Les équipes nationales de hockey sur glace - Une étude géographique

Présentes aux Jeux Olympiques d'Hiver depuis 1920, les compétitions de hockey sur glace se structurent autour d'un championnat du monde, disputé chaque année. Cette compétition servira de référence pour proposer une grille de lecture de la répartition géographique des équipes nationales dans ce sport.

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La fédération internationale de hockey sur glace (International Ice Hockey Federation), que l'on nomme généralement IIHF, regroupe 72 pays membres en 2012. On distingue trois types d'affiliations : les membres à part entière (52), les membres associés (18) et les membres d'affiliation simple (2 : Chili et Namibie). Deux nouveaux pays ont rejoint l'organisation en janvier 2012. La Jamaïque devient ainsi le premier pays caribéen membre de l'IIHF (en tant que membre associé). Le Qatar, riche d'un programme ambitieux de développement, a également reçu une réponse positive à sa candidature pour devenir un membre à part entière. L'intégration du Qatar est donc complète, contrairement à la Jamaïque. À l'échelle mondiale, force est de constater que de nombreux Etats ne sont pas membres de la fédération internationale. L'Iran, la Colombie ou l'Indonésie par exemple. La distribution spatiale est loin d'être homogène et de nombreux espaces sont totalement dépourvus d'équipes nationales.

La pratique du hockey sur glace s'organise, à l'échelle mondiale, selon un classement annuel, sur le modèle du célèbre "classement FIFA" pour le football. La différence entre le nombre de nations participantes est considérable. Le classement FIFA comporte 208 membres en juillet 2012. Le classement IIHF ne regroupe que 47 équipes à la même période. Les perspectives de développement sont donc considérables, notamment à travers la mise en place de programmes nationaux et continentaux (Asie, Amérique du Sud). Il peut être intéressant de souligner que seuls 47 pays membres participent aux championnats du monde sur les 72 qui sont affiliés à l'IIHF. Ceci peut s'expliquer par le faible nombre de licenciés (Portugal, Andorre, Thaïlande), le manque d'infrastructures nationales (Brésil, Maroc), ou le coût élevé du transport de l'équipe nationale (Mongolie).

Les championnats du monde se composent de six niveaux qui forment des divisions mondiales :
- Élite
- Division IA
- Division IB
- Division IIA
- Division IIB
- Division III

Un système de promotion et de relégation permet de progresser ou de régresser entre les niveaux. La Division III est les pays au niveau le plus bas. Deux nouveaux pays vont rejoindre ce niveau à partir de janvier 2013 : la Géorgie et les Émirats Arabes Unis. Ces deux nations se retrouveront au printemps 2013 dans une poule avec la Mongolie et la Grèce pour un tour préliminaire de qualification avant le championnat de Division III. Les deux premiers rejoindront alors la division III. L'ajout de ce tour préliminaire préfigure sans doute la création du Division IV (ou IIIB), conséquence logique de l'accroissement du nombre d'équipes nationales.

Le cas des deux pays affiliés, que sont la Namibie et le Chili, est particulier au sein de l'IIHF. L'adhésion se fait autour de la présence d'équipes de roller hockey. Ce dérivé du hockey sur glace se joue avec une paire de rollers dotée de 4 roues alignées. Il peut être une solution pour une fédération nationale lorsqu'il y a une pénurie de patinoires. Quelques joueurs namibiens jouent à la fois avec des rollers pour l'équipe nationale namibienne (Inline Hockey), et avec des patins à Cape Town en Afrique du Sud (hockey de glace). La pratique des deux disciplines est compatible.

