Elitserien : une rentrée perturbée

La saison suédoise de hockey sur glace a démarré au beau milieu d'une tempête. Un imbroglio qui a divisé le pays en pleine rentrée. Rappel des faits.

Depuis cet été et les premières rumeurs qui se sont finalement avérées, la grève de la NHL, la quatrième en 20 ans et qui affecte cette saison 2012-2013, a fait des vagues. Comme les précédentes, les fameux grévistes du circuit nord-américain constituent des renforts de choix, des surdoués inattendus pour tous les clubs européens qui en rêveraient la nuit. Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, leur venue ne fait pas l'unanimité en Suède, elle fait d'ailleurs débat dans tout le pays.

GUTTIG Anthony-120506-019Stefan Bengtsson, le président de l'Allsvenskan (le second échelon national), avait pourtant laissé entendre un refus catégorique à la presse début septembre... avant de se raviser la semaine suivante, convaincu par quelques présidents de club, très remontés pour certains. Alors les organisations de Västerås, Södertälje, Tingsryd, Djurgården et cie se sont mises de suite en chasse pour attirer ces mercenaires tant convoités. À Mora par exemple, le Dijonnais Anthony Guttig a fait connaissance avec la superstar Anze Kopitar, un nouveau coéquipier vainqueur de la dernière Coupe Stanley avec les Kings de Los Angeles, venu épauler son petit-frère Gasper. Depuis, d'autres ont suivi et cette saison, l'Allsvenskan l'a débutée sur un tapis rouge.

Il faut dire que les vedettes du hockey désireuses d'évoluer en Suède pendant le "lock-out" n'ont pas eu forcément le choix puisque l'élite suédoise est longtemps restée portes closes. Contrairement à Bengtsson, Jorgen Lindgren, le président de l'Elitserien, a campé sur sa position en instaurant l'interdiction des contrats à court terme, les exilés de la NHL ayant toujours une bonne chance de retrouver les glaces d'Amérique du Nord en cours de saison. Deux craintes nourrissent principalement cette réticence partagée par Lindgren, Christer Englund (le président de la fédération suédoise), quelques présidents de club et une partie de l'opinion publique. La première raison invoquée concerne le coût financier, loin d'être anodin pour s'attacher les services d'un joueur d'un tel calibre car la valeur des assurances a explosé depuis la dernière grève en 2004. Ces dernières années, plusieurs pensionnaires du championnat se sont d'ailleurs retrouvés sur le fil du rasoir financièrement. La deuxième, cela limiterait le temps de glace des juniors et entraverait donc leur progression au sein même de leur propre organisation. Déjà en 2004, cette remarque fut évoquée. Mais l'Elitserien a débuté le 13 septembre dernier dans un cadre dont les limites se sont finalement fissurées.

21 septembre, 14h00 : un nouveau coup de théâtre secoue le pays une semaine après la reprise. La Konkurrensverket (KKV), que l'on peut traduire par autorité de la concurrence, est chargée de lutter contre toute forme de monopole et les abus de position dominante de tout acteur, qu'il soit privé ou public. S'emparant du dossier, la KKV a alors remis en cause la décision de Lindgren et de la ligue, avisant même d'une éventuelle sanction de 20 millions de couronnes suédoises (2 millions d'euros) et donnant alors son feu vert pour le recrutement des joueurs NHL. Ses motifs ? Les équipes sont libres de choisir leurs investissements puisqu'elles sont assimilées à des entreprises. Par conséquent, interdire n'importe quelle mise sous contrat serait interférer dans la libre concurrence puisque ces dépenses sont indépendantes de l’autorité de la ligue.

