Épinal - Dijon (Coupe de France, huitième de finale)

Beaucdecock épinaloup trop "Short", ces Dauphins...

Des trois finales ambitionnées en début de saison par Olivier Ritz (le président dijonnais), deux seulement restent encore à la portée de ses protégés. C'est dire l'importance de ce "clasico" pour le tenant de la Coupe de France, décidé à défendre jusqu'au bout son trophée.

À trois marches de Bercy, un nouvel obstacle se dresse sur la route des Bourguignons, qui se sont ressaisis à Briançon (4-2) après s'être pris les pieds dans le tapis devant Chamonix (5-7). Un écueil n'ayant rien d'insurmontable tant les Spinaliens paraissent "sans défense" depuis quelques temps.

Restant sur trois nettes défaites à Poissompré, ils sont bien revenus victorieux de Caen... mais ont encore concédé cinq buts à l'une des pires attaques du championnat ! Imaginez ce que cela peut donner, ce soir, face à la meilleure offensive du circuit... surtout que Slovák et Hagelberg sont rentrés blessés de Normandie !

Le retour du taulier Maxime Ouimet et l'inédit repositionnement à l'arrière de Michal Petrák ne sont donc pas de trop pour renflouer un secteur défensif apparu trop souvent permissif ces derniers temps, au détriment d'un Gabriel Girard battu vingt-et-une fois... à ses trois dernières sorties !

Qu'ils paraissent loin, les débuts réussis du jeune franco-canadien, qui peine à retrouver ses sensations (après sa commotion) et semble désormais jouer tous ses matchs comme celui du 29 septembre dernier à Trimolet. Une soirée "portes ouvertes" (9-7) qui ancra solidemjanos vasent deux Spinaliens (Petrák, Bouchard) et trois Dijonnais parmi les tous meilleurs pointeurs du championnat français.  Et pourtant, ils ne sont plus là, les Guttig, Gascon et autres Riendeau !

L'attaque dijonnaise est donc toujours en d'aussi bonnes mains. Et notamment celles de Tim Crowder, un redoutable finisseur donnant pleine mesure à ses qualités au côté de János Vas et Johan Skinnars. Car il n'est pas de grand buteur sans bons passeurs, une catégorie dont font incontestablement partie le centre hongrois et l'ailier suédois. Vas, international expérimenté rompu aux joutes de la Ligue américaine (au point de compter plus d'apparitions que Jeff May et Marc-André Thinel dans l'antichambre de la NHL), est même l'un des plus gros CV actuellement en activité dans nos contrées...

Les Skinnars, Vas et autres Crowder ont beau affoler les compteurs (comme leurs prédécesseurs), mieux vaut ne pas résumer l'actuel DHC à ces seules individualités. Car le "sorcier" Jarmo Tolvanen a d'autres cartes en mains, même s'il doit toujours se passer des services de Benoît Quessandier. Une absence rendue anecdotique par l'entame chaotique de ce derby. Les Ducs croyant avoir ouvert le score sur un tir en coin filant sous l'armature d'une cage préalablement mal fixée (02'10")...

Jusqu'ici tout va (à peu près) bien...

Cette fois, Girard n'y est pour rien. Mieux encore, le danger va progressivement s'éloigner pour se concentrer devant la cage d'un Tillanen sauvé par son montant sur une reprise sèche de Bouchard (5e). La seule véritable occasion d'une première supériorité insuffisamment exploitée par des Vosgiens gênés par l'agressivité d'un box-play alerte et soudé. Et quand des trous se forment en zone défensive, la mitaine du portier finnois ne tremble pas, sur le revers de Fabien Leroy (06'07") ou devant Ján Plch (07'17").

Les minutes passent et les espaces se libèrent dans une défense prise à revers sur cette longue ouverture de Peter Valier en direction d'un Kyle Hardy filant, du revers, vers un but tout cuit. Mais Girard, contre toute attente, sort le grand jeu devant le capitaine dijonnais (12'17"), improvisant le "coup du scorpion" (tel René Higuita, le fantasque gardien de but colombien). De manière plus conventionnelle, Girard pare ensuite l'essai d'Andrej Mrena du bouclier (14e).