Analyse du niveau des équipes nationales selon les continents

Le continent européen forme avec l'Amérique du Nord, un contingent très nombreux d'équipes nationales. Si l'on excepte les États de faible superficie, quatre pays ne possèdent pas d'équipes nationales : la Moldavie, l'Albanie, la Macédoine et le Monténégro. Trois d'entre eux se situent donc dans les Balkans. Un gradient Nord-Sud est visible sur la carte à l'échelle mondiale. Les nations septentrionales (Suède, Norvège, Danemark) jouent en Élite. Au contraire, l'Italie, la Grèce ou l'Espagne jouent à des niveaux inférieurs, entre la Division IA (deuxième niveau mondial) et la Division III (6e niveau). La Grande-Bretagne et l'Irlande font office d'intrus dans le contingent des nations du Nord de l'Europe, avec respectivement un niveau de Division IA et de Division III. Il est vrai que l'Irlande ne possède que 119 joueurs licenciés, les choix d'effectifs restent donc limités. Cependant, un développement envers les binationaux vivant en Amérique du Nord pourrait être bénéfique à l'Irlande dans l'avenir. L'Islande, bien que située en Europe septentrionale, joue en Division IIA, ce qui est aussi le cas de l'Espagne. Il n'y a donc pas d'homogénéité géographique au sein de la Division IIA. À l'inverse, le niveau supérieur, la division IB, présente un profil bien plus homogène autour de la Pologne. Les frais de transports sont donc bien plus faibles en Division IB qu'en Division IIA. L'Ukraine et la Pologne connaissent une baisse du niveau de leur équipe nationale avec une stagnation dans la Division IB.

Plus généralement, on observe un accroissement de la distance géographique avec la baisse du niveau de jeu. Le coût de l'organisation du transport des équipes est maximal pour la Division III. Ceci peut expliquer le forfait de l'équipe mongole lors des championnats du monde en 2011, qui s'étaient disputés en Afrique du Sud. Cependant, un autre volet agit aussi sur la présence ou non d'une équipe nationale. Le cas particulier de la Corée du Nord en est un exemple. En 2007, l'équipe nord-coréenne avait refusé de participer aux championnats du monde. Pourtant, les coûts financiers de transports étaient très faibles. La compétition se déroulait à Séoul en Corée du Sud, et ce sont les pressions politiques du régime de Kim Jong-Il qui ont abouti au forfait des joueurs nord-coréens.

La Moldavie a présenté un club dans le championnat junior en Roumanie avec le Platina Chisinau alors qu'il n'existe pas encore d'équipe nationale. C'est le même cas de figure avec certains clubs slovènes (Olimpija Ljubljana) en ligue autrichienne, et des clubs croates en ligue slovène. Les championnats ne sont donc plus essentiellement nationaux en Europe Centrale (Autriche, Hongrie) ou de l'Est (KHL, Roumanie).

La Bulgarie possède une équipe féminine en Division IIB (le niveau féminin le plus bas), ce qui est exactement le même niveau que son équipe nationale masculine. Il y a cependant bien plus d'équipes masculines (42) que féminines (36) au niveau mondial.

La Bosnie-Herzégovine a retiré son équipe nationale malgré un nombre suffisant de licenciés après l'échec des championnats du monde 2008, organisés à domicile à Sarajevo. Le développement du hockey européen passe donc par un ciblage du sud des Balkans afin de constituer des équipes nationales solidement constituées.

En 2008, le capitaine de l'équipe grecque affirmait que son pays était le seul à être dépourvu d'une patinoire avec l'Albanie. Sans patinoire, l'IIHF refuse en principe la participation d'une équipe nationale aux championnats du monde. Cependant, depuis, la Grèce dispose d'une dérogation après avoir plaidé sa cause à la suite de l'intégration de la Mongolie. Cette dernière ne possédait qu'une patinoire en extérieur et avait été intégrée par l'IIHF. Après négociation, la requête grecque fut acceptée. Le manque d'installation peut donc être un frein au développement d'une équipe nationale.

Parmi les états de très faible superficie, le Luxembourg est le seul état à avoir aligné une équipe nationale. L'équipe luxembourgeoise est une habituée des championnats du monde depuis 1992. À l'inverse, une équipe andorrane participe au championnat de France par le biais d'une entente avec le club de Font-Romeu. Andorre avait néanmoins accueilli un tournoi international de la Division D (ancienne dénomination de la Division III actuelle) en 1992, à Canillo sans pour autant y prendre part.

