Lettonie - France (Qualification olympique, groupe E)

2013-02-10-Lettonie-FranceL'équipe de France a connu des hauts et des bas dans ce tournoi, mais elle tient sa finale. Elle est à soixante minutes d'une qualification pour les JO de Sotchi. La mission est simple : gagner par deux buts d'écart, ou gagner d'un but en marquant quatre fois au moins. Une victoire plus petite qualifierait le Kazakhstan. Quant à la Lettonie, elle a besoin d'un match nul dans le temps réglementaire pour prolonger sa série de trois participations consécutives aux Jeux Olympiques.

L'objectif est connu, mais il constituerait un sacré exploit. La France n'a jamais battu la Lettonie en match officiel, et elle doit le faire sur la glace adverse, dans une Arena Riga chauffée à blanc par 10 000 spectateurs. Parmi eux, on relève Vladislav Tretiak, président de la fédération de hockey sur glace de Russie, le pays organisateur du prochain tournoi olympique.

La France est tout de suite dans son match et obtient rapidement une première supériorité numérique quand Arvids Rekis charge Brian Henderson genou contre genou. Damien Fleury est proche de surprendre une première fois le gardien sur un tir en angle de la droite, et il marque en fait un but symétrique depuis la gauche, entre les bottes de Masalskis (0-1). Coup de froid sur la Baltique !

2013-02-10-Lettonie-France3La Lettonie tente immédiatement de répliquer. Kevin Hecquefeuille accroche Roberts Jekimovs, dangereusement servi au second poteau par une passe de Mikelis Redlihs.

Face à cette infériorité numérique, Cristobal Huet capte de la mitaine un lancer de la bleue du capitaine Sandis Ozolins, puis bloque de l'épaule un tir de Mikelis Redlihs : le palet roule devant la cage sans que Martins Karsums - bien pris par Auvitu - ne puisse le reprendre. La pénalité est tuée avec l'aide complémentaire de Pierre-Edouard Bellemare, récemment blessé à l'épaule mais ardent au combat quand il se jette pour contrer un lancer d'Arturs Kulda.

La France défend bien mais a plus de peine dans le jeu de transition, et elle subit donc la possession du palet adverse. Quand un Letton reçoit le palet trop près de la cage, la faute est encore inévitable, cette fois pour Antonin Manavian qui accroche Juris Stals. Les Bleus s'en sortent une fois de plus, mais leurs meneurs offensifs Meunier et Bellemare ont dépensé beaucoup de forces à quatre contre cinq.

2013-02-10-Lettonie-France1Le temps mort publicitaire, qui se déroule alors qu'un cinglage est appelé contre Kenins, ne pouvait pas survenir à un meilleur moment. Les hommes du jeu de puissance ont pu souffler et s'installent. Dans les dernières secondes, Laurent Meunier puis Julien Desrosiers bombardent la cage. Le rebond revient jusqu'à la bleue à Hecquefeuille qui décale son capitaine Meunier pour une reprise ravageuse (0-2, photo ci-dessous). Les deux buts d'écart ont déjà été obtenus en seize minutes, et la France est à cette heure qualifiée pour les JO...

Deux pénalités de chaque côté, mais deux buts français : on sait où est la différence pour l'instant. Bellemare commet cependant une faute moins "utile" que les précédentes, en mettant sa crosse entre les jambes de Jekimovs en entrée de zone. La Lettonie rate un but tout fait dans une cage paraissant ouverte, mais Bachet est sanctionné à son tour car sa crosse a touché le visage de Sprukts. À 3 contre 5, les Bleus plongent sur les palets, ou alors ils laissent Huet bien voir le tir de Bartulis : dans ce cas, sa mitaine basse est parfaite. Un dernier "tacle" de Sacha Treille pour contrer un lancer, et la sirène résonne pour clore un tiers-temps exceptionnel de vaillance de la part de l'équipe de France.

2013-02-10-Lettonie-France4Peut-elle tenir soixante minutes ? Heureusement, les coups de sifflet sont plus rares en deuxième période, ce qui permet de tourner vraiment à quatre lignes sans surconsommer les meneurs. Le troisième bloc amène même l'occasion la plus dangereuse quand Masalskis perd de vue le palet sur un tir de Charles Bertrand. Quant aux Lettons, s'ils brillent ponctuellement par leur technique individuelle, ils ne trouvent pas de solution collective. Leurs longues passes n'arrivent pas à destination. Et même quand ils s'installent et quand Ozolins semble réaliser une passe décisive, Damien Fleury revient la couper.

