Présentation de la KHL 2012/13 : division Bobrov

KOVALCHUK Ilya-110512-361Le SKA Saint-Pétersbourg poursuit deux courses parallèles : une compétition sportive face aux adversaires de la conférence ouest, pour essayer d'atteindre enfin la finale de KHL, et une compétition médiatique face au Zénith Saint-Pétersbourg. Le club de football, historiquement beaucoup plus implanté et populaire dans la ville, a recruté Hulk, le Brésilien de Porto ? Deux semaines plus tard, le SKA réplique avec un autre super-héros, Ilya Kovalchuk, le Russe le mieux payé de NHL qui devient ainsi le joueur le mieux payé de KHL.

C'est pour amplifier sa présence médiatique que Kovalchuk a été nommé capitaine sitôt arrivé. Un comble pour un hockeyeur dont la présence est temporaire, tant que dure le lock-out. Kovalchuk l'a appris en conférence de presse et en était lui-même surpris ! Son arrivée est surtout une bénédiction pour Viktor Tikhonov jr : le "petit-fils" venait de se faire critiquer par son entraîneur parce qu'il cherchait chaque été à signer en NHL et qu'il arrivait en mauvaise forme physique, et le voilà qui devient centre attitré d'une star qui n'a pas connu de meilleures conditions de préparation.

Pour les ailiers en revanche, la venue de Kovalchuk et le retour de Vladimir Tarasenko (qui complète parfaitement cette ligne avec son énergie) est une mauvaise nouvelle, car elle annonce une concurrence terrible. Tout l'été, le SKA avait pourtant essayé de désamorcer l'abondance de vedettes en refusant poliment à Maksim Sushinsky de revenir dans sa ville natale et en recrutant plutôt des joueurs complets pour une troisième ou une quatrième ligne, Anton Burdasov et Konstantin Glazachev. Après une excellente pré-saison, ils ne s'attendaient guère à se contenter de miettes. Glazachev a même été écarté de l'effectif trop-plein et se recasera... au Sibir, le club d'origine de Tarasenko !

Saint-Pétersbourg ayant toujours été richement pourvue en attaquants, la défense avait constitué la priorité de base du recrutement. On s'est débarrassé de Kirill Koltsov pour engager à coût presque égal deux joueurs, Kevin Dallman et Maksim Chudinov, qui sont aussi productifs offensivement, mais meilleurs dans les tâches purement défensives. Surtout, ces deux arrières tirent de la droite et ouvrent les solutions qu'attendait leur coach Milos Riha pour le powerplay, avant même d'obtenir Kovalchuk.

Le pauvre international tchèque Jakub Stepanek, déjà en difficulté dans sa concurrence avec Ilya Ezhov, se retrouve en tribune avec l'arrivée d'un gardien de NHL, Sergei Bobrovsky. Mais sera-t-il encore là au moment où le SKA a surtout besoin d'un gardien, en play-offs ? Tout dépendra des négociations entre Gary Bettman et Donald Fehr, de l'autre côté de l'Atlantique...

 

OVECHKIN Alexander-110513-389La démission du Ministre de l'Intérieur Rachid Nurgaliev a failli coûter cher au Dynamo Moscou, car ce sont ses réseaux qui amenaient la plupart des sponsors au club historique de la police. Le champion de KHL risquait donc de ne plus pouvoir assumer son budget. Et cela alors que la réussite sportive aiguise l'appétit financier des joueurs. Le directeur sportif Andrei Safronov avait connu la même situation du temps du HK MVD en 2010, quand il avait dénoncé l'appât du gain de son capitaine Aleksei Tsvetkov qui avait monnayé son talent ailleurs. Deux ans plus tard, il a réembauché Tsvetkov, comme quoi aucun conflit n'est définitif.

Tant mieux, au vu du feuilleton de l'été Mikhaïl Anisin. L'attaquant de poche, avant d'éclater lors des play-offs, avait une rémunération "modeste" de 150 000 dollars par an. Un "simple" quadruplement de son salaire ne lui convenait pas. Il voulait au moins un million. Il a mal pris la rebuffade qu'il a subie de "l'allergique aux millionnaires" Safronov, qui a minimisé la valeur du joueur dans ses arguments de négociation. Et quand on fait 165 cm, on n'aime pas être minimisé... Anisin ne s'est donc pas présenté à la reprise de l'entraînement, et si son club le bloquait, il menaçait de partir en NHL. Sauf que son gabarit ne le destine guère à une grande carrière en Amérique du nord.

La situation a été réglée par l'intervention d'Arkady Rosenberg, qui est à la fois un des oligarques qui montent en Russie grâce aux contrats publics et un ancien partenaire de judo de Vladimir Poutine (une coïncidence). Dès son arrivée, l'entrepreneur de Saint-Pétersbourg a conclu un accord avec Anisin. Mais il a aussitôt précisé que son soutien financier n'était pas illimité, et qu'il valait mieux investir dans les jeunes que de verser trois millions de dollars à un Ovechkin. Oulà !

