La LNH verrouillée, les partisans révoltés

Il y a quelques jours, on apprenait la tenue d'un lockout en LNH. Tentons d'éclaircir la situation.

Le monde du hockey est en état de choc. Le 15 septembre dernier a été décrété un lockout. Ce dernier épisode plonge une nouvelle fois le doute. Huit ans seulement après le cauchemar de la saison 2004-2005, la LNH s'apprête à revivre des moments difficiles.

L'objet du conflit ? Un désaccord entre joueurs et dirigeants concernant le partage des revenus et les contrats des joueurs. Les dirigeants souhaitent en effet poursuivre le travail débuté en 2005  avec l'installation (dans la douleur) d'un plafond salarial. Celui-ci a pour but de limiter l'envolée du prix des joueurs. Le commissaire de la LNH Gary Bettman demande également une nouvelle répartition des recettes. La ligue a d'ailleurs proposé de réduire la part des revenus des joueurs de 57% à 47%.

Mais voilà, les joueurs ne sont pas dupes. Ils sont bien conscients qu'imposer de nouvelles règles sur la durée des contrats restreindrait leur liberté de jouer là où ils le souhaitent. De plus, les joueurs demandent plus de solidarité entre les franchises, car certaines se portent très bien et se porteraient encore mieux avec l'accord proposé, qui utilise le prétexte des problèmes financiers des franchises en difficulté. Aujourd'hui seules 18 franchises sont rentables en LNH. Ce conflit vire au débat de sourd puisque les joueurs sont prêts à diminuer raisonnablement leur part de revenu à condition que la grande ligue leur garantisse qu'un fonds de secours sera créé pour aider les franchises au bord du gouffre, de manière à assurer la croissance de la LNH sur le long terme. Rappelons que les revenus générés par la LNH étaient de 3,2 milliards de dollars l'an dernier contre 2 milliards seulement il y a 7 ans. Preuve que la ligue nationale est sur la bonne voie.

La poigne de Fehr l'emportera-t-elle ?

Dans ce conflit, les hockeyeurs peuvent compter sur Donald Fehr, un homme d'expérience, qui était syndicat des joueurs de baseball dans les années 1980. Il leur avait permis d'obtenir un dédommagement de 280 millions de dollars en dénonçant une collusion entre dirigeants. Surtout, en 1994, il a été l'homme qui a fait annuler une saison de base-ball aux États-Unis (ce que deux guerres mondiales n'étaient pas parvenues à faire). Il excelle donc dans la gestion de crise. Il a choqué toute l'Amérique dans cette affaire, mais depuis il met en avant le fait que le base-ball, avec la mise en place d'une répartition des revenus, n'a plus connu de conflit majeur depuis cette date... contrairement au hockey. Donald Fehr, devenu président de l'association des joueurs de la ligue nationale de hockey (NHLPA), ne lâchera pas l'affaire, et défendra coûte que coûte les intérêts des joueurs.

Dans le camp adverse, c'est le légendaire Gary Bettman qui représente les franchises. Celui qui a permis le décollage de la NBA a été recruté en 1992 par la LNH, pour le même objectif : rendre le sport populaire et ainsi générer de nouveaux revenus. Sauf que Gary commence à avoir une sacrée réputation dans la ligue nationale. En 18 ans de présence, il a déjà connu deux lockouts. L'Américain est un bon gestionnaire mais n'est pas une homme de conciliation. Par conséquent, les discussions débouchent mécaniquement sur des conflits. Mais les principaux propriétaires de franchises le soutiennent corps et âme car cette ligne dure leur a profité jusqu'ici.

Et maintenant ?

Quelle solution peut être trouver pour que la LNH reprenne ? L'idéal serait de faire un 50/50 sur le partage des revenus, et limiter la durée des contrats tout en développant plus de solidarité entre les propriétaires. Dans ce conflit, concilier les différentes opinions permettrait le retour des joueurs sur la glace.

Dans tous les cas, le lockout devra être réglé pour novembre, histoire de pouvoir préparer la classique hivernale, vitrine du hockey en Amérique du Nord. Dans le cas contraire, on peut imaginer que les patinoires resteront vides, comme lors de l'édition 2004-2005. Mais justement : c'est parce que tout le monde voit dans ce "Winter Classic" une date-charnière que Bettman a déjà menacé de l'annuler rapidement, pour prouver qu'il était prêt à un long conflit et raidir la négociation.

Les conséquences d'une grève en LNH sont graves. Ainsi ce lockout représente pourrait entraîner des pertes de plus de 1,8 milliard de dollars au Canada selon la Banque de Montréal (BMO). De même, lors de la saison 2005-2006, le lockout avait affaibli la LNH. Des franchises comme les Phoenix Coyotes ou les Dallas Stars ont été fragilisés par une année de césure qui coûte très cher.

Il est clair que tout le monde perd dans ce conflit : les dirigeants, mais surtout leurs petits employés (non joueurs) ; les hockeyeurs, et surtout les vétérans en fin de carrière qui dominent le syndicat et pourraient être les premiers à "craquer", quitte à sacrifier les contrats des jeunes ; et bien sûr les partisans, oubliés et qui pourraient décider de se tourner vers d'autres sports, usés par ces conflits répétitifs. Le lockout de 2004-2005 a permis de médiatiser les championnats européens. Avec l'afflux de joueurs de LNH, ces championnats tel que l'Extraliga, la KHL ou la LNA risque eux aussi d'être bancals. Les joueurs recrutés avec des contrats de quelques mois risquent de bousculer l'équilibre sportif et financier des clubs.

Dans tous les cas, on pourra dire que ce nouveau lockout aura bousculé la planète hockey...