Présentation de la KHL 2012/13 : division Chernyshev

SALMELA Anssi-120504-638Le 6 juillet, à une semaine seulement du début du camp de préparation, l'agent de l'entraîneur finlandais Raimo Summanen a appelé l'Avangard Omsk pour annoncer que son client, qui avait pourtant signé un nouveau contrat, ne reviendrait finalement pas, sans donner la moindre explication ! Summanen ne se serait pas senti assez écouté de ses dirigeants, car il aurait voulu se débarrasser de certains joueurs (Frolov, Pujacs et son compatriote Anssi Salmela) qui ne correspondaient pas à ses exigences. Pire, il n'identifiait même plus de responsable avec qui discuter le projet sportif.

La réorganisation du club se passait en effet dans le flou. Elle avait commencé par les déclarations de Viktor Nazarov, le gouverneur, qui trouvait que l'Avangard était un "jouet trop cher" pour sa région. Il a donc négocié avec Gazprom, qui a de nombreux intérêts à Omsk, pour que l'entreprise compense la baisse du financement public direct. Autre composante de ces discussions dans les hauts cénacles (dans lesquels Summanen ne risquait pas d'être convié), l'oligarque russo-londonien Roman Abramovich a cédé au club la propriété de la récente Arena-Omsk.

Le départ impromptu de Summanen a obligé Gazprom et le gouverneur à clarifier l'organigramme : ils ont étendu les pouvoirs d'Aleksandr Sterlyagov, le président nommé en cours de saison dernière. Il a maintenant le dernier mot sur la validation de tous les contrats, évidemment après consultation du gouveneur régional, pour être certain que toute décision soit mûrement réfléchie. Une embauche devait cependant être effectuée sans tarder : celle du nouvel entraîneur. L'Avangard a insisté dans la filière finlandaise en engageant Petri Matikainen. Celui-ci s'est vite démarqué de son prédécesseur en nommant capitaine... Aleksandr Frolov ! L'ancien joueur de NHL est le grand gagnant du changement de coach.

Malgré cet été agité, l'effectif finaliste de KHL a peu changé. Le créatif Aleksei Kalyuzhny a été remplacé par le centre plus défensif Andrei Taratukhin, revenu ainsi dans son club formateur qu'il avait quitté à 20 ans pour chercher ailleurs - avec brio - une place de titulaire. Et surtout, Roman Cervenka a obtenu de Calgary les conditions qu'il souhaitait pour signer en NHL : un contrat d'un an et 3,8 millions de dollars qui garantit qu'on compte sur lui sur une des deux premières lignes. La star de remplacement est toute trouvée : Tomas Zaborsky, qu'on ne désespère pas de voir enfin en championnat du monde avec la Slovaquie, est un pur buteur qui a explosé en SM-liiga finlandaise avec Ässät et qui a immédiatement démontré son talent en Sibérie.

L'Avangard devrait donc normalement terminer premier de sa division, qui semble affaiblie cette saison.

 

 

ROLINEK Tomas-110513-002Depuis quatre ans, le visage du Salavat Yulaev Ufa se confondait avec celui d'Aleksandr Radulov, idolâtré en Che Guevara par les supporters bachkirs. Leur "comandante" parti, les guérilleros ne risquent-ils pas de se démobiliser ?

L'ancien champion 2011 a perdu beaucoup de plumes. Le gardien finlandais Iiro Tarkki sera-t-il le titulaire stable que n'ont été ni Kolesnik ni Ersberg ? Le défenseur offensif Kirill Koltsov, que le SKA a laissé partir sans regret pour dégraisser sa masse salariale, pourra-t-il mener le jeu de puissance avec autant d'efficacité que Nakladal ? Quant à Tomas Rolinek, l'ancien capitaine de la République Tchèque est effectivement un joueur fiable et combattant. De là à ce qu'il compense à la fois le départ du vétéran Viktor Kozlov et des centres Schastlivy et Taratukhin, cela fait peut-être un peu beaucoup pour ses épaules...

