Canada - Russie (Mondial U20, match pour la 3e place)

CanadaRussieQuelle équipe effacera le plus vite sa déception ? Les deux pays les plus titrés du tournoi s'affrontent pour un "classique", mais seul l'un des deux ramènera une médaille. La Russie, à domicile, croyait fortement en ses chances mais ses stars offensives se sont montrées bien trop individualistes. À trop chercher les grandes envolées en solitaire, elles sont tombées sur un mur collectif, la Suède. Le Canada, solide en première phase, a encore craqué près du but, battu en demi-finale par les États-Unis et leur impérial gardien John Gibson. Trop indisciplinés, fébriles en défense et dans les cages, les Canadiens se demandent encore ce qui s'est passé dans cette demi-finale... Un match qui a coûté cher : Griffin Reinhart, coupable d'un mauvais geste sur Vincent Trocheck, est suspendu pour quatre matchs. Il est absent aujourd'hui et manquera le début du prochain tournoi IIHF, mettant en cause sa sélection la saison prochaine.

Côté russe, il a suffi d'une défaite d'un rien en demi-finale pour que la crise éclate dans ce Mondial junior à domicile. Aleksandr Semak, ex-international et actuel coach de l'équipe junior d'Ufa, sa ville natale dont il connaît forcément tous les recoins, a lâché une bombe à l'agence RIA-Novosti. Outre une critique en règle des entraîneurs, il a aussi expliqué qu'un ami lui avait rapporté que certains juniors russes fréquentaient chaque soir les restaurants et les boîtes de nuit de la ville, ou parlaient avec leurs agents jusqu'à cinq heures du matin... Depuis, les jeunes hockeyeurs ne parlent que de Semak, qu'ils soupçonnent d'être jaloux de ne pas faire partie du staff. Ambiance !

Les deux équipes ont décidé de changer de gardien : Andrei Vasilevski, battu aux tirs au but contre la Suède, cède sa place à Andrei Makarov et n'est même pas remplaçant. Malcolm Subban, qui a disputé tous les matchs du Canada, est écarté au profit de Jordan Binnington, qui a fini la demi-finale. Le Canada vise sa 15e médaille consécutive et est considéré comme l'équipe "à domicile" par le tirage IIHF. Les Canadiens sont donc en rouge... Les Russes étaient également en rouge à l'échauffement et ont donc dû changer pour les tenues blanches !

Festival offensif

La première occasion survient sur le but de Jordan Binnington, qui doit se coucher sur le palet. À la deuxième minute, Mark Scheifele, victime d'un coup au visage sur une mise au jeu, doit sortir pour stopper l'hémorragie. Cela ne stoppe pas ses équipiers et Anthony Camara lance le premier tir sur Makarov, qui écarte. La Russie repart dans l'autre sens et fait exploser la patinoire : une action au cercle de Khokhlachev aboutit à un tir ras glace, que Binnington parait stopper... mais le disque trouve un petit espace sous la botte et glisse doucement au fond des filets (0-1). Les locaux insistent et Grigorenko s'impose près du but, frappant à la porte du gardien. Sur l'action, Jenner est puni pour une charge avec le coude dans le coin. Le jeu de puissance s'installe et la défense est à la rue : échange à la bleue et passe transversale de Yarullin dans le dos d'Harrington pour Yakupov, qui trouve une cage totalement ouverte (0-2). Steve Spott demande immédiatement un temps mort après ces deux buts en trois tirs. Les Russes sont en feu et obtiennent une nouvelle occasion, signée Dyakov.

La réplique canadienne vient de Ryan Strome, accroché devant le but ; Mozer prend deux minutes et offre une chance au jeu de puissance canadien - l'un des rares secteurs de jeu convaincants dans le tournoi - de revenir au score. Et cela ne traîne pas : mise au jeu gagnée, tir de Ryan Murphy contré et le capitaine s'impose dans l'axe avec un tir précis côté crosse (1-2). Nugent-Hopkins donne l'exemple et relance son camp, tout en éteignant un peu le public... Le match s'ouvre complètement. Grigorenko, en deux temps, vient tester Binnington de près sur un 2 contre 1. Sur l'engagement, Dyakov expédie un slap puissant longue distance, plein axe... Binnington n'est pas masqué mais s'incline (1-3). Fin de soirée pour Binnington, renvoyé au vestiaire avec trois buts sur cinq tirs, remplacé par Subban.

