Les vrais gagnants et les vrais perdants de l'équipe russe

MALKIN Evgeni-100516-559La Russie a fait de ce tournoi une répétition générale aux Jeux olympiques 2014, et elle a rempli sa mission en régalant son public. Les joueurs se sont donc fait plaisir, avant de tirer les bilans individuels...

Ceux qui n'ont guère goûté à ce week-end, ce sont les adversaires. La Finlande est finalement celle qui s'en est le mieux sortie, alors qu'elle était la seule à ne compter aucun joueur de NHL. Elle avait volontairement rajeuni l'équipe pour ce rendez-vous de décembre, et elle n'en a joué que plus crânement. Il fallait voir par exemple Tuomas Kiiskinen passer derrière le joueur qui lui faisait face sur une mise au jeu en zone offensive pour ensuite tenter un tour de cage. De quel joueur s'agissait-il ? Du meilleur du monde, Evgeni Malkin.

Le meilleur du monde, mais pas le meilleur de la semaine. Car ce tournoi aura avant tout été éclaboussé de la classe de l'autre centre-vedette de la Russie, Pavel Datsyuk. Pour ce dernier match, la deuxième ligne a perdu Aleksandr Radulov, blessé au pied. Vadim Shipachev l'a remplacé aux côtés de Kovalchuk et Datsyuk, et même s'il n'est pas aussi dominant dans l'enclave que Radulov, il tient sa place. C'est même lui qui a provoqué la première pénalité adverse de Mäenpää, qui l'a accroché. Mais ce trio est presque trop altruiste avec deux passeurs comme Shipachev et Datsyuk : à plusieurs reprises les trois partenaires (Kovalchuk inclus) font la passe de trop au lieu de tenter leur chance au cours de la première période.

MAENPAA Mikko-120504-443Il faut donc attendre la mi-match pour qu'Ari Ahonen s'incline. Il ne peut rien faire sur un 2 contre 2 qui devient un 2 contre 1 d'école, car le défenseur Atte Ohtamaa peine à suivre malgré un plongeon désespéré. C'est le "joker" Shipachev qui transforme une passe de Kovalchuk. Dans la minute qui suit, la Finlande prend son deuxième surnombre du match. Des fautes à éviter contre un powerplay aussi mortel : Sergei Mozyakin sert une merveille de passe transversale à Evgeni Malkin qui conclut en s'appliquant, avec le genou gauche posé sur la glace. Deux buts en deux minutes, la machine russe semble alors lancée...

Mais la Finlande s'est toujours bien débrouillée en jeu de puissance, il lui faut juste une cartouche. Il faut attendre 35 minutes pour la première prison russe, contre Anisimov. Le lancer du haut du cercle droit de Mikko Mäenpää est parfaitement masqué par un bon écran de Teemu Ramstedt, venu perturber la vue du gardien. Ce but débloque les Finlandais qui se jettent à l'attaque et auraient très bien pu égaliser sans un très bon Konstantin Barulin devant les filets, notamment sur un revers d'Aaltonen que Chudinov a laissé bien trop facilement repiquer devant la cage.

La seconde pause fait donc du bien aux Russes. Dès la reprise, Shipachev rend sa passe décisive à Kovalchuk qui inscrit le 3-1 et met un point final au tableau d'affichage. Jori Lehterä, dans la même position que Kovakchuk, échoue pour sa part sur Barulin. À trois minutes de la fin, Nikolaï Kulemin charge un adversaire dans le dos avec la crosse, et Jukka Jalonen profite de cette pénalité pour prendre son temps mort et sortir son gardien. Mais les quatre Russes défendent leur victoire face à six Finlandais.

Avec trois victoires, le bilan collectif de la Russie est parfait. Et le bilan individuel ? Parmi les gagnants, le plus discret mais pas le moins satisfaisant est Artem Anisimov. En délicatesse au dernier tournoi dans un rôle inhabituel de premier trio, il s'est montré bien plus à sa place sur la quatrième ligne, où il a appliqué le système de jeu avec combativité. Il a son billet pour Sotchi dans la poche avec ce rôle-là. Son ailier Sergei Plotnikov a aussi fait preuve de hargne, mais c'était son premier tournoi international et il n'est pas encore candidat.

TERESHCHENKO Alexei-100516-276Le bilan de la troisième ligne est plus mitigé. Le centre défensif Aleksei Tereshchenko fêtait ses 32 ans aujourd'hui, mais l'entraîneur Zinetulla Bilyaletdinov a ouvertement avoué qu'il attendait mieux offensivement de ce trio. Le principal perdant est ainsi Nikolaï Zherdev, qui n'a tiré que quatre fois en trois rencontres, et qui n'a toujours pas convaincu. Sur l'autre aile, Aleksandr Ovechkin peut être malheureux : il avait flambé aux Mondiaux aux côtés de Datsyuk, mais Kovalchuk lui a piqué cette place et a été remarquable, y compris dans le repli défensif ou en infériorité.

