Présentation du Mondial Junior 2013

Mondial U20 2013 - Ufa, RussieLe Mondial U20 reprend la direction de l’Europe pour cette nouvelle édition. Ce sont les Russes qui vont accueillir les meilleurs juniors du monde, à Ufa. Une destination qui a probablement changé quelque peu les effectifs sélectionnés : le jeu se déroulera sur grande glace, les différentes équipes ont choisi de de mettre l’accent sur de bons patineurs plutôt que des joueurs très physiques.

Ufa étant relativement loin de tout, chaque nation aura le droit de sélectionner trois gardiens. L’un d’entre eux sera en tribunes et “hors effectif”, mais prêt à intervenir en cas de blessure.

Le lock-out NHL avait eu un impact exceptionnel sur l’édition 2005. Le Canada avait alors aligné la plus belle génération de son histoire et avait survolé le tournoi : Crosby, Perry, Getzlaf, Carter, Richards, Bergeron, Phaneuf, Seabrook, Coburn, Weber, Fleury... Un effectif peuplé de stars en devenir, qui ont quasiment tous confirmé à l’échelon supérieur.

L’édition 2012-2013 sera-t-elle du même calibre ? Pas sûr ! Le Canada n’est plus l’équipe dominatrice d’il y a quelques années. Les joueurs à la feuille d’érable ont manqué le titre trois ans de suite, n’atteignant même pas la finale la saison dernière. Le favori ? Difficile à dire : la Suède, tenante du titre, est candidate à sa propre succession mais comptera plusieurs absents majeurs. La Russie évoluera à domicile avec une nouvelle fois de superbes talents. La Finlande aligne quelques pépites assez savoureuses. Les États-Unis comptent eux aussi sur quelques phénomènes. Derrière ce top-5, une marche sérieuse apparaît : les Tchèques disposent de quelques éléments mais paraissent manquer de profondeur, de même que les Suisses et les Slovaques. L’Allemagne et la Lettonie joueront pour leur part le maintien.

 

Groupe A

SuèdeLa Suède, tenante du titre, a payé un lourd tribut en ce début de saison, perdant ses deux meilleurs défenseurs sur blessure. Jonas Brodin et Oskar Klefbom sont forfaits et absents de longs mois, le premier blessé en ligue américaine, le second en élite suédoise. La défense devait donc s’appuyer sur le prodige Hampus Lindholm qui évolue déjà en AHL... mail il s’est blessé en préparation ! C’est donc Rasmus Bentgsson qui devra mener la défense aux côtés de joueurs méconnus. Ce petit manque de profondeur en défense pourrait coûter cher. Fort heureusement, il y a du lourd derrière : Oskar Dansk fait partie des tous meilleurs gardiens juniors de la planète, et sera secondé par Niklas Lundström.

Offensivement, la Suède a perdu gros puisque Mika Zibanejad, héros de la finale 2012 avec son but en prolongation, n’a pas été libéré par Ottawa et reste en ligue américaine, ce qui agace tout un pays. La Suède jouera donc avec Filip Forsberg, Sebastian Collberg, ainsi que Elias Lindholm (2013), l’un des jeunes les plus prometteurs pour la prochaine draft et déjà efficace en élite suédoise à 17 ans. La profondeur est considérable : le premier choix Rickard Rackell, Victor Rask, le benjamin de l’équipe Jacob de la Rose (né en 1995) ou Jeremy Boyce Rotevall sont tout aussi capables de marquer. Enfin, on trouve aussi Nick Sorensen, qui évolue en ligue du Québec : avec une double nationalité suédoise et danoise, le joueur a choisi de représenter la Suède. Au final, la Tre-Kronor compte six joueurs champions en janvier dernier. L’expérience pourrait se révéler décisive.

 

FinlandeLa Finlande aligne l’une de ses plus belles générations. Traditionnellement, la Finlande s’appuie sur une défense solide et compacte, devant un excellent gardien. Cette saison pourtant, ce sont les noms en attaque qui intriguent. Joel Armia, ancien premier choix de Buffalo, disputera son troisième Mondial. Il sera rejoint par Aleksander Barkov, qui tourne à plus d’un point par match en SM-Liiga et est annoncé dans le top-5 de la prochaine draft. Il fut l’an passé le plus jeune buteur de l’histoire du mondial. Enfin, le spectaculaire Teuvo Teräväinen apportera une touche technique et une audace intéressantes. L’attaque comptera aussi sur Artturi Lehkonen, autre benjamin de l’équipe, et sur Miikka Salomäki.

