Épinal - Mulhouse (Ligue Magnus, 11e journée)

Le vent à tourné...

On l'avait ahlqvist quitté Spinalien... on le retrouve Mulhousien ! Il va falloir s'y habituer : Aleksis Ahlqvist, le joker providentiel des Dauphins (qui avait si bien remplacé Gabriel Girard de la mi-octobre à début novembre), se dresse désormais sur la route de ses anciens coéquipiers. Autant dire que ce derby, toujours très particulier, l'est encore plus avec le retour du grand gardien finlandais à Poissompré !

Le "sauveur" d'hier sera t-il le "bourreau" d'aujourd'hui ? C'est-là toute la crainte des supporters vosgiens, inquiets à l'idée de voir Ahlqvist sortir tout un match devant le filet. Et très perplexes quant aux actuelles possibilités de leurs protégés, dans le creux de la vague après avoir longtemps surfé celle du succès.

Aux défaites (nombreuses ces temps-ci) se mêlent les blessures, qui affectent tout particulièrement le rendement d'un secteur défensif aujourd'hui sinistré.

N'en finissant plus de compter ses  "éclopés", l'ICE a même craint une pénurie à l'arrière pour ce derby. Mais Jan Hagelberg, Peter Slovák et Stéphane Gervais tiennent finalement leur place, très diminués et sans s'être récemment entraînés. L'indisponibilité malvenue de Maxime Ouimet (supendu) s'apparente, elle, à un énième imprévu...

Santino Pellegrino doit donc faire avec (ou plutôt sans), relativisant cette mauvaise passe sans pour autant négliger l'obligation de résultat planant sur ce derby. C'est qu'il faut, ce soir, gagner le match à ne pas perdre. Et surtout contre un adversaire qu'Épinal a si souvent dominé (l'ICE a remporté les trois dernières confrontations) !

Mais en face, ce n'est plus tout à fait la même équipe. Christer Eriksson, soucieux d'accroître la compétitivité de ses troupes, a en effet procédé à de savants ajustements en se délestant des improductifs Jure Kralj, Lukáš Pék et Kim Sunna au profit d'un défenseur (Tuomas Immonen) et de deux attaquants (Vladimír Kútny et Dejan Matejic) plus solidement référencés. Sans oublier Ahlalnerqvist, venu décharger Muller d'un trop-plein de responsabilités.

Les Mulhousiens sont là...

Vainqueur d'Amiens vendredi dernier (4-2) et pas ridicule contre Angers, dans la foulée (0-4), le Mulhouse "nouveau" est arrivé. Sans l'imposant Braxenholm (blessé à la main), mais avec le soutien d'un fort déploiement de partisans.

Deux bus de supporters ont en effet rallié la Cité des Images, confirmant tout l'engouement du public pour cet indémodable derby, qui se joue dans une enceinte bien remplie. Dans une ambiance surchauffée, digne des plus grandes soirées de hockey à Poissompré.

Mais s'il déchaîne toujours autant les passions, ce match est placé sous haute tension après les incidents survenus à l'Illberg le mois dernier et les menaces émanant de certains internautes. Afin d'éviter tous risques de débordements, un dispositif de sécurité renforcé a donc été mis sur pied.

Le cortège alsacien, gonflé à bloc, est entré par une issue séparée et occupe un pan de la grande tribune spécialement réservé à son attention. Et c'est justement côté kop que se déroulent les premières actions, dirigées vers un Gabriel Girard répondant présent sur les quelques banderilles de Scorpions bien entrés dans la partie.

Des visiteurs  comme toujours emmenés par un Marcus Kristoffersson donnant tout et ne lâchant rien. Au four et au moulin, à l'instar d'un Damien Raux provoquant la première pénalité de la partie, qui ne donne rien (02'47")... Travaillant d'arrache-pied pour garder le contrôle du palet, les hommes de Christer Eriksson semblent en vouloir beaucoup plus que leurs hôtes et ne manquent pas une occasion de se projeter rapidement vers l'avant.