Il est vrai que le Dynamo tient à sa politique de modération face à l'escalade salariale. Ses recrues sont parmi les moins prestigieuses de la KHL : Konstantin Kasyanchuk revient du championnat ukrainien et Richard Gynge n'est même pas international en Suède.

Néanmoins, était-il sérieusement envisageable de renoncer à Aleksandr Ovechkin ? L'idée d'imaginer l'enfant du club sous le maillot rival du CSKA donnait des cauchemars aux supporters. C'est une décision de la KHL qui a mis fin au débat : elle a en effet imposé que les pigistes du lock-out soient plafonnés à 65% de leur salaire en NHL (qui est de 9 millions de dollars dans le cas d'Ovechkin). À partir du moment où la règle est la même pour tous, le Dynamo était prêt à payer. À salaire fixé, la question ne se posait plus : Ovechkin reviendrait bien sûr au Dynamo, remplaçant ainsi Komarov sur la première ligne avec Konstantin Gorovikov et Anisin.

L'équipe moscovite très homogène recevait ainsi la star du cru en bonus. Une star beaucoup plus facile à intégrer que le petit Anisin, car le vestiaire n'a pas pardonné à celui-ci sa bouderie au camp d'entraînement et son comportement. Ovechkin a même oeuvré pour faire venir un cadeau bonus : le centre suédois Nicklas Bäckström, son coéquipier à Washington.

 

VORACEK Jakub-100509-168Le Lev Poprad de la saison passée était un projet tchèque qui s'était exilé en Slovaquie pour obtenir l'autorisation de jouer en KHL. Le nouveau Lev Prague n'a rien à voir avec lui, hormis son nom (qui signifie "lion"). Il ne s'agit pas de la même entité juridique, ni de la même équipe sportive. Elle n'a conservé que trois joueurs, le défenseur Jiri Hunkes et les attaquants internationaux slovaques Lubos Bartecko et Juraj Mikus.

Carte blanche a été donnée à Normunds Sejejs : il a longtemps joué en Extraliga, il parle donc tchèque, et il connaît bien la KHL en tant qu'ancien manager de Riga. Mais surtout, il dispose d'un budget deux fois plus gros que ce qu'il avait connu en Lettonie : 20 millions d'euros ! Il ne lui était donc pas difficile de ramener au pays les hockeyeurs tchèques : tant qu'à jouer en KHL, ceux-ci préfèrent le faire chez eux plutôt qu'au Neftogazovik de Pétaouchnok ! On comprend aisément que le défenseur international Ondrej Nemec n'a pas eu de mal à quitter les grises cheminées de Cherepovets pour les façades colorées de Prague. Et même Jakub Klepis, auteur du but du titre pour le Dynamo Moscou, a dit adieu à la mégalopole embouteillée pour une capitale aussi vivante mais plus vivable... C'est ainsi que s'est assemblée une belle colonne vertébrale, autour des centres Jiri Novotny et Petr Vrana. L'attaquant canadien venu de NHL Erik Christensen se charge alors de la finition.

Il fut également possible de garder quelques millions en réserve pour le lock-out : les attaquants Jiri Hudler et Jakub Voracek ont ainsi été parmi les tout premiers à débarquer en Europe dès l'annonce de l'interruption de la NHL, avant de se blesser (Hudler a été remplacé par Roman Cervenka). Et après le refus de Kris Letang pour raisons personnelles, on a "vu grand" pour la place de renfort défensif : Zdeno Chara !

Il y a suffisamment de grands noms pour attirer les spectrateurs. Mais comme la patinoire de Prague fait rarement le plein, le Lev a pris le parti d'une politique commerciale agressive : pour 200 euros à l'année, l'abonné bénéficie d'un bon siège, d'un maillot floqué à son nom et d'une entrée prévilégiée. Les billets à l'unité coûtent de 4 à 10 euros, et des places gratuites sont distribuées aux étudiants. Le Lev s'est ainsi assuré de remplir correctement la O2 Arena (uniquement utilisée pour les grandes affiches contre le SKA, le Dynamo, le CSKA et le Slovan, à cause du loyer prohibitif) ou la vieille Tipsport Arena (le reste du temps). Les recettes aux guichets représentent à l'évidence une part mineure du budget : comme toute la KHL, qui le soutient comme cible majeure dans sa stratégie d'expansion, le Lev est financé à perte.