L'allègement de l'effectif, qui apparaît en filigrane de ces quelques exemples, a cependant un grand mérite : il pourrait apaiser les querelles d'égos. Le vestiaire était devenu invivable, faute de temps de jeu pour tous.

À ceux qui croiraient leur place acquise, l'entraîneur Vener Safin a envoyé d'entrée un message : après un premier match de championnat piteux, il a fait s'asseoir en tribune Nikita Filatov - que l'on est bien obligé de présenter comme le remplaçant de Radulov faute de mieux. Mesure disciplinaire efficace puisque Filatov a marqué deux buts à son retour. Cet ex-espoir réputé peu collectif va-t-il ensuite se laisser pousser la barbe et haranguer ses compañeros ? N'exagérons rien : le Salavat en a clairement fini avec ses années folles et est redevenu un simple outsider.

 

YEREMEYEV Vitali-100518-028Le Barys Astana dispose d'une dérogation pour jouer en KHL à cause de sa patinoire, la pire de la ligue. Les promesses non tenues de construire une enceinte de 10000 places (la ville d'Astana aurait enfin alloué un terrain, actuellement un parking privé) commencent sérieusement à lasser la KHL. Surtout quand le Barys a essayé de contester une décision de la ligue devant une juridiction non sportive : il ne voulait pas payer les indemnités de départ dues à son ancien entraîneur Andrei Khomutov. Ça a sérieusement chauffé. La dernière fois qu'un hockeyeur a porté son cas devant un tribunal civil, il a pris deux ans de suspension. Le syndicat des joueurs (et des entraîneurs) s'est évidemment empressé de le rappeler à la ligue et aux médias. Menacé d'exclusion pure et simple, le Barys a fait machine arrière et a payé les 500 000 roubles dues à Khomutov.

Certains à la KHL sont excédés qu'Astana se croit intouchable, car protégé des autorités du Kazakhstan. Il s'agit d'ailleurs plus que jamais d'un projet national. La relégation au dernier Mondial a fait changer la politique du club : le Barys ne valait jusqu'ici que par ses renforts étrangers, mais le trio offensif tchèque (Kaspar-Kreps-Novotny) a été sacrifié afin de faire revenir trois joueurs disséminés dans toute la KHL (Dmitri Upper et deux sélectionnables potentiels, Konstantin Rudenko et l'ex-international russe Maksim Spiridonov) et ainsi former à Astana une vraie base de l'équipe nationale. Cette politique "pro-sélection" a connu un premier couac dès le mois d'août quand le gardien Andrei Ivanov, qui était venu à Astana pour devenir citoyen du Kazakhstan et aider l'équipe nationale, a été renvoyé (selon le joueur) ou a décidé de partir (selon l'entraîneur).

L'entraîneur, c'est désormais Vladimir Krikunov, l'ancien sélectionneur du Bélarus et de la Russie. Il devrait remodeler l'équipe, bâtie non plus sur une ligne de stars mais sur une discipline de fer et sur une condition physique maintenue par des entraînements à la limite de la torture. On attend de voir comment ce symbole de la vieille école soviétique s'accomodera de deux représentants de la vieille école... canadienne : le rugueux Josh Gratton, qui avait été renvoyé après un contrôle positif la saison dernière mais qui a resigné pour deux ans, et John Mirasti, le bagarreur venu en droite ligne du Vityaz.

 

SibirMême s'ils s'étaient habitués à vivre sans lui, puisqu'il était parti au SKA Saint-Pétersbourg dès le mois de janvier (et qu'il y retournera donc pendant le lock-out NHL), les supporters du Sibir Novosibirsk n'ont pas oublié Vladimir Tarasenko. Ils auraient bien eu besoin de lui pour fêter dignement l'anniversaire des 50 ans du club. L'enfant chéri manque tellement que, lors de la cérémonie d'ouverture de la saison, on a projeté son image laser sur la glace !

