Suède : Leksand au bord d'un précipice

Après plusieurs mois ponctués de longues négociations, la National Hockey League n'est plus en grève, ses joueurs vont dès à présent regagner l'Amérique du Nord. Pour l'Elitserien, l'impact sera minime car peu d'athlètes estampillés NHL l'avait rejointe suite à l'imbroglio qu'a suscité l'interdiction des contrats à court terme. Cette décision de la ligue avait finalement été remise en question par la Konkurrensverket (KKV), l'autorité de la concurrence, qui l'avait menacée d'une amende pouvant s'élever à 20 millions de couronnes suédoises, soit 2,3 millions d'euros.

Deux conséquences découlaient de ce rebondissement : le manque de crédibilité de l'Elitserien et de ses décisions, et l'arrivée d'une poignée de grévistes chez des organisations "pro-KKV". Alors que ces dernières se sont dédouanées en évoquant une nécessité pour pallier aux blessures, la ligue a finalement eu gain de cause le 18 décembre après avoir fait appel de la décision. Son honneur est sauf...

Par contre pour le second échelon Allsvenskan, c'est une autre histoire car bon nombre d'équipes ont fait appel à quelques vedettes. Celles-ci vont devoir très rapidement s'acclimater de cette nouvelle situation. Pour autant, ce n'est pas forcément celles que l'on croit. Leksand est en première position du classement mais n'est absolument pas concernée par la fin du lock-out même si elle pourrait toutefois en être avantagée malgré quelques contrariétés en dehors de la glace. Explications...

Logo LIFLeksand est une ville modeste de 6 000 habitants au centre de la Suède. Pourtant, à l'image d'Ambri-Piotta en Suisse, le club de hockey, quadruple champion de Suède entre 1969 et 1975 et qui se bat régulièrement pour rejoindre l'élite depuis sa relégation en 2006, est devenu culte dans tout le pays. Le populaire quotidien Expressen avait d'ailleurs effectué deux sondages à plusieurs mois d'intervalle et extrêmement révélateurs.

Au printemps dernier, en pleine Kvalserien (la phase de qualification pour l'Elitserien), le Leksands IF était l'équipe que l'on souhaitait le plus voir évoluer en élite. Puis en décembre, les partisans du LIF ont été élus meilleur public du pays. Cela semblait évident au vu de l'incroyable passion ou même de la simple sympathie que peut susciter Leksand.

Dernière preuve en date, le choc contre Mora, le grand rival dalécarlien, disputé le 5 janvier dernier pour le "Dala Derby". Sauf qu'aucune cité n'a accueilli cette rencontre puisque celle-ci s'est jouée au somptueux Globen de Stockholm pour la première fois. Salle comble (8000 billets étaient déjà vendus au 2 novembre), chiffre d'affaires estimé à 1 million de couronnes et net succès du LIF (5-0), l'évènement a fait grand bruit. Interrogé après la rencontre, le président de Mora, Peter Hermodsson, attend une revanche et plaisante en songeant à jouer la belle au Madison Square Garden de New York la prochaine fois.

Son Madison Square Garden, Leksand ne peut y accueillir "que" 7.650 spectateurs, rempli contre les grosses écuries, mais c'est déjà une performance en soi. La Tegera Arena a ouvert ses portes en 2006 et semblait le signe d'une nouvelle ère. Mais elle fut surtout l'élément déclencheur d'une période "bling-bling" au cours de laquelle les dirigeants ont fait vivre le LIF au-dessus de ses moyens dans le but de réintégrer au plus vite l'Elitserien pour rentabiliser au mieux son nouveau bijou. Au jour d'aujourd'hui, l'objectif n'a toujours pas été rempli. Pire, la dette s'est considérablement développée au fil des ans, devenue insoutenable au point que la somme de 25 millions de couronnes (environ 3 millions d'euros) est nécessaire pour assurer la survie du club. La direction du LIF s'est d'abord tournée vers la mairie qui a tardé à énoncer un verdict, cette opération sauvetage ne faisant pas l'unanimité puisqu'il s'agit du résultat d'une folie dépensière.

Finalement, 2,5 millions de couronnes supplémentaires seront débloqués pour gonfler le budget annuel. En échange, le Leksands IF a pris la décision d'opérer un processus de réorganisation avec licenciement de quelques employés et baisse de salaires, un plan validé par le tribunal de Mora avant les fêtes. En Suède, lors d'une restructuration d'entreprise, les salaires des travailleurs sont garantis par l'Etat pendant un mois, donc via le porte-monnaie du contribuable. Le mois suivant, l'entreprise doit être en mesure de payer les salaires. La direction du Leksands IF estime que le coût de la main d'oeuvre sera réduite de 30% la saison prochaine et que 75% de la dette devraient être épongés par l'intervention de partenaires privés.

Dans une situation financière délicate, Leksand resplendit cependant sur la glace, actuel leader de l'Allsvenskan avec 5 points d'avance sur le BIK Karlskoga et 8 sur le Södertälje SK. Une performance d'autant plus méritoire que l'équipe ne possédait évidemment aucun joker NHL. Alors que les Anze Kopitar, Bobby Ryan, Gabriel Landeskog, Patrik Berglund, Mason Raymond, Viktor Fasth et compagnie ont disparu du paysage Allsvenskan, le LIF, qui n'aura pas à s'adapter à la nouvelle situation, pourrait alors creuser l'écart au classement.

