Présentation de la KHL 2012/13 : division Tarasov

BRYZGALOV Ilya-2009-7404Les premiers mois de prise de contrôle du CSKA Moscou, autrefois club de l'armée rouge, par la compagnie pétrolière Rosneft furent agités. À l'évidence, seul un manager charismatique et doué d'une autorité naturelle était capable de prendre les rênes de ce club soumis à la pression étroite de son sponsor. Un défi qu'a relevé Sergei Fedorov, qui a arrêté sa carrière de joueur pour cette reconversion directement dans le vif du sujet. Sa première décision fut de valider l'engagement de Valeri Bragin - choisi par Rosneft - comme entraîneur.

Bragin présente l'avantage d'avoir commandé en équipe nationale junior à la génération montante du CSKA (Ilya Zubov, Sergei Shirokov, Denis Parshin). Mais sans cadre pour les mener, le CSKA a déjà constaté que ses jeunes ne le mèneraient pas loin. Il a donc fallu rattraper le retard pris (le temps d'embaucher Fedorov) sur le marché des transferts. Première étape, la signature pour trois ans de Denis Denisov, champion du monde en mai dernier et nouveau pilier défensif.

Mais le coup le plus spectaculaire fut l'engagement d'Aleksandr Radulov, la forte tête pointée du doigt par Nashville, lors de son bref retour en NHL, pour une violation de couvre-feu. Selon le joueur, c'était une situation montée pour faire baisser sa valeur de marché et le resigner pour pas cher comme agent libre. Si c'est le cas, c'était peine perdue : Radulov vaut toujours cher en Russie. Le CSKA a versé 8 millions de dollars à Ufa pour acquérir ses droits et lui a offert 7 millions de salaire annuel. L'acquisition du plus gros poisson sur le marché a eu un effet boule de neige. Le club a soudain multiplié les annonces en à peine trois jours : arrivée (bien sûr) du frérot Igor Radulov, et signatures pour deux ans de l'arrière finlandais Mikko Mäenpää, du centre letton Janis Sprukts et de l'attaquant NHL/AHL Vladimir Zharkov.

Plus de faux-semblants : le CSKA devient un favori après avoir enfin acquis des stars. La faiblesse du jeu en pré-saison a néanmoins semé le doute sur le niveau de ces recrues. Celui qui s'en sortait le mieux, c'est "l'anomalie" Patrick Davis, arrivé de la troisième ligne de Wolfsburg. Pas le pedigree d'un étranger de KHL, mais un joueur de devoir, utile en infériorité, en phase avec la nouvelle philosophie de jeu de Bragin qui veut bousculer les habitudes russes et introduire un hockey plus physique et nord-américain.

Le CSKA a cependant un atout dans sa manche : le lock-out en NHL et les excellents contacts de Fedorov avec ses anciens confrères. Les trois contrats temporaires autorisés par la KHL ont été utilisés pour compléter cette équipe qui se cherche encore. L'arrivée d'Ilya Bryzgalov permettra d'économiser le gardien slovaque Rastislav Stana, car les portiers étrangers ont le droit de jouer deux tiers des matches de saison régulière au maximum. L'intelligence de jeu de Pavel Datsyuk et la technique de Mikhaïl Grabovsky devraient donner une colonne vertébrale à une attaque en chantier... dont la maquette paraît déjà impressionnante !

 

KOZLOV Viktor-100516-664Il y a un an, l'avion qui transportait le Lokomotiv Yaroslavl s'abîmait au décollage, anéantissant ce qui était peut-être la plus belle équipe de l'histoire du club. Une équipe internationale dont la disparition plongeait peu à peu le monde du hockey dans la consternation. L'enquête a conclu à la mise en cause de Vadim Timofeev, un ancien directeur de la compagnie aérienne Yak Service qui aurait produit des documents falsifiés car l'équipage n'avait pas toutes les qualifications requises pour piloter le Yak-42.

L'émouvante cérémonie du souvenir prouve que les supporters de Yaroslavl n'ont pas oublié les disparus. Psychologiquement, les nouveaux arrivants devront vivre avec ces "fantômes". Même si l'entraîneur canadien Brad McCrimmon était son ami, Tom Rowe n'a pas été effrayé par cette perspective. L'Américain (ancien adjoint de Paul Maurice, le nouvel entraîneur de Magnitogorsk, chez les Carolina Hurricanes) ne se voyait proposer qu'une place d'entraîneur-chef en AHL, qu'il aurait vécue comme une régression dans sa carrière. Il a préféré le challenge russe. L'entraîneur historique de Yaroslavl, continue pour sa part de diriger l'équipe de VHL, devenue la réserve. Le Lokomotiv est donc le seul club à s'engager dans les deux principales ligues. Il remercie ainsi la VHL qui lui avait tendu les bras en cours de saison pour lui permettre de reconstruire une équipe.