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Le « Palau Del Gel » à Canillo (Andorre)
Crédit : Antoine Baronnet, août 2012.


La Slovénie ne présente officiellement que 949 licenciés de hockey sur glace. Pourtant, ce très faible nombre de joueurs, comparables à ceux de la Nouvelle-Zélande ou de l'Espagne, n'entrave pas la bonne tenue du pays lors des compétitions mondiales. Le pays jouera en Élite en 2013. Le nombre de licenciés n'implique donc pas nécessairement le niveau de jeu. Le cas inverse est celui du Japon, qui présente plus de 20 000 licenciés. Pourtant, l'équipe nationale reste en Division IA depuis plusieurs années.

Sur le continent asiatique, un découpage en 5 espaces homogènes peut être envisagé : l'Asie du Nord-Est, la péninsule arabique, l'ex-URSS, l'Asie du Sud et du Sud-Est, l'Iran et le Machrek.

D'abord, pour les pays de l'ex-URSS, la distribution s'avère très inégale. Le Kazakhstan possède une équipe nationale d'un niveau très correct, avec un va-et-vient entre l'Élite et la Division IA. C'est notamment l'un des adversaires récurrents de l'équipe de France pour le maintien en Élite ces dernières années. La majorité des joueurs kazakhs évoluent en Russie au sein de la KHL (un championnat international regroupant les meilleures équipes d'Europe de l'Est). Le championnat du Kazakhstan s'appuie sur de nombreux étrangers. Le champion du Kazakhstan en 2011, le Beïbaris d'Atyrau ne comporte qu'un seul joueur kazakh dans son effectif. En 2012, seuls 6 joueurs kazakhs sont encore présents au club (sur 24 joueurs). Étonnamment, de nombreux pays d'Asie Centrale ne possèdent même pas d'équipes nationales : le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan (où il y a toutefois deux patinoires avec des activités naissances pour les jeunes). Le Kirghizistan commence depuis 2005 à mettre en place un championnat national avec la participation d'une équipe du sud du Kazakhstan. La constitution d'une équipe nationale est l'une des priorités de la toute jeune fédération kirghize. Le cas le plus étonnant est celui de l'Ouzbékistan. L'équipe nationale n'a plus disputé de rencontres depuis 1982. La capitale ouzbèke, Tachkent, possédait une aréna moderne et un club (le Binokor) parmi les vingt meilleurs de l'Union soviétique dans les années 80. Lors de la chute de l'URSS, la patinoire fut détruite. Désormais, il ne reste même plus de club. Le potentiel de ce pays, qui dispose d'une importante diaspora russophone, est important pour le hockey en Asie. La constitution et la renaissance d'une fédération sont les premières étapes à mettre en place.

En 2011, six pays asiatiques ont participé aux championnats du monde de l'IIHF à différents niveaux : le Japon, la Corée du Sud, la Chine, la Corée du Nord, la Mongolie et Taïwan. Pour aider au développement du hockey sur glace sur le continent asiatique, l'IIHF présente depuis 2008, une compétition dédiée aux pays qui possèdent une équipe nationale mais ne participant pas aux championnats du monde : c'est l'IIHF Challenge Cup. Ainsi, les équipes asiatiques peuvent jouer des matchs internationaux. La première édition comportait 6 équipes en 2008, et était organisé à Hong Kong. L'évènement passe à 9 équipes en 2010 avant de descendre à 7 équipes en 2012. En effet, plusieurs équipes se sont absentées. La Mongolie est devenue une équipe régulière en Division III, d'où la sortie de la Challenge Cup. L'équipe d'Hong Kong a été contrariée par des problèmes administratifs, notamment pour les passeports chinois des entraîneurs nationaux. Singapour a déclaré forfait pour des raisons inconnues. Deux nouvelles équipes étaient prévues mais se sont désistées au tout dernier moment. Le Kirghizistan n'a pu venir faute du soutien de ses sponsors. La fédération venait juste d'être reconnue par l'IIHF (en 2011). Au contraire, Bahreïn n'a pu aligner une équipe, faute d'avoir reçu l'aval de la fédération internationale. Cette compétition fait donc office d'antichambre de la Division III et contribue partiellement à une hausse du niveau en Asie.

