Sport-fiction : lockout de la saison LNH 2012-2013

lockoutAlors que les nouvelles discussions entamées la semaine passée semblaient aller dans le bon sens, il a été décidé d'un commun accord, d'annuler la saison 2012-2013. Un coup dur pour les partisans. Focus sur les conséquences d'une telle décision.

C'est un véritable drame que vit l'Amérique du Nord en ce mercredi 14 novembre 2012. Après 60 jours de lockout, et plus de 300 parties annulées, aucun accord n'a été trouvé entre la Ligue et les joueurs. Ce qui devait (ne pas) arriver arriva, et les chaînes de télévision ont interrompu leur programme aux alentours de 10 heures pour retransmettre la déclaration du commissaire de la Ligue Nationale, Gary Bettman. Depuis le siège de la Ligue Nationale à Manhattan, il a exprimé sa profonde tristesse : « Je regrette ce qui se passe, mais dans l'état actuel des choses cette décision était inévitable. C'est un mauvais jour pour le hockey » a-t-il précisé devant les caméras. En 18 ans de gouvernance, Gary Bettman aura connu deux lockouts. Ce soir, certains partisans demandent sa démission... Son manque de conciliation est aujourd'hui pointé du doigt. De toute manière, il faudra trouver un responsable dans cette affaire.

Et pourquoi pas l'Association des Joueurs de la Ligue Nationale de Hockey (NHLPA). Donald Fehr, le président du syndicat des joueurs de la LNH, s'est, de son côté, contenté de réaffirmer sa frustration « à propos du manque d'écoute de M. Bettman"

Présentement, cette décision replonge le hockey professionnel dans une grave crise. Une crise économique, bien sûr. Il est clair que dans cette histoire tout est affaire d'argent. Ce lockout devrait entraîner un manque à gagner de plus de 1,8 milliard de dollars au Canada selon la Banque de Montréal (BMO). De même, les revenus de la LNH avaient atteint des sommets l'an dernier. Avec plus de 3,3 milliards de dollars, un nouveau record avait été battu. Ce soir, les deux camps sont perdants. Sans recettes publicitaires ni billetterie, ni droits TV, la NHL et la NHLPA vont se partager des miettes de pain. Et ce ne sont pas les ventes de produits dérivés qui vont faire les comptes, surtout en période de lockout... Pour rappel, le conflit porte principalement sur le partage des revenus entre franchises et joueur. Ce désaccord n'est pas nouveau, et la sphère hockey pensait que le lockout de 2004-2005 aurait fait évoluer les mentalités. Il n'en est rien, et aujourd'hui la LNH se retrouve une nouvelle fois dans une situation conflictuelle. L'annulation de la Classique Hivernale annoncée le 2 novembre dernier avait bousculé la communauté. Sur les réseaux sociaux, les partisans regrettaient cette décision et s'inquiétaient de l'avenir. Mais l'espoir de (re)voir Crosby, Giroux, Ovechkin et Co sur les glaces nord-américaines était immense.

"We don't care about hockey"

Ce matin, la Ligue a peut-être tout simplement rompu une alliance. Ce pacte qu'il existe entre équipes et partisans, celui qui, au-delà de la LNH est le fondement du sport collectif, et même de la socialisation par le sport.

Ce matin, la Ligue a déçu des milliers - que dis-je ? -  des millions de fans, qui rêvait cette année encore de voir leur équipe soulevée la fameuse Coupe Stanley. Et cette crise de popularité est peut-être la plus grave. Car aujourd'hui les partisans risquent de tourner le dos à la discipline et de s'intéresser à d'autres sports, comme le football en plein développement avec la Major League of Soccer (MLS). Ce qui reviendrait à détruire tous les efforts réalisés ces deux dernières décennies pour populariser la Ligue Nationale. La désormais célèbre vidéo de Janne Makkonen "Together We Can" (http://www.youtube.com/watch?v=EWQs3O_IDas) avait galvanisé plus d'un million d'internautes. Elle faisait revivre les différentes émotions que ressent un partisan en suivant du hockey : de l'état de grâce à la colère. Ce soir la colère pourrait être terrible, et l'on craint des débordements, notamment à Vancouver, ou de violentes émeutes ont eu lieu en 2011 après la finale perdue face aux Bruins de Boston. À Montréal, les autorités ont appelé la population à rester calme. Le quotidien "La Presse" indique sur son site internet qu'une unité spéciale sera prête à intervenir en cas de rassemblement impromptu.

D'un point de vue sportif, cette décision est aussi catastrophique. Le lockout entraîne un déséquilibre des ligues. En Amérique du Nord, c'est surtout l'antichambre de la LNH qui pâtit de cette grève saisonnière, l'American Hockey League (AHL). Cette ligue constitue la réserve des franchises de la Ligue Nationale. C'est en effet en AHL que se révèlent les talents de demain. Cependant, en période de Lockout, bon nombre de NHLers ne souhaitent pas déménager, et décident d'évoluer avec l'équipe réserve. C'est le cas de Jeff Skinner, Adam Larsson et Jordan Eberle pour ne citer qu'eux. Ce qui a pour effet d'élever la concurrence et de gonfler les effectifs. Ainsi, les jeunes joueurs, talentueux, cherchant à briller en AHL devant les recruteurs pour décrocher un contrat NHL, disposent de moins de temps de jeu. On peut donc dire que ce lockout aura des répercussions sur le niveau des recrues dans les prochaines années, qui auront moins d'expérience. Ce phénomène n'est malheureusement pas quantifiable, mais c'est une constante dans ces ligues au niveau relevé...

Plus étonnant encore, ce lockout aura des répercussions en Europe, ou bon nombre de joueurs ont migré, notamment en Allemagne (DEL), Suisse (LNA), et Russie (KHL)... Les effectifs de début de saison sont totalement bouleversés. Ce qui peut entraîner dans certains cas un chamboulement dans la hiérarchie. Ainsi un club qui joue habituellement en haut du classement, et qui n'a pas réussi a faire venir un joueur de NHL, peut se retrouver en mauvaise posture, et inversement. Le lockout risque donc de fausser la donne en Europe.

Les supporters vivaient dans l'incertitude, maintenant leur sort est jeté. Ils devront maintenant patienter près d'une année pour revoir la meilleure ligue au monde en action. Le 14 novembre est un jamais gravé dans les mémoires. Pour la seconde fois en huit ans, la Coupe Stanley portera donc l'inscription "Cancelled Season".

Nous espérons tous que ce scénario restera fiction...

Clément Vaillant - Montréal
Hockey Archives / Le Rapace Live