Épinal - Strasbourg (Ligue Magnus,17e journée)

gauthier sebCoup de bleu sur l'Étoile noire

On promettait l'enfer aux Dauphins. Mais ceux-ci, que l'on croyait moribonds, ont fait sensation en revenant victorieux de Briançon. Toujours sans Pellegrino, en proie à de graves problèmes familiaux (et dont on sait maintenant qu'il ne reviendra pas).

Reste qu'ils étaient au fond du trou, les coéquipiers de Stéphane Gervais. Mais comme l'an passé (lorsqu'ils étaient allés s'imposer 6-4 chez la "bande à Basile"), ces diables de Spinaliens ont trouvé les ressources physiques et morales pour arracher une égalisation inespérée (tout s'est ensuite joué à la loterie des penalties). Comme quoi, quand ils veulent, ces Dauphins-là sont capables de battre n'importe qui. Et d'aller gagner n'importe où !

Mais cet exploit relève déjà du passé, car le temps est venu de renouer avec le succès à Poissompré... où ils restent sur sept revers d'affilée (soit deux mois et demi d'insuccès) ! On n'avait plus vu ça depuis ce sinistre hiver 96-97, lorsque les Marciano, Bozon et autres Solaux enchaînaient les "déculottées" dans une Nationale 1A surdimensionnée. Mais si les "Renards" d'Épinal étaient des proies faciles pour les ogres du championnat, leurs successeurs, qui disposent d'un potentiel bien supérieur, n'auraient jamais dû en arriver là.

Reste que le "machine à gagner" paraît relancée, elle qui s'était déréglée début novembre. Affectant un moral pourtant bien portant à l'aller, avant ce derby renversant qui vit les Dauphins mener 4-1... pour finalement s'incliner ! Un retournement sûrement pas étranger à la blessure subie en cours de partie par Gabriel Girard, commotionné dans un choc avec Rickard Rollin Karlsson. Le seul des quatre Suédois recrutés l'été dernier par Daniel Bourdages à être présent à Poissompré.

grunnné par une épaule récalcitrante, le "bombardier" Kenny Källström (grand spécialiste du powerplay) fait en effet toujours défaut à ses coéquipiers tandis que Jesper Olsson et Fredrik Abrahamsson n'auront finalement fait que passer.

Et pour remplacer le dernier nommé, l'état-major alsacien s'est tourné vers Carlo Grünn, un technicien rompu aux joutes de la SM-liiga. Un renfort de choix resté muet, mercredi, face aux Ours de Villard, tombeurs de l'Étoile noire à l'Iceberg (5-4 a.p.). Là où elle n'avait pourtant plus perdu depuis le 9 octobre dernier !

Comme quoi, toute série (bonne ou mauvaise) a forcément une fin. Une vérité que les Alsaciens entendent bien confirmer, eux qui ne désespèrent pas d'en finir, ce soir, avec leur incapacité à rentabiliser leur moindre déplacement depuis près de trois mois !

La plus mauvaise attaque du championnat (non seulement privée de Källström, mais aussi d'Édouard Dufournet), sait que ce championnat, très serré, est d'une extrême densité. Et qu'une victoire ramenée de Poissompré lui permettrait de regarder d'encore plus haut le bas de tableau. Mais c'est sans compter sur le fighting spirit retrouvé des locaux, las de regarder d'en bas le haut du championnat et vite en action devant la cage défendue par leur grand "ami" Vladimír Hiadlovský (réputé pour ses sautes d'humeur et son petit côté provocateur).

Cacciotti, Bouchard... et compagnie !

Le premier à venir frapper à sa porte n'est autre que Steven Cacciotti, profitant d'une poussée de ses coéquipiers (Danick Bouchard et Sébastien Gauthier, comme en début de saison) pour récupérer le puck dans l'arrondi, contourner František Bombic, ligne de fond, et fondre sur la cage. En découle un rebond que l'Italo-canadien, à plat ventre, parvient à répercuter au fond des filets (1-0 à 01'20").

cacciotti steven3Ce but acrobatique, suivi d'un poteau de Petrák (01'44"), suffit à enflammer Poissompré. Un "chaudron" bien rempli qui avait auparavant vu Girard s'employer devant Devin, bien lancé en profondeur par le remuant Correia (00'24").

Ce dernier, flanqué d'Élie Marcos et Pierre-Antoine Devin, n'a d'ailleurs pas manqué de se signaler dans cette partie bien aidé, il est vrai, par les difficultés rencontrées par le trio Rapenne-Chauvière-Offret, chargé de le "museler".

Ces trois-là, en grande difficulté quand le jeu tend à s'accélérer, vont même voir leur temps de glace fondre comme neige au soleil dans cette entame rythmée. Un premier tiers mené tambour-battant par des Spinaliens tournant essentiellement à deux lignes et cherchant, avant tout, à accélérer le jeu.