Le Canada, dans les cordes, cherche à réagir. Huberdeau cherche Rattie en déviation, arrêt de Makarov. Les joueurs à la feuille d'érable confisquent le palet en zone offensive avec un énorme travail de leur première ligne. Cepenant, la défense canadienne n'est pas du tout dans le match et laisse de gros espaces : Subban sort trois arrêts de suite, dont deux à bout portant devant Kucherov, tout seul devant le but tout d'abord, puis sur un rebond. Le gardien des Belleville Bulls sauve son camp, qui reste encore dans le match...

Steve Spott, de plus en plus critiqué, relance sa première ligne, qui vient encore agacer la défense russe : Khokhlachev vient mettre au sol Huberdeau et prend deux minutes, mais Scheifele prend lui aussi un coup qui échappe aux arbitres. C'est tout de même une supériorité pour le Canada, qui peine à s'installer. Murphy trouve Huberdeau, remise en retrait pour Scheifele, contré. Le pressing de Zharkov gène la mise en place et les secondes défilent : pénalité tuée. Les rouges insistent et Nathan MacKinnon pousse Zharkov à la faute derrière le but pour un nouvel avantage numérique. Nugent-Hopkins décale Murphy à la bleue pour une volée puissante sur le poteau, le rebond tombe sur Huberdeau qui ne rate pas l'aubaine (2-3).

Encore une fois, la première ligne canadienne tient son équipe à bout de bras... et Nugent-Hopkins reprend la place de meilleur marqueur du tournoi avec 13 points. On ne peut pas en dire autant de la défense. La première incursion russe de Tkachyok force Ouellet à intervenir de manère irrégulière et c'est une supériorité numérique russe. Subban sort un bel arrêt en deux temps dans les dernières secondes sur Slepyshev, puis une action en solo de Kucherov, qui avait superbement effacé Rielly. Makarov n'est pas en reste sur une action individuelle d'Huberdeau. Après un tiers complètement fou et ouvert. Le Canada reste à portée grâce à la bonne entrée de Malcolm Subban et à sa première ligne impériale en supériorité, mais la Russie n'a jamais aussi bien joué offensivement de tout le tournoi. Les Russes devront gagner en discipline cependant s'ils veulent conserver leur avance.

Le Canada en chasse

Subban est le premier en action à la reprise avec deux arrêts rapides. Les Canadiens se reprennent bien avec le duo Strome-Drouin, qui maintient la Russie dans son camp de longues secondes, jusqu'à libérer Scheifele, qui avait profité d'une perte de crosse de Yarullin. Makarov s'impose de près. Kosov est puni pour une crosse haute en zone offensive. Un joueur clé en infériorité numérique absent face à un jeu de puissance redoutable : danger à venir ! Et cela ne loupe pas. Nugent-Hopkins reçoit le palet sur l'aile et trouve Scheifele, tout seul devant le but. Il a tout le temps pour contrôler et tromper Makarov ras glace (3-3).

Tout est à refaire pour la Russie, qui s'y emploie dans les secondes qui suivent. Une entrée de zone fixe la défense. Le premier tir est bloqué par Wotherspoon et Yevgeny Mozer prend le palet qui traine, trompe Subban qui s'était mis au sol pour le premier lancer, juste au dessus de la botte (3-4). Subban ne peut pas tout faire quand sa défense passoire laisse aussi facilement rentrer les attaquants russes si près du but... Cela ne s'arrange pas puisque Brett Ritchie prend deux minutes. Cette fois, la défense, menée par Dougie Hamilton, parvient à repousser les assauts et gêner l'installation du jeu de puissance.

À la mi-match, après cette opération portes ouvertes, le rythme retombe un peu. Quelques minutes de calme s'achèvent lorsque Subban sort une belle mitaine devant Grigorenko, bien lancé par Kucherov. De l'autre côté, Strome sert Drouin pour un tir en angle fermé. Le palet ne quitte plus la zone russe, avec Murphy et Scheifele en fers de lance, jusqu'à ce qu'Albert Yarullin, le meilleur défenseur russe, commette une obstruction. La première ligne met le feu immédiatement, Makarov doit sortir deux parades. Le palet reste en zone et revient à la bleue ; Ryan Murphy, plein axe, reçoit une passe de la ligne de fond d'Huberdeau et illustre sa puissance de tir en égalisant (4-4). Encore une fois, le trio fort ce soir frappe pour le Canada : Nugent-Hopkins, Huberdeau et Murphy se montrent redoutables avec un quatrième but en avantage numérique !

