Les Rapaces au bord de l'implosion

Gap imploseLanterne rouge après sept journées, le club haut-alpin est au fond du trou. Englué dans des conflits avec la Mairie le club est aujourd'hui en danger. Faisons le point sur la situation.

Où va Gap ?
 
Quatorzièmes, c'est la place qu'occupent les Rapaces après sept journées de Ligue Magnus. Scandaleux pour certains, normal pour d'autres, il n'empêche qu'aujourd'hui le club de la "capitale douce" traverse une grave crise. Et paradoxalement, ce ne sont pas les résultats sportifs qui inquiètent le plus, mais bien la structure administrative du club. Après avoir essuyé la démission brutale du président, Georges Obninsky, c'est maintenant au tour du responsable du hockey mineur et de cinq autres membres du comité directeur de lui emboîter le pas. Président du club depuis 12 ans, M. Obninsky souhaite tourner la page.

"Je suis président du club et au dernier match j'ai rempli les sacs poubelles [...] Je passe du temps à chercher des compagnies de nettoyage, des heures de glace lorsque la nôtre n’est pas disponible, je ne pourrais pas servir à autre chose ?"

Les relations difficiles entre le club et la ville de Gap ont sans doute accéléré sa démission. En effet plusieurs épisodes semblent avoir compliqué les rapports ces derniers temps. Des luttes qui irritent les uns et finissent par lasser les autres. Dans ces luttes, on retrouve la fameuse "affaire du rallye" prête à débat. Du 18 au 20 octobre se tenait la finale de la Coupe de France des Rallyes. Parkings, salles communales sont réquisitionnés pour l'événement. Mais plus étonnant, la ville de Gap décide de transformer l'aréna en village des comités, et ce, en pleine saison. Ainsi, les hockeyeurs se retrouvent sans glace pendant trois jours. Sans glace pour préparer un match crucial contre Grenoble en Coupe de France. Après une saison jouée entièrement à l'extérieur, voilà que les Rapaces doivent repartir à la "chasse aux glaces" pour s'entraîner. Le mea culpa de la Mairie quelques jours plus tard dans la presse locale ne changera rien, Gap s'incline contre Grenoble (3-4) et est éliminé de la Coupe de France.

AigleLe sujet central du conflit reste l'Alp'Arena. Fraîchement inaugurée le mois dernier en présence du patineur Philipe Candeloro et du journaliste Laurent Bellet, voila que la patinoire fait déjà reparler d'elle. Ce coup-ci, ce n'est pas son emplacement, son nom étrange, ni son financement par le contribuable qui fait débat, mais le partage de la glace. Un profond désaccord oppose la ville au club à propos du partage des heures de glace.

D'une part, la Mairie souhaiterait rentabiliser la construction du nouvel écrin gapençais en augmentant les créneaux de patinage libre. D'autre part, les Rapaces souhaiteraient continuer à se développer grâce à la nouvelle aréna, et l'aide des pouvoirs publics. Cependant la répartition des nouveaux horaires a affecté le club. En donnant plus de temps de glace au public (25% contre 8% auparavant) la ville a sérieusement handicapé les Rapaces. Le hockey mineur a ainsi perdu cinq précieuses heures de glace par rapport aux années précédentes. Alors que la FFHG exige que Gap (et les autres clubs de Magnus) accède aux parcours d'excellence sportive et devienne un pôle excellence U18, cette nouvelle vient fragiliser le hockey mineur gapençais.

Certains disaient que l'Alp'Arena serait l'aboutissement d'un quart de siècle de réflexion. Force est de constater que cette nouvelle glace est sur le point de couler les "bleus".

L'épisode marseillais en fond

Ce conflit soulève des maux plus profonds, comme la structure du club. Aujourd'hui le GHC fonctionne avec une majorité de bénévoles, dévoués à leur cause. L'an passé ils ont bravé le "périph" marseillais pour accompagner les Rapaces dans l'effort. Ils ont organisé les matchs et ont tout fait pour que cette saison de transition se passe du mieux possible. Ce fut une réussite. Cependant la Mairie de Gap a tendance à oublier la particularité de ce club. Elle semble indifférente au fait que le club doive se serrer la ceinture chaque année, alors que la Ligue Magnus tend à devenir un championnat à part entière dans l'hexagone.

