

Lors de mon Mondial élite U18 ans à Minsk, j'avais un superviseur international qui est arbitre en chef en Suède, et lors du bilan de fin de tournoi, nous avons eu une discussion très constructive. Il m'a confié que si un jour il pouvait m'aider dans mon développement il le ferait ! C'est ainsi qu'un jour j'ai reçu une proposition pour arbitrer trois matches en Suède. Je tiens à remercier la Fédération suédoise et les arbitres de m'avoir accueilli et de permettre à un officiel tricolore de progresser à leurs côtés.

- Quelles consignes ont été données aux arbitres avant les championnats du monde ?

Nous sommes arrivés deux jours avant le début de la compétition pour rencontrer les arbitres et le staff. De plus, nous avons eu des réunions où nous avons parlé du règlement, visionner de nombreuses vidéos et avons échangé sur différentes situations. Concernant les consignes d'avant Mondial, elles sont les mêmes que celles que nous pouvons avoir en Ligue Magnus... Il faut respecter les règles, donner son maximum et travailler pour les joueurs !

- Y a-t-il des styles différents chez les arbitres des différents pays ?

Oui, forcément, car nous avons une "culture hockey" qui peut être différente, cependant sur la glace nous travaillons en équipe et nous oeuvrons tous dans le même sens.

Dehaen2- La transition au rythme de jeu international est-elle aussi difficile pour un juge de lignes ?

Que se soit pour un juge de lignes ou un arbitre, le rythme de jeu international (à ce niveau-là) demande une concentration sans faille. Ça va très vite et les joueurs ont une excellente lecture du jeu qui fait que l'on peut passer très vite d'un but à l'autre. Toutefois, nous nous préparons intensément dans nos championnats respectifs pour être opérationnels physiquement et mentalement.

- Les joueurs se comportent-ils différemment en équipe nationale : sont-ils plus disciplinés ? plus respectueux ?

Sans hésitation, oui ! Ils se savent surveillés sous de nombreux angles (arbitrage à 4 plus la vidéo). Sans oublier que la Commission de discipline peut sanctionner un joueur même s'il n'a pas été "pris par la patrouille". C'est ainsi que deux-trois joueurs ont été suspendus pour piquage grâce aux images.

- Vous êtes-vous fait des amis dans le corps arbitral du Mondial ?

Chaque expérience au niveau international est exceptionnelle. Nous rencontrons des hommes qui partagent la même passion avec des cultures différentes. Nous avons donc l'occasion de parler hockey mais aussi d'échanger sur de nombreuses choses (voyages, actualité...).

J'ai donc gardé contact avec de nombreux officiels et nous échangeons quelques courriels. J'en ai même un (le juge de lignes québécois François Dussureault) qui était en vacances en Europe avec son frère qui est venu me rendre visite chez moi il y a quelques jours.

- Quels souvenirs garderez-vous de ce championnat du monde ?

Il m'a permis de côtoyer les meilleurs joueurs au monde et d'officier avec des légendes. Sans oublier que nous sommes très bien encadrés par Konstantin Komissarov et son équipe. À présent, je connais un peu mieux les attentes du hockey de très haut niveau et je vais donc continuer à travailler fort pour essayer d'avoir une nouvelle chance de retourner au Mondial élite.

Je garde aussi un excellent souvenir des personnes qui se sont occupées de nous pendant l’évènement (chauffeurs, référents, sécurité, kiné...). Ils ont travaillé dans l'ombre mais nous ont permis d'être à 200% tout au long du Mondial. Merci !