Épinal - Grenoble (Ligue Magnus, 6e journée)

Show devant !

action épinal grenobleIl y a encore foule, ce soir à Poissompré, pour la venue de ce grand nom du hockey français. Rien de moins que le leader invaincu du championnat, qui surfe sur la vague du succès après ses play-offs réussis.

Les Brûleurs avaient pourtant eu chaud (et même très chaud) face aux hommes de Santino Pellegrino, qui avaient fait durer le suspense jusqu'aux tirs aux buts. C'était à Pôle Sud, en mars dernier...

L'eau a coulé sous les ponts depuis, mais personne ici n'a oublié le cruel dénouement de cette "belle" jouée à la loterie des penalties. Et surtout pas les "survivants" du précédent contingent spinalien, pour qui ce match de championnat prend forcément des allures de revanche.

Entre découverte et retrouvailles

Mais pour d'autres, cette rencontre est avant tout placée sous le signe des retrouvailles. On pense à Élie Raibon et Rémi Colotti, deux expatriés grenoblois se dressant, pour la toute première fois, sur la route de leurs anciens coéquipiers.

Un moment particulier pour ces deux Dauphinois devenus Dauphins cet été... et notamment pour le premier nommé, qui retrouve son jumeau Sébastien ! Un gardien enchaînant les performances de choix après avoir bousculé la hiérarchie établie l'an passé (en poussant Quemener vers la sortie). Un exemple à suivre pour Antoine Bonvalot, l'enfant du pays, de retour chez lui comme back-up d'un Sébastien Raibon détenant le meilleur pourcentage d'arrêts (94,7 %) et l'une des plus faibles moyennes de buts alloués (1,66) en Ligue Magnus !

Pouvant compter sur ce qu'il se fait actuellement de mieux devant les filets français, Grenoble encaisse donc peu (9)... et marque beaucoup (21), même si la palme de l'efficacité revient au nouveau duo McGrane-Vaskivuo ! Pour autant, tout ne repose pas entièrement sur les épaules des deux Nord-Américains, menaces toutes trouvées pour Aleksis Ahlqvist, le joker des Dauphins au poste de gardien.

Ne voulant prendre aucun risque avec Gabriel Girard, commotionné samedi dernier à Strasbourg, l'état-major spinalien a en effet misé sur cet "intérimaire" chevronné passé par quelques-uns des plus grands clubs finlandais et doté d'un vécu non négligeable en SM-liiga. Un parcours qui l'aura mené de Jyväskylä (d'où il est originaire) au TPS Turku en passant par l'IFK Helsinki, Hämeenlinna et le KalPa Kuopio. Rien que ça !

Âgé de 26 ans, ce grand (1,87m pour 87 kg) cerbère très coté dans sa jeunesse (qui a tout gagné avec les juniors du JYP) a également traîné bottes et mitaines en Elitserien (jouant par deux fois les pigistes à Timrå). Et après avoir débuté cette nouvelle saison au pays (à Iisalmi, en troisième division), Ahlqvist s'apprête à relever un nouveau défi : remplacer Girard, aussi longtemps que durera son rétablissement.

Une tâche petrak 2difficile, mais pas insurmontable pour le Finlandais, auteur de débuts très encourageants et de nombreuses interventions décisives durant ce premier tiers haut en couleur pour les Dauphins, exceptionnellement parés de blanc (les maillots extérieurs faisant la part belle au sponsor partenaire de la soirée). Des Spinaliens très vite pénalisés (Leroy, 00'41") mais travaillant suffisamment pour ne pas laisser d'opportunités au jeu de puissance adverse.

Incapables de s'installer, les Brûleurs de Loups se font même contrer. Et piéger, sur une remontée de palet parfaitement orchestrée par Ján Plch, qui pénètre en zone offensive et décale Michal Petrák, d'une astucieuse remise "à l'aveugle". La défense n'y voit que du feu et le Tchèque, sur son revers, peut s'en aller glisser la rondelle entre le poteau et la jambière gauche de Raibon. Lequel s'attendait à voir Petrák repiquer au centre, ce qui explique l'ouverture à sa gauche (1-0 à 01'29").

Cela ne pouvait pas mieux commencer pour l'ICE, qui jette toutes ses forces dans la bataille pour tenir la cadence, effrenée, d'une entame très rythmée. Et surtout riche en occasions, des deux côtés.