Une pénalité finit bien par tomber contre Manavian, mais le calme légendaire de Cristobal Huet semble déteindre sur ses coéquipiers qui sécurisent tous les rebonds. L'obstacle est franchi. La Lettonie prend quand même de plus en plus l'ascendant, et marque sur une action individuelle : Lauris Darzins remonte toute la glace et tire à mi-distance en utilisant son vis-à-vis Brian Henderson comme écran (1-2). Le score après quarante minutes qualifie donc... le Kazakhstan.

Le troisième tiers-temps commence par un coup de massue sur les têtes françaises : deux plongeons inutiles de Yorick Treille - qui n'intercepte pas le palet - et de Baptiste Amar - qui ne bloque pas la passe - n'empêchent pas Martins Karsums de se retrouver face à la cage et d'égaliser en seulement douze secondes (2-2).

2013-02-10-Lettonie-France5L'Arena Riga, éteinte et anxieuse une demi-heure plus tôt, a retrouvé le moral et lance une ola. La Lettonie est soulagée et se permet d'attendre un peu son adversaire. Les Français se trouvent quand même sous pression et Hecquefeuille retient le vétéran Nizivijs. La pénalité est tuée.

Le capitaine Laurent Meunier fait remarquer à l'arbitre que d'autres gestes mériteraient sanction, notamment une charge sur Huet. Meunier subit lui-même deux fautes sur une action installée en zone offensive, et la seconde, une rugueuse charge avec la crosse d'Ozolins, vaut deux minutes pour obstruction à son auteur. À la fin de la prison, Yorick Treille, bien décalé par Meunier, manque la lucarne.

L'occasion suivante est encore plus flagrante : sur une belle remontée de palet collective, Julien Desrosiers, décalé à droite, touche le poteau. Une échauffourée éclate et Meunier est pris au sol par Berzins : les deux joueurs vont en prison. Coup dur pour Dave Henderson, qui a réduit de plus en plus ses rotations et qui est maintenant privé inopinément de son capitaine. Le staff bleu décide de sortir Huet à la faveur d'une mise au jeu en zone offensive pour jouer à 5 contre 4. Julien Desrosiers n'ajuste pas son décalage sur Hecquefeuille, et quand il est lui-même servi en position de tir, Kulda se couche devant son lancer.

2013-02-10-Lettonie-France6On réengage, la geôle se vide, mais Hecquefeuille est pénalisé pour un coup de crosse. Le train est passé. Les joueurs baltes et la patinoire explosent de joie : la Lettonie sera à Sotchi.

La prolongation, vaine, est mentalement impossible à jouer. Du fait de la prison de Hecquefeuille, les Lettons l'abordent à 4 contre 3, mais sans implication, en faisant rentrer leur treizième attaquant Pavlovs puis leur septième défenseur Kristaps Sotnieks, histoire de faire jouer tout le monde. La France ne joue plus pour rien, car la victoire - obtenue sur un rebond de Bellemare sans la moindre esquisse de contentement (photo de gauche) - ne lui permet même pas de passer devant l'Italie. Jamais succès n'aura paru aussi triste.

Les Bleus terminent donc dix-septièmes du classement olympique qui sera complété l'an prochain, une mauvaise opération au classement IIHF. Un bilan qui traduit mal la formidable solidarité dont ils ont fait preuve pour tenter de créer l'exploit aujourd'hui. Ils ont tenu leur qualification pendant une demi-heure... mais ils l'ont sans doute perdue jeudi dernier, contre le Kazakhstan.

Désigns joueurs du match : Lauris Darzins pour la Lettonie et Cristobal Huet pour la France.

Commentaires d'après-match

2013-02-10-Lettonie-France9Cristobal Huet (gardien de la France, en photo) : "On a joué le coup à fond. On a marqué vite et ça a refroidi tout de suite le public. Mais ils sont forts, à la maison. Il y a deux ou trois coups de sifflets qui auraient pu aller de l'autre côté. Dans l'ensemble, on peut être fier de la façon dont on a réagi à la première défaite du tournoi. Un peu dommage pour notre génération de pas aller à Sotchi. J'espère que ce sera pour la suivante. On a passé une étape mais il y a une marche encore. Il ne faut pas s'enflammer non plus. Les Kazakhs ont fait un super tournoi. On a eu une première période contre les Kazakhs qui nous coûte peut-être le tournoi. Je n'ai jamais connu une Marseillaise aussi triste..."

Julien Desrosiers (attaquant de la France) : "On avait les devants 2-0 mais ils n'ont pas paniqué, ils ont eu leurs chances et ont bien remonté. On a eu des bonnes occasions mais on n'a pas concrétisé. Encore une fois, on est passé très proche. On s'est peut-être un peu plus concentré sur la défensive à 2-0, on n'aurait pas dû, mais on fait quand même un bon match, en gagnant en prolongation. On les a poussés à changer leur plan de match : dans le deuxième tiers, ils ont commencé à envoyer le palet et au fond et à fore-checker fort. Ce sont eux qui avaient la pression. J'ai touché la barre à la fin. Le palet est un peu bondissant mais je réussis à prendre un bon lancer quand même, un peu trop haut. Ça se joue pas à grand chose, 1 ou 2 centimètres plus bas, ça rentre dans le filet."

