Shea Weber reste à Nashville

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Hasard du calendrier : comme il est né en août 1985, Shea Weber, en fin de contrat avec Nashville, n’a pas atteint la barre fatidique des 27 ans qui lui aurait permis d’être agent libre sans restriction (UFA, pour unrestricted free agent). Cela était le cas de Ryan Suter, drafté comme Weber par Nashville en 2003 mais ayant atteint les 27 ans (naissance en janvier 1985) et qui a pu négocier librement avec le club de son choix au 1er juillet. Weber, resté simple agent libre restreint (RFA, pour restricted free agent) a vu ses droits à la re-signature conservés par les Predators. Cela devait assurer de Nashville de conserver son capitaine All-Star mais la question était plus compliquée.

En effet, la re-signature de Weber avait déjà été difficile l’an passé où il était également RFA : ne parvenant pas à se mettre d’accord avec Weber, le manager des Predators, David Poile, avait fait arbitrer le cas par un « arbitrator » de la ligue. Cela avait permis d’arriver à un accord d’un an (pour une somme de 7,5 millions) mais, principalement, le fait de porter l’affaire devant un « arbitrator » avait permis d’éviter à Poile tout risque d’« offer sheet ». Ainsi, toutes les équipes peuvent signer un RFA (avec une « offer sheet ») mais elles prennent le risque que l’équipe d’origine du joueur ne choisisse de s’aligner sur cette offre et conserve ainsi le joueur (mais avec les termes de l’« offer sheet »). Néanmoins, si l’équipe d’origine choisit de laisser partir le joueur, elle reçoit plusieurs choix de draft (dont la valeur dépend du contrat signé par le joueur) Or, cette année, le recours à l’« arbitrator » étant limité, rien n’empêchait Weber de signer une « offer sheet ».

Pour autant, cela n’était pas forcément une chose acquise car les « offer sheets » restent rares dans la mesure où elles peuvent être perçues par les managers généraux comme une déclaration de guerre et il est généralement acquis qu’il y a une sorte de « gentleman’s agreement » pour les éviter. Toutefois, la rumeur courait que Weber pourrait se voir proposer une « offer sheet » d’un an avec un très gros contrat. Le but de la manœuvre aurait été que, si Nashville s’était aligné, Weber aurait été automatiquement un UFA le 1er juillet 2013 (les Predators n’auraient pas pu le transférer durant la saison selon la règle en vigueur) et il aurait alors rejoint l’équipe de son choix.

Mais il y avait deux inconvénients majeurs à cette hypothèse : d’abord, si Weber avait atteint le marché des UFA, rien ne dit que la franchise qui avait lancé l’« offer sheet » aurait été la gagnante des enchères pour le défenseur très recherché. Ensuite, dans l’hypothèse où Nashville ne se serait pas aligné sur l’offre, la franchise aurait certes récupéré Weber mais il aurait fallu se séparer de plusieurs choix de draft (au moins deux choix de premier tour, un de second tour et un de troisième) avec seulement l’assurance de l’avoir un an dans l’effectif. En effet, si la franchise ne réussissait ensuite pas à trouver un accord avec le joueur, il aurait atteint le statut d’UFA pour rejoindre une autre équipe librement et les choix de draft rétrocédés à Nashville n’auraient servi qu’à détenir Weber une saison.

