Épinal - Morzine-Avoriaz (Ligue Magnus, 13e journée)

Opération rédemption pour Dauphins en perdition ?

cacciotti steven 2Tout premier adversaire invité à se produire sur la nouvelle glace de Poissompré, le HCMA était venu gâcher les festivités en corrigeant (6-1) des Dauphins insuffisamment préparés.

Un an (et trois mois) ont passé depuis ce camouflet. Un raté à ne surtout pas réitérer : ce soir, pour l'ICE, c'est tenue correcte exigée ! C'est qu'ils ont beaucoup à se faire pardonner les Spinaliens, restant sur cinq revers de rang à Poissompré et encore rentrés perdants, samedi dernier, de Villard-de-Lans (2-4)...

Santino Pellegrino espérait pourtant un déclic. Mais ce fut une nouvelle claque pour ses "poulains", toujours plombés par une entame ratée et des buts largement "évitables" dont Gabriel Girard endosse, parfois, l'entière responsabilité.

Force est de constater que depuis sa commotion contractée le 13 octobre dernier, le jeune Franco-canadien n'est plus tout à fait le grand gardien espéré à son arrivée. Et si chacun s'accorde à penser que son retour était précipité, il faut bien avouer que les manquements défensifs récurrents de ses coéquipiers n'ont rien arrangé !

Oui, rien ne va plus dans la Cité des Images, où les Dauphins sont passés, en l'espace de cinq journées, du troisième... au onzième rang ! Une chute vertigineuse dans les profondeurs du classement après cet échec ramené des contreforts du Vercors. La sixième défaite en sept matchs de championnat... et leur huitième en neuf parties, toutes compétitions confondues !

Les Dauphins nagent en eaux troubles, façon "brasse coulée", et quoi qu'on en dise, ils sont en crise. La situation est donc grave. Pas encore désespérée, mais suffisamment préoccupante pour qu'Anthony Maurice (le manager général) tire la sonnette d'alarme... et prône la remobilisation générale ! C'est qu'il faut raviver une flamme vacillante et remettre le train sur les rails du succès, comme les hommes de Tommie Hartogs l'ont fait en battant Dijon (7-2) vendredi dernier.

cheverieMorzine a donc fini en beauté un mois de novembre compliqué, qui vit ses deux gardiens tour à tour se blesser. Frédéric Dorthe, qui avait prit la relève d'Henri-Corentin Buysse (touché au genou le 14 novembre face à Briançon), s'est en effet "esquinté" à Rouen le dimanche suivant et a dû, par la suite, faire fi d'une hanche meurtrie pour tenir sa place devant le filet. Et ce soir encore, le Franco-suisse doit encore suppléer Buysse pour faire face à ces Spinaliens "recadrés". Et forcés de s'imposer... pour ne pas sombrer !

Un état d'esprit "guerrier" n'est donc pas seulement espéré, mais forcément attendu dans les travées, une nouvelle fois bien remplies. L'affiche vaut en effet le déplacement, avec un adversaire séduisant sur le papier, emmené par de belles individualités (de l'artilleur Weihager au maître-passeur Szabó). Sans oublier Cheverie, seul acteur restant (avec Ohlsson et Gaydon, qui revient d'une blessure au genou) de l'épopée de 2007 qui vit les Pingouins se hisser jusqu'en finale du championnat.

Evan Cheverie a ensuite affolé les compteurs, d'Oslo (Vålerenga) à Belfast en passant par Lillehammer, pour mieux retrouver (l'été dernier) un environnement familier dans le Chablais. Et le centre canadien, réputé pour être aussi bon finisseur que créateur, est le premier pénalisé de la soirée (00'58") sous la pression d'un Bouchard déchaîné.

Les Dauphins ont le match en main...

