Mulhouse - Strasbourg (Ligue Magnus, 2e journée)

TARANTINOlionel111022063Il y avait beaucoup de monde en ce samedi à l'Illberg, pour une affiche plus guère disputée depuis fin 2000. À l'époque, les Scorpions de Pascal Ryser dominaient allégrement la Division 1, et notamment les jeunes boys de Daniel Bourdages. Depuis, bien des choses ont changé, à commencer par cette affiche, qui se joue maintenant au plus haut niveau (français s'entend). Les deux clubs ont connu chacun des bouleversements plus ou moins heureux depuis cette année 2000...

A priori, l'issue du match tendrait vers le Bas-Rhin, déjà bien habitué aux enjeux de l'élite quand  le Haut-Rhin regoûte enfin à ces mêmes joies, après quelques années de purgatoire forcé. Cependant, les matches de pré-saison ont montré jusque là une équipe de Scorpions fringante (quoique très majoritairement remaniée) quand l'Étoile Noire peine à trouver son rythme depuis début août. Qui plus est, Strasbourg a déjà perdu par deux reprises face à son rival, une fois lors du tournoi de Colmar, une seconde fois bien plus récente, en Coupe de la Ligue, sur sa propre glace.... sur de petits scores, certes, mais pour ce match de championnat, les Bas-rhinois arrivent le long de l'Ill face à des locaux qui jouissent déjà d'un petit plus psychologique.

Ajoutons que la patinoire est pleine à craquer. On n'avait plus beaucoup vu ça depuis les années Reinprecht, ou les venues (un peu plus récentes) des armadas brestoises. Et même si une bonne escouade de supporters strasbourgeois s'était déplacée, la grande majorité était avant tout venue pour supporter les locaux. Autant dire que les "abeilles" blanches et jaunes ne sont pas rentrées inapercues sur la glace !

Et mieux valait ne pas arriver en tribunes après le coup d'envoi. Édouard Dufournet vient juste de gagner la mise en jeu qu'il passe à Lionel Tarantino. Le Toulousain d'origine perfore une défense locale pas encore en jambes et  combine avec Dufournet qui prolonge sur David Cayer, lequel score dans la foulée pour un but (0-1 à 0'07") qui constituera pendant longtemps un record de rapidité (même si le record pour un but après engagement revient à Rouen sur sa glace contre Anglet, en 2008, avec 5 secondes après le coup d'envoi... du but précédent, ce qui n'est pas exactement comparable à cette dernière réalisation alsacienne).

L'action est limpide et le match ne peut pas mieux commencer pour les visiteurs, qui peuvent alors plus librement mettre en pratique leur système, assez haut placé. Les Mulhousiens, décontenancés, ont alors du mal à proposer une solution collective pour inquiéter Vladimir Hiadlovsky. À cette époque de la saison, les automatismes sont encore à parfaire (et ce sera vérifié sur ce match). Par contre, les espaces laissés vacants sont déjà très rares. Il est donc assez difficile pour chaque équipe de proposer de belles actions construites tant les entrées de zone sont surveillées.

HURAJT Radovan-111203-155Même si Strasbourg domine territorialement, la fin du tiers voit des Mulhousiens un peu plus déterminés, à l'instar de ces deux brûlots de Marcus Kristofferson, une première fois bien lancé par Damien Raux (14'06"), une seconde en exploitant une mauvaise relance de Jakub Suchanek (16'15"), qui butent sur un Vlad' bien concentré. Sur un nouveau raid local, collectif cette fois, Jesper Olsson n'a d'autre recours que de commettre un trébucher pour espérer temporiser... dans la foulée, Jacob Alner perfore les lignes pour adresser un bon centre à son collègue Kristoffersson, lequel allume littéralement le portier visiteur (1-1 à 19'46") et permet à son équipe de regagner les vestiaires de façon un peu plus sereine.