En fait, Datsyuk fait briller tous ses partenaires, mais il n'y a pas de place pour tout le monde. S'il est impensable qu'Ovechkin ne soit pas à Sotchi, même si c'est un casse-tête de lui trouver une place, en revanche Aleksandr Semin a des raisons de s'inquiéter. Toujours en dessous des attentes, en NHL comme en KHL ces temps-ci à Nijni Novgorod, ce potentiel non exploité n'a pas été sélectionné pour ce tournoi et n'est pas sûr d'être de la partie olympique. Ses performances aux championnats du monde devaient beaucoup à Datsyuk.

Ceux qui n'ont pas Datsyuk peuvent au moins espérer jouer sur la ligne d'Evgeni Malkin. Les blessures de ses partenaires champions du monde Popov et Perezhogin a ouvert les places. Le vétéran Sergei Mozyakin, que Bilyaletdinov a appelé pour la première fois, a bien profité de la chance qui lui a été donnée. Nikolaï Kulemin a été le moins en vue sur les deux premières lignes, mais il a travaillé et devrait sûrement faire le voyage olympique, peut-être sur une ligne plus défensive.

Mais une chose reste certaine : si vous êtes russe et que vous briguez une place dans l'effectif olympique, mieux vaut... être défenseur ! La concurrence sera moins rude...

Commentaires d'après-match

Evgeni Malkin (attaquant de la Russie) : "Je pense que les spectateurs ont eu une bonne impression de l'équipe nationale de Russie. Même si nous manquions de concentration, surtout à la fin. À 2-0, nous avons commencé à faire des erreurs dans notre zone. Le coach a parlé dans le vestiaire à la pause, et au retour sur la glace, tout le monde a été agressif sur le palet et a joué correctement. Nous avons quatre lignes de niveau à peu près égal, on passe moins de temps sur la glace. Aujourd'hui je n'ai pas joué en infériorité. Nous ne pouvons pas nous dire fatigués, les forces sont suffisantes."

 

Russie - Finlande 3-1 (0-0, 2-1, 1-0)
Dimanche 16 décembre 2012 à 14h00 à la Khodynka Arena de Moscou. 14000 spectateurs.
Arbitrage de Vladimir Sindler et Jan Hribik (TCH).
Pénalités : Russie 6' (0', 4', 2'), Finlande 16' (4', 2', 10').
Tirs : Russie 23 (10, 7, 6), Finlande 31 (6, 11, 14).

Évolution du score :
1-0 à 28'35" : Shipachev assisté de Datsyuk et Kovalchuk
2-0 à 30'25" : Malkin assisté de Mozyakin et Kulemin (sup. num.)
2-1 à 35'47" : Mäenpää assisté de Näkyvä et Pihlström (sup. num.)
3-1 à 41'04" : Kovalchuk assisté de Datsyuk et Shipachev


Russie

Gardien : Konstantin Barulin.

Défenseurs : Evgeni Biryukov - Ilya Nikulin (C) ; Evgeni Medvedev (+2, 2') - Aleksei Emelin (+2) ; Denis Denisov - Fedor Tyutin ; Dmitri Kalinin - Maksim Chudinov.

Attaquants : Sergei Mozyakin - Evgeni Malkin - Nikolaï Kulemin (2') ; Ilya Kovalchuk (A, +2) - Pavel Datsyuk (+2) - Vadim Shipachev (+2) ; Aleksandr Ovechkin (A) - Aleksei Tereschenko - Nikolaï Zherdev ; Sergei Shirokov - Artem Anisimov (2') - Sergei Plotnikov.

Remplaçant : Vassily Koshechkin (G). Absent : Aleksandr Radulov (pied).

Finlande (4' pour surnombre)

Gardien : Ari Ahonen [sorti à 57'12"].

Défenseurs : Teemu Eronen - Teemu Laakso ; Kristian Näkyvä (-1) - Mikko Mäenpää (-1, 2') ; Sami Lepistö (A) - Ilari Melart ; Atte Ohtamaa (-1) - Lasse Kukkonen (C, -1).

Attaquants : Tuomas Kiiskinen - Jori Lehterä (A, 10') - Juhamatti Aaltonen ; Antti Pihlström (-1) - Teemu Ramstedt (-1) - Kristian Kuusela (-1) ; Jonas Enlund (-1) - Ville Viitaluoma - Jere Sallinen (-1) ; Tommi Huhtala - Miika Lahti - Toni Kähkönen.

Remplaçant : Joni Ortio (G). En réserve : Oskar Osala.