La menace se précise et les Ducs prennent lentement, mais sûrement le contrôle des opérations. Une tendance confirmée par cette pénalité récoltée par Sébastien Gauthier (15'00"). Et neuf secondes, seulement, suffiront au meilleur powerplay du championnat. Kyle Hardy, servi en retrait, décalant à sa gauche un Rodi Short prêt à dégainer un lancer limpide, précis et puissant dans le bas du filet, côté plaque (0-1 à 15'09").

Plus ça va... moins ça va !

Ce n'est pas totalement volé pour les Bourguignons, qui sont montés en puissance dans ce premier tiers-temps, ne laissant désormais plus que les miettes à leurs hôtes. Et ce jusqu'au retour des vestiaires, particulièrement catastrophique pour un ensemble spinalien incontestablement desservi par la récurrente fébrilité de Gabriel Girard.

Un ultime rempart tellement chancelant qu'il ne parvient pas à contrôler la rondelle derrière son filet, se la voyant rapidement subtiliser par un Rodi Short venu presser. Le défenseur canadien alertant Johan Skinnars, dont la reprise est repoussée sur sa ligne par Maxime Ouimet. En vain puisque le palet revient dans l'axe sfaute gervais skinnrsur Short, qui ne rate pas la cible (0-2 à 20'14"). Une bourde lourde de conséquences puisqu'elle scelle, déjà, l'issue de cette partie. Les Spinaliens, touchés après le premier but dijonnais, auront été coulés par le second...

Les Ducs, à qui tout réussi, bénéficient même d'un penalty consécutif à un repli de Stéphane Gervais jugé illicite (22e). Mais Johan Skinnars, qui exécute la sentence, voit le cadre se dérober... Qu'à cela ne tienne, les hommes de Tolvanen ont le match en main, serrant les rangs, si besoin, pour résister aux timides velléités d'un powerplay peu inspiré. Et surtout avare de lancers.

Bien secondé par ses coéquipiers, Kai Tillanen est peu sollicité lors de la première pénalité (cinglage de Valier à 22'22")... puis totalement épargné sur les deux autres ! Punis d'un surnombre (26'01"), les Ducs vont même se procurer d'excellentes occasions. Henrik Andersén lançant le remuant Nicolas Ritz côté gauche. Lequel prend un tir excentré bien bloqué par Girard (26'11").

Le pire est même à venir pour les Dauphins, contrés sur un palet récupéré dans sa zone par Rodi Short, qui parviendra à le dégager malgré la tentative de blocage désespérée de Maxime Ouimet à la bleue. Andersén s'emparant aussitôt du puck pour remonter toute la glace et servir Ritz dans son dos, qui prend sa chance à bout portant. Un tir à mi-hauteur repoussé par un Girard (26'41") coupable, ensuite, d'une relance ratée manquant de profiter au trio Da Costa-Dugas-Mulle (33e) !

Plus ça va... et moins ça va pour les hommes de Santino Pellegrino, de nouveau en supériorité (29'11") mais déjà plus dans le coup. Incapables de s'installer en zone offensive, ils n'arrivent à rien de bon et ne montrent aucun signe d'amélioration, se faisant encore contrer. Gašpr Sušanj plongeant en zone neutre pour bloquer un palet finalement récupéré par Cédric Custosse, qui parvient à se hisser aux avant-postes et à prendre un lancer repoussé sur Peter Valier. L'ex-Rouennais tire à son tour et voit Girard lâcher un autre rebond, en plein sur un Custosse arrivant lancé... pour rentrer dans le but avec le palet (0-3 à 32'31") !

Et vodecock vs girardgue la galère...

Inefficaces au possible et rivalisant de maladresse, les Spinaliens ne sont assurément pas à la hauteur de l'événement. Ils ne soutiennent même plus la comparaison avec un ensemble dijonnais bien plus appliqué, qui n'aura eu qu'à se baisser pour profiter des nombreux ratés d'un adversaire très conciliant. Et notamment envers Thomas Decock, qui aura fait tout ce qu'il voulait avec le palet. S'offrant même deux ou trois jolis slaloms mal récompensés !