Mais attention à ne pas confondre vitesse et précipitation, ce dont les Strasbourgeois vont profiter en récupérant de nombreux palets. Les Alsaciens sont même tout près d'égaliser sur une passe libérant Élie Marcos au second poteau. La cage est ouverte mais Jan Hagelberg, bien placé, intervient à point nommé devant le capitaine (et top-scoreur) visiteur. Devin, Marcos et Correia mettent le feu dans une défense aux abois, poussant Girard à miraculeusement circonscrire l'incendie (06'53").

Autant d'alertes sans frais pour les Dauphins, qui se font toutefois surprendre sur l'une des rares mises au jeu effectuées dans leur zone défensive. Un engagement remporté par Rollin Karlsson (aux dépens de Petrák) et profitant à Cayer, qui claque un shoot filant par-dessus la mitaine d'un Girard en papillon (1-1 à 09'48").

Cela pendait au nez des Spinaliens, trop négligents depuis quelques instants, mais bien avisés de ne pas laisser le doute s'installer. Steven Cacciotti trouvant Sébastien Gauthier derrière la cage, qui temporise et remise dans le slot, vers un Danick Bouchard arrivant lancé pour s'en aller dribbler Hiadlovský, l'embarquant sur sa droite pour marquer dans un trou de souris, au ras du montant (2-1 à 11'08").

agostiniL'ICE, qui n'arrivait plus à grand-chose après son premier but, a repris des couleurs. Celles d'un drapeau canadien honoré par ce jaillissement d'Ouimet, qui intercepte une relance de Suchánek pour renverser sur Bouchard. Passeur avisé (pour une fois), l'ex-Villardien sert aussitôt Cacciotti au second poteau. Mais Hiadlovský, qui a bien suivi, parvient à bien fermer son angle droit (12'41"). Bis repetita, dans la foulée et devant ce même Cacciotti, à nouveau bien placé sur la droite d'un gardien ne faisant que retarder l'échéance (13'00").

Car sa défense prend l'eau de toute part et Ján Plch, en surgissant au rebond d'un tir contré de Gašpr Sušanj (repoussé dans la mêlée), ramène l'Étoile noire à sa dure réalité (3-1 à 13'14"). Celle d'une équipe ayant pris la mauvaise habitude de rapidement courir après le score...

Un débours souvent rédhibitoire (comme ce fut le cas devant Angers et Villard) creusé, ce soir, par Plch, le "serial buteur" (qui a toujours marqué au moins une fois à ses huit derniers matchs de championnat, à l'exception de celui de Chamonix)...

burgertAmis de toujours, Ján Plch et Ján Cibuľa, le vétéran strasbourgeois, deviennent des ennemis d'un jour, le temps de ce derby ayant visiblement choisi son camp. Celui de Spinaliens entreprenants, qui semblent avoir beaucoup plus de facilités pour se trouver et créer le danger, portés par de fameuses individualités liées par des automatismes affûtés. Des qualités largement entrevues dans cette fin de premier tiers marquée d'une domination sans partage des locaux, emmenés par un Ouimet taille-patron derrière (et devant son attaquant).

Ayant difficilement soutenu la comparaison avec un ensemble vosgien apparu plus conquérant, Strasbourg débute l'acte médian en infériorité (21'36"). Et il suffit d'une étincelle (en l'occurrence un rebond chaudement disputé) pour mettre le feu aux poudres. Hiadlovský s'en prenant verbalement à Petrák, sanctionné d'un cinglage sur cette action (22'16"). Le ton de ce tiers est donné : il sera haché par les pénalités...

Mais "Vlad" n'est pas qu'un "bourrin". C'est aussi un étonnant gardien capable, notamment, de dégager la rondelle pour l'envoyer loin devant. Précisément, vers un Julien Correia s'ouvrant la ligne droite de Longchamps. Une "pirouette" pour éliminer Bouchard, venu au repli, suivie d'un tir non cadré (22'36")... et voilà Bouchard reparti !

L'ailier québécois contrant une passe destinée à Correia pour remonter le couloir gauche, centrant finalement vers Sébastien Gauthier, bien placé à la gauche du gardien. Un Hiadlovský se mouvant rapidement pour couvrir son angle, mais mordant à l'hameçon d'un Gauthier bien inspiré d'aussitôt remiser vers un Leroy n'ayant, ensuite, plus qu'à pousser la rondelle dans une cage grande ouverte (correia4-1 à 22'54"). C'est du délire à Poissompré ! 

Trou creusé... vite résorbé !