À l'époque, les manifestations de compassion envers le Lokomotiv se multipliaient. Le président Yuri Yakovlev avait même refusé la qualification automatique en play-offs pour 2013 que lui proposait la KHL. Cette place, il faudra la chercher sur la glace. L'an dernier, on parlait beaucoup du retour volontaire des anciens de Yaroslavl, que leurs clubs actuels cèderaient gracieusement par solidarité. Les belles paroles ont été oubliées. Les seuls cadres revenus sont le défenseur Vitali Vishnevsky (SKA) et l'attaquant de grande expérience Viktor Kozlov (Ufa). Pour le reste, le Lokomotiv a acheté son équipe, comme tout le monde. C'est en surenchérissant qu'il a "soufflé" l'international letton Mikelis Redlihs à Kazan. Il a surtout misé sur les Finlandais puisque Sami Lepistö s'impose en leader de la défense et que Niklas Hagman est destiné à la première ligne aux côtés du vétéran biélorusse Aleksei Kalyuzhny. Pour l'essentiel, c'est donc sa masse salariale qui a rebâti le Loko.

L'élément nouveau qui a permis le retour de joueurs avec de vraies attaches locales, c'est en fait le lock-out en NHL. Le gardien Semion Varlamov et l'attaquant Artem Anisimov sont ainsi rentrés dans leur club formateur. Le défenseur Dmitri Kulikov, qui jouait à Yaroslavl avant son départ outre-Atlantique en junior, y a aussi remis les pieds : il était pourtant convoité car il ne rentre pas le quota des trois joueurs sous contrat en NHL, étant agent libre. Avec de tels renforts, les fans se sentiront sans doute plus proches de leur équipe, qui fera office d'usurpatrice.

 

Vitali KOVAL Belarus - 2009-7382Dans une KHL où les clubs sont souvent versatiles, le Torpedo Nijni Novgorod applique une formule gagnante : "on ne change pas une équipe gagne". Le duo de gardiens Vitali Koval - Nikita Bespalov a été conservé. Les dix meilleurs marqueurs sont tous restés, et ils ont même vu arriver l'ex-international russe Piotr Schastlivy en complément.

Pour autant, il sera très difficile de répéter la saison passée. Le Torpedo était devenu champion de la division Tarasov l'an passé dans des circonstances très particulières liées à la disparition du Lokomotiv. Cette fois, non seulement le favori est de retour, mais il y a deux clubs moscovites dans sa division. La réorganisation est due à l'apparition de nouveaux clubs. Ils sont maintenant 14 à l'ouest, la 12 à l'est.

La logique aurait été de rééquilibrer et de créer deux conférences de 13. Dans ce cas, il aurait fallu déplacer le Torpedo en Conférence est. Mais la KHL a considéré que Nijni Novgorod était une ville "occidentale". Elle a en effet été fondée en tant que dernière ville russe sur la Volga, poste défensif face aux invasions des Mongols de la Horde d'Or puis de leurs héritiers, les Tatars du khânat de Kazan. Psychologiqument, les dirigeants de la ligue ont donc maintenu la limite entre les conférences quelque part sur la Volga entre Nijni Novgorod et Kazan, sur une frontière historique, culturelle et religieuse.

Il y a aussi des arguments sportifs dans leur choix : on a tellement dit que la Conférence ouest était moins forte que, d'un extrême à l'autre, l'équilibre s'est inversé. Avec 14 équipes, dont aucune ne veut lâcher l'affaire, pour 8 places en play-offs, la lutte s'annonce serrée, même pour une équipe de valeur comme le Torpedo toujours entraîné par Kari Jalonen.

 

CASLAVA Petr-110513-043Andrei Nazarov, le plus jeune entraîneur de KHL, est arrivé au Severstal Cherepovets précédé d'une réputation sulfureuse acquise au Traktor et surtout au Vityaz. Dès son arrivée, il a vanté les mérites du beurre de Vologda, reconnu dans toute la Russie, et a promis que cette région au nord de Moscou serait bientôt connue pour ses hockeyeurs. Néanmoins, on soupçonne Nazarov de moins aimer le beurre... que les pains !