De quoi faire briller les deux portiers, et tout particulièrement Raibon, qui brandit sa mitaine sur l'essai d'un Casavant excentré (03'40") et refroidit Bouchard en échappée. Le flamboyant canadien, parfaitement servi par Gauthier, se jouant de Crossman (petit pont !) pour tirer en hauteur (05'46"). Le rebond brûlant concédé par Raibon n'étant pas exploité...

Joker de luxe et buteur de choc 

Aleksis Ahlqvist n'est pas en reste et doit lui-aussi s'employer, se montrant très solide et rassurant la plupart du  temps. Sauf peut-être devant Christophe Tartari, qui se présentait seul à lui. Le Finlandais, qui avait lâché un gros rebond sur le premier tir du Grenoblois, devant ensuite s'y reprendre à deux fois (9e).

Vigilant au possible, ce gardien finlandais au patronyme suédois remet ça en fermant bien son angle gauche, rendu vulnérable par le retour d'un lancer non cadré convoité par Mathieu Le Blond, en embuscade (09'11"). L'égalisation n'était pas loin, tout comme sur ce deux-contre-un mené par Joris Bedin, mais gâché par Nicolas Arrossamena, qui rate totalement son one-timer à bout portant (11e)...

Véritable attraction à l'arrière, le portier finlandais est aussi décisif, en ce début de partie, que Danick Bouchard, la traction avant des Dauphins. Explosif à souhait, l'ancien Villardien est un joueur d'espaces, de ruptures, qui n'a pas son pareil pour accélérer le jeu et se projeter rapidement vers l'avant. Grâce, notamment, à une rampe de lancement nommée Sébastien Gauthier.

Avec son sens du jeu aiguisé, ce passeur-né gâte ses ailiers. Et surtout Danick Bouchard, qui se retrouve lancé dans le dos de la défense et tente de repiquer vers le gardien. Tente, seulement, car le Québécois est coupé dans son élan. Déséquilibré par le retour illicite de Francis Desrosiers, logiquement sanctionné d'un tir de pénalité. Une sentence exécutée par ce diable de Bouchard, qui lève son palet du revers, côté plaque. Dans un premier temps, Sébastien Raibon fait l'arrêt... mais le puck, insuffisamment bloqué, finit par retomber au fond de ses filets (2-0 à 12'08") !

La partie s'emballe, les occasions s'enchaînent... et se ramassent à la pelle ! Mike Vaskivuo s'échappe côté gauche et choisit de centrer, vers Ed McGrane, plutôt que de tirer. Une bien mauvaise idée : Gašpr Sušanj en couverture, se chargeant d'écarter le danger (16e). Steven Cacciotti, dans la foulée, voit le cadre se dérober (16e). Contrairement à Kevin Dusseau dont le slap, aussi lointain qu'excentré, se voit subtilement dévié par Mike Vaskivuo (2-1 à 18'27"). Ahlqvist semblait masqué au départ de ce lancer, qui concrétise l'un des rares temps forts isérois de cette première période.

Le choc de cette sixième journée tient toutes ses promesses et le spectacle est incontestablement au rendez-vous. Et dans la continuité d'un premier tiers haletant, l'acte médian reprend sur des bases très élevées. Les deux portiers, constamment sollicités, ne manquent pas d'occupation et font le métier, à leur façon. Le style nerveux de Sébastien Raibon tranche avec l'apparente sérénité et la maîtrise d'Ahlqvist, bien sur ses appuis et solide dans ses placements. Et surtout avare de rebonds, le plus souvent (les orientant magnifiquement au besoin). Au grand dam de ces Brûleurs de Loups revenus très mordants des vestiaires...

Ahlqvist tient donc la baraque au plus fort de l'adversité. Mais même dominés, les Vosgiens sont loin d'être inoffensifs avec de fameuses individualités à constamment surveiller (Bouchard et Plch,  pour ne pas les citer). Tout aurait pourtant pu basculer sur une "boulette" de Gašpr Sušanj, coupable d'une relance ratée dont Mathieu Le Blond ne sauelie raibon1ra profiter. Choisissant de tirer en force... au risque de ne pas cadrer (25'28") !

Ed McGrane, réputé pour la précision de son lancer, a lui réglé la mire. Trop bien servi par Francis Desrosiers, en fond de zone, pour ne pas marquer (en étant aussi bien placé), il tire sur réception, à bout portant, dans le haut du filet. Un but construit par Mike Vaskivuo, qui a travaillé très fort derrière la cage pour conserver le palet... et entaché d'une cage déplacée ! C'était particulièrement flagrant. Et pourtant, le référé n'a pas bronché (2-2 à 26'35"). Grosse bronca à Poissompré...

