Quel afflux de joueurs NHL en Europe en cas de lock-out ?

Plus les semaines passent, et plus la NHL se prépare - psychologiquement et logistiquement - à fermer ses volets pour le désormais traditionnel (!) "lock-out". Les propriétaires sont bien décidés à faire baisser l'escalade salariale et leurs premières offres sont volontiers provocatrices pour arriver à cette fin, sachant très bien que jamais le syndicat des joueurs ne les acceptera. Surtout qu'il a élu à sa tête un "dur" depuis un an : Donald Fehr, l'homme qui avait fait trembler l'Amérique en annulant la saison de base-ball, bien avant que la NHL ne fasse du "lock-out" sa petite habitude régulière.

Sauf revirement de tendance lors du prochain tour de négociation mardi, le début de saison risque donc d'être annulé. Aujourd'hui, les experts annoncent majoritairement un arrêt de quelques mois, avec reprise de la ligue au plus tard au Nouvel An (comme en 1995), et nons pas une saison blanche comme en 2005. Dans ces conditions, verra-t-on un afflux de joueurs sur le Vieux Continent ? Pas si sûr.

À l'époque, l'Elitserien avait profité du lock-out pour se présenter en championnat majeur : la saison 2004/05 avait été marquée par les Alfredsson, Zetterberg, Forsberg, Kiprusoff, Huselius, Morrison, Souray, Horcoff, etc. Mais cette année, l'organisation de la ligue (Hockeyligan) a prévenu : elle n'acceptera que des contrats valables pour la saison. En clair, aucun joueur de NHL ne pourra débarquer en "attendant la reprise". Cette stratégie sage devrait probablement empêcher un afflux de pigistes en Suède... sauf si l'Allsvenskan remplace la division supérieure. On imagine déjà un club de Malmö se lécher les babines à l'idée des stars qu'il pourrait engager...

L'Extraliga tchèque 2005 avait été la plus grande bénéficiaire du lock-out, et Pardubice s'était appuyé sur Hemsky et Hejduk. Depuis lors, le championnat tchèque a cependant encore perdu de sa superbe, les équipes devenant de plus en plus vieillissantes. De plus, comme son homologue slovaque, il doit faire face à un ennemi "de l'intérieur" puisque la KHL sera implantée dans les deux pays (Lev Prague et Slovan Bratislava). Si les stars tchèques et slovaques rentrent chez elles, sera-ce dans leur club formateur ou au sein de la vitrine KHL ?

Bien évidemment, la KHL apparaît comme la destination légitime au vu de sa puissance financière. On se souvient cependant de l'échec complet de la dream-team de Kazan (Heatley, Lecavalier, Kovalchuk...) lors de la Superliga 2005. Mais la position officielle de la KHL est de demander aux clubs de ne pas sacrifier leur construction d'équipe pour des renfors à court terme. En cas de lock-out, il y aura bien des vagues d'arrivées, avec avantage à Magnitogorsk qui escompte bien revoir ses enfants du pays Malkin et Kulemin. Mais ce ne sera pas non plus un tsunami : les joueurs russes ne sont plus si nombreux en NHL, et les étrangers seront impactés par la limite de 5 joueurs étrangers, car la plupart des formations de KHL ont déjà des mercenaires de bon calibre.

Cette limite des étrangers sera évidemment cruciale en Suisse, où seul Davos fait le pari d'attendre des mercenaires NHL. Son président a d'ailleurs déclaré la semaine dernière s'être déjà mis d'accord avec Nash et Thornton (le duo-clé du titre 2005)... ce qui a aussitôt été démenti par les agents des intéressés ! Il faut dire qu'il est très mal vu que des joueurs de NHL fassent part de leurs intentions en cas de lock-out alors que les parties sont en pleine négociation (et que le lock-out est une décision des propriétaires, pas des joueurs) ! Le président davosien a donc été extrêmement maladroit sur ce coup-là.

Le cas de l'Allemagne est similaire : la limite d'étrangers est certes plus élevée, mais une licence misée sur un étranger est perdue car il ne peut être remplacé. On devrait donc surtout avoir des joueurs allemands, tel Jochen Hecht à Mannheim (mais il n'a pas de contrat NHL actuellement, pas plus que Marco Sturm).

La plupart des joueurs risquent donc d'attendre simplement le début de saison (surtout ceux dont la santé est précaire comme Crosby) et le débarquement sera limité. Mais si le lock-out se durcit et se prolonge, les championnats périphériques pourraient peut-être profiter de visiteurs de prestige, tel Steven Reinprecht vainqueur de la Magnus 2005 à Mulhouse... mais sans les agences de droits d'image et autres tours de passe-passe plus que jamais sous surveillance, il ne faut pas non plus s'attendre, dans un contexte de crise, à l'irruption d'une superstar.