L'ancien enforcer n'a pu s'empêcher de chercher un clone capable de jeter les gants. Et pas un Canadien comme au Vityaz, mais un Russe pour "préparer les Jeux Olympiques de Sotchi" (on ose espérer que la Sbornaïa n'alignera pas un goon au tournoi olympique, ce serait du jamais vu !). Il a fait fort en dénichant Pakhrudin Gimbatov, qui s'est battu à chaque match de préparation. Il a grandi à Saint-Pétersbourg, mais comme il est né dans la région explosive du Daghestan, les médias russes ont évidemment adoré le rôle de la brute venue du Caucase...

Nazarov a été lui-même dépassé et a demandé aux journalistes de porter plutôt leur attention sur les vraies vedettes locales : le meilleur passeur de KHL Vadim Shipachev, le champion du monde Evgeni Ketov et bien sûr Vassili Koshechkin. Le gardien a manqué la première semaine d'entraînement car il est devenu papa de jumeaux : décidément, on fait tout en grand chez "double mètre" Koshechkin ! Il partageait jusqu'ici la cage moitié/moitié, mais Nazarov veut l'aligner plus souvent afin qu'il revienne en équipe nationale. Il montre là son autre facette, celui du formateur qui veut développer ses joueurs.

La tâche de Koshechkin est compliquée car tous les meilleurs défenseurs sont partis, dont le grand espoir local Maksim Chudinov (engagé au SKA). Il fallait retrouver un leader des lignes arrières, et Nazarov a obtenu le "rêve de tout coach" Petr Caslava. Passé par Cherepovets il y a cinq ans, l'international tchèque sait se mettre les supporters dans la poche, et a déclaré à la cérémonie de présentation que le Severstal serait "une équipe de vrais hommes". En voilà un qui parle déjà comme son coach ! L'autre recrue défensive majeure a aussi le profil : Aleksandr Ryazantsev a gagné une forme de concours de virilité en janvier dernier en signant le slap chronométré le plus puissant du monde.

 

NISKALA Janne-120506-226Sitôt que l'ancien gouverneur Boris Gromov a été remplacé, l'oblast de Moscou a déjà prévenu tous les clubs professionnels de la banlieue moscovite : la manne est finie et ils devront être autonomes financièrement d'ici quatre ans. Une gageure pour l'Atlant Mytishchi, financé à 80% par la région (et né de la volonté de Gromov...). Certes, la subvention reste provisoirement identique pour cette saison, mais face à l'escalade salariale pemanente de la KHL, cela ne suffit plus. Même les seconds couteaux se voyaient proposer des augmentations considérables ailleurs, et l'Atlant a commencé à vivre un exode.

Il ne reste plus que quatre joueurs de l'équipe finaliste de 2011. Un effort a quand même été fait pour conserver au moins une star, Nikolaï Zherdev, en lui offrant trois millions de dollars par an. Cette dépense faite, il ne restait pas de quoi engager des pointures. Le club faisait valoir que des stars de demain étaient peut-être les recrues anonymes d'aujourd'hui, mais les observateurs n'étaient pas convaincus. Ils lui prédisaient déjà sa première élimination en play-offs.

Et si cette stratégie prudente était bien pensée ? Vu le nombre de joueurs sur le marché, il suffisait en effet d'attendre la baisse des prix. La blessure à la jambe de l'attaquant suédois Patrik Zackrisson au camp d'entraînement a permis de négocier son départ et de libérer une place d'étranger. Le vétéran letton Sandis Ozolins, toujours sans club en raison de son prétentions salariales dignes de Zherdev, a alors été recruté à "moitié prix". Le quarantenaire a été mis en balance avec le défenseur de NHL Kurtis Foster et a été choisi car il a été jugé plus complet. Mytishchi a en effet déjà un pur défenseur offensif avec Janne Niskala.

Restait le problème du gardien, identifié comme la grande faiblesse par les experts. Remplacer Barulin et sa doublure Kotschnew par le jeune duo Galimov/Davydov était vu comme un défi insensé. Il suffisait en fait d'attendre le lock-out : l'espoir Anton Khudobin a été récupéré pour un demi-million de dollars. Les dirigeants ont précisé que ce n'était pas un signe de défiance envers les autres gardiens et que Khudobin n'aurait pas sa place de titulaire garantie. Le joker a effectivement commencé le match contre Riga sur le banc... et il est entré en cours de jeu car le malheureux Stanislav Galimov, qui avait très bien commencé sa saison, s'est blessé aux adducteurs dans un choc.

 

KULAKOV Alexander-100516-919La déception du dernier championnat du monde a forcément causé des remous au Bélarus. Des hauts responsables avaient évoqué à chaud l'idée que le Dynamo Minsk devait se débarrasser de ses étrangers pour mieux aider l'équipe nationale. Mais contrairement à ce qui s'est passé au Kazakhstan, ce discours n'a pas été suivi d'effet. Les dirigeants ont déjà eu du mal à garder un international comme Aleksandr Kulakov, que lui disputait le Metallurg Magnitogorsk.