Aussi les deux gardiens sont-ils différemment sollicités. Girard, sous pression, doit régulièrement s'employer (en détournant notamment du bouclier l'essai d'un Kútny bien servi par Alner, 07'17") tandis qu'Ahlqvist n'est pas vraiment inquiété, intervenant surtout devant Gauthier. Lâchant même un rebond que Leroy, trop excentré, ne pourra exploiter (07'39").

Visiblement pas dans un grand soir, les Vosgiens misent beaucoup sur leur première supériorité de la soirée (07'53") mais deux approximations de Fabien Leroy tuent cet allant naissant. Le capitaine spinalien est une prraux damien1emière fois contré par Kútny (09'47"), qui se contente d'éloigner le danger, avant de rater son contrôle sur une passe de Gauthier, voyant Alner filer sur le flanc gauche et repiquer sur Girard, sans succès (10e).

... mais la défense spinalienne n'y est pas !

Plus mordants, les Scorpions ont pris l'ascendant et se font sans cesse plus menaçants devant la cage de Girard, tout près d'être battu sur ce centre du revers de Raux à destination d'un Kristoffersson plongeant au second poteau (12'39"). Ce n'est que partie remise pour le grand ailier suédois qui dévie, au nez et à la barbe d'un Leroy insuffisamment réactif, le centre tendu de Matejic (0-1 à 13'00").

Dejan Matejic, ailier suédois d'origine yougoslave plein de vivacité (qui sort d'un septennat très prolifique dans le championnat danois), signe là son premier point "français" dans une patinoire de Poissompré médusée par les largesses d'un ensemble spinalien livrant trop souvent Girard à lui-même.

Kristoffersson, décidément dans tous les bons coups, remet d'ailleurs ça dans la foulée, trop bien servi par Matejic pour ne pas en profiter. Même s'il lui faut s'y reprendre à plusieurs fois (0-2 à 14'51")...

Bénéficiant de tous les contres favorables et de nombreuses récupérations, les Mulhousiens ont clairement le match en main. Pourtant, Danick Bouchard va réveiller ses coéquipiers. Lancé côté gauche par Sébastien Gauthier, l'ancien Villardien accélère puis temporise avec une grande habileté, forçant Sallander à se coucher pour mieux centrer, du revers, vers un Casavant coupant la trajectoire dans le haut du filet, côté mitaine d'Ahlqvist (1-2 à 18'35"). Le timing était parfait.

Cette réalisation aussi magnifique dans sa conception que dans sa finalisation, est toutefois vite "annulée" par cet énième raté d'une défense spinalienne incapable d'écarter le danger. Vladimír Kútny attaquant le filet, sur la gauche de Gabriel Girard, en forçant le gardien à lâcher un rebond que Stefan Lachapelle, au second poteau, sera le plus prompt à pousser au fond des filets (1-3 à 19'54"). Encore un but "donné"...

Passé ce petit coup de chaud au retour des vestiaires (un début de brassage valant 10' de méconduite à Löfberg), Mulhouse peut reprendre sa marche en avant. Stefan Lachapelle, pas inquiété, a même tout loisir de contourner la cage pour servir un Jacob Alner complètement oublié au premier poteau. L'ailier suédois, libre de tout marquage, n'a qu'à lever le puck pour marquer dans le côté plch jan 2ouvert, par-dessus la plaque d'un Girard désabusé (1-4 à 21'09"). 

Cette action en dit long sur le degré (élevé) de passivité d'une défense ayant abandonné son gardien. Un Girard tellement dégoûté qu'il en filera illico vers son banc... en balançant - comme mardi - tout son équipement !

En l'absence de Matthieu Perrin, c'est Nicolas Ravel qui prend la relève de Gabriel Girard, laissant à penser que ce match est d'ores et déjà plié. Mais l'espoir renaît dans les travées lorsque Ján Plch, lancé dans le dos de la défense par Steven Cacciotti, se voit ceinturé par un Dušan Brincko venu au repli (21'37").

Un tir de réparation est accordé au vétéran slovaque, qui déroge à son habituel revers pour tenter de dribbler Ahlqvist sur la gauche. Sans toutefois parvenir à suffisamment lever son palet, repoussé par la botte droite du Finlandais, qui ne laisse décidément rien passer !