Défensivement, le géant Olli Määttä, qui avait quitté la dernière édition sur blessure dès le premier match, devrait jouer le rôle de leader, aux côtés de l’offensif Rasmus Ristolainen, de Petteri Lindbohm et de Ville Pokka. Dans les cages, l’excellent gardien de Swift Current Eetu Laurikainen devrait être titulaire devant Joonas Korpisalo. La Finlande possède de solides arguments pour viser un podium.

 

République TchèqueLa République Tchèque aligne une nouvelle fois une formation à forte consonance nord-américaine. Si le défenseur Richard Nedomlel et le buteur Matej Stransky ont été laissés à la maison, pas moins de douze joueurs évoluent au Canada en junior majeur et seulement sept au pays. Les deux gardiens, Patrik Bartosak et Matej Machovsky, sont dans ce cas. En défense, l'excellent David Musil devrait bénéficier d’un temps de jeu conséquent.

L’attaque profite aussi d’hommes en forme comme Martin Frk, Radek Faksa et surtout Dmitri Jaskin, auteur d’un superbe début de saison pour Moncton (LHJMQ). L’une des stars attendues sera Tomas Hertl, rookie de l’année dernière en élite tchèque. On suivra aussi avec attention Jakub Vrana, qui s’est expatrié en Suède, à Linköping, qui sera l’un des plus jeunes joueurs du tournoi (né en 1996). L’effectif peut jouer les trouble-fête, sans pour autant faire partie des grands favoris. Une place en quarts de finale paraît un objectif raisonnable.

 

SuisseLa Suisse s’est solidement installée dans le top-8 et visera un nouvel exploit. La qualification en quarts de finale est l’objectif affiché pour les Helvétiques, qui comptent des arguments offensifs solides. Pas moins de six joueurs sont expatriés en junior majeur au Canada et deux en Suède. En attaque, Mirco Muller, Tanner Richard, Alessio Bertaggia, Sven Andrighetto et Lukas Balmelli donnent une belle allure aux deux premières lignes, aux côtés de Christoph Bertschy, l’attaquant du SC Berne.

La défense possède sans doute moins d’expérience internationale ; Christian Marti évolue tout de même au Québec et devrait être l’un des meneurs à l’arrière. Phil Baltisberger (né en 1995) sera l’un des benjamins de l’équipe, mais pas le défenseur le moins talentueux : il sera surveillé de près par les recruteurs. Dans les cages, Luca Boltshauser devrait être titulaire à la faveur de son expérience à Färjestad.

 

LettonieLa Lettonie, promue, paraît destinée à faire à nouveau l’ascenseur. Malgré tout, l’équipe compte sur de nombreux expatriés, en dehors des onze joueurs du HK Riga. Deux des gardiens évoluent en Suisse : Ivars Punnenovs (Rapperswil-Jona) et Elvis Merzlikins (Lugano). En défense, on trouve Rinalds Rosinskis (Prince George), ainsi que Kristaps Nimanis qui joue en Finlande (Vaasa)

L’attaque compte plusieurs expatriés : Roberts Lipsbergs (Seattle) et Edgars Kulda (Edmonton) connaissent bien la WHL et son jeu physique, alors que Nikita Jevpalovs évolue en ligue du Québec. Toms Andersons s’est pour sa part expatrié en Suisse, à Berne. L’attraction sera Theodors Bulgers (Minnesota-State) qui joue en NCAA et est le seul joueur drafté de l’effectif, par Pittsburgh l’an passé au deuxième tour. Au final, un effectif qui est un peu plus confronté au haut niveau que d’habitude, mais cela paraît tout de même un peu juste pour surprendre les meilleurs.

