Mulhouse - Épinal (Ligue Magnus, 23e journée)

Rien ne sert de courir...

Mulhouse-Epinal 26 01 2013Rien n'est encore joué dans ce championnat très serré, où chaque point gagné vaut son pesant d'or.

Les hommes de Christer Eriksson, au point mort (mais pas encore définitivement fixés sur leur sort), savent qu'une victoire dans ce derby entretiendrait leurs espoirs de play-offs. Des phases finales s'éloignant à chaque journée non rentabilisée et dont la participation relevait, aux yeux d'Eriksson, "d'un petit cadeau du ciel ou d'un miracle" il y a quelques jours encore...

Ce "rêve" peut encore devenir réalité. À condition que Raux & co battent les Dauphins (récemment vainqueurs de Caen) après être rentrés bredouilles du Haras. Non sans avoir tenu tête au leader du championnat (1-4)...

Cette efficacité, qui leur a tant fait défaut du côté d'Angers, a également coûté cher aux Mulhousiens dimanche dernier, battus d'un rien (1-2) par Amiens ici-même, à l'Illberg. Une enceinte devenue "chaudron", comme au bon vieux temps de ce derby, attendu avec impatience par un fort contingent vosgien venu en voisin... et accueilli, dès la descente du col de Bussang (!), par une banderole provocatrice des Ultras !

Il y a de quoi rappeler les grandes heures de cette rivalité, à son apogée lorsqu'Alsaciens et Lorrains se tiraient la bourre en Nationale 1 (de 1998 à 2001). Un passé recomposé, dans un contexte sportif il est vrai bien différent, mais toujours aussi passionné.

Aussi les partisans spinaliens sont-ils bien décidés à se "casser la voix" pour encourager leurs protégés, qu'ils espèrent voir laver l'affront du match aller (à Poissompré). Une belle fessée (3-6) administrée par des Scorpions plus déterminés et emmenés, ce soir-là, par un Ahlqvist de gala. Le gardien finlandais apparaissant alors bien supérieur à un Gabriel Girard revenu, depuis, à un meilleur niveau.

Tributaire du rendement de ses meilleures individualités, l'ICE dépend autant des arrêts de son jeune portier franco-canadien que de la production d'un trio Cacciotti-Gauthier-Bouchard décisif, mardi, face aux Drakkars. Le duo Petrák-Plch, moins en verve ce soir-là, récupère quant à lui Benjamin Casavant, son "troisième larron" attitré. Un retour de poids... même s'il manque toujours Fabien Leroy !

Un copier-coller du match aller ?

Son premier derby, Alex Stein l'espère bien sûr gagnant, surtout qu'un succès dans le Haut-Rhin entérinerait la qualification de ses Dauphins.

casavant benjaminMais voilà, les Scorpions ne l'entendent pas de cette oreille. Et piègent l'ICE d'entrée, cueillant à froid les Vosgiens... sur leur première situation chaude ! Steven Cacciotti ayant obtenu une mise au jeu en zone offensive, Stéphane Gervais prend un lancer consécutif au face-off, remporté par Michal Petrák. Un shoot générant un cafouillage profitable à l'arrière-garde alsacienne, qui parvient à relancer vers l'avant, via Stefan Lachapelle.

Le Canadien passe la rouge et ouvre à sa gauche, sur un Jacob Alner arrivant lancé. Vladimír Kútny, tout aussi excentré, prend le relais du grand "échalas" suédois et arme un lancer, que Gabriel Girard ne parvient pas à contrôler. Pour le plus grand bonheur de Lachapelle, qui s'avère être le plus prompt à exploiter ce rebond (1-0 à 00'50").

Moins en jambe que leurs hôtes, les visiteurs n'en mènent pas large en ce début de partie et font le dos rond, tentant malgré tout d'inverser la tendance. N'ayant pas son pareil pour s'engouffrer dans les brèches, Danick Bouchard ne manque pas de se signaler, enrhumant son vis-à-vis pour s'en aller buter sur Aleksis Ahlqvist (6e). Le premier "gros" arrêt d'une longue série pour le Finlandais, qui fut le "pigiste médical" de Girard l'automne dernier.