 

DAUGAVINS Kaspars-20100508-284Puisque Normunds Sejejs est parti à Prague, son poste a été confié à Juris Opulskis au Dinamo Riga. Et pour Opulskis aussi, il s'agit d'un changement complet d'environnement professionnel. Il travaillait dans un championnat letton peuplé de gamins et de vétérans, et le voilà à gérer une masse salariale de plus de six millions d'euros.

Un tel montant est cependant peu élevé au regard des critères de la KHL et n'autorise nullement à en accorder un tiers au seul Sandis Ozolins qui voulait un dernier gros contrat. Il fallait donc rechercher un nouveau défenseur offensif, et ce sera un Québécois, Mathieu Carle, qui devra prendre un rôle important sur le powerplay où les arrières lettons manquent souvent de puissance de feu.

La filière nord-américaine est la solution choisie pour le Dinamo Riga pour compenser la perte de ses cadres lettons. Sprukts parti, deux centres offensifs ont été engagés pour deux ans, Rob Schremp et Jamie Johnson. Et pour remplacer Mikelis Redlihs, l'ailier physique Alexandre Giroux devra attaquer la cage adverse et finir les actions.

S'il a perdu certains internationaux vers des concurrents de KHL, le Dinamo Riga a rapatrié en revanche deux exilés nord-américains. L'un est Raitis Ivanans, qui fut membre du cercle fermé des goons de NHL, une clique au destin souvent peu enviable. Le sien fut brisé fin 2010 lorsqu'un puissant coup de poing de Steve McIntyre lui fractura l'os facial. Ivanans manqua une année complète avant de revenir en AHL. Aujourd'hui, l'homme aux 18 points et 569 minutes de pénalité en NHL rentre au pays en devant "réapprendre" le hockey, alors que sa seule expérience en équipe nationale en 2008 avait été un fiasco.

Le second retour est celui de Kaspars Daugavins, l'ancien prodige intenable parti à 18 ans outre-Atlantique et devenu enfin l'an dernier à 23 ans un authentique titulaire chez les Ottawa Senators. Son retour passager (plus que celui d'Ivanans) est une excellente nouvelle pour la sélection nationale dans la perspective du tournoi de qualification olympique de février... et une beaucoup moins bonne nouvelle pour le principal adversaire, l'équipe de France.

 

SATAN Miroslav-120515-244L'apparition du Slovan Bratislava est beaucoup plus naturelle que celle du Lev Prague. Il s'agit en effet d'un club existant au passé prestigieux. Le rôle de l'épouvantail d'une Extraliga slovaque en décrépitude, du club que tous ses adversaires de province aiment jalouser et détester, finissait par l'ennuyer. Il souhaitait que l'on reforme un championnat tchéco-slovaque, comme au bon vieux temps, mais les clubs tchèques, eux, n'y voyaient pas d'intérêt.

Alors, après avoir regardé le Lev Poprad essuyer les plâtres, le Slovan a toqué à la porte de la KHL qui se réjouissait de compter une capitale de plus. Et puis, il a déjà un sponsor "couleur locale" pour la ligue russe, une compagnie pétrolière (Slovnaft). Les spectateurs sont fidèles et ont faim de confrontations de niveau européen. Ils ont déjà rempli la patinoire en pré-saison pour l'European Trophy, pendant que toutes les autres salles du continent sont vides. Aucune inquiétude donc pour l'affluence.

Pour autant, le club de Bratislava a la moitié du budget de son homologue de Prague, et pas du tout la même facilité. Il comptes certes une star en la personne de Miroslav Šatan, mais à 37 ans, celui-ci ne fait plus se damner personne. L'autre attaquant majeur, l'international tchèque Michal Vondrka, est surtout réputé comme un joueur complet que comme un pur profil offensif. L'atout maître du Slovan sera donc essentiellement le système défensif de l'entraîneur tchèque Rastislav Cada, qui peut compter sur un joker intéressant. Comme au précédent lock-out, le défenseur Lubomir Visnovsky revient dans son club formateur, mais à 36 ans, l'ex-international incarne comme Šatan le passé.

Le Slovan contribuera-t-il à donner un avenir au hockey slovaque ? Oui, si on en croit ses efforts pour rapatrier les juniors slovaques qui ont tendance à se perdre en Amérique du nord et à y ruiner leur carrière naissante. Non, si l'on s'inquiète que les deux gardiens Branislav Konrad et Jaroslav Janus soient étouffés dans une concurrence à trois avec leur homologue finlandais Ville Hostikka. Cette compétition a eu des effets différents sur Konrad, gardien du club depuis trois ans et qui ne joue plus, et sur Janus, le champion AHL qui s'est vite emparé du poste de numéro 1.