Les Scorpions regagnent la glace nettement plus déterminés mais vont alors buter sur Vlad', peu enclin alors aux cadeaux, tel sur ce petit pont heureux dont Alner bénéficie face à son défenseur, avant que Hiadlovsky ne ferme sa porte (26'51"). Le mach change pourtant de physionomie à partir d'une sortie de prison contre Strasbourg : les Bas-rhinois remontent alors méthodiquement la glace et parviennent à occuper durablement la zone locale. Radovan Hurajt passe alors six bonnes minutes pénibles à subir les assauts de la paire Devin-Marcos (34'16"), puis une série de lancers inspirés d'Olsson, avant de se faire suppléer in extremis par Dusan Brincko face à une feinte de Jan Cibula (35'58"). Le coup de sifflet de fin de tiers est le bienvenu pour les hommes de Christer Eriksson qui commencent à tirer la langue face au hockey nettement plus collectif et précis des boys de Daniel Bourdages.

Au retour des vestiaires, le stratège suédois a fait descendre Juraj Kralj de deux lignes pour le remplacer par Stefan Lachapelle, afin d'apporter un peu plus de percussion et d'homogénéité aux trois lignes offensives. Mulhouse pousse un peu plus sensiblement, notamment en phase de supériorité. Cependant, et de nouveau, Vlad' se charge d'écoeurer les Kristoffersson (45'55") ou Löfberg (46'12"). Strasbourg fait le dos rond, avant d'envoyer son duo de lutins suédois en ouverture : Rickard Carlsson, plutôt inspiré tout au long de la partie, perfore les lignes locales pour lancer son compère Fredrik Abrahamsson. Le petit ailier effectue un gri-gri le long de la bande avant de remonter vers Hurajt qui s'incline une seconde fois (1-2 à 48'13").

La partie se durcit nettement, envoyant Julien Correia, puis Pierre-Antoine Devin reprendre leur souffle sur leur banc. Cependant, Strasbourg semble avoir retenu la leçon du premier tiers et gère plutôt bien son score en écartant assez habilement toute entrée mulhousienne dans sa zone... jusqu'à cette énième tentative de percée d'Alner, qui trouve appui sur Kristoffersson : le géant suédois plonge vers, puis derrière, la cage de Hiadlovsky avant de remonter et d'adresser un centre à l'opposé de la cage : Damien Raux traînait par là, son défenseur attitré le laisse un chouïa trop libre et l'ancien rouennais reprend aussitôt (2-2 à 57'58"). L'Illberg retrouve alors ses couleurs et surtout sa voix ! (Elie Marcos relatera plus tard qu'avec le bruit du public à cet instant de la partie, les joueurs n'arrivaient plus à s'entendre parler).

DUFOURNETedouard111022010Strasbourg revoit alors le spectre de sa récente défaite en Coupe de la Ligue contre ces satanés Haut-rhinois et contient alors, pour au moins arriver en prolongation. Le rythme de cette prolongation est pour le moins lent : à 4 contre 4, les espaces sont pourtant plus nombreux mais tous les acteurs semblent cramés physiquement, hormis le Slovène Kralj qui, par trois fois, s'en va buter sur Vlad (64'20" et 66'38")... et jusqu'à ce maudit surnombre mulhousien. Dan le canadien refait monter sa paire de tours suédoises en complément des duettistes Devin-Marcos, qui s'installent en zone mulhousienne, font circuler le palet, avant que Kenny Kallström puisse enfin se décaler et adresser le tir victorieux (2-3 à 67'48"). Depuis quelques saisons déjà, il  faut un vainqueur à chaque match, ce sera donc Strasbourg pour celui-ci.