Ahlqvist serait-il parti pour nous refaire le coup du match aller ? Tout porte à le croire, surtout que ses coéquipiers sont animés d'excellentes intentions, ne lésinant ni sur le patinage, ni sur l'échec-avant. Un pressing très contrariant dès qu'il s'agit de Marcus Kristoffersson, dont le doublé avait mis le train mulhousien sur les rails du succès le 24 novembre dernier.

Flanqué de Damien Raux et Christofer Löfberg, le grand suédois prend un malin plaisir à tourmenter les défenseurs spinaliens, plus d'une fois sous pression et trop souvent pris à défaut. Des arrières il est vrai déconcertés par la fébrilité d'un Gabriel Girard pourvoyeur de rebonds.

Gênés par tant d'activité, les hommes d'Alex Stein subissent plus qu'ils n'agissent, mais parviennent toutefois à se montrer dangereux. Mais Petrák (09'05") et Cacciotti, au rebond d'un tir de Gauthier (13e), ne font qu'asseoir la mainmise d'Ahlqvist sur cette partie.

ahlqvist aleksisUn gardien rendu vulnérable par un décalage manquant de profiter à Ján Plch, mais avorté par l'intervention illicite de Tromeur, pénalisé d'un faire trébucher (13'35"). Ce qui occasionne la première supériorité numérique. Un coup dans l'eau pour les Dauphins, inefficaces dans ce secteur du jeu si longtemps négligé par Santino Pellegrino... et incapables de prendre le moindre lancer !

Et comme pour remuer le couteau dans la plaie, Löfberg prend l'intervalle, lancé en profondeur (et dans le dos de la défense) par Kristoffersson. Une véritable rampe de lancement pour le Suédois, qui s'en va nettoyer le haut du filet (2-0 à 15'55").

Cela sent le sapin pour les Vosgiens, même si Bouchard, encore lui, se fend d'un exploit individuel offrant une cage ouverte à Cacciotti (16e). Lequel rate un but tout cuit, contrairement à Gašpr Sušanj, idéalement servi par Michal Petrák en supériorité numérique. Le Tchèque, posté en fond de zone, remisant dans le slot sur le Slovène, dont la reprise fait mouche (2-1 à 17'25").

L'ICE finit donc mieux ce premier tiers qu'elle ne l'a commencé, se procurant de bonnes opportunités avortées par une défense mulhousienne rarement prise à défaut. Et rachetée, le cas échéant, par un Ahlqvist impérial devant le filet, jouant du bouclier (devant Bouchard, 23e) ou du gant (face à Plch, sur un bon travail préparatoire de Petrák et Casavant, 25e) pour freiner les ardeurs de ses anciens coéquipiers. Lesquels s'exposent, à force de se découvrir... et finissent par se faire pièger.

Un 2 contre 1 se dessine, lancé par l'inévitable Kristoffersson, qui met les gaz côté droit et feinte la passe au centre, vers Raux. Pour mieux laisser Girard pantois, en marquant d'un puissant tir frappé à mi-hauteur, presque à bout portant (3-1 à 25'06").

Puis arrive ce déboulé rageur de Tarik Chipaux, toujours côté droit, qui repique sur son revers pour voir sa tentative filer sous le bras du Franco-canadien (4-1 à 26'39"). L'Illberg s'embrase, assurément ravie de la tournure des événements. Contrairement aux supporters spinaliens, dépités, qui reprennent toutefois quelques couleurs après le but chanceux d'un irréductible Danick Bouchard parti  "attaquer" la cage, sur la gauche d'Ahlqvist. Et marquant dans un trou de souris (4-2 à 28'10"). Un but sur lequel le Finlandais n'est pas irréprochable tant l'angle de tir était fermé...

bouchard danick7Comme l'erreur est humaine, le Finlandais se reprend rapidement en s'érigeant, de nouveau, en muraille infranchissable pour des Dauphins bénéficiant d'une nouvelle supériorité numérique après un cinglage de Kristoffersson (31'50").

Une faute virant à l'empoignade entre le Suédois et Sébastien Gauthier, mais n'apportant rien de concret au moulin des Spinaliens, à leur tour sanctionnés d'une charge à la crosse (Casavant,  33'15") offrant aux Scorpions leur première supériorité de la soirée.

Aleš Černý, récemment revenu de blessure, n'est essentiellement utilisé qu'en powerplay. Le Tchèque a donc dû attendre la mi-match pour griffer la glace bleutée de l'Illberg.