Un slap de Tim Crowder sur la base du montant droit (37e) et deux pénalités spinaliennes plus tard, Rodi Short va s'offrir un triplé. Le défenseur canadien des Ducs n'a d'ailleurs mis que dix secondes pour tuer un double avantage numérique de treize secondes seulement, en tirant sur réception, dans l'enclave, idéalement servi par un Nicolas Ritz "pilotant" le powerplay latéralement (0-4 à 37'01"). Et ce n'est pas fini : Decock se frayant un chemin dans une défense aux abonnés absents pour servir Andersén sur un plateau, au second poteau. Et bien évidemment libre de tout marquage (0-5 à 37'25") !

Le cinquième but dijonnais est celui de trop pour Gabriel girard douteGirard, en plein doute, qui regagne son banc excédé. Confiant les clés du filet à un Mathieu Perrin rapidement décisif en détournant, de la botte, l'essai d'un Valier pourtant idéalement démarqué par Da Costa (38'26"). Le jeune back-up spinalien est dans le coup et tient le score jusqu'à la pause. Mais ses partenaires, lourdement menés, ont depuis longtemps abdiqué...

Gavés d'espaces jusqu'à plus soif, les Côte d'Oriens se régalent et enfilent les buts comme des perles, sans véritable opposition. Une pénalité est appelée contre les Spinaliens, confinés dans leur zone, et Mrena, servi à bout portant, ne se fait pas prier pour nettoyer la lucarne gauche de Perrin (0-6 à 40'26").

Le DHC déroule, sans forcer, face à des Dauphins perdus corps et biens. Un adversaire incapable de tirer (et donc de marquer) et dépourvu de toute assise défensive. Surtout que Maxime Ouimet doit prématurément quitter ses coéquipiers, chassé du match après avoir outragé les "zébrés" (44'17").

Sa pénalité mineure (assortie d'un faire trébucher sifflé à l'encontre de Sušanj) donne même deux pleines minutes de double avantage numérique. Du sur-mesure pour un jeu de puissance de cette envergure. Et si l'essai de János Vas rebondit sur le plexi, derrière le but, Johan Skinnars est bien placé pour le répercuter, de près, au fond des filets (0-7 à 45'32").

Les boys de Pellegrino, humiliés, n'ont que ce qu'ils méritent et le score reflète toujours aussi fidèlement la physionomie d'une partie très déséquilibrée, comme si elle mettait aux prises une formation de Ligue Magnus (Dijon) à un opposant issu d'une division inférieure (Épinal).

Sans rien enlever au mérite des Dijonnais (et sans être "marseillais"), il faut bien avouer que les représentants spinaliens ont touché le fond ce soir, livrant leur pire prestation de la saison à Poissompré, décevant public et dirigeants. Et ce ne sont pas les buts inscrits par Stéphane Gervais (slap allant se loger dans le coin droit de Tillanen, 1-7 à 54'58") et Anthony Rapenne (à l'usure sur un rebond, 2-7 à 55'35") qui nuanceront ce constat.

Une éshortquipe de caractère ? Vraiment ?

Vite démobilisés et trop rapidement démotivés, les hockeyeurs spinaliens n'ont plus rien de l'équipe combative tant vantée par Santino Pellegrino en début de saison. Comment ont-ils pu tomber si bas ?

Les blessures des uns et des autres n'arrangent rien, surtout qu'elles affectent exclusivement un compartiment défensif "plombé" par la méforme d'un Gabriel Girard devenu, depuis son retour au jeu, un bien mauvais acteur de son rôle majeur. On le sait, beaucoup de pression pèse sur les épaules de ce jeune gardien, qui n'est plus que l'ombre de lui-même. De toute évidence, le mental ne suit plus et sa confiance s'effrite un peu plus à chaque sortie, faisant amèrement regretter le départ d'Aleksis Ahlqvist.

Le Finlandais (désormais Mulhousien) sera de retour samedi à Poissompré, pour ce que beaucoup considèrent, ici, comme le "vrai" derby ! Autant dire qu'un sursaut d'orgueil n'est pas seulement attendu, mais fortement espéré. L'ICE se devant absolument de gagner le match à ne surtout pas perdre. La crise guette, nourrie par les défaites et cette désagréable impression de laisser-aller.