Après l'ex-URSS, la péninsule arabique est la région en plein développement. Le Qatar vient de rejoindre l'IIHF en 2012. Bahreïn est en mesure de présenter sa candidature pour adhérer en 2013, après les échecs de 2011 et de 2012. Ainsi, le pays pourrait participer à la Challenge Cup en 2013. Enfin, les Émirats Arabes Unis vont devenir le premier pays de la région à participer aux championnats du monde après un bref passage en 2010. Ils seront au tour préliminaire de la Division III en 2013. L'équipe risque donc de quitter la Challenge Cup en 2013 ou 2014. La Mongolie avait, par exemple, participé à deux éditions de la Challenge Cup en 2009 et 2010 alors qu'elle était aussi engagée en Division III. Oman vient aussi de présenter une candidature à la fédération internationale. Deux équipes locales existent déjà, et une patinoire à Mascate, ce qui facilite le développement dans le pays. L'Arabie Saoudite participe depuis 2010 à la coupe du Golfe, qui regroupe 4 nations régionales : Oman, le Koweït et les Émirats Arabes Unis. Bahreïn vient de participer à la dernière édition de 2012 grâce à l'absence de l'Arabie Saoudite. Oman semble toutefois être l'équipe la mieux armée pour pouvoir intégrer les championnats du monde dans les années à venir. L'intégration de l'Arabie Saoudite est hypothétique compte-tenu de son absence à la dernière édition de la coupe du Golfe.

L'Asie du Sud et du Sud-Est forme une marge dans le hockey mondial. L'Inde vient seulement de remporter sa première victoire internationale en 2012 contre Macao lors de la Challenge Cup. La première patinoire en Inde a été construite en 2010, à Dehradun. La situation géographique de la ville n'est pas un hasard, puisqu'elle se situe sur le piémont de l'Himalaya à proximité des frontières chinoises et népalaises, dans le quart nord-ouest de l'Inde. Le Bhoutan et le Népal, en dépit d'un climat froid et montagneux, ne possèdent pas d'équipe nationale. Le pays du BNB (Bonheur National Brut) ne possède pas de patinoire. Au Népal, la seule installation, à Tillicho, n'est praticable que 3 à 4 mois dans l'année, à la saison froide. Le Bangladesh abriterait une petite patinoire à Dacca, où quelques activités autour du hockey seraient proposées. Il n'existe cependant pas de fédération nationale. Plus à l'Est, le Vietnam n'abrite aucune patinoire, ce qui est un frein logique à la pratique du hockey. Compte-tenu du niveau de vie et de la croissance du pays, cette absence est assez surprenante. À proximité, seule la Thaïlande présente une fédération digne de ce nom. Le pays possède même trois patinoires, une centaine de licenciés et participe régulièrement à la Challenge Cup. L'équipe est en progression (3e en 2010-2011, seconde en 2012). Une intégration internationale semble donc en bonne voie. Un autre signe de la bonne santé du hockey thaïlandais est la victoire de la dernière Challenge Cup en moins de 18 ans. L'équipe nationale présentait pourtant une particularité unique au monde à ce niveau. Pour la première fois dans l'histoire des compétitions U18, la Thaïlande a présenté une gardienne dans une compétition masculine. L'entraîneur s'est justifié en disant que les jeunes hommes n'étaient pas intéressés par le poste de gardien en Thaïlande. Il a donc sélectionné une jeune gardienne de 17 ans, Wasunun Angkulpattanasuk.