Mais le meilleur est à venir pour les supporters spinaliens, rassurés de voir Ahlqvist, impérial, enchaîner les arrêts sans sourciller. Un public tout aussi ravi de voir ses protégés bénéficier d'une supériorité, à la faveur d'une crosse haute de Francis Desrosiers (29'50").

Au rebond d'un lancer de Stéphane Gervais mal repoussé par Sébastien Raibon, Ján Plch lève les bras, croyant avoir marqué. Une joie de courte durée, l'arbitre ayant sifflé trop prématurément, croyant le puck "gelé" (30'54")...

On a cru au but dans les travées (bondées) de Poissompré, mais cette déception est bien vite ravalée. La rondelle revenant en zone offensive sous la forme d'un deux-contre-un mené par Danick Bouchard, qui choisit d'ignorer l'option Steven Cacciotti (sur sa gauche) pour fixer Sylvain Dufresne... et ajuster le petit filet, d'un tir passant sous la mitaine de Sébastien Raibon (3-2 à 31'13") !

Parmi les assistants, on retrouve Sébastien Gauthier (comme bien souvent) et, plus étonnant, Aleksis Ahlqvist, qui avait auparavant transmis la rondelle au centre canadien ! 

Première apparition en Ligue Magnus... et premier point "français", donc, pour le nouveau portier finlandais, proprement infaillible et de plus en plus impressionnant au fil des minutes. En pleine confiance, il s'érige en muraille infranchissable, comme sur cette ouverture d'Ed McGrane vers un Francis Desrosiers voyant son essai bien bloqué par qui vous savez (33'32"). Un arrêt parmi tant d'autres dans cette fin de deuxième tiers aux allures de bras de fer entre deux formations du haut de tableau toujours pas décidées à lever le pied...

Sacrée soirée !

Ce match atteignant des sommets en terme d'engagement, de suspens et d'intensité, tous les ingrédients sont réunis pour vivre une mémorable soirée de hockey. Mais quand aurait-il été sans un Aleksis Ahlqvist aussi inspiré, qui n'est pas de trop pour contenir les incessantes vélléités offensives grenobloises ? Force est de constater que l'intéressé n'a pas seulement réussi ses grands débuts à Poissompré. Il a ce soir totalement fait oublier Gabriel Girard, qu'il est censé "seulement" remplacer. Mais ce provisoire peut-il durer si le Finlandais maintient un niveau de performance aussi élevé ? La question mérite d'être posée...

Mais s'il en est un qui ne s'en pose pas, des questions, c'est bien lui. Élie Raibon, surmotivé à l'idée d'affronter ses anciens coéquipiers. Et tout particulièrement son frangin. Un duel fratricide qui tourne à l'avantage du Spinalien, à l'origine du quatrième but vosgien en forecheckant derrière la cage, récupérant le palet... pour mieux le céder à Yannick Offret. L'ex-Amiénois manœuvre dans le dos de Sébatardifstien Raibon et repique au premier poteau, pour marquer dans un angle gauche très fermé (4-2 à 42'03"). Les Brûleurs de Loups ont beau protester, l'abattage du troisième trio se voit récompensé !

Mécontent de la tournure des événements, Raibon sort de ses gonds mais se ressaisit sans tarder, retrouvant tout son aplomb devant Bouchard (43e), encore une fois lancé plein axe (mais cette fois par Cacciotti).

Mais si l'affaire spinalienne paraît bien engagée, Grenoble n'a pas encore dit son dernier mot. Les BDL, nullement résignés, poussent de plus belle. Et tentent, encore et toujours, sans parvenir à leurs fins. Mais à force d'insister, ils finissent par venir à bout du Finlandais. Non sans mal, mais avec un brin de réussite sur ce tir de Julien Baylacq. Un lancer excentré peu appuyé et sûrement dévié par Mathieu Le Blond (4-3 à 54'19"). Voilà ce match relancé !

Voilà qui promet une fin de partie crispante, surtout que Mike Vaskivuo rate d'un cheveu l'égalisation (55'22"). Tandis qu'Ed McGrane voit sa tentative filer bien au chaud, dans la mitaine d'un Aleksis Ahlqvist faisant toujours aussi bonne garde.

Reste que cette attaque/défense  ne souriera pas aux assaillants. Non pas qu'ils aient démérités, bien au contraire. Seulement qu'Épinal a sorti le grand jeu et régalé, comme jamais, le public de Poissompré. Bien aidé il est vrai par l'excellente tenue d'Aleksis Ahlqvist, pilier d'une victoire amplifiée par un dernier but inscrit dans une cage désertée.