Battus six fois à leurs sept derniers matchs (et quatre fois depuis la trêve, en encaissant sept buts en moyenne), les Dauphins n'ont maintenant plus que le championnat à se mettre sous la dent. Et ce n'est peut-être pas plus mal vu la tournure des événements...

Facilement qualifiés, les hommes de Jarmo Tolvanen peuvent encore être du grand rendez-vous parisien le 17 février prochain. Les clés du succès, ce soir ? Une défense particulièrement d'attaque (un triplé pour Rodi Short, un but rageur de Cédric Custosse et des montées souvent réussies de Kyle Hardy) et de bonnes individualités (notamment un Thomas Decock très en verve, qui aura fait plus d'une fois la différence) au service d'un collectif envié par de nombreux habitués de Poissompré, de plus en plus déçus des piètres prestations de leurs protégés. La patinoire de Poissompré se vidant un peu plus à chaque contre-performance, il y a urgence !

Réactions d'après-match (dans Vosges-Matin) :

Santino Pellegrino (entraîneur d'Épinal) : "Je ne veux plus jamais voir ça.  Je suis désolé pour les gens qui sont venus voir ce match. On n'a pas d'excuse. Dijon n'a rien fait pour remporter ce match. Si les joueurs ne veulent pas comprendre, je vais leur faire comprendre. On ne peut pas commencer un match juste en étant là et en se présentant. Maintenant, je vais mettre en place l'équipe que je veux. J'ai déjà commencé. On ne peut plus avoir une équipe noire et blanche et que j'ai à crier tout le temps. Je n'ai pas non plus une équipe en santé avec cinq ou six joueurs qui ne sont pas à 100%."

 

Épinal - Dijon 2-7 (0-1, 0-4, 2-2).
Mardi 20 novembre à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 480 spectatedijon butsurs.
Arbitrage de Jimmy Bergamelli assisté de David Courgeon et Nicolas Cregut.
Pénalités : Épinal 44' (4', 4', 36') ; Dijon 14' (4', 6', 4').
Tirs : Épinal 25 (8, 8, 9) ; Dijon 33 (14, 12, 7).

Évolution du score :
0-1 à 15'09" : Short assisté de Skinnars et Ritz (sup. num.)
0-2 à 20'14" : Short assisté de Skinnars et Vas
0-3 à 32'31" : Custosse assisté de Valier
0-4 à 37'01" : Short assisté de Ritz et Skinnars (double sup. num.)
0-5 à 37'25" : Andersén assisté de Decock et Kara (sup. num.)
0-6 à 40'26" : Mrena assisté de Vas et Skinnars
0-7 à 45'32" : Skinnars assisté de Crowder et Vas (double sup. num.)
1-7 à 54'58" : Gervais assisté de Chauvière et Offret
2-7 à 55'35" : Rapenne assisté de Plch et Cacciotti

Épinal

Gardiens : Gabriel Girard puis Mathieu Perrin à 37'25".

Défenseurs : Maxime Ouimet - Fabien Leroy (C) ; Gašpr Sušanj  - Stéphane Gervais ; Michal Petrák - Rémi Colotti ; Romain Mauffrey.

Attaquants : Benjamin Casavant - Sébastien Gauthier - Danick Bouchard (A) ; Steven Cacciotti - Anthony Rapenne - Ján Plch (A) ; Élie Raibon - Yannick Offret - Yoann Chauvière ; Kevin Benchabane, Kevin Pernot.

Absents : Peter Slovák (commotion), Jan Hagelberg (main).

Dijon

Gardien : Kai Tillanen.

Défenseurs : Andrej Mrena - Rodi Short ; Kévin Igier - Kyle Shearer-Hardy (C) ; Cédric Custosse - Quentin Mahier.

Attaquants : Johan Skinnars - János Vas - Tim Crowder ; Henrik Andersén - Nicolas Ritz - Vincent Kara ; Thomas Decock (A) - Aram Kevorkian (A) - Stephen Dugas ; Gabriel Da Costa - Alexandre Mulle - Peter Valier.

Remplaçant : Guillaume Berger (G). Absents : Benoît Quessandier (problèmes d'oreille interne), Joffrey Pingrit (G, entorse du genou).