Challenge Canada-Russie U20, match 1

Quarante ans après la série du siècle, les deux géants du hockey mondial souhaitaient marquer l'anniversaire de ce duel légendaire. Il y a 40 ans, deux buts canadiens ouvraient la série : Phil Esposito battait Vladislav Tretiak, mais les Russes gagnaient le premier match 7-3. Le Canada remportait finalement une série bouillante sur un but de Paul Henderson au 8e match.

Les deux équipes sénior étant difficilement accessibles, les deux fédérations se sont tournées vers les juniors. Les meilleurs moins de 20 ans canadiens et russes se retrouvent ainsi pour une série de matchs cet été, deux en Russie, deux au Canada. La rivalité entre les deux pays est aussi exacerbée en moins de 20 ans que les "grands" en 1972...

Le Canada a ainsi remporté l'or huit fois en U20 de 1988 à 1997 avec deux victoires russes dans l'intervale, les Russes gagnant ensuite en 2002 et 2003 avant cinq victoires canadiennes. Les Russes ont également gagné en 2011, battant le Canada en finale avec un incroyable retournement de situation au dernier tiers. En 2012, le Canada prenait le bronze, battu en demi-finale par... la Russie, malgré un retour de feu en fin de match.

Les Européens organiseront le tournoi fin décembre 2012, après quatre années nord-américains (trois au Canada, une édition aux Etats-Unis). Et Russes et Canadiens se retrouveront dans le groupe B...

Cette édition du challenge Canada-Russie a donc lieu en août : inhabituel, car les deux sélections s'affrontaient depuis plusieurs saisons en novembre, afin de préparer le mondial junior. Une sélection russe partait en tournée dans les trois ligues juniors canadiennes pour y affronter des sélections de all-star, premier coup d'oeil des sélectionneurs pour leurs revues d'effectifs. Cette fois, les meilleurs juniors sont là.

Côté canadien, la défense accueille une bonne partie des premiers choix de draft de juin dernier (Dumba, Ceci, Rielly, Reinhart, Murray) et de l'an dernier (Hamilton, Murphy). L'attaque s'appuie sur des joueurs spectaculaires comme Huberdeau ou Strome, des travailleurs comme Danault ou Wilson, mais aussi sur l'avenir : Sean Monahan et Hunter Shinkaruk seront observés par les scouts en vue de la draft 2013.

L'effectif russe n'est pas en reste, avec l'excellent gardien Vasilevski, les défenseurs Nesterov et Pedan, et une ligne d'attaque monstre autour de Nail Yakupov, Mikhail Grigorenko, Anton Zlobin, Nikolai Prokhorkin, Anton Slephyshev notamment. Le benjamin Pavel Buchnevich sera lui aussi sérieusement scruté.

Hommage aux anciens de 1972, hommage aux disparus du crash de l'avion du Lokomotiv Yaroslav : le match débute à Yaroslav avec une forte affluence.

Défi physique

Et il n'y a pas de temps mort avec les premières boites canadiennes dès les premières secondes. La Russie teste le gardien adverse de loin. Jonathan Huberdeau tente pour sa part un lancer en sortant de derrière le but, où les Canadiens travaillent fort. La première pénalité tombe sur Shinkaruk et le jeu de puissance russe s'installe, avec plusieurs tirs bien sortis par Malcom Subban. La pénalité est tuée. Le palet reste majoritairement canadien, les joueurs à la feuille d'érable cherchant à imposer leur physique face à une équipe moins expérimentée. Vasilevski reste très solide dans le jeu près du but. Le Canada concède rapidement un surnombre, servi par le jeune Monahan : le jeu de puissance russe travaille, fait tourner le palet, sans décocher de tir bien dangereux. La pénalité est tuée et Lukas Sutter déboule, pivote et trouve la mitaine de Vasilevski. Les esprits s'échauffent un peu sur cet arrêt avec évidemment le rugueux Tom Wilson dans le coup. En face c'est Anton Slepyshev - inexplicablement oublié lors de la dernière draft - qui se montre le plus dangereux sur le but de Subban.

L'excellente défense canadienne laisse peu de champ aux attaquants russes et parvient à sortir le palet proprement, à une touche. Une bonne relance crée un débordement et c'est une pénalité contre Mikhail Naumenkov : le jeu de puissance nord-américain se met en place. Cela combine, avec une passe de Shinkaruk à travers l'enclave qui ne trouve pas preneur. Le pressing russe gêne l'installation et Vasilevski n'est guère inquiété. Le portier reste bien en place, sauvant par exemple un revers de Philippe Danault, bien servi par Charles Hudon. C'est un défi physique entre les deux équipes : Mark Scheifele est mis au sol sur une charge et les esprits s'échauffent au premier arrêt : plusieurs joueurs finissent sur la glace, la cage dessoclée. La Russie fait jeu égal dans les contacts et Ty Rattie prend deux minutes dans l'affaire, ainsi que le gardien Vasilevski. Le tiers temps s'achève sur un 0-0 : légère domination canadienne dans un match de costauds.