Malgré le départ du symbole et meilleur marqueur, le nouvel entraîneur Dmitri Kvartalnov a résolument décidé de pratiquer un hockey offensif. Il peut s'appuyer sur le meneur de jeu Jori Lehterä, qui a manqué la moitié de la saison sur blessure et compte donc comme une "demi-recrue". Sa prolongation de deux ans était la priorité de l'été, avant tout transfert.

Novosibirsk a aussi musclé sa défense avec le géant slovaque Kristian Kudroc et avec l'international letton Arturs Kulda, qui a fait carrière en Amérique du nord depuis ses années juniors jusqu'à ses 9 matchs de NHL avec Winnipeg l'an passé. Pas convaincu par la nouvelle proposition de contrat des Jets, il a préféré rejoindre la KHL, ce qui est une grande nouvelle pour la Lettonie en perspective du tournoi de qualification olympique (où elle affrontera la France). Il faudra tout de même laisser un temps d'adaptation à Jeff Glass, l'ancien gardien du Barys, recruté tardivement à la fin août.

 

PYORALA Mika-120504-420Comme toujours, l'Amur Khabarovsk a connu un turnover important cet été, car les joueurs du club d'Extrême-Orient s'épuisent vite à cause des voyages interminables. Jakub Petruzalek, la révélation de la dernière saison, est toujours là, mais sans ses collègues tchèques Vrana et Ruzicka.

L'entraîneur finlandais Hannu Jortikka les a remplacés par des compatriotes, Mika Pyörälä et Juha-Pekka Hytönen. Mais il s'agit plutôt de besogneux qui travaillent fort sans palet, pas de vedettes offensives capables d'insuffler des idées à une équipe de Khabarovsk qui n'avait jamais brillé par son attaque avant la saison passée. Même problème en défense où un international finlandais en chasse un autre... sans qu'ils aient le même rôle en équipe nationale. Le partant Mikko Mäenpää est un profil offensif, l'arrivant Topi Jaakola un acteur essentiellement défensif (qui, de plus, est blessé en ce début de saison). L'Amur risque de revenir à sa configuration pré-Jortikka, une équipe peu talentueuse devant qui doit attendre des miracles de son gardien. Le vétéran slovaque Jan Lasak est prévenu...

Si l'effet de surprise ne jouera plus cette année, l'Amur a les moyens de revenir en play-offs car le découpage géographique lui est pour une fois favorable. La conférence orientale était la moins forte, mais cette année son niveau stagne alors que de nouveaux clubs ambitieux s'ajoutent à l'ouest. Douze équipes pour huit places, cela reste un ratio assez raisonnable pour que Khabarovsk puisse encore espérer être de la partie.

 

NovokuznetskUne ambition que n'a même plus le Metallurg Novokuznetsk. La dette de 6 millions d'euros léguée par le sponsor Evraz a laissé un trou béant qu'il a fallu combler en vendant les meubles. L'expérimenté manager Leonid Weisfeld s'est adonné à cette tâche ingrate, et il a réussi un beau coup en vendant les droits KHL - pour l'instant théoriques - du gardien (de NHL) Sergei Bobrovsky au SKA Saint-Pétersbourg pour plus de 2 millions d'euros. Une belle somme pour un joueur déjà parti et peu susceptible de revenir...

En revanche, le fait de vendre au plus offrant (en l'occurrence le Torpedo) le meilleur espoir actuel, Maksim Kitsyn, donne un signal beaucoup plus négatif. Certes, Kitsyn déclinait dangereusement et un changement ne peut lui faire que du bien, mais Novokuznetsk a maintenant laissé partir toute sa jeune génération locale, celle qui aurait pu incarner l'avenir.

Tout ça pour ré-engager Chris Simon (40 ans et 3 points l'an passé en 24 matches) qui n'a signé que fin août et devra donc subir une nouvelle fois un entraînement spécifique pour le remettre en forme. Il suffit d'ajouter que le gardien finlandais Teemu Lassila n'a été remplacé que par Yuri Kluychnikov (le numéro 2 du Sibir Novosibirsk) pour comprendre que le Metallurg va souffrir.