Comment va se comporter ce powerplay spinalien tant décrié ? C'est bien connu, Santino Pellegrino ne fait pas du jeu de puissance son atelier préféré aux entraînements, arguant qu'une rencontre ne se gagne pas en supériorité (sic). Ne cherchant toujours pas à élaborer un  "cinq majeur" digne de ce nom, l'Italo-canadien reconduit en effet ses deux premiers blocs dans leur intégralité, sans rien changer. Mais heureusement pour lui, Ján Plch, Michal Petrák et Stéphane Gervais ont développé, depuis quelques années, certains affinités sur jeu placé et ce trio reste, aujourd'hui, la meilleure garantie de succès du powerplay. Opportuniste, sur le rebond d'un centre-tir, Plch ne manque pas de confirmer cette vérité (1-0 à 01'45").

Cela ne pouvait pas mieux commencer, se dit-on, surtout qu'Evan Cheverie se voit à nouveau sanctionné (03'14"), bientôt suivi par Riku Takala. Le défenseur grand format, véritable "échassier", s'étant rendu coupable d'une crosse au visage de Ján Plch dans l'arrondi (04'47"). Seulement voilà, cette fois, l'ICE n'en profite pas... et se fait contrer, peu après, sur une échappée finalisée (avec beaucoup de réussite) par Guillaume Doucet. Maxime Ouimet, en voulant dégager, trompant son propre portier (1-1 à 07'37").

takalaPetit coup de froid sur Poissompré mais Danick Bouchard, d'un tir complètement excentré, côté droit, va surprendre un Frédéric Dorthe quelque peu hésitant en ces premiers instants (2-1 à 08'12"). Et remettre Épinal devant...

Trop vite réduit à un enchaînement de pénalités, ce premiers tiers-temps ne laisse que peu d'occasions de s'enflammer. Restent les accrochages, nombreux, entre des Pingouins rugueux et des Dauphins ne manquant pas de répondant, à l'image d'un Fabien Leroy bousculant sans ménagement Cyril Papa, à la ligne bleue offensive, pour empêcher ce dernier de lui chiper le palet (09'15").

Ce "tampon" vaut au capitaine spinalien deux minutes de pénalités mais semble démontrer que lui et ses coéquipiers n'ont pas (plus ?) l'intention de se laisser aller. Une impression confirmée par la résurrection d'un Benjamin Casavant tellement décevant, ces derniers temps, qu'il a débuté sur le banc, contraint d'alterner ses présences avec Anthony Rapenne.

Fustigé pour sa lenteur d'exécution, son manque d'impact et son faible rendement, Casavant fait preuve, ce soir, d'une détermination insoupçonnée, complétant ses mises en échec et mouillant le maillot comme rarement. De bonnes intentions récompensées par cette récupération en zone neutre suivie d'un une-deux d'école avec Danick Bouchard (3-1 à 11'57"). Un contre rondement mené, qui succède à une belle mitaine de Girard sur un slap appuyé d'Ohlsson (10'44")... en supériorité !

Solide de la botte devant Cyril Papa (qui se présentait à lui, 16'09"), Gabriel Girard fait taire ses détracteurs à grands coup d'arrêts plutôt sûrs. Mais chassez le naturel, il revient au galop. À la vitesse d'un palet égaré en zone neutre et récupéré par des Alpins se projetant rapidement vers l'avant. Shane Lust s'en allant ensuite attaquer le filet, s'y reprenant à deux fois pour marquer, dans un trou de souris, entre la mitaine et le montant gauche du gardien (3-2 à 20'59"). Avec deux buts d'avance à la fin du premier tiers, l'ICE pouvait voir venir. Mais un "mauvais" but, on l'a vu, est si vite arrivé...

... et puis plus rien !

reederTout est à refaire, ou presque, pour les Dauphins, maintenant forcés de plus défendre qu'attaquer. Sévèrement puni d'une charge incorrecte (26'57"), Steven Cacciotti n'arrange pas les affaires de ses partenaires, devenus abonnés aux temps faibles.

S'en remettant aux parades de Girard, l'ICE résiste tant bien que mal au feu nourri des Pingouins. Un arsenal redouté avec les "bombardiers" Ohlsson et Weihager (employés sur le "cinq majeur" d'un powerplay dont le duo Cheverie/Szabó est la plaque tournante; le virevoltant Reeder se chargeant de mettre du mouvement).