Mais l'enthousiasme est vite refroidi par cette obstruction de Sušanj (23'29"). Une pénalité s'avérant favorable à l'Étoile noire. Ou du moins à Carlo Grünn, au-dessus du lot techniquement, mais trop individualiste par moment. C'est que l'ailier finlandais y sera allé plus d'une fois en solo, ce soir. Sans grand succès... sauf sur ce tir en coin forçant Girard à lâcher un rebond opportunément repris par Rollin Karlsson à bout portant (4-2 à 23'50") !

L'ICE sent alors passer le vent du boulet, avec plusieurs tirs alsaciens captés sans coup férir par un Girard souverain, de près comme de loin sur les tentatives de Bombic (24'16"), Marcos (24'36"), Grünn (25'11") ou Devin (29e). Des arrêts achevant de rassurer une défense privée, pour deux minutes, de son taulier Maxime Ouimet, pénalisé d'un retenir après avoir été rudoyé dans l'arrondi par Julien Correia (25'09"). Une rudesse sanctionnée en retour, mais qui n'empêchera pas Correia de marquer peu après.

Ne manquant pas une occasion de rapidement se projeter vers l'avant, l'ex-Gapençais profite ainsi d'une récupération de "Pitch" Devin, dont la passe en profondeur est une véritable rampe de lancement. Chauvière est trop court pour empêcher l'intenable Correia de filer à l'insu d'Hagelberg et Slovák, qui vont bien tenter bien de rattraper le coup. Mais le mal est fait : Julien Correia, pas rattrapé, se faisant un malin plaisir de nettoyer la lucarne opposée (4-3 à 30'13"). C'est allé vite. Trop vite, sur ce coup, pour la mitaine de Girard...

Du coup, Yoann Chauvière verra du banc le déroulement du troisième temps. Le prolongement d'un acte médian ayant tour à tour vu Bombic (obstruction, 32'16"), Burgert (surnombre, 34'28") et Bouchard ("poussette" dans le dos de Česnek, 35'11") se succéder au cachot. Sans incidence au score, avec un Hiadlovský solide au poste et un Girard toujours aussi avare de rebonds.

On craint que la débauche d'énergie consentie par les deux premiers trios spinaliens (qui se partagent le gros du gâteau) se paye au retour des vestiaires, surtout qu'il n'a pas fallu grand-chose à l'Étoile noire pour se relancer dans la partie.

Mcayerais il n'en sera rien, malgré l'envie déployée par des "casques jaunes" redoublant d'efforts pour égaliser. Car Girard veille au grain et fait bonne garde devant son filet, confirmant son retour au sommet. Le Franco-canadien prend, au passage, sa revanche sur un Julien Correia interceptant une passe de Danick Bouchard pour s'en aller le défier. Tirant petit côté... pour voir Girard parer du bouclier (45'59") !

Pas en reste, Vladimír Hiadlovský doit lui-aussi s'employer, repoussant un slap de Gervais en plein sur Casavant (47'47") avant de "poke-checker" un Bouchard gêné dans son approche par un cinglage de Bougé (48'37"). On l'a compris, Hiadlovský n'est pas pour rien dans l'incapacité des Lorrains à "tuer" cette partie !

Cette furieuse bataille que se livrent les deux rivaux transvosgiens touche à se fin, mais l'avance des Dauphins ne tient qu'à un fil. Trois fois rien, qu'une réussite des Alsaciens suffirait à balayer d'un revers de la main. Seulement voilà, les Bas-Rhinois sont loin d'exceller dans l'art du powerplay. Un jeu de puissance privé, il est vrai, de sa clé de voûte Kenny Källström.

Deux pénalités coup sur coup sifflées à l'encontre de Casavant (51'22") et Sušanj (52'46") font parcourir quelques frissons dans les travées... et donner, à l'Étoile noire, trente-six secondes de double supériorité !

C'est le moment ou jamais, pour elle, d'égaliser. Mais des assauts trop désordonnées auront raison de cette bonne situation. Surtout que le duo Bouchard-Gauthier va habilement combiner pour mener à bien son deux-contre-un, conclu au second poteau par ce "renard" de Cacciotti (5-3 à 56'48").

Un but libérateur pour les uns. Assassin pour les autres. Des Strasbourgeois toujours pas résignés et dont l'obstination est récompensée sur une reprise "plongeante" de Cayer, immédiatemment consécutive à un face-off remporté en zone offensive par Rollin Karlsson (5-4 à 57'09").

L'espoir renaît, pour être vite douché par la froide efficacité d'un Danick Bouchard mis sur orbite par l'inévitable Sébastien Gauthier. Lancé en entrée de zone dans le dos de la défense, le Canadien s'échappe et s'en va loger son revers sous la barre (6-4 à 57'28"). Portant, par la même, le coup de grâce. La "malédiction" de Poissompré est levée...