Tout semblait donc en place pour que rien ne bouge mais, finalement, un manager général est parvenu à faire signer à Shea Weber une « offer sheet » dans la nuit du 19 juillet. Sans grande surprise, c’est Paul Holmgren, de Philadelphie, qui était à la manœuvre. Depuis l’été dernier, on sait qu’Holmgren n’a pas peur de faire des gros coups pour remodeler son équipe. Pour éviter les inconvénients d’une « offer sheet » d’un an, Holmgren a choisi une durée de 14 ans (pour une somme totale de 110 millions). La tactique du manager des Flyers était très simple : pour éviter que les Predators ne s’alignent, il a gonflé les bonus des premières années du contrat. Ainsi, Weber recevra entre aujourd’hui et le 1er juillet 2013 la modique somme de 27 millions de dollars (13 millions de bonus pour la première saison, un million de salaire pour cette même saison et 13 millions de bonus pour la deuxième saison versé le 1er juillet 2013). Cela a rendu probablement le contrat très attractif pour Weber (d’autant plus que le nouvel accord salarial entre propriétaires et joueurs négocié cet été ne pourra sans doute pas revenir sur les bonus des premières années de ce contrat) mais épineux pour Nashville. En effet, si la franchise du Tennessee choisissait de s’aligner, elle serait obligée de payer au moins les 27 millions à Weber (pas de possibilité de transfert la première saison). Une gageure pour une franchise basée sur un petit marché et qui ne roule pas sur l’or, très loin des capacités financières offertes par Ed Snider, le propriétaire des Flyers.

A l’annonce de cette « offer sheet », les fans des Flyers ont longuement débattu pour savoir si Weber valait les quatre choix de premier tour de draft qu’il aurait fallu envoyer aux Predators s’ils ne s’étaient pas alignés. Du côté des fans de Nashville, ce qui prédominait était l’impression que la franchise vivait un moment-clé de son histoire. En effet, la franchise créée en 1998 s’était développée ces dernières saisons autour de la troïka défensive Pekka Rinne – Shea Weber – Ryan Suter pour devenir une équipe solide de la conférence Ouest. Néanmoins, ces trois joueurs arrivaient en fin de contrat cette saison et, s’ils partaient, la franchise aurait nettement régressée dans son développement. Conforté par le propriétaire de l’équipe qui a déclaré qu’il était disposé à voir son équipe atteindre le plafond salarial, David Poile a commencé par s’assurer de la présence de Rinne, le portier finlandais ayant prolongé son contrat de 7 ans pour 7 millions par an. Par contre, Suter a choisi d’aller au Minnesota, au grand dam de Poile qui lui aurait fait une offre conséquente pour qu’il reste. Après cet échec, le manager général a déclaré que tous ses efforts seraient maintenant concentrés sur la re-signature de Weber, même si le dossier ne semblait pas beaucoup avancer. Dans ces conditions, l’« offer sheet » de Philadelphie était presque une bénédiction pour Poile car, ne parvenant pas s’entendre avec Weber sur un contrat de long-terme, il lui suffisait de s’aligner sur l’offre des Flyers pour conserver son capitaine pendant 14 ans, même s’il n’avait pas négocié les termes du contrat.

Finalement, après quelques jours de réflexions et de discussions avec le propriétaire, Poile a décidé de s’aligner sur l’offre des Flyers le 24 juillet pour conserver Weber, pour la plus grande joie des fans des Predators. Reste maintenant à savoir avec qui il sera associé l’an prochain maintenant que Suter, son partenaire de longue date, est parti. Du côté des Flyers, c’est la déception et les interrogations sur l’escouade défensive subsistent. La poursuite de Weber par Holmgren a suggéré à de nombreux observateurs que le capitaine des Flyers, Chris Pronger, n’était sans doute pas prêt à reprendre la compétition après plusieurs blessures graves subies la saison dernière (dont une commotion cérébrale). On a même évoqué un probable départ à la retraite du Canadien de 37 ans. Le départ de Matt Carle vers Tampa a laissé un trou dans le top-4 défensif que Luke Schenn pourrait compenser. De leur côté, Kimmo Timonen ne rajeunit pas, Braydon Coburn est un défenseur efficace mais il n’a pas forcément la carrure pour intégrer la première paire et Andrej Mezsaros, limité à la troisième paire lors de ses deux saisons depuis son arrivée à Philadelphie, n’a peut-être pas non plus l’envergure pour rejoindre le top-4. Holmgren a donc encore du pain sur la planche et certains fans des Flyers espèrent qu’il revienne à la charge pour Weber en proposant un transfert à Poile l’an prochain.