Que faire contre cette Russie ?

PAVELEC Ondrej-110513-079La Russie a sorti la grosse artillerie et son public attend des victoires par deux ou trois buts d'écart minimum à chaque match. Un peu prétentieux ? Cela se comprend avec un tel effectif, dont le seul problème est qu'il regorge de stars. Il n'est donc pas trop tôt pour se poser les bonnes questions à 14 mois des Jeux olympiques de Sotchi. Comment assembler toutes ces vedettes et garder la cohérence de l'équipe ?

Malgré le forfait sur blessure de Popov qui a empêché la Russie d'aligner la ligne-phare des derniers Mondiaux (Popov-Malkin-Perezhogin), c'est Aleksandr Ovechkin qui est la "victime" toute relative de la répartition des rôles, en jouant en troisième ligne aux côtés d'un centre défensif (Tereshchenko). Il serait exagéré d'y voir un trio défensif, surtout avec Zherdev à l'autre aile, et seule la quatrième ligne a été clairement conçue à visée protectrice. Mais à l'aile gauche du premier trio, celui de Malkin, Bilyaletdinov a donc choisi Sergei Mozyakin, buteur très régulier de KHL qui a rarement eu de tels honneurs en équipe nationale.

Les Suédois ayant déjà été avalés 5-1, les Tchèques doivent-ils avoir la pétoche ? Même pas peur, semble répondre leur gardien Ondrej Pavelec : "Je ne pense pas que ce soit un match différent des précédents. C'est toujours l'Euro Hockey Tour. Les Russes ont d'excellents joueurs de NHL, mais nous aussi."

C'est vrai, les Tchèques se présentent avec une douzaine de hockeyeurs évoluant en temps normal en NHL. Mais aucun n'a la classe de Pavel Datsyuk. Capable de gestes splendides et de mouvements de génie, le centre de Detroit et actuellement du CSKA Moscou est aussi remarquable dans la conquête du palet. C'est en gagnant une mise au jeu en zone offensive face à Kovar et en ressortant victorieusement la rondelle vers la ligne bleue qu'il amène ainsi le premier but : le lancer d'Anatoli Emelin est parfaitement dévié devant la cage par Aleksandr Radulov (1-0). Le premier but des héros de la piste aux étoiles est donc un but de labeur.

RADULOV Alexander-110515-048Le défenseur Ondrej Nemec évite le pire en se couchant devant la passe à 2 contre 1 de Kovalchuk, qui avait intercepté un palet dans sa zone en infériorité numérique. Cette deuxième ligne russe est absolument insoutenable. À sa présence suivante, Radulov récupère le palet devant sa cage et relance vers Pavel Datsyuk. Le centre s'appuie en une-deux sur Kovalchuk à la ligne bleue et, pas assez attaqué par Skoula, trouve un tir parfait en lucarne (2-0). Avec deux buts de retard, l'espoir tchèque de faire un résultat s'est clairement amenuisé.

Il reste à éviter la piquette, et ce n'est pas gagné. Dès que les Russes sont en supériorité numérique, la proportion de stars au mètre carré de glace est un peu importante. Ovechkin prend place à la bleue en avantage numérique et n'est pas jaloux de la place en première ligne de Sergei Mozyakin, puisqu'il le sert à gauche sur la ligne de fond. Mozyakin n'a pas besoin de beaucoup d'angle pour marquer et le prouve en inscrivant le troisième but. Le jeu s'accélère encore par une contre-attaque du deuxième trio : Pavel Datsyuk prend de vitesse Hemsky sur la remontée de glace (le centre Krejci étant encore plus loin au repli) et se retrouve seul devant la cage pour conclure le superbe mouvement collectif de ses ailiers Kovalchuk et Radulov.

4-0, le score est sans pitié. Y compris pour Pavelec qui doit bien se rendre à l'évidence sur cette action : les joueurs russes de NHL sont un ton au-dessus de leurs homologues tchèques. Le gardien doit rentrer au banc, remplacé par Alexander Salak.

Le score est lourd et les Tchèques espèrent au moins sauver l'honneur. Ales Hemsky, qui n'a rien à envier aux Russes par son art du dribble, est impliqué dans la plupart de leurs occasions : il sert Frolik en surnombre, puis trouve Krejci qui ne parvient à frapper le palet aérien. Vassili Koshechkin conserve cependant sa cage inviolée jusqu'à la fin.

Ce ne sera pas le cas de Salak qui devra lui aussi céder. Mozyakin trouve une belle ligne de passe vers Malkin qui dribble Rolinek entre les jambes et marque du revers entre les bottes du gardien. Pavel Datsyuk inscrira le dernier but dans le même espace après avoir reçu une forme de cadeau en interceptant une passe transversale douteuse de Filip Novak en zone défensive.