Exilé pendant une saison entière de leur nid, les Rapaces ont vécu une saison mouvementée sur le plan des finances. Le club a ainsi dû contracter une dette de 155 000 € uniquement sur la saison 2011-2012. Et ce n'est pas l'aide "exceptionnelle" de 50 000 € accordée par la Mairie qui permettra aux Rapaces d'éponger leur dette. En très bon gestionnaire, Georges Obninsky avait anticipé ces difficultés. Ainsi, en 10 ans le club a pu constituer un capital de 95 000 € de fonds propres, qui sera utilisé pour rembourser la dette. Une nouvelle fois les Rapaces s'en sortiront (presque) seuls.

Gap-MulhouseLa Mairie semble avoir décidé d'abandonner les Rapaces en plein vol. Pourtant les Gapençais sont très attachés à leurs Rapaces. C'est en effet la seule équipe qui représente la ville à l'échelle nationale, une véritable fierté pour beaucoup d'habitants. Les très bonnes affluences réalisées lors de ce début de saison (1796 spectateurs en moyenne) prouve que Gap est bel et bien une terre de hockey. Les chiffres parlent, cette quatrième meilleure affluence de la ligue devrait pourtant encourager les pouvoirs publics à faire progresser les Rapaces. Il n'en n'est rien.

Après avoir berné la FFHG et la FFSG (voir le communiqué de cette dernière) en utilisant la subvention de 1,3 million d'euros initialement prévue pour le haut niveau, la Mairie de Gap a réussi à se mettre à dos le club des Rapaces et le contribuable, le tout en moins de deux mois. Du jamais vu !

Une crise sportive

La situation sportive n'est guère réjouissante. Les Rapaces comptabilisent en effet six défaites en sept matchs. Que retenir du jeu actuel de Gap ? Rien, absolument rien ne va dans cette équipe. Alors que nous avons dépassé le quart de la saison, on remarque que les lacunes de septembre n'ont pas été comblées. Il y a clairement un manque de travail de la part des joueurs. Car il est important de préciser que la majorité de l'équipe a été reconduite, les joueurs se connaissent donc bien. En défense, on pourra forcément regretter le départ de Suchanek. Son gabarit imposant permettait de stopper les adversaires. Bien sûr la vivacité de Cody Campbell et de Mikko Palotie n'est plus... Mais le club a réalisé un recrutement excellent. En signant Abramov, Circelli, Virpiö, Mäntylä et Perez, on peut même dire que c'est le meilleur recrutement à Gap depuis bien des années. Ces joueurs aux CV séduisants constituent la nouvelle garde gapençaise, censée emmener l'équipe vers les sommets de la Ligue Magnus.

Pourtant les résultats ne sont pas au rendez-vous. Gap est bon dernier. La défense est fébrile. Elle semble ne pas être bien coordonnée avec le gardien Zacharias, qui laisse des rebonds. Le portier gapençais est d'ailleurs l'une des seules satisfactions. Il confirme pour le moment sa belle saison l'an dernier. Mais il n'est pas invincible... L'attaque quant à elle est inefficace, elle a du mal à concrétiser les nombreuses occasions en contre.

La méthode Ari Salo ne fait pas encore recette. Le jeu gapençais est brouillon. Fautes répétitives en zone neutre, mauvaises relances, mauvaises passes. Des Rapaces version 2011-2012, on ne retrouve qu'une seule chose : le power-play catastrophique. Aujourd'hui Gap est parmi les derniers de la Ligue Magnus dans ce secteur. Avec une efficacité de 10% seulement, on comprend mieux pourquoi Gap est en queue de peloton aujourd'hui.

Le hockey gapençais est tiraillé, menacé, mais la flamme ne s'éteindra jamais. La passion la rallumera coûte que coûte.

Clément Vaillant (Hockey Archives / Le Rapace Live) - Crédit photo : lesrapacesdegap.free.fr