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Wasunun Angkulpattanasuk

Crédit : Site du journal émirati « The National »

Bien lui en a pris, la Thaïlande a remporté la coupe assez facilement et Angkulpattanasuk fut récompensée du trophée du meilleur gardien de la compétition. Elle ne concéda que quatre buts en trois matchs (contre la Malaisie, les Émirats Arabes Unis et l'Inde). De toute manière, l'équipe thaïlandaise n'avait emmené qu'une seule gardienne pour disputer la compétition à Abu Dhabi. Après négociation avec l'IIHF et l'accord des organisateurs émiratis, elle put participer à la compétition.

Une absence de taille est visible sur la carte avec l'Indonésie. Le pays possède pourtant trois patinoires (soit autant qu'en Thaïlande) et un petit championnat existe même à Djakarta. Une équipe nationale fut envoyée en 2010 pour participer à une compétition organisée par la fédération malaise. Il ne semble pas que cette participation fut suivie par la suite. Au contraire, la Malaisie dispute régulièrement la Challenge Cup, ce qui est un bon signe de développement national. En U18, la Malaisie ne remporta qu'un seul match contre l'Inde mais démontre encore une volonté de se structurer autour d'un noyau de jeunes joueurs. C'est également la direction que prend l'Inde, en se basant sur la constitution d'équipes de jeunes, qui ensuite pourront intégrer l'équipe nationale (Challenge Cup U18). Singapour n'a plus disputé de rencontres internationales depuis 2009 (Challenge Cup) mais de très bonnes nouvelles viennent de parvenir de la part de la fédération singapourienne. La première patinoire de dimension olympique vient d'être inaugurée en avril 2012 avec 460 places assises. En se basant sur des installations d'une telle qualité, en dépit d'une population numériquement faible, le hockey singapourien risque de connaitre un développement certain dans les années à venir. La jeune fédération des Philippines vient de mettre en place son premier tournoi international (pour des clubs asiatiques) après avoir constitué son championnat national en 2008. L'un des axes de développements consiste en la création d'une équipe nationale, notamment avec la diaspora canadienne.

L'avant-dernier découpage continental regroupe les nations du Machrek, l'Iran et la Turquie. C'est un espace presque vierge dans la pratique du hockey. Les deux pays ayant le niveau de vie le plus élevé, à savoir la Turquie et Israël, sont présents en Division IIB (5e échelon mondial). Les deux pays présentent aussi des effectifs de joueurs similaires, entre 500 et 750 licenciés. En 2008, le coach de la Turquie, James MacEachern, déclarait que le pays ne possédait que 2 patinoires. Aujourd'hui, le championnat national, appelé Superligue, comporte 18 équipes masculines (sur deux niveaux) et 9 équipes féminines. La promotion et le développement passent donc par le biais de la construction de nouvelles patinoires, et l'apport des joueurs étrangers (Slovaquie, Canada). Israël a mis en place un plan de développement ambitieux autour de la jeunesse comme le présentait Jean Perron. L'investissement devrait être rentable à long terme, avec une volonté de remonter en Division IA. Aucun autre pays de cette région ne présente d'équipe. L'Iran ne possède qu'une seule patinoire à Téhéran et la pratique du hockey y est inexistante. La situation est la même en Syrie avec une patinoire à Damas. En Irak, seuls quelques matchs amicaux sont disputés par les militaires basés dans le pays (Tchèques, Canadiens, Américains). Au Liban, la dernière patinoire a fermé en 2006 à Beyrouth par manque de sponsors. Entre le Mackrek et l'Inde, le Pakistan a vu sa candidature refusée en 2011 et 2012. Peut-être 2013 sera-t-elle la bonne année ? Depuis 2005, le Pakistan tente de devenir membre de l'IIHF qui pointe du doigt la faible qualité des infrastructures. Il existe deux patinoires, à Lahore et Karachi, où la pratique locale du hockey est existante. Le pays souhaite cependant s'affirmer sur le plan international grâce à la communauté pakistanaise présente au Canada. Les diasporas jouent un rôle très important.