MALKIN Evgeni-100516-3756-0, la démonstration est totale, et la Russie pourrait vendre dès ce soir les billets pour les Jeux olympiques de Sotchi. La promotion est réussie. Et les superlatifs pleuvent pour Pavel Datsyuk, tant de la part des observateurs que des joueurs.

Le résumé vidéo du match.

Commentaires d'après-match

Ales Hemsky (attaquant de la République Tchèque) : "Il n'y a rien à faire. Nous devons oublier le matchn et nous préparer au match de dimanche contre les Suédois. Pas facile de retenir quelque chose de positif. [...] Datsyuk est un caractère différent des autres Russes, il ne s'affiche pas. Il n'est pas au centre de l'action, il est plus discret. Mais tous les joueurs ont un respect incroyable pour lui, c'est le plus important. Il est centre, ce sont eux qui font les équipes. Si vous regardez les derniers vainqueurs des Coupes Stanley, ils avaiennt tous les deux meilleurs centres. Datsyuk a tout, il joue dans les deux sens de la glace et est vraiment intelligent."

Ilya Kovalchuk (attaquant de la Russie) : "Le deuxième match est toujours meilleur. Nous avons vu la patinoire pleine, les nombreux enfants dans les tribunes, dont certains des nôtres. Je pense que chacun dans l'équipe avait une motivation supplémentaire. Les Tchèques aussi savent jouer au hockey, ils ont 60% de joueurs qui jouent régulièrement en équipe nationale. C'est juste que nous nous sentions mieux physiquement, que nous suivions mieux les consignes, et que plus généralement nous avons mieux joué. Ce n'était pas si facile. Koshechkin nous a sauvés plusieurs fois au bon moment, et Radulov a mis le premier but très important sur une déviation, et la suite s'est enchaînée. On ne peut pas se reposer sur ses lauriers. Nous devons nous améliorer, perdre moins de palets dans notre zone, travailler plus efficacement. Ce tournoi est là pour ça. L'équipe a besoin de trouver la bonne chimie. Cela prend du temps d'apprendre le système de jeu, surtout pour ceux qui n'étaient pas habitués à travailler avec ce coach."

 

Russie - République Tchèque 6-0 (2-0, 2-0, 2-0)
Samedi 15 décembre 2012 à 20h00 à la Khodynka Arena de Moscou. 14000 spectateurs.
Arbitrage de Jari Leppäalho et Aleksei Rantala (FIN).
Pénalités : Russie 10' (4', 4', 2'), République Tchèque 10' (4', 4', 2').
Tirs : Russie 25 (10, 7, 8), République Tchèque 29 (11, 6, 12).

Évolution du score :
1-0 à 08'09" : Radulov assisté d'Emelin et Datsyuk
2-0 à 16'09" : Datsyuk assisté de Kovalchuk
3-0 à 24'13" : Mozyakin assisté d'Ovechkin et Malkin (sup. num.)
4-0 à 27'45" : Datsyuk assisté de Radulov et Kovalchuk
5-0 à 49'08" : Malkin assisté de Mozyakin
6-0 à 50'15" : Datsyuk


Russie

Gardien : Vassily Koshechkin.

Défenseurs : Evgeni Biryukov (+1) - Ilya Nikulin (C, +1) ; Evgeni Medvedev (+3) - Aleksei Emelin (+3) ; Denis Denisov (+1, 2') - Fedor Tyutin (+1, 2') ; Dmitri Kalinin - Maksim Chudinov.

Attaquants : Sergei Mozyakin (+1) - Evgeni Malkin (+1, 2') - Nikolaï Kulemin (+1) ; Ilya Kovalchuk (A, +4) - Pavel Datsyuk (+4) - Aleksandr Radulov (+4, 4') ; Aleksandr Ovechkin (A) - Aleksei Tereschenko - Nikolaï Zherdev ; Sergei Shirokov - Artem Anisimov - Sergei Plotnikov.

Remplaçants : Konstantin Barulin (G), Vadim Shipachev.

République Tchèque

Gardien : Ondrej Pavelec puis Alexander Salak à 27'45".

Défenseurs : Jakub Nakladal (-1) - Zdenek Kutlák (-2) ; Jakub Kindl (4') - Roman Polák (-3) ; Filip Novak (-1) - Ondrej Nemec (-1) ; Martin Škoula (-2, 2').

Attaquants : Jakub Svoboda (-2) - Tomáš Plekanec (C, -1) - Petr Nedved (A, -1) ; Michael Frolík (-1) - David Krejcí (-1) - Aleš Hemský (-1) ; Tomáš Rolinek (A, -2) - Petr Koukal (-1) - Jakub Petruzálek (-2) ; Jakub Vorácek (-1) - Jan Kovár (-2, 2') - Martin Ruzicka ; puis Jakub Orsava et Antonín Honejsek à 40'00".