La Russie dans une forme olympique

LINDBACK Anders-20100514-6964Le Père Noël est passé en avance en Russie. Le conflit entre joueurs et propriétaires de franchises en NHL s'éternisant, la présence de grandes vedettes en Europe fait malgré tout des heureux. Y compris à l'occasion de la Channel One Cup, la deuxième étape de l'Euro Hockey Tour.

On le voyait venir à dix kilomètres depuis un petit moment : Zinetula Bilyaletdinov a convoqué pour la Russie la crème de la crème. Et pour cause, il l'a revendiqué clairement devant les médias : "Bill" considère ce tournoi comme une répétition générale des Jeux Olympiques de Sotchi, rien que ça. Avec Pavel Datsyuk, Evgeni Malkin, Ilya Kovalchuk et Aleksandr Ovechkin dans ses rangs, c'est donc une escouade tout droit venue de l'Olympe.

Jouer une Russie et ses étoiles, chez elle, le défi semblait délicat (insurmontable ?) pour une Suède qui avait loupé son rendez-vous du mois dernier, le tournoi Karjala, avec trois revers en autant de rencontres. Le sélectionneur Pär Mårts en est sorti furieux mais il avait espoir en une revanche des siens, même dans ce contexte si particulier. A défaut d'un Henrik Lundqvist qui ne se contente que de faire des allers et retours entre New York et Göteborg, Mårts a finalement misé sur Anders Lindbäck (photo de droite) pour garder les filets, renfort bien en jambes aux Ilves de Tampere en Finlande.

À lui de relever ce fameux défi alors que Konstantin Barulin est devenu un candidat plus que sérieux pour le poste de numéro 1 devant la cage russe avec ses 94% de moyenne d'arrêts en KHL cette saison. Un tel plateau ne pouvait laisser indifférent. L'enthousiasme a gagné ce jeudi la Khjodynka Arena et ses 14 000 spectateurs. Un enthousiasme électrique où chaque attaque russe se verra poussée par une foule totalement excitée de voir cette sélection olympique bêta.

Celle-ci se fait entendre rapidement lorsque Aleksandr Radulov est le premier à se créer une occasion devant le but. La pression de la Russie est soutenue. Evgeni Malkin arrive en zone offensive couloir droit mais il il préfère centrer pour Nikolaï Kulemin dont la tentative frôle le cadre. Les vagues ont beau l'air impressionnantes, elles ne déboussolent pourtant pas une Suède concentrée et fidèle à son plan de jeu. Cela ne l'empêche pas, par contre, de faire des fautes, Staffan Kronwall étant le premier à voir s'ouvrir la porte de la prison. Posté sur la gauche, Ilya Kovalchuk voit quant à lui toujours la porte fermée du but, pourtant servi idéalement par un Pavel Datsyuk percutant.

La sélection aux trois couronnes, à son tour en avantage numérique, va s'avérer plus inspirée. Nicklas Bäckström frappe une première fois, récupère le rebond qu'il remet aussitôt dans le paquet en direction de Patric Hörnqvist... trop court. Le palet continue toutefois son chemin à l'opposé où se trouve démarqué Nicklas Danielsson (1-0, 10'09"). Si Fredrik Pettersson échoue du revers devant un Konstantin Barulin vigilant, la Suède continue de serrer les dents, se sort d'une deuxième infériorité numérique malgré les menaces de Sergei Mozyakin, Evgeni Malkin et Evgeni Biryukov.

DATSYUK Pavel-100516-317Si les vingt premières minutes ont été encourageantes pour les visiteurs, les vingt suivantes vont devenir douloureuses. 53 secondes après le retour des vestiaires, Evgeni Medvedev égalise d'un slap puissant (1-1, 20'53"). Quelques instants plus tard, Marcus Johansson, seul au poteau gauche, obtient un caviar mais ne peut finalement en tirer bénéfice.

La troupe de Bilyaletdinov prend l'avantage en supériorité numérique. À la bleue, Biryukov alerte à droite Malkin qui refile côté opposé à Mozyakin, le jeu en triangle est dévastateur (1-2, 31'24"). Le calvaire n'est pas fini.

Ovechkin, mis sur orbite par Tereschenko, part à toute allure couloir droit, fait chuter Jonas Frögren pris de vitesse et s'ouvre parfaitement l'angle pour le tir (1-3, 32'43"). La Suède n'est plus aussi confiante qu'en première période, elle cède au stress et à la panique. Une mauvaise relance en zone défensive aurait pu être exploitée par Malkin dont la reprise manque de précision. Mais le K.O. est pour bientôt. Pavel Datsyuk est dans le coin droit lorsqu'il transmet à Kovalchuk qui frappe instantanément de la ligne bleue, Aleksandr Radulov passe par là pour la déviation (1-4, 34'12"). En trois minutes, la Suède a perdu le match.

Elle réagit tout de même en donnant des sueurs froides à Barulin qui cherche le palet en faisant le tour sur lui-même sous les yeux de Hörnqvist puis lorsque Nicklas Danielsson tire dans la mêlée dont la seule issue sera le poteau. Il s'agit maintenant pour les hommes de Mårts de limiter les dégâts... qui s'aggravent dès le début de l'ultime tiers-temps.