Jeu de puissance

Menant 9 tirs à 4, les Canadiens repartent avec détermination lors du quatre contre quatre. La possession est canadienne et la Russie résiste aux duels. Une action dans la neutre contraint cependant Maxim Shalunov à s'asseoir deux minutes, pour cause de crosse haute sur Griffin Reinhart. Ryan Murray mène le jeu à la bleue mais c'est maladroit et les Blancs perdent du temps. Un bon jeu de passe décale Huberdeau, puis c'est Scheifele qui tente sa chance. Finalement, parvenant à bien conserver le palet sur le côté gauche, Sean Monahan échange avec Morgan Rielly, lance du cercle et trompe Vasilevski côté mitaine pour l'ouverture du score à quatre secondes de la fin de pénalité (0-1 à 24'08"). Un but qui met le Canada en confiance. Le palet est confisqué et tourne en attaque. LOrs d'une mauvaise relance russe, Huberdeau vole le palet, patiente pendant que deux équipiers embarquent la défense vers le but, et sert en retrait Scott Harrington : le défenseur lance à travers la foule et Vasilevski, masqué, s'incline encore (0-2 à 25'57"). Les actions pleuvent : Xavier Ouellet vendange un bon tir à droite du gardien, alors qu'il avait été placé idéalement par le travail derrière le but d'un coéquipier.

La Russie ne peut que chercher le contre. Sur l'un d'entre eux, le palet circule le long de la bande et revient à la bleue ; le tir d'Albert Yarulin traverse la défense et touche le patin de Ouellet, pour atterir sur la crosse de Slepyshev. Subban ne peut rien faire à bout portant (1-2 à 28'01"). Tout est à refaire pour le Canada, qui encaisse un but sur le premier tir russe en 17 minutes ! Un surnombre russe leur en donne l'occasion mais les joueurs ne s'installent que dans les dernières secondes, puis ne parviennent pas à tromper Vasilevski avec un festival Huberdeau et l'écran de Rattie. Mais les Rouges ont repris le fil et jouent plus offensifs, sous l'impulsion de Grigorenko notamment, ou encore de Bulatov Khammatov. Une mentalité payante puisque Lucas Lessio commet un cinglage qui n'échappe pas aux officiels : deux minutes. Solides en défense, les Canadiens dégagent le palet et un rebond envoie Charles Hudon en échappée... hors cadre ! La pénalité est tuée et on sent que le match peut basculer d'un côté ou de l'autre. Lucas Lession, tout juste sorti de prison, s'infiltre dans la défense et provoque la faute d'Andrei Sigarev. Le Canada s'installe tout de suite et met la pression sur Vasilevski dans l'enclave ; plusieurs canadiens se retrouvent à bout portant et les duels sont accrochés, Ryan Murray en perdant même son casque. La pression est terrible et les Russes ne parviennent pas à sortir le palet. Dougie Hamilton lance une première fois et c'est la panique dans la défense ; Vasilevski est sur la glace et le disque revient à Hamilton qui allume et nettoie la lucarne, plein axe (1-3 à 37'40"). Rapides et explosifs, les Canadiens bousculent la Russie dans les dernières secondes et virent avec deux buts d'avance à la sirène.

Pression russe

Deux buts d'avance, ce n'est pas vraiment un avantage sûr ces dernières années pour les deux équipes. La Russie l'a bien compris et entame le 3e tiers en feu. Les attaquants parviennent à prendre un peu de vitesse dans la neutre et arriver en attaque avec plus d'espace, à l'image de Nail Yakupov qui sollicite Malcom Subban dès la première minute. Une bonne attaque canadienne près du but pousse Vasilevski à la faute, le gardien étant puni pour faire trébucher. Il se rattrape bien en gagnant son duel devant Sean Monahan, servi en retrait par Lucas Lessio. La pénalité a permis aux Canadiens de reprendre les commandes et de mettre le feu dans la défense : Hudon, Strome, Dumba, Murray, Hamilton tentent leur chance tour à tour. Vasilevski ne laisse rien, pas même des rebonds. Il reste dix minutes et le portier russe compte déjà 23 arrêts. L'essentiel du jeu reste dans son camp, Subban passant une soirée plus tranquille. Le petit frère de PK va pourtant devoir s'employer en fin de match car les Rouges accélèrent.