 

Groupe B

RussieFinaliste de la dernière édition, la Russie a déjà montré de belles choses cette année. Après un duel extrêmement disputé pour l’anniversaire de la série du siècle en août, ils ont dominé les all-stars de junior majeur en remportant un match face au Québec, un face à l’Ontario (une première) et un face à l’Ouest. De quoi se mettre en confiance, principalement dans les cages : le duo Andrei Makarov - Andrei Vasilevsky paraît un cran au-dessus de tout le monde dans cette édition. Consolidé dans les cages, le pays organisateur l’est aussi en défense avec de très bons joueurs comme Albert Yarullin, Artem Sergeev, Nikita Nesterov ou Kirill Dyakov.

Il n'y aura cependant que 7 défenseurs pour 13 attaquants, au lieu de 8 arrières et 12 attaquants dans la tradition russe : c'est la surprise réservée par l'entraîneur Milkhaïl Varnakov qui a coupé deux défenseurs à la fin du camp (Aleksei Vassilyevsky et Nikita Tryamkin).

L’ogre russe pourra laisser libre au cours aux génies offensifs disponibles grâce au lockout NHL : Naïl Yakupov (Edmonton), n°1 de la dernière draft, brille en KHL où il est parti jouer dans son club formateur du Neftekhjimik Nijnekamsk. Mikhaïl Grigorenko domine la ligue du Québec et aura des libertés sur la deuxième ligne avec Nikita Kucherov, grâce au soutien du troisième homme, le travailleur Anton Slepyshev. Une formation complète et expérimentée : il faudra aller chercher les Russes chez eux !

 

CanadaLa victoire ou rien : le Canada met toujours la barre très haut pour ce tournoi. Le dernier lockout avait offert au pays la médaille d’or la plus “facile” de leur histoire, mais celui-ci sera probablement moins favorable. La faute au poste de gardien, gros point faible du pays depuis Carey Price. Cette saison, c’est Malcolm Subban qui devra tenir le fort : auteur d’un camp de préparation décevant, il sauve sa place à l’expérience au détriment de Laurent Brossoit, renvoyé chez lui, mais le frère de PK devra tenir à distance Jake Paterson et Jordan Binnington, très solides pendant la sélection. La défense est aussi prometteuse que celle de 2005, malgré la grave blessure de Ryan Murray fin novembre. On trouve deux revenants : Douglas Hamilton qui survole l’OHL et le discret Scott Harrington . Ils seront accompagnés de Morgan Rielly, de l’offensif Ryan Murphy (enfin sélectionné après deux échecs), des physiques Griffin Reinhart et Tyler Wotherspoon, ainsi que du Franco-Québécois Xavier Ouellet.

En attaque, le capitaine Ryan Nugent-Hopkins n’a plus rien à prouver en junior après avoir effectué de superbes débuts NHL à Edmonton et un début de saison royal en AHL. Il sera présent, de même que le meilleur marqueur de l’OHL Ryan Strome, le spectaculaire Jonathan Huberdeau, champion junior avec St John en 2011, et d’un autre revenant, Mark Scheifele. La surprise du camp fut le jeu du duo d’Halifax Nathan MacKinnon - Jonathan Drouin. Les deux attaquants de 17 ans ont décroché leur place dans l’effectif, aux côtés du buteur pur Ty Rattie. Le travail défensif sera confié à Philippe Danault, Mark McNeill - remplaçant de Charles Hudon blessé en préparation - et aux physiques Brett Ritchie et Anthony Camara. Le coéquipier de Tim Bozon à Kamloops, JC Lipon, a décroché une place surprise, capable de dépanner sur n’importe quelle ligne. Enfin, Boone Jenner, joueur clé de la troisième ligne, manquera les trois premiers matchs, suspendu après une mauvaise charge dans un match de préparation face à la Suède. Défensivement et offensivement, le Canada a largement de quoi répondre aux autres nations, voire de dominer. Mais Subban fera-t-il la différence ?