Les rouges prennent les commandes et Rielly enchaine de loin, forçant Makarov à un arrêt en deux temps dans une forêt de joueurs. Le gardien de Saskatoon s'impose encore devant Ouellet, son homologue Subban volant dans la foulée Yakupov d'une mitaine ferme. Le Canada obtient de plus en plus de chances et Drouin manque de peu le but sur une action de Strome. Makarov le stoppe d'un déplacement rapide, de même qu'un tir lointain de Ouellet. Les arrières tentent leur chance tour à tour, ni Rielly, ni Wotherspoon, ne trompent le gardien, leurs tirs se montrant trop peu dangereux. Depuis le but de Murphy, le rythme est retombé, avec une légère domination canadienne. Dans les dernières secondes, Strome est sanctionné pour une faute sur Grigorenko, une supériorité qui se jouera surtout en troisième période : 4-4 à la pause.

Bras de fer

Une période pour une médaille : tout reste à faire pour les deux équipes. La Russie entame en supériorité numérique et navigue derrière le but. Un rebond favorable permet à Kapustin de se retrouver tout seul devant le but, de fixer Subban et d'offrir un caviar pour Yakupov, qui marque en hauteur (4-5). Les rouges doivent réagir et Huberdeau sonne la charge avec un slalom dans la défense. Makarov répond présent, de même que sur le débordement qui suit. Le palet file d'un but à l'autre et Murphy touche Kosov au visage... Pénalité. Les Russes sont à 2 sur 4 en avantage numérique et peuvent creuser l'écart, mais le travail d'Huberdeau mange le temps et cela ne donne rien, alors que le public entame une "ola".

Les rouges reprennent le fil. Huberdeau lance Rielly qui centre fort pour Rattie, arrêt de Makarov à bout portant. Sur l'action suivante, la troisième ligne canadienne s'impose dans le slot. Un tir lointain est contré, tout le monde perd le palet de vue sauf Brett Ritchie qui profite de la confusion pour égaliser (5-5). Scott Harrington, monté aux avant-postes, a une grosse part de responsabilité sur ce but en ayant gêné la défense. C'était le 39e tir canadien !

Et cela ne s'arrête pas là, le 40e venant d'Harrington de loin. Makarov peine à le bloquer et le palet file à l'opposée pour une superbe occasion de Zharkov, bloqué par Danault. Un Zharkov qui remet le couvert d'un lancer mi distance, stoppé par Subban. De l'autre côté, Strome sert Scheifele pour un tir instantané... Poteau ! La première ligne ressort et Nugent-Hopkins sert Reilly, centre fort devant le but... Les Canadiens lèvent les bras, mais pas les arbitres : Ritchie, du revers, trouve le poteau à son tour ! Pas mieux pour Rattie, hors cadre sur une passe transversale de Nugent-Hopkins. Une fin de match folle et animée : les secondes défilent et la prolongation de dix minutes devrait contenter le public, conquis par ce match spectaculaire.

Une idole est née

Les Edmonton Oilers peuvent être contents : leurs deux jeunes, capitaines de leurs équipes respectives, ont fait le travail. Nugent-Hopkins a signé un but et trois passes, Yakupov deux buts... lequel des deux sera le héros dans cette prolongation ? C'est la troisième consécutive pour la Russie, qui a dû passer par les tirs au but face à la Suisse et la Suède. On joue à quatre contre quatre et Steve Spott s'appuie sur Boone Jenner contre Mikhail Grigorenko : ce dernier se crée une grosse chance, et le premier de même en contre-attaque, Makarov sortant de la jambière le rebond d'Hamilton, dégagé par Grigorenko. Mais sur l'action suivante, le benjamin de l'équipe russe décolle : Valeri Nichushkin déboule à droite dans le dos de Rielly, laisse sur place Murphy et attaque le but. La rondelle glisse au fond des filets (5-6).

Premier but du jeune Nichushkin dans le tournoi, un but qui vaut du bronze ! La Russie, à domicile, ne repart donc pas à vide. Le Canada termine 4e, sa plus mauvaise place depuis 1998. Une année de lockout NHL qui a libéré les meilleurs espoirs canadiens, mais ce n'a pas suffi : trop de faiblesse en défense et dans les cages dans ce tournoi, et trop de dépendance à sa première ligne. Les Russes peuvent narguer le banc canadien, mais cela ne servira qu'à attiser une rivalité loin de s'arrêter là...