L'Asie du Nord-Est est incontestablement le cœur du hockey asiatique. La meilleure équipe à l'échelle mondiale est le Japon, qui stagne en Division IA (l'antichambre de l'élite). Le développement de la discipline en Asie a en point de mire les Jeux Olympiques de Pyeongchang en 2018. Le cas de Yutaka Fukufuji est intéressant. Il joua quelques matchs au poste de gardien pour le compte des Kings de Los Angeles au milieu des années 2000. C'est l'un des rares joueurs asiatiques à avoir pu évoluer au sein de la ligue nord-américaine, la NHL. Il a également joué aux Pays-Bas à Tilburg en 2009. La Corée du Nord est une nation historique du hockey, disputant des compétitions internationales depuis 1974. Les chiffres concernant le nombre de licenciés sont flous et vont de 1500 à 3000. À titre de comparaison, la Corée du Sud possède 1800 licenciés en 2011. Elle est toutefois bien meilleure dans les championnats du monde. L'équipe vient de remporter le championnat de Division IB en 2012 devant la Pologne (une nation en déclin) et est donc promue. C'est la première fois qu'une équipe sud-coréenne atteint un tel niveau. La Chine présente la particularité de développer les catégories masculines et féminines en même temps. L'équipe masculine vient de perdre quelques places entre 2005 et 2012 (de la 28e à la 38e place mondiale).La tendance se confirme chez les femmes avec une relégation en 2012. Taïwan, qui n'a pas encore d'équipe nationale en ligue mondiale, aligne tout de même une équipe U18 en Division III en 2013. Le développement du hockey sur glace à Taïwan passe donc par les équipes de jeunes. À terme, on devrait retrouver une équipe nationale en Division III. Enfin, Hong Kong participe régulièrement à la Challenge Cup, ainsi qu'aux compétitions mineures (Jeux d'hiver asiatiques, compétitions juniors).

Les marges du monde du hockey sur glace au travers de quatre régions

Entre l'Europe et l'Amérique du Nord, la pratique du hockey au Groënland est très limitée. Le climat froid est certes un avantage mais le coût de l'éclairage d'une patinoire est excessif à Nuuk (14 000 habitants). La pratique n'est pas organisée, seulement en tant que loisirs. Les très rares compétitions qui s'y déroulent sont un mélange d'équipes groenlandaises et d'équipes militaires (bases canadiennes et américaines).

En Afrique, la pratique est quasiment inexistante. Seule l'Afrique du Sud participe aux championnats du monde. Les pays du Maghreb, sont en développement, avec l'Algérie. Cette dernière joue quelques matchs amicaux depuis 2010, avec des joueurs issus du championnat de France et du Royaume-Uni. L'Angola, l'île Maurice, la Namibie, le Mozambique se limitent au hockey en salle. Il existe très peu de patinoires en Afrique, et elles sont souvent sur glace synthétique (Nigeria et Ouganda). Elles se trouvent parfois dans l'enceinte même d'hôtels de luxe (Kenya) à l'instar de la première d'entre elles, celle de Côte d'Ivoire, qui a fermé en 1999. De nombreux pays comme le Sénégal ne possèdent aucune installation, la pratique est donc inexistante. L'Égypte comporte 2 patinoires, l'une à Charm El-Sheikh sur les berges de la Mer Rouge et une autre au Caire. Cependant, la pratique n'est que locale. L'hôtel Panari au Kenya a conclu des partenariats avec des écoles kenyanes pour la promotion du hockey sur glace. Si la fréquentation de la patinoire est à la hauteur, il est possible de prévoir la création d'une fédération kenyane. Un reportage de VOA news présente les conditions d'entraînement des Kenyans au sein de l'hôtel Panari : "Ice Hockey gains popularity in Kenya". D'après le journaliste, la patinoire kenyane est la seule en Afrique de l'Est.