Une "arène" accueillant, ce soir, deux des plus mauvais élèves du championnat en powerplay. Spinaliens et Mulhousiens ayant en commun un très faible taux de réussite en supériorité numérique cette saison...

L'inefficacité du jeu de puissance est pourtant loin de freiner les ardeurs des Scorpions, très dangereux lorsque les Raux, Kristoffersson et autres Löfberg parviennent (comme souvent ce soir) à combiner pour accélérer le jeu. Comme sur ce "tic tac toe" amorcé par Damien Raux et parfaitement relayé dans le slot par Christofer Löfberg, dont la remise immédiate vers Marcus Kristoffersson crée un décalage imparable. Le vétéran suédois n'a plus qu'à pousser le puck dans une cage grande ouverte (5-2 à 38'34").

Si l'orgueil du peuple mulhousien s'en retrouve flatté, une certaine forme d'abattement a depuis longtemps gagné les rangs spinaliens. Un découragement n'affectant pas les hockeyeurs lorrains, qui reviennent des vestiaires avec plus d'envie et de répondant. De bonnes dispositions récompensées d'un rebond gagnant de Steven Cacciotti, consécutif à une incursion de Sébastien Gauthier (5-3 à 42'57").

On se prend même à rêver d'un retournement de situation, surtout que l'expérimenté Dušan Brincko s'en va presque aussitôt remplir le cachot (43'26"), engendrant une supériorité numérique marquée par les ratés de Danick Bouchard. L'ailier québécois écface off raux gauthierrase deux reprises à bout portant (44e  et 45e)... avant d'envoyer son revers sur la barre d'Ahlqvist (46e) !

Un héros nommé Chipaux !

L'ICE apprend à ses dépens que dominer n'est effectivement pas gagner. Une morale rappelant une autre fable célèbre, celle du lièvre et de la tortue. Un grand classique revisité par les Dauphins, pour qui ce derby s'est trop vite résumé à une vaine course-poursuite.

Un hockey de "rattrapage" que l'on croit pourtant payant, sur un temps fort spinalien voyant Bouchard trouver Ouimet dans l'enclave. Le défenseur québécois décochant un "snap shot" qu'Ahlqvist laisse filer dans son dos... d'où jaillit ce "renard" de Bouchard (5-4 à 52'18") !

Les joueurs de la Cité des Images vont-ils faire mentir La Fontaine ? Leurs supporters, ragaillardis, recommencent en tout cas à y croire. Mais leur enthousiasme est vite douché par l'intervention d'Alexandre Hauchart, qui pénalise Yannick Offret d'un accrocher (55'19") s'avérant très lourd de conséquence. Car la sortie de prison de l'ex-Amiénois sera le moment précis choisi par Tarik Chipaux pour crucifier les Dauphins.

girard gabyLe "diablotin" s'amène sur la gauche de Gabriel Girard et s'arrache pour glisser (on ne sait trop comment) la rondelle dans un espace très réduit, entre la botte et le poteau droit (6-4 à 57'22"). Un but assassin pour les uns... libérateur pour tous les autres !

Mulhouse a logiquement remporté le match à ne pas perdre pour rester dans la course aux play-offs, battant pour la première fois Épinal à l'Illberg (en match officiel) depuis le 20 novembre 2004. C'était à la grande époque des Scorpions. Celle des Rozenthal, Lhenry, Montador, Reinprecht et autres Kiviharju !

Christer Eriksson, qui voulait voir les siens "faire preuve d'encore plus de détermination et de réalisme devant le but", a donc été servi. Portés par l'abatage de leurs trios et la complémentarité des Kristoffersson, Raux et autres Löfberg (dans tous les bons coups), ses troupes ont en effet pris la mesure de Dauphins ayant cruellement manqué de rigueur et d'efficacité.

Les trente-huit parades (ou arrêts) d'Aleksis Ahlqvist ont évidemment leur part de responsabilié, tout comme ces nombreuses passes et centres coupés ou interceptés par des arrières mulhousiens décidés à ne rien lâcher.

Pareille détermination et combativité, ne s'est pas toujours retrouvée chez des Dauphins retombés, durant les deux premiers tiers, dans des travers qu'on ne leur connaissait plus. Les rebonds répétitifs de Girard n'ont il est vrai rien arrangé, là où les Scorpions ont eux pu compter sur un solide Ahlqvist, qui a encore fait pencher la balance du côté mulhousien. Comme à l'aller...