2013-02-10-Lettonie-France0Ted Nolan (entraîneur de la Lettonie) : "C'était un bon match de hockey, de la part des deux équipes. Les deux auraient pu passer. Je suis très fier de la maturité et du leadership de certains joueurs, comme Ozolins. La France menait 2-0. Elle aurait même pu mener 3-0, 4-0. Il a rassuré tout le monde et ça a beaucoup aidé. Les meilleurs joueurs de l'équipe ont été Sandis Ozolins, Edgars [Masalskis] et Lauris [Darzins], ce premier but qu'il met... Il était face à un gardien de NHL et c'était un tir de NHL. C'était un moment charnière."

Dave Henderson (entraîneur de la France, en photo) : "On a travaillé pendant 4 ans pour Sotchi. C'est une énorme déception. On fait le nécessaire, on mène de deux buts. Cristo fait un énorme match. Quand vous prenez un but après 12 secondes alors avoir gagné l'engagement, ce n'est pas bon signe. Au deuxième tiers, on a commencé à reculer et on a souffert, mais le premier tiers-temps était pour nous entièrement. Au troisième, on a mieux joué mais on a pris trop de punitions qui ont freiné notre jeu offensif tout au long du match. Ce qui nous a manqué, c'est peut-être un peu de préparation. On sait qu'on a du mal à rentrer dans ces tournois. On récupère l'équipe complète seulement deux jours avant le tournoi avec les joueurs des championnats finlandais, suédois, allemand, contrairement au championnat du monde où on a trois semaines de préparation. La différence avec les Kazakhs se fait peut-être là. La déception prend le dessus sur l'exploit de battre la Lettonie chez elle devant 10 000 personnes. L'objectif était Sotchi. Ce sont 4 ans de travail qui disparaissent. C'est le sport, il faut l'accepter. Il y a des hauts et des bas. Aujourd'hui c'est une défaite, c'est un bas."

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Lettonie - France 2-3 après prolongation (0-2, 1-0, 1-0, 0-1)
Dimanche 10 février 2013 à 17h00 à la Riga Arena. 10190 spectateurs.
Arbitrage de Stephan Bauer (ALL) et Danny Kurmann (SUI) assistés de Vit Lederer (TCH) et Aleksandr Sadovnikov (RUS).
Pénalités : Lettonie 10' (4', 0', 6', 0') ; France 18' (8', 2', 8', 0').
Tirs : Lettonie 36 (12, 12, 7, 5) ; France 26 (11, 5, 6, 4).

Évolution du score :
0-1 à 02'50" : Fleury assisté d'Auvitu (sup. num.)
0-2 à 14'50" : Meunier assisté de Desrosiers
1-2 à 34'59" : Darzins assisté de Kenins et M. Redlihs
2-2 à 40'12" : Karsums assisté de Darzins
2-3 à 64'20" : Bellemare assisté d'Amar et Meunier


Lettonie

Gardien : Edgars Masalskis.

Défenseurs : Oskars Bartulis (A, 2') - Georgijs Pujacs (A, +1) ; Arturs Kulda - Krisjanis Redlihs (+1) ; Sandis Ozolins (C, -1, 2') - Arvids Rekis (-1, 2') ; Kristaps Sotnieks (-1).

Attaquants : Lauris Darzins (+2) - Janis Sprukts (+1) - Martins Karsums (+1) ; Aleksandrs Nizivijs (-1) - Armands Berzins (2') - Miks Indrasis ; Mikelis Redlihs - Ronalds Kenins (-1, 2') - Roberts Jekimovs ; Martins Cipulis - Juris Stals - Gints Meija ; Vitalijs Pavlovs.

Remplaçant : Maris Jucers (G).

France

Gardien : Cristobal Huet [sorti de 58'06" à 59'17" et de 59'38" à 60'00"].

Défenseurs : Baptiste Amar - Maxime Moisand (-1) ; Vincent Bachet (A, +1) - Kevin Hecquefeuille (A, -1, 6') ; Yohann Auvitu (+2) - Antonin Manavian (4').

Attaquants : Julien Desrosiers - Laurent Meunier (C, +1, 4') - Yorick Treille ; Damien Fleury - Pierre-Édouard Bellemare (A, +1, 2') - Sacha Treille ; Charles Bertrand (-1) - Damien Raux (-1) - Brian Henderson (-1) ; Loïc Lampérier - Nicolas Ritz - Anthony Rech.

Remplaçants : Fabrice Lhenry (G), Valentin Claireaux, Johann Morant.

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