En Océanie, l'Australie et la Nouvelle-Zélande sont les deux seules fédérations existantes. Les deux pays stagnent en Division IIA et IIB. Chacun des deux championnats nationaux comportent respectivement 8 et 9 équipes. En Australie, l'AIHH est un championnat par provinces. Pour les compétitions internationales, l'Australie s'appuie sur les binationaux dispersés en Europe (Croatie, Autriche) ou en Amérique du Nord (États-Unis et Canada). Les espoirs de développements de l'équipe nationale passent notamment par la progression d'un jeune de 18 ans, Nathan Walker. Le parcours de ce jeune joueur est étonnant. Il est né au Pays de Galles avant de grandir en Australie. Il débute le hockey dans le championnat AIHH, avant de partir rejoindre l'équipe U18 de Vitkovice en République Tchèque. Il est le premier australien à devenir professionnel en Europe. En 2011, il débute en équipe nationale et est nommé "Meilleur joueur d'Australie" sur l'ensemble du championnat du monde Division IIA (4e niveau) à l'âge de 17 ans. Il est prêté à une formation de seconde division tchèque en 2012. Inscrit à la session du draft annuel de la prestigieuse NHL, il n'est pas devenu le premier australien à être drafté en 2012. Walker a de très grandes chances de le devenir en 2013 après avoir échoué de peu cette année. Le jeune prodige va notamment rejoindre pour quelques semaines le camp de développement des jeunes des Washington Capitals (NHL). En Nouvelle-Zélande, les promesses passent par Paris Heyd, premier joueur néo-zélandais à devenir professionnel en Europe lorsqu'il a signé à Cergy-Pontoise en France.

L'influence nord-américaine a contribué à la promotion du hockey au Mexique. Le pays participe régulièrement aux compétitions internationales. En Amérique Centrale, seul le Costa Rica possède une patinoire où la pratique du hockey n'est pas présente. L'Amérique du Sud reste un continent presque vierge. Le Brésil fait face à des problèmes logistiques (coût du transport), et le championnat national est en sommeil. L'Argentine vient de débuter ses premiers matchs amicaux internationaux contre le Mexique. L'ACEMHH (la fédération argentine) a un plan de développement ambitieux avec l'adhésion pleine à l'IIHF, et la participation de son équipe nationale aux championnats du monde. Ces objectifs sur le long terme ne pourront se faire qu'après la construction d'une patinoire aux normes internationales. L'Équateur, le Pérou, la Colombie, le Venezuela, le Chili, l'Uruguay possèdent des installations qui pourraient accueillir des matchs locaux de hockey. Cependant, la pratique est inexistante pour l'instant. Les seuls états à ne pas avoir de patinoires sont le Paraguay, le Guyana, le Surinam. La Bolivie présentait quelques équipes dans les années 70 qui ont aujourd'hui disparu.

Enfin, la Jamaïque est le premier pays caribéen à rejoindre l'IIHF. Ce sont des Américains d'origine jamaïcaine qui ont souhaité introduire ce sport sur l'île. Le pays n'a pas de patinoire aux normes pour permettre la pratique locale. Les joueurs sont tous des binationaux (juniors nord-américains, universitaires). Porto Rico tente aussi depuis 2 ans de monter une équipe U18 à partir d'expatriés aux États-Unis.

Le panorama du hockey sur glace à l'échelle mondiale laisse donc une forte dissociation de la pratique entre l'hémisphère nord et l'hémisphère sud. Les récentes politiques de développements et les avancées en Asie sont autant de signes encourageants de développements. Les partenariats entre les grandes nations mondiales (Finlande, Canada, États-Unis, Suède) sont bénéfiques dans de nombreux pays pour y créer les premières équipes et y permettre la pratique.