Daniel Bourdages pourra longtemps ressasser cette énième entame ratée de ses protégés, à qui ce derby, trop vite réduit à une "course poursuite", n'aura pas souri. Une issue qui n'aurait pas déplu à Santino Pellegrino, dont la parenthèse spinalienne s'était officiellement achevée. La rumeur, qui enflait, s'est donc vérifiée. La page est tournée...

Et maintenant, l'après-Santino...

C'est donc sans son entraîneur italo-canadien, resté auprès de sa femme malade, que le phénix spinalien a pu renaître de ses cendres mercredi (à Briançon). Un renouveau confirmé dans la soirée : les Dauphins ayant visiblement retrouvé l'intégralité des qualités qui firent leur force en début d'exercice. Une indéfectible combativité, un engagement de tous les instants et un Girard qui répond présent, même au plus fort de l'adversité. Trois ingrédients essentiels du succès, de nouveau réunis à l'image d'un trio Cacciotti-Gauthier-Bouchard ressuscité (et impliqué sur cinq des six buts spinaliens).

Depuis son retour à l'aile gauche Danick Bouchard et Sébastien Gauthier, Steven Cacciotti n'en finit plus de marquer. Comme quoi Santino Pellegrino a eu tort de croire Benjamin Casavant plus adapté à côtoyer un duo Bouchard-Gauthier décidément remarquable de complémentarité.

S'ils continuent sur cette lancée, les Vosgiens pourraient vite remonter au classement. Ils en ont en tout cas fini de leur mauvaise série à Poissompré grâce à une belle victoire décrochée sous les yeux de leur nouvel entraîneur. Un coach canadien au passeport allemand ayant officié en Suisse ces dernières années... et qui devrait être Alex Stein !

Ce jeune "quadra" qui opéra dans l'ombre de Kent Ruhnke (à Bâle) et John Van Boxmeer (à Lausanne) s'était vu confier les clés d'Olten (en 2005-06) et officiait dernièrement à Thurgovie. Une expérience écourtée au sein d'un club mal classé en LNB (et qu'aucun entraîneur n'a su redresser ces dernières années). Son arrivée devrait être rapidement confirmée...

Épinal - Strasbourg 6-4 (3-1, 1-2, 2-1)
Samedi 5 janvier à 18h00 à la patinoire de Poissompré. 1 400 spectateurs.
Arbitrage d' Alexandre Hauchart assisté de David Courgeon et Anne-Sophie Boniface.
Pénalités : Épinal 14' (0', 8', 6') ; Strasbourg 12' (2', 8', 2').
Tirs : Épinal 31 (14, 9, 8) ; Strasbourg 27 (6, 10, 11).

Évolution du score:

1-0 à 01'20" : Cacciotti assisté de Bouchard
1-1 à 09'48" : Cayer assisté de Rollin Karlsson
2-1 à 11'08" : Bouchard assisté de Gauthier et Cacciotti
3-1 à 13'14" : Plch assisté de Sušanj et Casavant
4-1 à 22'54" : Leroy  assisté de Gauthier et Bouchard
4-2 à 23'50" : Rollin Karlsson assisté de Grünn (double sup. num.)
4-3 à 30'13" : Correia assisté de Devin et Suchánek
5-3 à 56'48" : Cacciotti assisté de Gauthier et Bouchard
5-4 à 57'09" : Cayer assisté de Rollin Karlsson
6-4 à 57'28" : Bouchard assisté de Gauthier et Ouimet

Épinal

Gardien : Gabriel Girard.

Défenseurs : Maxime Ouimet - Fabien Leroy (C) ; Gašpr Sušanj - Stéphane Gervais ; Peter Slovák - Jan Hagelberg.
 
Attaquants : Steven Cacciotti - Sébastien Gauthier - Danick Bouchard (A) ; Benjamin Casavant - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Anthony Rapenne - Yoann Chauvière [puis Offret]- Yannick Offret [puis Élie Raibon].

Remplaçants : Nicolas Ravel (G), Rémi Colotti, Kevin Benchabane, Justin Chouleur, Romain Mauffrey.
 
Strasbourg

Gardien : Vladimír Hiadlovský.

Défenseurs : Pierre Bougé - David Stříž ; Jakub Suchánek - František Bombic ; Hugues Cruchandeau (A) - Michal Česnek.

Attaquants : Julien Correia - Élie Marcos - Pierre-Antoine Devin ; Carlo Grünn - Rickard Rollin Karlsson - David Cayer ; Lionel Tarantino - Ján Cibuľa (C) - Julien Burgert ; Erwan Agostini.

Remplaçants : Gilles Beck (G), Yannick Henry. Absent : Kenny Källström (épaule), Édouard Dufournet (épaule, saison terminée).