Chaque équipe a eu sa chance, Strasbourg a saisi sa dernière pour s'offrir le gain appréciable de ce match : une partie des doutes ont pu être effacés même si tout n'est pas réglé pour autant. Quand bien même leur évolution stratégique fut beaucoup plus constante et homogène que celle de leurs homologues haut-rhinois, beaucoup d'automatismes sont encore à parfaire, derrière comme devant, pour être complémentaire de ses coéquipiers au lieu de se gêner. Parmi les recrues, Rickard Carlsson surprend agréablement par son assurance et ses initiatives, Jesper Olsson devrait apporter un appui substantiel derrière, en présence physique et en relances. Ses deux autres compatriotes étaient un peu plus en retrait pour pouvoir s'exprimer pleinement.

Tout "baxers" (baragouineurs, en français dans le texte) qu'ils puissent être, leur retour à l'Iceberg est, en tout cas, plus serein car cette victoire les relance et efface un peu leurs doutes jusque là rencontrés, et notamment face au rival mulhousien...

Mulhouse n'a pas joué de façon aussi structurée que son rival. On retrouve plutôt cette fameuse équipe de "réaction", bourrée de bonnes intentions, de fougue, de détermination, peu encline à abandonner. C'est un peu dans cet esprit qu'ils sont revenus deux fois au score. Si derrière, il est difficile de nommer un joueur-clé par excellence tant les six Scorpions se sont avant tout activés à contenir l'adversaire, devant, on note dix attaquants bourrés de jus : les colosses ne sont pas les plus rapides, comparés aux flèches nommées Sunna ou Pek, mais les Kralj, Löfberg, Alner et (surtout) Kristoffersson compensent par un travail physique important en zone adverse. Reste à savoir si ce sera suffisant face aux clubs du haut de classement.

Récompensés à la fin du match : Édouard Dufournet pour Strasbourg et Ales Cerny pour Mulhouse.

 

Mulhouse - Strasbourg 2-3 a.p. (1-1, 0-0, 1-1, 0-1)
Samedi 22 septembre 2012 à 18h00 à la patinoire de l'Illberg. 1700 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Bourreau assisté de Sébastien Geoffroy et Gwilherm Margry.
Pénalités : Mulhouse 12' (2', 6', 2', 2') ; Strasbourg 12' (4', 4', 4', 0').
Tirs : Mulhouse 33 (10, 5, 14, 4) ; Strasbourg 32 (8, 15, 8, 3).

Évolution du score :
0-1 à 00'07" : Cayer assisté de Dufournet et Tarantino
1-1 à 19'46" : Alner assisté de Kristoffersson
1-2 à 48'13" : Abrahamsson assisté de Carlsson
2-2 à 57'58" : Raux assisté de Kristoffersson et Alner
2-3 à 67'48" : Kallström assisté de Marcos et Devin (sup. num.)


Mulhouse

Gardien : Radovan Hurajt.

Défenseurs : Ales Cerny – David Sallander ; Francis Ballet (C) - Per Braxenholm ; Dusan Brincko - Maximilien Tromeur.

Attaquants : Kim Sunna – Juraj Kralj [puis Lachapelle à 40'00"] – Christofer Löfberg ; Marcus Kristoffersson (A) – Damien Raux (A) – Jacob Alner ; Lucas Bini puis Stefan Lachapelle [puis Kralj à 40'00"] – Lukas Pek - Tarik Chipaux.

Remplaçants : Michaël Muller (G), Benoît Salvin, William Kern, Michael Marchand.

Strasbourg

Gardien : Vladimir Hiadlovsky.

Défenseurs : Hugues Cruchandeau (A) - David Striz ; Kenny Kallström – Jesper Olsson ; Michal Cesnek – Jakub Suchanek.

Attaquants : Lionel Tarantino – Édouard Dufournet – David Cayer ; Fredrik Abrahamsson – Rickard Carlsson – Jan Cibula (A) ; Julien Correia – Elie Marcos (C) - Pierre-Antoine Devin ; Julien Burgert.

Remplaçants : Gilles Beck (G), Pierre Bougé, Yannick Henry. Absent : Erwan Agostini.