Comme prévu, Aleksis Ahlqvist joue, ce soir, un bien mauvais tour à ses anciens coéquipiers, qui ont récupéré (sitôt le penalty raté) un Gabriel Girard apaisé devant le filet et voient les vagues mulhousiennes déferler.

Gavés d'espaces jusqu'à plus soif, à deux contre un ou trois contre un, les Alsaciens ont même plus d'une occasion d'enfoncer le clou. Seulement voilà, la finition leur fait défaut, comme sur ce décalage de Kútny vers un Černý cherchant à déporter Girard, mais finissant par trop s'excentrer... et à ne plus pouvoir redresser (24'35") ! Une bonne opportunité vendangée par les Scorpions, qui voient ensuite Raux, totalement démarqué, trouver le poteau sur une passe en diagonale de Brincko.

Pas à l'abri d'une accélération d'un Danick Bouchard prêt à s'engouffrer dans toutes les brèches, les Mulhousiens peuvent compter sur Aleksis Ahlqvist. Un grand gardien qui assure et rassure, même devant ce diable de Bouchard, qui s'amenait à lui (25'40") pour mieux revenir, quelques instants plus tard. Mis sur orbite par Sébastien Gauthier, le Canadien enrhume Maximilien Tromeur d'un de ces "café-crème" dont il a le secret et poursuit sur son revers, qu'il pousse sur la base du montant gauche (30e). Une feinte imitée, un peu plus tard, par un Matejic déshabillant facilement Leroy pour centrer vers l'inévitable Kristoffersson (35'20")...

Juste une illusion...

Peut-être émoussés par les efforts consentis en début de partie, les Scorpions desserrent leur étreinte et subissent de plus en plus dangereusement jusqu'à la fin du deuxième tiers-temps.

Dans le dur (et au bord de la rupture), les Alsaciens sont même poussés dans leurs derniers retranchements, tenus à bout de bras par un Ahlqvist s'érigeant en muraille infranchissable devant des attaquants spinaliens plus pressants. Lesquels, à force d'insister (22 tirs aux buts durant cette période !), finiront pas en avoir raison.

Steven Cacciotti se bat pour garder le palet en zone offensive et alertchipaux tarik1e un Michal Petrák qui rate la cible. Dans la continuité de l'action, l'Italo-canadien récupère le disque derrière la cage et le transmet sans tarder à Ján Plch, dans le slot, qui score à bout portant en levant habilement son palet (2-4 à 34'50").

Les mouches ont changé d'âne. Dušan Brincko, trop juste en zone neutre pour court-circuiter la longue ouverture de Ján Plch vers Michal Petrák, voit ensuite le Tchèque filer vers un duel singulier, qu'il remporte en fixant le gardien pour mieux glisser la rondelle dans le bas du filet, côté plaque (3-4 à 36'21"). Un vent de folie souffle sur ce derby. Et si les Dauphins, que l'on croyait portés disparus, renversaient la tendance ?

Tout semble en effet redevenu possible pour les hommes de Pellegrino, qui tentent de reprendre là où ils en étaient restés. Mais les visiteurs, décidés à ne rien lâcher, débutent bien mieux ce troisième tiers qu'ils n'ont terminé le précédent.

Retrouvant tout leur aplomb, ils serrent les rangs et profitent d'un palet perdu par Fabien Leroy en zone neutre, contré par un Jacob Alner préférant envoyer au fond. Vers un Vladimír Kútny prenant le meilleur sur Stéphane Gervais, derrière la cage, avant de remiser du revers sur Christofer Löfberg, bien placé au premier poteau, qui marque entre les jambières (3-5 à 46'32"). Un but assassin pour les uns... libérateur pour les autres !

Jetant leurs dernières forces dans la bataille, les Dauphins essayent encore et encore. Un effort désordonné, surtout qu'ils n'exploitent pas leur dernière supériorité (54'47") "rallongée" par un Pellegrino sortant son gardien. La cage, vidée de son occupant, devient une cible facile pour les hommes d'Eriksson et Lachapelle, à la récupération, finit par trouver le "tentaculaire" Alner. Le grand échalas suédois parvenant à marquer du milieu du terrain (3-6 à 59'35") pour donner encore plus de relief au succès des siens, qui remportent assez logiquement ce derby.