On compte certes un étranger de moins en défense, ce qui profite au poids lourd de 108 kilos Pavel Chernook qui sera titulaire pour sa première saison à ce niveau. Mais les attaquants internationaux biélorusses se contentent toujours des rôles secondaires, avec le seul Andrei Stas en titulaire affirmé au centre de la deuxième ligne. À moins de compter Charles Linglet, Geoff Platt et le gardien Kevin Lalande, naturalisés mais pas encore sélectionnables, on est loin de l'idée d'une base pour l'équipe nationale. Et même si Kari Heikkilä a la double casquette, il lui est difficile de penser à l'intérêt de la sélection sur le long temps car sa position est fragilisée et dépendante des résultats immédiats.

L'attaque ne doit normalement pas poser de soucis, elle est quasiment inchangée à une exception près. Sous contrat, Daniel Corso a été écarté après un petit bras de fer (il s'est présenté au camp et a commencé la saison jusqu'à ce qu'on lui verse les indemnités dues d'après les règles de la KHL) et a été remplacé au centre de la première ligne par Tim Stapleton, rapide attaquant américain venu des Winnipeg Jets.

La défense - normalement la priorité tactique de Heikkilä - tâtonne en revanche. Après le départ du duo slovaque Obsut-Podhradsky, les nouveaux Jonas Frögren et Cory Murphy restent à intégrer correctement. Et surtout, la première paire Jere Karalahti - Vladimir Denisov ne fonctionne tout simplement pas et a finalement été séparée. Le second a aussi volontairement cédé le capitanat au premier. Le taux d'erreurs restant important, Minsk attendait un gardien finlandais "de lock-out" pour sauver les meubles. Niklas Bäckström avait donné son accord, mais il s'est blessé. Il a fallu se "rabattre" sur (l'excellent) Pekka Rinne. Son arrivée pourrait sauver la tête de son compatriote Heikkilä...

 

RADIVOJEVIC Branko-120515-266Le plus pauvre des clubs de la capitale, le Spartak Moscou, a compris qu'il n'avait pas d'autre richesse que ses supporters. Or, ils étaient de moins à moins nombreux à venir dans l'antique Sokolniki. Comme le club n'arrive guère à faire avancer seul son projet de nouvelle patinoire, il a déjà commencé par redécorer l'ancienne pour la rendre plus présentable, au moins en façade. Le kop a aussi été prié de se comporter moins footeusement et plus civilement pour ne pas effrayer les familles. Les campagnes de promotion ont fait leur effet, et les premières affluences sont en hausse.

Mais pour que la tendance se poursuive, il faut que les résultats soient à la hauteur. Cela ne s'annonce pas facile pour le Spartak qui a remanié les deux tiers de son effectif. Des changements en bonne partie volontaires. Les entraîneurs ont ainsi mis leur veto à un retour d'Ivan Kasutin, qui avait réclamé de quitter le club en janvier dernier quand le classement était mauvais. Qui va à la chasse perd sa place... Elle bénéficiera au jeune gardien canadien Mike Murphy, qui cirait le banc des Carolina Hurricanes derrière Cam Ward et qui aura plus de chance de jouer dans une concurrence avec Sergei Borisov.

Le coach Sidorenko vante une équipe travailleuse, qui a gagné en gabarit et qui tentera de s'imposer dans l'enclave. Celui qui correspond le mieux à cette description est Shaone Morrisonn, qui s'était fait connaître en NHL à Washington comme "l'assurance" du défenseur offensif Mike Green, mais qui a été parqué en AHL par Buffalo l'an dernier pour cause de plafond salarial, en raison d'un contrat trop gros pour son rendement (2 millions de dollars). Le Canadien a mal vécu cette expérience peu agréable pour un joueur de 29 ans et sera sûrement motivé pour prouver qu'on ne doit pas l'effacer des tablettes.

Mais ce qui manque au Spartak, c'est un vrai leader offensif. L'expérience ne manque pas, surtout avec l'ajout d'Oleg Petrov toujours en forme à 41 ans, mais il faudrait un joueur capable de porter l'équipe en attaque. Les clés de la première ligne ont été confiées à Branko Radivojevic, de retour de Mytishchi, mais le capitaine n'est pas un vrai joueur de premier bloc, et ça se sent. Quand à son compatriote Stefan Ruzicka, il en a le talent, mais pas l'envie. S'ils ne réussissent pas à se métamorphoser en meneurs offensifs, le Spartak peinera à se qualifier.