Une faute inutile de Charles Hudon place le Canada en infériorité numérique. L'équipe spéciale s'installe et Lukas Sutter est sanctionné à son tour pour avoir gardé le palet en main. Grigorenko et Sergeyev échangent et un premier lancer du défenseur est sorti par Subban. Le palet lui revient et il trouve Yakupov au cercle gauche : le prodige appelait le palet depuis un moment et ne manque pas la cible, trouvant la lucarne de Subban sur sa volée (2-3 à 54'01"). Un petit but d'avance pour le Canada et il reste encore largement le temps d'égaliser. Les Rouges s'installent encore et poussent : Subban reste bien placé devant Yaroslav Kosov. La défense parvient à contenir les attaques vers l'extérieur et les avants canadiens cherchent à porter le jeu dans l'autre camp, conservant le palet le plus longtemps possible. Vasilevski sort dans la dernière minute, un temps mort est appelé mais cela ne change rien.

Le Canada s'impose 3-2 et remporte donc la première manche de cette série. Dominateurs pendant l'essentiel du match, les visiteurs se sont montrés efficaces en jeu de puissance et bien positionnés en défense. La Russie n'aura pu attaquer que par à-coups, exploitant l'indiscipline adverse pour recoller un peu. Mais la performance du jour reste celle de leur gardien Vasilevski, qui les aura tenu dans le match pendant toute la rencontre.

Commentaires d'après-match :
Steve Spott (entraineur du Canada) : "Il va falloir qu'on travaille notre discipline. C'est un groupe très physique. La difficulté consistera à continuer à jouer physique, mais sans franchir la ligne qui nous coûtera des pénalités. C'est une bonne leçon, heureusement que cela n'a eu aucune conséquence. Nous avons perdu des palets ce qui leur a permis d'utiliser leur vitesse et leur technique, nous travaillerons là dessus ce soir. Byron McCrimmon [Le père de l'entraineur de Yaroslav, décédé dans l'accident d'avion] nous a rejoint à Toronto et est resté avec nous tout le long. Nos joueurs ont eu l'occasion de sympathiser avec lui, c'est un homme vraiment très fort. Avec la cérémonie hier et le match ce soir, c'est vraiment un tour de force de sa part et une inspiration pour nous tous. Nous avons essayé de recréer la culture de 1972. Phil Esposito nous a accompagné aussi. Nos joueurs comprennent maitenant que ce n'est pas seulement une évaluation pour le mondial junior mais qu'il y a aussi beaucoup de fierté nationale. Je peux vous dire que jouer devant une patinoire comble, un match avec beaucoup d'émotion, ils ont vraiment ressenti cela."

Russie 2-3 Canada (0-0, 1-3, 1-0)
Jeudi 9 août 2012, Arena 2000 de Yaroslav, Russie.
Tirs : Russie 21 (4, 5, 12), Canada 28 (9, 10, 9)
Pénalités : Russie 12' (4', 6', 2'), Canada 12' (6', 2', 4')

Récapitulatif du score
0-1 à 24'08" : Monahan assisté de Rielly (sup. num.)
0-2 à 25'57" : Harrington assisté de Huberdeau
1-2 à 28'01" : Slepyshev assisté de Yarullin et Kapustin
1-3 à 37'40" : Hamilton (sup. num.)
2-3 à 54'01" : Yakupov assisté de Sergeyev et Grigorenko (double sup. num.)

Composition des équipes

Russie
Gardien : Andrei Vasilevski (sorti de sa cage à 59'15").
Défenseurs : Mikhail Naumenkov - Artyom Sergeyev ; Albert Yarullin - Nikita Nesterov ; Ivan Kuznetsov - Vsevolod Sorokin ; Artem Fedorov.
Attaquants : Anton Zlobin - Mikhail Grigorenko - Nail Yakupov ; Anton Slepyshev - Nikolai Prokhorkin - Kirill Kapustin ; Sergei Tverdokhlebov - Vladimir Tkachev - Sergei Shmelov ; Andrei Sigarev - Pavel Buchnevich - Yaroslav Kosov ; Bulatov Khammatov.
Remplaçants : Andrei Makarov (G), Denis Perevozchikov (G), Kirill Diakov (D), Maxim Osipov (D), Andrei Pedan (D), Alexei Vasilevski (D), Alexander Kadeykin (A)

Canada
Gardien : Malcom Subban.
Défenseurs : Scott Harrington - Ryan Murray ; Xavier Ouellet - Dougie Hamilton ; Morgan Rielly - Matthew Dumba ; Griffin Reinhart.
Attaquants : Jonathan Huberdeau - Mark Scheifele - Ty Rattie ; Lucas Lessio - Ryan Strome - Hunter Shinkaruk ; Philippe Danault - Boone Jenner - Charles Hudon ; Brendan Leipsic - Lukas Sutter - Tom Wilson ; Sean Monahan.
Remplaçants : Laurent Brossoit (G), Maxime Lagacé (G), Codi Ceci (D), Ryan Murphy (D), Adam Pelech (D), Phillip Di Giuseppe (A), Kevin Roy (A).