Très diminués défensivement (avec plusieurs éléments loin d'atteindre la plénitude de leurs moyens) mais bien trop laxistes par instants, les Spinaliens ont encore affiché leurs limites du moment. Et s'inclinent à Poissompré... pour la cinquième fois d'affilée (toute compétitions confondues) !

Mais s'ils ont encore déçu, les Dauphins ont pourtant bien failli renverser une situation désespérée en marquant deux buts coup sur coup, effectuant un joli rapproché. Seulement voilà, la tendance ne s'est pas inversée : Aleksis Ahlqvist ayant tenu bon devant le filet. Même au plus fort de l'adversité...

Assurément pas étranger au succès de ses nouveaux coéquipiers, Ahlqvist est le grand gardien qui a tant manqué aux Scorpions lors des deux dernières confrontations (et plus généralement depuis la blessure d'Hurajt fin septembre). L'intéressé aura une nouvelle fois démontré toute l'étendue de son métier en remportant son duel à distance avec Girard en se montrant décisif. Mais contrairement au jeune portier franco-canadien, le Finlandais a pu compter sur le soutien sans faille de sa garde rapprochée. Même si ses défenseurs furent sacrément malmenés durant la deuxième moitié de l'acte médian !

Qu'à cela ne tienne, les Alsaciens repartent bel et bien, du département voisin, avec un précieux succès confirmant leur remontée. Un triomphe que les Ultras, surveillés de près, ont savouré sans modération...

 

Épinal - Mulhouse 3-6 (1-3, 2-1, 0-2).
Samedi 24 novembre à 18h00 à la patinoire de Poissompré. 1 400 spectateurs.
Arbitres : Damien Bliek assisté de David Courgeon et Yann Furet
Pénalités : Épinal 8' (6', 0', 2') ; Mulhouse 16' (2' 12', 2').
Tirs : Épinal 36 (6, 22, 7) ; Mulhouse 29 (13, 6, 10).

Évolution du score :
0-1 à 13'00" : Kristoffersson assisté de Matejic
0-2 à 14'51" : Kristoffersson
1-2 à 18'35" : Casavant assisté de Bouchard et Gauthier
1-3 à 19'54" : Lachapelle assisté de Kútny et Alner
1-4 à 21'09" : Alner assisté de Lachapelle
2-4 à 34'50" : Plch assisté de Cacciotti et Petrák
3-4 à 36'21" : Petrák assisté de Plch et Sušanj
3-5 à 46'32" : Löfberg assisté de Kútny
3-6 à 59'35" : Alner assisté de Lachapelle (cage vide)


Épinal

Gardien : Gabriel Girard puis Nicolas Ravel de 21'09" à 21'37" (sorti de sa cage de 54'47" à 59'35").

Défenseurs : Jan Hagelberg - Fabien Leroy (C) ; Gašpr Sušanj  - Stéphane Gervais ; Peter Slovák - Rémi Colotti.

Attaquants : Benjamin Casavant - Sébastien Gauthier - Danick Bouchard (A) ; Steven Cacciotti - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Élie Raibon - Yoann Chauvière - Yannick Offret ; Kevin Benchabane - Anthony Rapenne- Maxime Martin.

Remplaçant : Romain Mauffrey. Absent : Maxime Ouimet (suspendu).

Mulhouse

Gardien : Aleksis Ahlqvist.

Défenseurs : Dušan Brincko - Tuomas Immonen ; Aleš Černý - David Sallander ; Yann Marez [puis Maximilien Tromeur]- Francis Ballet (C).

Attaquants : Marcus Kristoffersson (A) - Damien Raux (A) - Dejan Matejic ; Jacob Alner - Stefan Lachapelle - Vladimír Kútny ; Lucas Bini - Christofer Löfberg - Tarik Chipaux.

Remplaçants : Mickaël Muller (G), William Kern, Michaël Marchand, Romain Frey, Benoît Salvin. Absents : Radovan Hurajt (G, adducteurs), Per Braxenholm (main).