Comme le non, le oui forcé par la KKV a évidemment partagé, à commencer par les clubs qui se sont réunis le soir même de ce rebondissement. Une guerre des mots a suivi, par des déclarations chocs, parfois accusatrices, plongeant le hockey suédois dans une atmosphère pesante. Dans cette histoire, il y a ceux qui sont longtemps restés discrets sur la question (AIK), ceux qui font bloc derrière la ligue (Färjestad, Rögle, Skellefteå, Växjö), ceux qui disent privilégier leur propre structure tout en s'interrogeant sur la question (Timrå, Luleå, Brynäs, HV71, Linköping) et deux qui n'ont pas tardé à se ruer sur leur téléphone, sans se soucier des autres. Henrik Lundqvist de New York, Erik Karlsson d'Ottawa et Loui Eriksson de Dallas ont vite été annoncés à Frölunda, Alexander Steen de Saint Louis et Tobias Enström de Winnipeg au MODO. Les indécis ont quant à eux très vite alimenté la rubrique des rumeurs à leur tour. Pourtant, durant le mois de septembre, seul Alex Steen a évolué en match officiel.

Pourquoi ? Parce que la ligue avait la ferme intention de faire appel de la décision de la Konkurrensverket, chose faite en début de semaine avec un document de 15 pages, et que ce statut donc temporaire semble effrayer. Pour preuve, Lundqvist a préféré rester pour le moment à Big Apple et Karlsson a choisi l'option finlandaise du Jokerit. Le MODO a même renoncé à faire jouer Enström, pourtant présent aux entraînements ! Matt Duchene devrait toutefois poser ses valises à Göteborg, Frölunda se justifiant par l'absence prolongée (environ deux mois) du Norvégien Mathis Olimb. Le verdict définitif de cette affaire n'étant pas encore tombé, la folie des rumeurs s'est estompée. Et pendant ce temps-là, le jeu a continué.

Sans Pierre-Édouard Bellemare. Le Français, finaliste avec le Skellefteå AIK l'an passé, a été ménagé pour le moment en raison d'une douleur à l'abdomen qu'il traîne depuis plusieurs mois. Et c'est le grand rival du SAIK, Luleå, qui a pris le commandement en septembre avant de se faire déloger par le HV71, suivis de près par Brynäs et le MODO. L'exercice s'annonce par contre difficile pour l'AIK qui a perdu du lourd cet été, à commencer par le gardien Viktor Fasth, difficilement remplaçable. La reprise a d'ailleurs été catastrophique pour son successeur devant les filets : Daniel Larsson. Le club de Solna, demi-finaliste ces deux dernières années, en est à sept revers consécutifs. Rappelons que, outre Fasth, ont quitté le club Roger Melin (meilleur entraîneur 2011), Richard Gynge (meilleur buteur 2012) et Robert Rosén (meilleur marqueur 2012).

L'attaquant de Linköping Carl Söderberg n'a lui pas loupé cette rentrée. Ratant une bonne partie de la saison dernière, il s'est déjà installée en tête des meilleurs marqueurs de l'Elitserien et a comptabilisé 10 buts en 8 matches pour un Linköping revanchard cette année.


Classement :

1.HV71 19 pts
2.Luleå HF 17 pts
3.Brynäs IF 16 pts
4.MODO 15 pts
5.Skellefteå AIK 13 pts
6.Linköpings HC 13 pts
7.Färjestads BK 12 pts
8.Frölunda HC 12 pts
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9.Timrå IK 10 pts
10.Växjö Lakers 8 pts
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11.Rögle BK 6 pts
12.AIK 6 pts


Meilleurs marqueurs :

1.Carl Söderberg (Linköping) 12 pts
- Bud Holloway (Skellefteå)
3.Pär Arlbrandt (Linköping) 10 pts
- Joel Lundqvist (Frölunda)
5.Oscar Lindberg (Skellefteå) 9 pts

Meilleurs buteurs :

1.Carl Söderberg (Linköping) 10
2.Erik Forssell (Skellefteå) 4
- Nicklas Olausson (Luleå)
- Dave Spina (MODO)
- Jesper Fasth (HV71)

Meilleurs gardiens :

1.Gustaf Wesslau (HV71) 94,6% (7 parties)
2.Johan Holmqvist (Brynäs) 94,4% (6 parties)
3.David Rautio (Luleå) 94,4% (4 parties)