Ilya Nikulin passe la rouge puis la bleue et s'appuie sur Mozyakin qui ne se pose pas de question en décochant un lancer-frappé. Une fois de plus, Anders Lindbäck est le premier témoin d'une force de frappe russe puissante et réaliste (1-5, 40'13"). Pourtant, au lieu de couler totalement, l'embarcation suédoise tente de refaire surface, également avantagée par une Russie qui n'a plus franchement grand chose à craindre, recroquevillée dans son camp. Slap puissant de Pettersson capté impeccablement par la mitaine de Barulin, tir du revers puis en pivot de Söderberg, tentative entre les jambières de Kronwall, ce sont toutes d'excellentes opportunités mises en cendres par une Russie qui assure sa fin de match.

L'incendie finit par s'éteindre au fil des minutes, aveu de découragement des Scandinaves. La Sbornaïa aurait même pu alourdir le score. Anisimov et Plotnikov échouent en 2 contre 1. Puis Radulov, devant l'enclave, manque une passe pourtant idéale de Malkin qui temporisait derrière les filets de Lindbäck. La double supériorité suédoise de sept secondes ne servira évidemment à rien avant le bruit de la sirène.

La Suède, étouffée psychologiquement par trois buts rapprochés et deux en début de période, encaisse une quatrième défaite dans cet Euro Hockey Tour, la plus difficile à avaler certainement avec cet écart de quatre buts. Bilyaletdinov voulait des certitudes après cette rencontre, il en a eu. Un peu brouillonne en début de match, la Russie est devenue par la suite confiante, consciente de ses forces, maîtresse de son match et incroyablement réaliste. En somme une mayonnaise qui a déjà la saveur de celle du dernier championnat du monde qui avait vu leur sacre. Sacrément prometteur pour la suite...

Commentaires d'après-match

Aleksandr Ovechkin (attaquant de la Russie) : "Nous étions finalement assez nerveux en première période. Dans la seconde, nous étions par contre totalement dans notre match avant de baisser d'un ton et de contrôler dans la dernière."

Pär Mårts (entraîneur de la Suède) : "La Russie a une grande équipe avec de grandes stars, nous devions donc montrer notre meilleur hockey pour la battre. J'étais content de l'évolution du match en première période. Mais quand nous avons pris trois buts en trois minutes après la pause, nous avons perdu confiance en nos capacités. Notre équipe n'a pas joué à 100%, ni en attaque ni en défense. En même temps, j'ai été satisfait des actions des unités spéciales. En infériorité et en supériorité, nous avons fait jeu égal 1-1."

Staffan Kronwall (défenseur de la Suède) : "On a joué comme ils souhaitaient que l'on joue. Et puis nous avons eu quelques pertes de palet qui ont été préjudiciables. Mais leur jeu a été diablement rapide."

 

Suède - Russie 1-5 (1-0, 0-4, 0-1)
Jeudi 13 décembre 2012 à 20h00 à la Khodynka Arena de Moscou. 14000 spectateurs.
Arbitrage de Jari Lepäalho et Aleksei Rantala (FIN).
Pénalités : Suède 12' (4', 4', 4'), Russie 16' (2', 6', 8').
Tirs : Suède 27 (10, 8, 9), Russie 18 (6, 9, 3).

Évolution du score :
1-0 à 10'09" : Danielsson assisté de Bäckström et Johansson (sup. num.)
1-1 à 20'53" : Medvedev assisté de Datsyuk
1-2 à 31'24" : Mozyakin assisté de Malkin et Biryukov (sup. num.)
1-3 à 32'43" : Ovechkin assisté de Tereschenko et Tyutin
1-4 à 34'12" : Radulov assisté de Datsyuk et Kovalchuk
1-5 à 40'13" : Mozyakin assisté de Nikulin

 

Suède

Gardien : Anders Lindbäck.

Défenseurs : Jonas Frögren (-3) - Staffan Kronwall (C, -3, 2') ; Tobias Viklund (-1, 2') - Victor Hedman (-1) ; Jonas Ahnelöv - Niclas Burström ; Mattias Bäckman.

Attaquants : Marcus Johansson (A) - Nicklas Bäckström (-3, 2') - Patric Hörnqvist (-1, 2') ; Viktor Stålberg (-1, 2') - Patrik Berglund - Joakim Lindström (-1) ; Jimmie Ericsson (-1) - Carl Söderberg (-1) - Linus Omark (-1) ; Niklas Persson (A) - Joel Lundqvist - Fredrik Pettersson (2') ; Nicklas Danielsson.

Remplaçant : Jhonas Enroth (G).

Russie

Gardien : Konstantin Barulin.

Défenseurs : Evgeni Medvedev (+2) - Aleksei Emelin (+2) ; Evgeni Biryukov (+1, 4') - Ilya Nikulin (A, +1) ; Fedor Tyutin (+1, 2') - Denis Denisov (+1) ; Dmitri Kalinin (2') - Maxim Chudinov.

Attaquants : Aleksandr Radulov (A, +3) - Pavel Datsyuk (+2) - Ilya Kovalchuk (C, +1) ; Sergei Mozyakin (+2, 2') - Evgeni Malkin (+1) - Nikolaï Kulemin ; Aleksandr Ovechkin (+1) - Aleksei Tereschenko (+1) - Nikolaï Zherdev (4') ; Sergei Shirokov - Artem Anisimov - Sergei Plotnikov (2').

Remplaçants : Vassily Koshechkin (G), Vadim Shipachev.