Les coéquipiers de Tarik Chipaux, ce soir, en voulaient de toute façon beaucoup plus. Plus engagés dans les duels, très présents en échec-avant, plus solidaires derrière et bien meilleurs contre-attaquants, ils n'ont assurément pas volé ce précieux succès, qui les ramène à un point de Strasbourg... à et quatre unités des Dauphins ! On vous l'avait dit : rien n'est encore joué dans ce championnat très serré, où l'ICE doit plus jamais surveiller son rétroviseur...

Réactions d'après-match (dans L'Alsace et Vosges-Matin

Christer Eriksson (entraîneur de Mulhouse) : "Je vais enfin pouvoir dormir ! Je trouve qu'on a joué comme lors de nos derniers matches, sauf que là on a eu plus d'agressivité et plus de réussite. On a gagné des duels et des palets et c'est excellent de voir toutes les lignes marquer. On a mieux exploité les rebonds et gagner dans cette patinoire pleine, c'est génial. Il y avait encore énormément de monde et c'est toujours un plaisir de voir autant de spectateurs et de soutien. Mais maintenant, il va falloir digérer et je vais laisser les joueurs se reposer avant d'attaquer le match contre Caen."

Alex Stein (entraîneur d'Épinal) : "C'est inexcusable de prendre quatre buts sur des deux contre un. On a joué sans tête et je suis très déçu. Moi, je joue pour gagner et maintenant, je vais coacher pour ça. Tout le monde devrait prendre exemple sur Bouchard. On jouait presque notre saison sur ce match. L'adversaire était prêt, mais pas nous."

 

Mulhouse - Épinal 6-4 (2-1, 3-1, 1-2)
Samedi 26 janvier à 18h00 à la patinoire de l'Illberg. 1612 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté d'Anne-Sophie Boniface et Yann Furet.
Pénalités : Mulhouse 10' (4', 2', 4') ; Épinal 6' (0', 2', 4').
Tirs : Mulhouse 33 (11, 13, 9) ; Épinal 42 (13, 12, 17).

Évolution du score :
1-0 à 00'50" : Lachapelle assisté de Kútny et Alner
2-0 à 15'55" : Löfberg assisté de Kristoffersson et Braxenholm
2-1 à 17'25" : Sušanj assisté de Petrák et Plch (sup. num.)
3-1 à 25'06" : Kristoffersson assisté de Löfberg et Raux
4-1 à 26'39" : Chipaux assisté de Bini et Tromeur
4-2 à 28'10" : Bouchard assisté de Ouimet et Cacciotti
5-2 à 38'34" : Kristoffersson assisté de Löfberg et Raux
5-3 à 42'57" : Cacciotti assisté de Gauthier et Slovák
5-4 à 52'18" : Bouchard assisté de Ouimet et Cacciotti
6-4 à 57'22" : Chipaux assisté de Černý et Matejic

Mulhouse

Gardien : Aleksis Ahlqvist.

Défenseurs : Per Braxenholm - David Sallander ; Francis Ballet - Tuomas Immonen ; Maximilien Tromeur - Dušan Brincko ; Aleš Černý.

Attaquants : Marcus Kristoffersson (C) - Damien Raux (A) - Christofer Löfberg ; Jacob Alner - Stefan Lachapelle (A) - Vladimír Kútny ; Lucas Bini - Dejan Matejic - Tarik Chipaux.

Remplaçants : Benoît Havel (G), Yann Marez, Michaël Marchand, Romain Frey, Benoît Salvin. Absents : Radovan Hurajt (G, adducteurs), Mickaël Müller (G).

Épinal

Gardien : Gabriel Girard (sorti de sa cage à 59').

Défenseurs : Peter Slovák - Maxime Ouimet ; Gašpr Sušanj - Stéphane Gervais ; Jan Hagelberg - Rémi Colotti.

Attaquants : Steven Cacciotti (C) - Sébastien Gauthier - Danick Bouchard (A) ; Benjamin Casavant - Michal Petrák - Ján Plch (A) ; Élie Raibon [ou Anthony Rapenne] - Yoann Chauvière - Yannick Offret ; Kévin Benchabane.

Remplaçants : Nicolas Ravel (G), Romain Mauffrey, Marc Syrucek, Valentin Grandhaye. Absent : Fabien Leroy (distension des ligaments du genou).