 

Etats-UnisLes États-Unis sont souvent placés, grâce à leur excellent programme de formation U17 et U18. Toujours sur le podium de cette catégorie, ils peinent à confirmer en U20, même s’ils ont remporté deux titres depuis 2004, coupant les séries canadiennes et russes. Cette année, les joueurs à la bannière étoilée constituent de sérieux outsiders. Ils alignent un bon gardien, John Gibson, impérial avec Kitchener (92,8% d’arrêts) ; de solides arguments en défense autour du grand espoir 2013 Seth Jones, fils d’un ancien joueur NBA et excellent avec Portland (WHL). Et une attaque prometteuse menée par Alex Galchenyuk : l’espoir de Montréal a trouvé son rythme en novembre avec Sarnia, explosant son compteur personnel. Il trouvera en JT Miller un très bon soutien, l’espoir des Rangers ayant été libéré par son équipe AHL pour le tournoi. Le seul coup dur a été le renvoi de Stefan Noesen : l’imposant ailier droit a été suspendu en OHL pour dix matchs et l’IIHF a décidé de transposer cette suspension au niveau international. Noesen a donc été renvoyé à la maison.

On trouvera donc en défense autour de Seth Jones de solides gabarits : Connor Murphy, Mike Reilly, Jacob Trouba et Jake McCabe dépassent tous 1,85 mètre. Le seul petit gabarit sera l’offensif Shayne Gostisbehere, convaincant au camp d’été comme en préparation. En attaque, Miller et Galchenyuk évolueront avec Sean Kuraly, Mario Lucia, et Vince Trocheck, ce dernier disputant à Galchenyuk le trophée de meilleur marqueur de l’OHL. Mais la vitesse sera un autre atout avec les petits gabarits de John Gaudreau et Rocco Grimaldi, 1,71 mètre de moyenne ! L’effectif est complété avec le spécialiste défensif Blake Pietila, l’un des joueurs les plus en vue pendant la préparation par sa tenacité et sa combativité. Une place sur le podium est tout à fait envisageable et le choc face au Canada le 30 décembre s’annonce déjà explosif.

 

SlovaquieLa Slovaquie a créé il y a plusieurs saisons une équipe nationale U20 évoluant en élite slovaque. L’équipe envoyée à Ufa s’appuie en grande partie sur ce travail puisque seize joueurs en font partie. Un changement radical par rapport aux sélections précédentes, composées majoritairement de joueurs de junior majeur. Cette fois-ci, ils sont peu nombreux. Le gardien Richard Sabol évolue en USHL, le défenseur Peter Ceresnak  à Peterborough et l’attaquant Martin Reway à Gatineau, en ligue du Québec : ce sont les trois seuls joueurs d’Amérique du Nord.

Cette forte ossature commune pourrait permettre de faire la différence, les joueurs ayant l’habitude de jouer ensemble. Difficile de sortir de ce groupe des joueurs phares : seul Marko Dano a reçu quelques échos positifs auprès des recruteurs, étant noté dans la liste “B” du Central Bureau of Scouting, l’organisme de la NHL, grâce à ses prestations en élite avec le Slovan Bratislava. Le capitaine sera le défenseur Karol Korim, assisté de l’arrière Tomas Nechala et de l’attaquant Tomas Mikus. Les blessures de Martin Gernat et Marek Tvrdon affaiblissent toutefois sérieusement l'équipe.

 

AllemagneL’Allemagne joue au yo-yo depuis de longues saisons, incapable de se maintenir sur la durée en élite mondiale. Cette saison aurait peu de chances d’échapper à la règle, si la réforme de la formule avec une seule descente n'offrait pas une meilleure chance de stabilité aux Allemands.

De plus en plus de talents partant tôt au Canada, l’effectif propose huit joueurs évoluant outre-Atlantique. Tobias Rieder (Kitchener) doit en être le leader, mais il a dû être ménagé au dernier match de préparation en raison d'une blessure au pied. Trois de ses expatriés n'ont que 17 ans : il s'agit de Frederik Tiffels (Muskegon), Dominik Kahun (Sudbury) et surtout Leon Draisaitl (Prince Albert), le grand espoir de sa génération 1995.

En défense, par contre, Ernst Höfner a fait le choix de ne sélectionner que des joueurs de dernière année junior (1993) car il a voulu privilégier le gabarit et la présence physique. Parmi eux, Stephan Kronthaler, de Landshut, portera le “C” de capitaine. L’Allemagne aligne aussi en défense Oliver Mebus, 2m06 et 109 kg, qui sera le plus grand et le plus lourd du tournoi. Il faudra une grande discipline, une rigueur défensive et un excellent Marvin Cupper (Shawinigan) dans les cages pour espérer. Et compter sur le talent de Draisaitl et Rieder pour faire la différence...