Challenge Canada - Russie U20 - Match 4

Le Canada doit s'imposer pour clôturer la série sur un match nul. En cas de match nul à la fin du temps réglementaire en effet, une prolongation sera engagée pour déterminer le vainqueur de la série.

La Russie reste sur deux succès durant lesquels la défense canadienne a pris l'eau, avec des prestations décevantes de ses gardiens. Malcom Subban, victorieux au match 1, est donc rappelé pour cette partie.

Or, ce fut justement le point fort de la Russie : Andrei Makarov s'est montré particulièrement à son aise et a frustré les attaquants adverses la plupart du temps. L'attaque canadienne a dû s'en remettre à ses défenseurs, très offensifs - sans doute trop !

L'équilibre est à trouver pour les joueurs à la feuille d'érable, un équilibre entre intensité physique et discipline, entre défenseurs offensifs et rigueur défensive. La Russie connait moins de problèmes, avec un jeu de puissance efficace, un jeu en infériorité buteur à deux reprises en contre, deux gardiens solides et des individualités efficaces.

Pour motiver les Canadiens, Ken Dryden, gardien de l'équipe de 1972, est venu faire un petit discours d'avant-match, alors que l'ancien capitaine canadien Phil Esposito y allait de son petit coup de téléphone : de quoi motiver tout le monde pour égaliser dans la série...

Avant le match, une cérémonie rend hommage aux joueurs de la série de 1972 : c'est une ovation debout pour Yuri Lyapkin, Alexander Yakushev, Vladislav Tretiak côté russe et Ken Dryden, Don Awrey et Pat Stapleton côté canadien.

Tout reste à jouer

La Russie commence plutôt bien avec une bonne présence de Mikhail Grigorenko. Petit à petit, les locaux confisquent le palet, sous l'impulsion de leur capitaine Jonathan Huberdeau. Les duels sont déjà appuyés. Le jeu est rapide, Tverdokhlebov se créant le premier tir dangereux sur Subban suite à une percée plein axe. En face, Mark Scheifele lance une contre-attaque grâce à une bonne protection de palet : il est accroché par Anton Zlobin. Le jeu de puissance permet à Charles Hudon de chauffer Andrei Vasilevsky. Puis, c'est Ryan Murphy qui slalome dans l'axe et trouve le gardien. Rattie tente enfin de servir Huberdeau à travers l'enclave, sans réussite. Les deux minutes ont été bien gérées par l'attaque canadienne qui s'est créée plusieurs chances, mais le score reste nul et vierge.

Après huit minutes, Tom Wilson appuie sa charge : le plexiglas résonne et Tverdokhlebov, bien écrasé, obtient deux minutes logiques. Les Russes tentent de s'installer : le palet tourne dans le vide, sans solution, avant d'être dégagé par Hudon. Jenner le relaie avec un très bon pressing et la pénalité est tuée facilement. À la mi-période, les occasions se font rares et les deux équipes ne lâchent rien.

Il faut attendre le quart d'heure pour voir Hudon mettre le feu près du but et se créer deux occasions, sorties de justesse par Vasilevsky. Wilson voit aussi un tir dévié juste à côté. En face, les Russes contournent la cage de Subban par Kosov, sa remise trouve un coéquipier tout seul qui ne parvient pas à se retourner. Le match s'anime, on file d'un but à l'autre : Sigarev finit par ouvrir le score. Il est lancé en entrée de zone d'une petite passe déviée, file en deux-contre-un, contrôle mal son palet... et c'est ce qui trompe Subban, surpris quand Sigarev reprend le disque convenablement (0-1). Le Canada réagit en mettant la pression sur le but adverse. Un tir, un rebond d'Huberdeau, un autre de Lessio, et finalement Ryan Strome, ligne de fond, égalise (1-1). Les deux équipes se rendent coup pour coup. Zlobin puis Yakupov trouvent Subban sur leur route. Huberdeau et Harrington, puis Murphy, font de même devant Vasilevsky. Le tiers s'achève avec un léger avantage au Canada : 20 mises en échec à 8 et 75% de réussite aux mises au jeu.

Jeu de puissance

La reprise se fait sur le même schéma équilibré : une occasion de Monahan d'une part, une sur Subban de l'autre. L'énergie est là côté canadien mais un surnombre est appelé lorsque Hudon rentre trop rapidement en jeu. L'équipe spéciale russe s'est montrée efficace dans la série et cela continue : échange à la bleue et tir sur réception d'Albert Yarullin, qui fait résonner le métal, poteau rentrant (1-2). Un tir superbe, et une nouvelle fois, le Canada va devoir partir en chasse. Les attaquants travaillent fort dans les bandes, avec un échec-avant agressif. Le palet quitte peu la zone russe. La pression finit par payer ; Strome remet à Huberdeau d'une passe-abandon, le Québécois déborde et provoque la faute. La mise au jeu est gagnée, Huberdeau bataille Naumenkov dans l'enclave. Scheifele, seul au cercle, tire et Rattie saute sur le rebond (2-2). Le buteur des Portland Winterhawks est un joueur opportuniste, parfaitement placé ligne de fond sur cette action.