Sébastien Gauthier aurait largement pu le marquer, celui-là. Mais l'ex-Brestois, très altruiste (et surtout beaucoup trop maladroit dans la finition comme en témoigne ses nombreux tirs non cadrés), a préféré l'offrir à ses ailiers. Sa passe était certes un peu trop appuyée pour Steven Cacciotti. Mais pas pour Danick Bouchard (en position de hors-jeu), qui s'offre un triplé (5-3 à 58'59").

Une grande clameur envahit Poissompré. Une enceinte ivre de bonheur, où il ne fait décidément pas bon se déplacer en temps que leader. Les hommes de Jean-François Dufour, battus pour la première fois en championnat, l'ont encore expérimenté...

Petit chef d'œuvre collectif, ce succès acquis de haute lutte confirme les bonnes dispositions d'un ensemble spinalien très séduisant, qui paraît plus compétitif que jamais avec son tout nouveau gardien. Une sacrée trouvaille confirmant bel et bien qu'Épinal, cette année, se donne les moyens de ses ambitions.

Cette équipe a une âme et l'état d'esprit "guerrier" insufflé par les nouveaux arrivants (les Bouchard, Ouimet et autres Sušanj) confirment toute la pertinence d'un recrutement réussi au-dela de toute espérance.

Et si les hommes de Pellegrino poursuivent sur cette lancée, ils devraient franchir l'obstacle mulhousien mardi en Coupe de France. Surtout qu'un déploiement de supporters spinaliens, alléché par l'actuel niveau de leurs protégés, est attendu dans le Haut-Rhin...

Réactions d'après-match (dans Vosges-Matin

Maxime Ouimet (défenseur d'Épinal) : " On ne peut pas demander mieux. C'est merveilleux d'avoir battu la meilleure équipe de la Ligue en ce moment. C'est un effort d'équipe et tout le monde a mis la main à la pâte. Aleksis (Ahlqvist) nous a aussi permis de rester dans le match".



Épinal - Grenoble 5-3 (2-1, 1-1, 2-1)
Samedi 20 octobre à 18h00 à la patinoire de Poissompré. 1 500 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté de Pierre Dehaen et Anne-Sophie Boniface.
Pénalités : Épinal 20' (2', 2', 16') ; Grenoble 8' (2', 2', 4').
Tirs : Épinal 38 (12, 14, 12) ; Grenoble 37 (11, 12, 14).     

Évolution du score :
1-0 à 01'29" : Petrák assisté de Plch et Sušanj (inf. num.)
2-0 à 12'08" : Bouchard (tir de pénalité)
2-1 à 18'27" : Vaskivuo assisté de Dusseau et McGrane
2-2 à 26'35" : McGrane assisté de Desrosiers et Vaskivuo
3-2 à 31'13" : Bouchard assisté de Gauthier et Ahlqvist
4-2 à 42'03" : Offret assisté de Raibon et Hagelberg
4-3 à 54'19" : Baylacq assisté de F. Ouimet et Dusseau
5-3 à 58'59" : Bouchard assisté de Gauthier (cage vide)

Épinal

Gardien : Aleksis Ahlqvist.

Défenseurs : Gašpr Sušanj - Stéphane Gervais ; Maxime Ouimet - Fabien Leroy (C) ; Peter Slovák - Jan Hagelberg ; Rémi Colotti.

Attaquants : Benjamin Casavant - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Steven Cacciotti - Sébastien Gauthier - Danick Bouchard (A) ; Yannick Offret - Yoann Chauvière - Élie Raibon.

Remplaçants : Nicolas Ravel (G), Kevin Benchabane, Maxime Martin, Romain Mauffrey, Kévin Pernot. Absents : Gabriel Girard (commotion), Anthony Rapenne (luxation de l'épaule).

Grenoble

Gardien : Sébastien Raibon (sorti de sa cage à 58'30").

Défenseurs : Nicolas Antonoff - Sylvain Dufresne ; Baptiste Amar (A) - Kévin Dusseau ; Jason Crossman (A).

Attaquants : Julien Baylacq (C) - Christophe Tartari - Mathieu Le Blond ; Luc Tardif Jr - Ed McGrane - Mike Vaskivuo ; Joris Bedin - François Ouimet - Nicolas Arrossamena ; Francis Desrosiers - Mathieu Briand - César Joffre.

Remplaçants : Antoine Bonvalot (G), Jordan Perret. Absent : Maxime Suzzarini (commotion).