Mais les hommes de Tommie Hartogs, qui ont clairement pris le contrôle des opérations, vont arriver à leurs fins. Evan Cheverie entre en zone et combine avec Peter Szabó (posté côté droit) pour s'ouvrir un boulevard. Légèrement désaxé, le Canadien ne se fait pas prier pour expédier la rondelle sous la barre, par-dessus la mitaine de Girard (3-3 à 27'18"). Le centre numéro un des Pingouins, pas manchot, faisant ainsi apprécier la précision de son tir des poignets...

La tendance s'est inverséee mais Stéphane Gervais, d'un shoot aussi lointain qu'anodin, ne laisse pas le doute s'installer (4-3 à 29'27"). Du moins le croit-on car ce diable de Reeder, dans la foulée, va jaillir au rebond d'un tir de Szabó (4-4 à 30'00"). Cet ailier de poche insaisissable et débordant de vivacité (connu pour ses célébrations exubérantes), s'en allant aussitôt chambrer un public dépité !

L'ICE paye cher ses relâchements, déjà qu'elle doit se passer des services de Ján Plch, sorti sur blessure quelques instants auparavant. Le vétéran slovaque, qui était redevenu un buteur très régulier, ne s'est pas remis d'un coup mal placé (au niveau du sternum). Un coup dur pour Santino Pellegrino, qui aura essayé (sans succès) l'option Élie Raibon avant d'opter pour le repositionnement de Jan Hagelberg, à l'avant, au côté de Michal Petrák et Steven Cacciotti.  

Une belle détente de Gabriel Girard, sur une reprise tendue de Robin Weihager (36'55") scelle l'issue d'un acte médian dominé par des Haut-Savoyards apparus maîtres du palet. Mais si le HCMA semble avoir pris l'ascendant, la victoire, ce soir, est encore loin d'avoir choisie son camp et c'est un final indécis qui attend les spectateurs de Poissompré. Une assistance guère emballée par ce match sans relief... qui va vite devenir ennuyeux. La faute à deux formations ayant singulièrement levé le pied (cherchant avant tout à se neutraliser, à moins qu'weihagerelles n'aient plus assez de "jus" pour faire le jeu ?).

Le temps passe et les minutes s'écoulent, sur un faux rythme... et sans rien de bien croustillant à se mettre sous la dent ! Une pénalité par ci (47'13") un brassage par là (47'31") et, surtout, très peu d'occasions. On passe pourtant tout près du KO mais Shane Lust, à l'affût du rebond (né d'un slap d'Ohlsson mal repoussé), voit le palet lui être retiré sous son nez (48'00").

Si la mitaine de Girard ne tremble pas, de près comme de loin, Dorthe doit lui principalement s'employer du bouclier pour repousser les rares assauts spinaliens. Et puisque les Dieux du hockey (et les deux gardiens) l'ont décidé, c'est en prolongation que le sort de ce match va se jouer. Non sans un ultime rebondissement : Sébastien Gauthier lançant Danick Bouchard dans l'intervalle, pour un face à face illicitement avorté par Guillaume Doucet (58'40").

Pas de penalty... mais une dernière pénalité, terriblement mal exploitée par des locaux sans génie, gênés par le déploiement de Morzinois décidés à ne rien lâcher.

La victoire ? C'est cadeau !

Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse. Une simple victoire d'Épinal, même étriquée, aurait largement suffit au bonheur de Poissompré, sevré de succès depuis le 20 octobre dernier. Seulement voilà, l'ICE a laissé passer sa chance. Sébastien Gauthier, mis sur orbite par Fabien Leroy, a la gagne au bout de la crosse. Mais le centre canadien, s'il est doté d'une excellente vision du jeu, n'a définitivement pas des mains de buteur. Et le prouve en ratant le cadre... à bout portant (61'22") !

Rageant, surtout que les Pingouins vont forcer la décision. Bien aidés, il est vrai, par cet incroyable oubli défensif sur leur première présence en zone offensive (lors de ce temps additionnel). Robin Weihager renversant sur sa gauche, vers un Johan Ohlsson libre de tout de marquage, à mi-distance. Une erreur fatale : le Suédois, seul au monde, a tout son temps pour s'avancer, armer son lancer... et décocher un slap puissant nettoyant la lucarne opposée (4-5 à 62'43") !