Linkopings HCL'Elitserien est au contraire plus serrée au sommet. Le Skellefteå AIK avait repris les commandes, suivi de près par le HV71 et le Linköpings HC. Linköping est d'ailleurs l'équipe du moment avec cinq succès consécutifs.

Mardi dernier, les Lions ont impressionné contre le SAIK en démolissant l'équipe de Bellemare 6-0. Une performance impensable la saison dernière au vu de l'écart entre les deux équipes et l'inefficacité offensive du LHC. Mais depuis la rentrée, l'équipe est méconnaissable, possédant la meilleur ligne du pays avec le trio Simon Hjalmarsson - Carl Söderberg - Pär Arlbrandt.

Absent dix matches en 2011-2012, Söderberg est le véritable métronome de Linköping, ce que les spécialistes de la NHL nommeraient un joueur de franchise. Nominé de novembre pour le Guldpucken remis au meilleur joueur de l'année, de loin meilleur buteur du championnat avec 24 réalisations en 37 parties, 7 de plus que son dauphin, Bud Holloway, il ne serait d'ailleurs pas surprenant qu'il rejoigne les glaces nord-américaines dès la prochaine saison.

Champion en titre mais actuellement au septième rang, le Brynäs IF, qui a fêté son centenaire en décembre, est pour l'instant incapable de suivre le rythme du trio de tête. Derrière le BIF, l'AIK avait misé à la mi-décembre sur Kristian Huselius, 34 ans et plus de 450 matches en NHL. Un pari risqué car Huselius comptait un an d'inactivité, ne comptabilisant que deux parties lors de l'exercice 2011-2012 avec Colombus. Même pas un mois après, malgré des débuts très satisfaisants, Kristian Huselius annonçait la fin de sa carrière en raison des blessures à répétition. Pour le Timrå IK et le Rögle BK, derniers, il sera difficile d'échapper à la Kvalserien, phase essentielle pour assurer le maintien. Rögle a compté dernièrement une série noire de 11 défaites de rang.

Nos expatriés

BELLEMARE Pierre Edouard-100511-438Chahuté par les douleurs, Pierre-Edouard Bellemare est de retour, une deuxième fois ! Absent pendant six mois, il était revenu sur la glace une première fois le 13 novembre. Le Français fut malheureusement contraint finalement à une opération chirurgicale le 17 décembre après avoir disputé douze parties.

Karin Rundblad, médecin du Skellefteå AIK, a alors évoqué un retour après le Jour de l'An. Bellemare est revenu jeudi dernier, délivrant une passe décisive au cours d'un succès 3-1 contre Timrå, portant à 11 son total de points.

Sous les couleurs du Södertälje SK, Damien Fleury est toujours présent dans le top 10 des meilleurs buteurs de l'Allsvenskan alors qu'il possède une excellente fiche de +15. Si le SSK est troisième au classement, le contexte "après lock-out" sera délicat à gérer pour une équipe qui avait bien profité de la grève NHL. Fleury pourrait alors être encore plus mobilisé.

Arrivé fin novembre à Karlskrona, Kevin Hecquefeuille a déjà des statistiques flatteuses avec 8 points en dix matches, deux facteurs ayant joué pour lui. D'abord, l'Allsvenskan, Hecquefeuille connaît, membre de Nybro en 2008-2009. Enfin, à Karlskrona, il a désormais une concurrence amoindrie car son équipe a dû rendre dernièrement des prêts, trois défenseurs, en décembre alors que sa formation est toujours enlisée à la dernière place.

Désormais en Division 1, Anthony Guttig compte 4 points en 3 matches avec Tranås. Son ex-coéquipier de Dijon Mathias Arnaud, à Borlänge, a obtenu 12 points en 21 parties mais également 74 minutes de pénalité.


Classement Elitserien :

1.Skellefteå AIK 75 pts
2.HV71 73 pts
3.Linköpings HC 70 pts
4.Färjestads BK 69 pts
5.Luleå HF 68 pts
6.MODO 65 pts
7.Brynäs IF 59 pts
8.Frölunda HC 57 pts
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9.Växjö Lakers 43 pts
10.AIK 41 pts
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11.Timrå IK 34 pts
12.Rögle BK 30 pts


Meilleurs marqueurs :

1.Bud Holloway (Skellefteå) 50 pts
2.Carl Söderberg (Linköping) 45 pts
3.Joakim Lindström (Skellefteå) 43 pts
4.Pär Arlbrandt (Linköping) 36 pts
5.Per Åslund (Färjestad) 32 pts

Meilleurs buteurs :

1.Carl Söderberg (Linköping) 24
2.Bud Holloway (Skellefteå) 17
3.Per Åslund (Färjestad) 16
4.Joakim Lindström (Skellefteå) 15
5.Pär Arlbrandt (Linköping) 14

Meilleurs gardiens :

1.Alexander Salak (Färjestad) 94,2% (29 parties)
2.Christian Engstrand (Linköping) 94,1% (19 parties)
3.Bernhard Starkbaum (MODO) 93,5% (31 parties)