Les Canadiens continuent, avec une grosse présence du duo Danault-Hudon : le second pousse Kosov à la faute et les officiels ne le manquent pas. Le jeu de puissance s'installe. Huberdeau et Murphy échangent, le défenseur rate son tir mais cela revient Scheifele dos au but, remise pour son capitaine qui s'infiltre dans l'axe, tire... nouveau rebond pour Ty Rattie, pur finisseur (3-2). C'est la première fois que le Canada mène au score depuis le match 1 !

Les joueurs de Steve Spott ont pris le match en main et continuent à presser la défense ; Doug Hamilton, bien décalé, trébuche sur un défenseur mais aucune pénalité n'est appelée. La Russie a peu de solutions mais s'offre une chance en or en deux contre un... Poteau ! Peu après, Yakupov est accroché et Scheifele prend deux minutes. Sergeev mène la charge et Subban doit s'imposer en deux temps. La pénalité est tuée sans peine. Le Canada repart vers l'avant sous l'impulsion du jeune Monahan, très impressionnant. Hamilton fait lui aussi parler son talent, débordant à gauche et tirant, arrêt de la botte de Vasilevsky. Le tiers temps s'achève : 3-2 pour le Canada, grâce au doublé en supériorité de Ty Rattie.

Les stars sortent de l'ombre

Dès la première minute, Grigorenko slalome, embarque trois adversaires et remet à Yakupov tout seul : arrêt de Subban. Et le spectacle est présent à l'opposée sur l'action suivante lorsque Scheifele démarre un deux-contre-un, sert Monahan qui se heurte à Vasilevsky, très rapide sur son déplacement. La possession est canadienne mais la défense très passive de la Russie gêne la relance adverse. Les actions sont donc peu nombreuses et il faut attendre un bon débordement de Boone Jenner, avec un rebond pris par Philip DiGiuseppe, pour voir Andrei Vasilevsky briller. Le Canada prend ensuite une pénalité un peu absurde : deux joueurs recalés de suite aux mises au jeu ! La Russie s'installe donc pour une supériorité, mais c'est le Canada qui se montre agressif et dangereux, par Huberdeau et Scheifele notamment. Un Huberdeau à la vision ncroyable, qui vient trouver Lessio d'une transversale millimitrée pour un nouvel arrêt du portier russe.

L'action se passe principalement de ce côté de la patinoire : Huberdeau et Lessio s'illustrent assez souvent et la défense russe s'appuie sur son excellent gardien pour rester dans le coup. Scheifele, très actif, pèse sur la défense et Yarullin commet une grosse faute avec un coup de coude à la tête : deux minutes. Danault, de retour avec sept points de suture à la lèvre, participe au jeu de puissance. Un jeu de puissance tableau noir : Scheifele en entrée de zone, pour Ty Rattie ligne de fond, pour Jonathan Huberdeau à travers l'enclave (4-2). Les gros bras sont de sortie, le trio s'est montré décisif en supériorité dans ce match. Les visiteurs tentent de réagir sans parvenir à percer la défense, le Canada tenant assez bien le palet et laissant peu d'espaces. Les secondes défilent : victoire canadienne, ce qui nous donne deux victoires partout. Pour départager les deux équipes, une prolongation va donc débuter !

Point d'orgue

La prolongation se dispute à quatre-contre-quatre pendant 20 minutes, à moins qu'un but ne soit marqué. Le premier tir est signé Ryan Murphy, dont les qualités de patinage devraient faire merveille. Douggie Hamilton réalise lui aussi un très beau geste défensif, volant une passe sous le nez de Sigarev à quelques pas du but de Subban. Murphy et sa vitesse font mal : il déborde encore à droite et Vasilevsky peine à contrôler le tir en hauteur. Finalement, Charles Hudon travaile fort en zone offensive. Xavier Ouellet maintient le palet en attaque à la bleue et sert Ryan Strome. Patient, le grand pivot garde le palet, élimine le défenseur d'une feinte et parvient à ajuster le gardien côté plaque depuis le cercle : victoire du Canada !

La Russie s'incline donc, non sans démériter. La série aura en effet permis de confirmer le potentiel très sérieux des deux gardiens, Andrei Vasilevsky et Andrei Makarov. Quelques joueurs se sont également révélés au grand public, comme Anton Slepyshev et surtout Kirill Kapustin et Andrei Sigarev. En revanche, les deux stars attendues, Nail Yakupov et Mikhail Grigorenko, n'ont fonctionné que par intermittence et sont sans doute encore un peu justes. La défense a proposé quelques joueurs intéressants, comme Nesterov, Yarullin et Sergeev, tout en manquant de profondeur.