Un point, c'est mieux que rien pour les Dauphins en ces temps sportivement difficiles. Mais personne, ici, ne saura s'en contenter car les Vosgiens ont eu le match en main, allant même jusqu'à mener 3-1. Eux qui ont tant perdu ces derniers temps savent-ils encore gagner ? C'est à se le demander...

Santino Pellegrino n'a donc pas fini d'enrager en repensant au déroulement de cette soirée, qui aura accouché d'une sixième défaite d'affilée à Poissompré. Sûrement la plus frustrante de toute, avec ce terrible dénouement engendré par cet énorme oubli défensif en mort-subite. Comment peut-on laisser une voie aussi dégagée à un joueur doté d'un aussi gros lancer ? Johan Ohlsson, qui n'en demandait pas tant, ne s'est en tout cas pas posé de question au moment de jouer les Pères Fouettards...

Réactions d'après-match (dans Vosges-Matin) :

Santino Pellegrino (entraîneur d'Épinal) : « C'est inacceptable et incroyable de prendre ce but (NB : celui d'Ohlsson en prolongation), surtout quand cette erreur vient de joueurs d'expérience. On a travaillé ça toute la semaine et quand on vient au match, on oublie tout. On doit aimer se compliquer la vie. Ce n'est pas possible. »

 

Épinal - Morzine-Avoriaz 4-5 après prolongation (3-1, 1-3, 0-0, 0-1)
Samedi  8 décembre à 18h00 à la patinoire de Poissompré. 1 117 spectateurs.
Arbitrage de Damien Bliek assisté d'Anne-Sophie Boniface et Pierre Dehaen.
Pénalités : Épinal 22' (8' 6', 8', 0') : Morzine-Avoriaz 18' (10', 0', 8', 0').
Tirs : Épinal 29 (10, 10, 7, 2) ; Morzine-Avoriaz 41 (11, 16, 12, 1).

Évolution du score :
1-0 à 01'45" : Plch assisté de Cacciotti et Petrák (sup. num.)
1-1 à 07'37" : Doucet assisté d'Ohlsson et Weihager
2-1 à 08'12" : Bouchard assisté de Sušanj et Gervais (sup. num.)
3-1 à 11'57" : Casavant assisté de Bouchard
3-2 à 20'59" : Lust assisté de R. Papa et Cheverie
3-3 à 27'18" : Cheverie assisté d'Ohlsson et Szabó (sup. num.)
4-3 à 29'27" : Gervais assisté de Cacciotti et Petrák
4-4 à 30'00" : Reeder assisté de Szabó et Lust
4-5 à 62'43" : Ohlsson assisté de Weihager et J. Besson

 

Épinal

Gardien : Gabriel Girard.

Défenseurs : Maxime Ouimet - Fabien Leroy (C) ; Gašpr Sušanj  - Stéphane Gervais ; Peter Slovák - Jan Hagelberg ; Rémi Colotti.

Attaquants : Anthony Rapenne [en alternance avec Benjamin Casavant] - Sébastien Gauthier - Danick Bouchard (A) ; Steven Cacciotti - Michal Petrák - Ján Plch (A) [puis Raibon et Hagelberg] ; Élie Raibon - Yannick Offret - Yoann Chauvière.

Remplaçants : Nicolas Ravel (G), Maxime Martin, Kevin Benchabane, Romain Mauffrey.

Morzine-Avoriaz

Gardien : Frédéric Dorthe.

Défenseurs : Numa Besson - Mathieu Jestin ; Johan Ohlsson - Robin Weihager ; Riku Takala [puis Nicolas Lehericey] - Thomas Evans.

Attaquants : Guillaume Doucet - Evan Cheverie - Raphaël Papa ; Konrad Reeder (A) - Peter Szabó - Shane Lust ; Mickaël Brodin (C) - Cyril Papa (A) - Josselin Besson.

Remplaçants : Toni Kluuskeri, Théophile Mourin, Sacha Schmitt, Loïc Gaydon. Absent : Henri-Corentin Buysse (G, genou).