 

LACO Jan-120515-285Le gardien qui s'est révélé avec la Slovaquie aux derniers championnats du monde, Jan Laco, est quant à lui parti en Ukraine. La première exigence de l'entraîneur slovaque Julius Supler en signant au Donbass Donetsk, c'était en effet de recruter deux gardiens de bon niveau. Il les a. Pendant que Laco se remet d'une fracture de la clavicule, un Erik Ersberg revanchard rachète sa réputation ternie à Ufa par des buts de la ligne rouge.

Viré en février du CSKA, Supler a été vite attiré par les projets du Donbass. Il a d'abord donné son accord de principe, mais c'est seulement quand le club ukrainien a effectivement été accepté en KHL qu'il a signé son contrat. Il a été impressionné par la vitesse avec laquelle ils ont été admis dans cette ligue. Pour les Ukrainiens, les échecs - comme la Coupe Continentale à Rouen - ne sont qu'un contretemps qui ne contrecarre en rien leurs ambitions. Ils attendent la revanche pour janvier. Et ils sont déjà passés à la suite, en passant en deux ans du championnat ukrainien à la KHL, en deux pas de géant qui ont à chaque fois remodelé l'équipe.

Quand ailleurs on parle de construire une patinoire de 20 000 places dans une région sans passé hockey, cela fait ricaner. Quand c'est à Donetsk, le discours est plus crédible. Parce que l'ils ont déjà créé dès l'an dernier une télévision avec des moyens techniques cités en exemple par la KHL. Et plus généralement, parce que rien n'est trop grand pour les oligarques ukrainiens. Ce que son ami Rinat Akhmetov a fait en football au Shakhtiar Donetsk, Boris Kolesnikov veut le faire avec le Donbass. Et quand on veut, on peut. Ou plus exactement, quand on paye, on peut. Les Ukrainiens ont déjà un budget de top-6 de la conférence ouest.

Le Donbass s'est vite fait connaître en recrutant Lukas Kaspar, un joueur jugé trop cher par Magnitogorsk. Comme les clubs non-russes n'ont aucune limite de nationalité, Donetsk a embauché une ligne finlandaise et une ligne tchéco-slovaque. Il n'a cependant pas réussi à attirer de grands noms russes, les vétérans Kovalev, Slava Kozlov ou Sushinsky se montrant trop gourmands. Son seul joueur russe de haut niveau est Evgeni Dadonov, qui a reçu un contrat inespéré de deux ans à son retour d'AHL.

Le Donbass a profité du lock-out pour engager les deux seuls attaquants ukrainiens de KHL, Ruslan Fedotenko et Aleksei Ponikarovsky, plus le défenseur Anton Babchuk, originaire de Kiev mais qui a choisi la nationalité russe à l'adolescence. Les autres hockeyeurs ukrainiens, eux, n'ont que des miettes en quatrième ligne. L'effet à long terme sur l'équipe d'Ukraine, coincée au troisième niveau mondial (division IB), risque donc d'être faible.

 

Vityaz"L'idéologie du club est en train de changer. Nous voulons jouer un hockey agressif, dur et rapide, mais éviter les bagarres générales." Mikhaïl Golovkov, ex-président du Dynamo Moscou de 2006 à 2010, exprime ainsi la révolution culturelle qu'il veut imposer au Vityaz Chekhov. Nanti de nouveaux sponsors, le club de la région de Moscou souhaite maintenant viser les play-offs, et a donc une autre échelle de valeur que la notoriété acquise à coups de poing.

Une volonté qui se traduit par le retour d'Aleksandr Korolyuk, meilleur marqueur de l'histoire du club et leader offensif de 2004 à 2008 à son retour de NHL. Ce grand technicien peut servir de modèles à la nouvelle génération 1990/1991, celle des Evgeni Timkin, Artemi Panarin et Nikita Dvurechensky.

Idem en défense avec les Markov, qui sont désormais deux. Daniil était déjà là, Andrei arrive le temps du lock-out. Le Vityaz maintient un équilibre entre ces vétérans et les potentielles découvertes comme Vladimir Malevich, 27 ans, révélé en Coupe Continentale et en VHL avec le Donbass Donetsk.

Les trois nouveaux Américains qui évoluaient en AHL avec des apparitions en NHL (le défenseur Brian Fahey et les attaquants Josh Hennessy et Mark Cullen) ont été recrutés pour leurs capacités de pointage, et pas pour autre chose.

Le Vityaz a-t-il totalement renoncé à sa marque de fabrique ? N'exagérons rien. Il s'est refait une virginité pendant la pré-saison en jouant sans gros bras, mais c'est parce qu'ils sont arrivés ensuite. Le combattant Jeremy Yablonski est de retour, et il est accompagné de Trevor Gillies, très vite remarqué par sa crête punk et sa barbe conçues pour lui donner un look méchant. Ils ne sont plus que deux, cependant, dans une équipe dont la principale occupation est - enfin - de jouer au hockey sur glace.