Côté canadien, Malcom Subban a probablement distancé la concurrence pour le poste de gardien titulaire au prochain mondial U20. La défense a été hésitante, mais sa mobilité, sa vitesse et ses prédispositions offensives sont un atout considérable : qu'il s'agisse de Murray, Murphy, Hamilton, Ceci, Dumba ou Rielly, tous sont capables d'apporter le surnombre et de postuler à une place de titulaire. Et dire que Griffin Reinhart était blessé... Offensivement, le bilan est un peu moins satisfaisant. Le capitaine Jonathan Huberdeau a démontré à quel point il était indispensable, apportant sa vision du jeu et son sens du placement ; s'il n'est pas en NHL, sa place est assurée dans l'équipe pour le Mondial junior. Le reste a été plus décevant : Strome n'a pas été très visible jusqu'à son but décisif, tout comme Mark Scheifele, dont on attendait un peu plus même s'il a été décisif au match 4 avec trois passes. Ty Rattie a marqué des points sur ce match par son opportunisme auprès du but. En revanche, on a moins vu les autres et finalement, seuls les travailleurs des 3e et 4e lignes se sont distingués : il serait suprenant de ne pas voir des joueurs comme Charles Hudon, Philippe Danault voire Lucas Lessio pour un rôle de travailleur de l'ombre.

Commentaires d'après-match

Ryan Strome (attaquant du Canada) : "J'aime bien ce tir balayé, j'en ai marqué pas mal comme cela. J'ai aperçu un bout du filet et j'ai eu de la chance de marquer. C'était important pour nous, on avait un mauvais souvenir des derniers mondiaux juniors [défaite en demi-finale face aux Russes 6-5]. Un peu de rédemption, mais c'est à Noël prochain qu'il faudra être là."

Mark Scheifele (attaquant du Canada) : "Cela va rester en mémoire quelques temps. Strome est un grand joueur, qui nous a aidé à passer cet obstacle. Il a un tir incroyable et des gestes techniques étonnants."

Mikhail Grigorenko (attaquant de la Russie) : "Ils étaient très remontés après nos deux victoires et ils ne pouvaient pas perdre aujourd'hui."

 

Canada 4-2 Russie (1-1, 1-2, 0-1)
Le Canada remporte la série durant la prolongation.
Mardi 14 août 2012, 19h, Halifax (Nouvelle-Ecosse).
Arbitrage de Jonathan Langille et Devin Piccott assistés de Peter Sheppard et John MacDonnell.
Tirs : Canada 45 (20, 11, 14), Russie 28 (8, 9, 11)
Pénalités : Canada 8' (2', 4', 2'), Russie 10' (2', 4', 4')

Récapitulatif du score
0-1 à 14'23" : Sigarev assisté de Shmelev et Diakov
1-1 à 15'30" : Lessio assisté de Huberdeau et Strome
1-2 à 24'02" : Yarullin assisté de Nesterov et Yakupov (sup. num.)
2-2 à 29'51" : Rattie assisté de Scheifele et Murphy (sup. num.)
3-2 à 32'47" : Rattie assisté de Huberdeau et Scheifele (sup. num.)
4-2 à 54'02" : Huberdeau assisté de Scheifele et Rattie (sup. num.)
But en or à 63'20" : Strome assisté de Hudon et Ouellet

 

Canada

Gardien : Malcom Subban

Défenseurs : Xavier Ouellet, Matthew Dumba, Scott Harrington, Morgan Rielly, Doug Hamilton, Ryan Murphy, Ryan Murray

Attaquants : Ryan Strome, Lucas Lessio, Jonathan Huberdeau, Boone Jenner, Charles Hudon, Mark Scheifele, Tom Wilson, Ty Rattie, Sean Monahan, Philipp DiGiuseppe, Hunter Shinkaruk, Brendan Leipsic

Russie

Gardien : Andrei Vasilevsky

Défenseurs : Nikita Nesterov, Albert Yarullin, Andrei Pedan, Artem Sergeev, Alex Vasilevsky, Mikhail Naumenkov, Kirill Dyakov

Attaquants : Nikolai Prokhorkin, Nail Yakupov, Anton Slepyshev, Andrei Sigarev, Vladimir Tkachev, Sergei Tverdokhlebov, Danil Romantsev, Anton Zlobin, Kirill Kapustin, Bulat Khammatov, Sergei Shmelev, Yaroslav Kosov

Remplaçant : Andrei Makarov (G)