Les naturalisations sont un aspect qui revêt une importance non-négligeable. Pour qu'un joueur puisse jouer avec une équipe nationale, il faut que celui-ci ait joué au moins deux saisons dans le championnat local. Ceci explique en partie les réticences de certains universitaires à évoluer sous le maillot d'une équipe nationale lorsqu'ils sont binationaux. Les diasporas au Canada (Israël, Australie, France, Chine, Corée du Sud) et aux États-Unis (Corée du Sud, Jamaïque, Irlande) sont importantes. C'est aussi le cas de l'Algérie avec des joueurs français et anglais. L'Irlande incorpore des Américains et des Canadiens d'origine irlandaise comme Adam Jackson-Wyatt. L'Arménie a été suspendue deux fois des championnats du monde à cause de joueurs inéligibles. L'équipe nationale présentait en effet des joueurs américains et russes dont la présence dans le championnat arménien était factice. En France, de nombreux joueurs sont titulaires d'un passeport franco-canadien comme Julien Desrosiers. La majorité de ces joueurs binationaux viennent du Québec. Le Portugal qui n'a pas encore de véritable équipe nationale se base en partie sur des expatriés à Toronto (Canada). Les Pays-Bas ont longtemps compté de nombreux joueurs naturalisés dans leur effectif. En 2012, ils n'en possédaient plus qu'un seul lors des championnats du monde. Même le Koweit s'est renforcé avec des joueurs tchèques pour la Coupe du Golfe 2012 comme Martin Petovsky ou Jacub Petr. La Biélorussie, sous l'égide de Loukachenko, a donné des passeports biélorusses à 3 canadiens : Charles Linglet, Geoff Platt et Kevin Lalande. Ces 3 joueurs évoluaient au Dinamo Minsk et la naturalisation n'a pris que quelques semaines. Ceci, afin de renforcer l'équipe nationale selon les dires de Loukachenko.

 

La géographie du hockey sur glace est un processus complexe qui tient compte de 4 paramètres majeurs. D'abord, le climat joue un rôle certain dans la pratique de ce sport. Cependant, la situation du hockey en Islande n'est pas forcément meilleure que celle des Émirats Arabes Unis ou de l'Australie. C'est un atout mais non une règle. L'Ouzbékistan et l'Iran sont toujours absents pour le hockey mondial. Ensuite, le niveau de vie joue un grand rôle. Un pays développé se porte mieux qu'un pays pauvre, compte tenu du coût. Les patinoires coûtent cher à entretenir et l'équipement n'est pas bon marché. D'où la fermeture de certaines patinoires en Argentine en 2011 lors de la crise ou de celle de Beyrouth quelques années auparavant. L'influence de la diaspora permet à des pays où les championnats locaux sont faibles de se renforcer. L'Australie, l'Arménie et même la France en sont des exemples. Enfin, les volontés politiques doivent aussi suivre le bon fonctionnement de la fédération nationale. La Bosnie-Herzégovine, la Grèce, le Kirghizistan sont des pays où le hockey se pratique souvent en dehors des règles fédérales. La corruption, les luttes d'influences ou les conflits internes sont autant de freins au développement.

Des conflits de nature géopolitique sont survenus ces dernières années entre différentes équipes nationales de hockey. La Corée du Nord a déclaré forfait pour les championnats du monde de 2007 organisés en Corée du Sud. Les Émirats Arabes Unis ont également déclaré forfait lorsqu'ils ont appris qu'ils devaient jouer contre Israël en 2011. Dans les deux cas, ce sont les fédérations qui ont décidé de retirer leurs équipes. En 2011, l'équipe hongkongaise a été contrainte de déclarer forfait pour les Jeux d'hiver Asiatiques. La raison officielle selon la fédération chinoise est la baisse du niveau de l'équipe nationale hongkongaise. On peut légitimement douter de cette réponse. Le hockey a donc pris une dimension politique, qui prend le pas sur le caractère sportif.

Antoine Baronnet - http://www.penserlespace.com