Désignés joueurs du match : Ryan Nugent-Hopkins (CAN) et Nail Yakupov (RUS).

Commentaires d'après-match

Naïl Yakupov (attaquant de la Russie) : "Merci à l'équipe, aux fans, à tous ceux qui ont cru en nous. Oui, nous ne ramenons pas l'or, mais le bronze est également très bien. Nous battons le Canada en prolongation, nous sommes heureux. L'atmosphère est bonne dans l'équipe. On a senti le soutien du public. Parfois il nous aidait même à nous orienter sur la position du palet par ses cris dans les tribunes en supériorité ou en infériorité. J'ai vu une jeune fille dans les tribunes s'inquiéter pour nous et pleurer..."

Andrei Makarov (gardien de la Russie) : "Je voudrais dire à Semak qu'il avait tort. Je ne veux pas discuter en détail ses paroles que je condamne, mais je suggère à tout le monde de regarder le tableau d'affichage. Semak disait que nous perdrions 0-4 ou 1-4, cela fait 6-5. Qui avait raison ? [...] Je pense que l'attaquant le plus dangereux du tournoi a été Ryan Nugent-Hopkins. Je pourrais citer Nichushkin, mais il était dans mon équipe et n'a pas trié vers mon but..."


Canada - Russie 5-6 après prolongation (2-3, 2-1, 1-1, 0-1)
Samedi 5 janvier 2013, Ufa Arena.
Arbitrage de Harry Dumas (USA) et Steve Patafie (USA) assistés de Tommy George (USA) et Anton Semjonov (EST).
Pénalités : Canada 10', Russie 10'.
Tirs : Canada 45 (10, 19, 13, 3), Russie 25 (9, 9, 5, 2).

Récapitulatif du score
0-1 à 03'31" : Khokhlachev assisté de Dyakov et Yarullin
0-2 à 04'56" : Yakupov assisté de Yarullin et Nesterov (sup. num.)
1-2 à 06'58" : Nugent-Hopkins assisté de Scheifele (sup. num.)
1-3 à 07'54" : Dyakov assisté de Tkachyov
2-3 à 15'51" : Huberdeau assisté de Nugent-Hopkins et Murphy (sup. num.)
3-3 à 23'16" : Scheifele assisté de Nugent-Hopkins et Murphy (sup. num.)
3-4 à 24'33" : Mozer assisté de Shalunov
4-4 à 32'53" : Murphy assisté de Huberdeau et Nugent-Hopkins (sup. num.)
4-5 à 41'00" : Yakupov assisté de Kapustin (sup. num.)
5-5 à 50'46" : Ritchie assisté de Harrington
5-6 à 61'35" : Nichushkin assisté de Tkachyov et Sergeyev


Canada

Gardien : Jordan Binnington puis Malcolm Subban à 07'54".

Défenseurs : Scott Harrington - Dougie Hamilton ; Xavier Ouellet (2') - Tyler Wotherspoon ; Morgan Rielly - Ryan Murphy (2').

Attaquants : Jonathan Huberdeau - Ryan Nugent-Hopkins - Ty Rattie ; Jonathan Drouin - Ryan Strome (2') - Mark Scheifele ; Philip Danault - Boone Jenner (2') - Brett Ritchie (2') ; Anthony Camara - Mark McNeill - Nathan MacKinnon ; JC Lipon.

Réserviste : Jake Paterson (G).

Russie

Gardien : Andrei Makarov

Défenseurs : Albert Yarullin (A, 2') - Nikita Nesterov (A) ; Kirill Dyakov - Yaroslav Dyblenko ; Andrei Mironov - Pavel Koledov ; Artyom Sergeyev.

Attaquants : Kirill Kapustin - Alexander Khokhlachev (2') - Nail Yakupov (C) ; Anton Slepyshev - Mikhail Grigorenko - Nikita Kucherov ; Valeri Nichushkin - Vladimir Tkachyov - Yaroslav Kosov (2') ; Maxim Shalunov - Yevgeni Mozer (2') - Daniil Zharkov (2') ; Andrey Sigarev.

Remplaçant : Igor Ustinski (G). Réserviste : Andrei Vasilevski (G).