Allemagne - Autriche (qualification olympique, groupe D)

Große Katastrophe

BRAUN Constantin-110511-408La défaite contre l'Italie, si elle n'a pas encore compromis les chances de l'Allemagne, a au moins donné la mesure du défi qui attend la Nationalmannschaft : la qualification aux Jeux Olympiques ne va pas de soi. Elle devra passer par une victoire dans le temps réglementaire sur l'Autriche, ce qui interdit de trop calculer.

Le clan allemand reste confiant, peut-être un peu trop. Les certitudes de victoire claironnées par le défenseur berlinois Constantin Braun ont été repassées en vidéo par l'entraîneur autrichien Manny Viveiros dans le vestiaire. Rien ne motive plus les Autrichiens que de rabattre le caquet des cousins allemands, surtout lorsqu'ils se font un peu dédaigneux.

Ils le prouvent vite en ne concédant rien aux Allemands dans les duels physiques. Bien sûr, l'équipe locale domine, mais elle n'avait déjà pas réussi à concrétiser contre l'Italie et il n'est donc pas illogique qu'elle peine face à Bernhard Starkbaum. Auteur de 6 blanchissages et 93,6% d'arrêts cette saison avec MODO en Elitserien suédoise, Starkbaum est un gardien de très haut niveau. Ce qui a souvent manqué à l'Autriche pour viser haut.

Les Allemands savent qu'ils marqueront peu, mais ils ont une arme : la patience. Il leur faut attendre dix-sept minutes pour voir la première pénalité adverse, un retenir de Robert Lukas, mais ils ne laissent pas passer cette chance. Constantin Braun valide ses propos jugés arrogants par un tir de la ligne bleue, que Benedikt Kohl dévie dans la lucarne droite (1-0).

Braun prend cependant une pénalité sur la sirène, ce dont Baumgartner a bien failli profiter pour égaliser au retour sur la glace. L'Allemagne repasse ensuite à l'attaque, et Alexander Barta, servi par une passe en profondeur, se retrouve seul face à Starkbaum, qui reste bien placé et remporte le duel. Thomas Hundertpfund prend la seconde pénalité autrichienne, mais cette fois l'Allemagne ne concrétise pas : le buteur Michael Wolf, seul dans le slot, tire loin du cadre ! Un signe inquiétant ?

UNTERLUGGAUER Gerhard-110502-283Après avoir tué la pénalité, l'Autriche porte l'estocade. Daniel Welser perce la défense adverse, tout en puissance. Puis les visiteurs s'installent, et André Lakos envoie un slap puissant de la ligne bleue, alors que le gardien Rob Zepp est masqué par son propre défenseur Jens Baxmann (1-1). L'Allemagne gâche encore deux jeux de puissance. Gregor Baumgartner, seul devant la cage à deux reprises, aurait même pu donner l'avantage à l'Autriche.

Il reste vingt minutes, et avec ce résultat désespérément nul, l'Allemagne n'est toujours pas qualifiée. La cinquième pénalité, un retenir de Koch, est la bonne. Cette fois Wolf prend sa revanche : parfaitement décalé, il trouve une lucarne parfaite, poteau rentrant (2-1). C'est donc 41e but en équipe nationale, sans doute le plus important de tous. Il ouvre les portes des JO, en même temps que les Allemands ferment celle de leur ligne bleue. Mais ils ne parviennent pas à creuser un écart définitif, et à moins de huit minutes de la fin, Matthias Trattnig lance un contre énergique, Daniel Oberkofler sert de relais et Markus Peintner envoie un tir violent, qui lui aussi ricoche sur l'intérieur du poteau (2-2). Oui, Peintner, qui était resté longtemps sans club après son renvoi de Graz l'an dernier, et que Viveiros a rappelé juste avant le tournoi !

Le temps s'amenuise, les minutes défilent et les nerfs des supporters allemands sont en compote. Leur équipe pousse tant qu'elle peut, et Gerhard Unterluggauer n'est pas loin de marquer contre son camp. Avant la dernière minute, Pat Cortina appelle son temps mort et sort son gardien. Mais les Autrichiens, à 5 contre 6, défendent jusqu'au bout cette qualification inespérée. De quoi donner des regrets à l'Italie qui aurait pu être à sa place.

La prolongation est sans intérêt : dans une ambiance funèbre, Matthias Iberer prend 2'+2' pour crosse haute, et Patrick Reimer inscrit le 3-2 sans évidemment le célébrer. Cette formalité achevée, les Autrichiens peuvent enfin fêter leur plus grand exploit depuis très longtemps. Leurs supporters qui ont fait le déplacement chantent dans tout Bietigheim : "Tout le monde va à Sotchi... sauf les Allemands !"

Le pays du ski, navré des contre-performances de ses stars habituelles aux championnats du monde qu'il organise actuellement à Schladming, se découvre donc parallèllement de nouveaux héros : ses hockeyeurs ! Ils iront aux Jeux olympiques, et s'ils veulent savoir à quoi ça ressemble, ils peuvent demander à Gerhard Unterluggauer : il a déjà connu Nagano (1998) et Salt Lake City (2002) et égale ce soir le record de sélections (228) de Martin Ulrich. Un match inoubliable, pas uniquement pour lui.

Désignés joueurs du match : Michael Wolf pour l'Allemagne et Bernhard Starkbaum pour l'Autriche.

Commentaires d'après-match

WOLF Michael-110511-353Uwe Harnos (président de la fédération allemande) : "C'est une pilule amère, le choc est profond. L'équipe a vraiment très bien joué aujourd'hui, mais n'a malheureusement pas réussi à creuser l'écart. Je pense que notre équipe était meilleure. Nous devons néanmoins regarder vers l'avant et nous concentrer sur les championnats du monde. Au moins notre équipe féminine a empoché la qualification olympique, c'est un succès partiel."

Pat Cortina (entraîneur de l'Allemagne) : "Nous voulions gagner à tout prix, ça me fait mal pour les joueurs. Nous avons bien démarré, nous avons très bien travaillé offensivement. Malheureusement, nous n'avons pas concrétisé nos occasions, les Autrichiens ont été plus efficaces."

Michael Wolf (capitaine de l'Allemagne) : "Nous sommes tous très déçus et frustrés. Nous étions la meilleure équipe dans les trois rencontres, nous avons progressé de match en match. À quoi ça tient à la fin, je ne peux pas le dire. La pression était grande, chacun connaissait l'enjeu. Nous avons laissé passer trop de chances."

Felix Petermann (défenseur de l'Allemagne) : "Je ne peux pas analyser ce qui s'est passé en deux phrases. C'est si incroyablement frustrant. À la fin, nous avons échoué parce que notre adversaire a su efficacement concrétiser une seule contre-attaque. J'en ai beaucoup vécu dans ma carrière, mais là, c'est sacrément dur. Peut-être que je ne réaliserai que demain ce qui s'est passé aujourd'hui."

Manny Viveiros (entraîneur de l'Autriche) : "Simplement incroyable, un rêve devient réalité, les mots me manquent. Je suis fier de l'équipe. Nous avons progressé à chaque match. Nous n'avons pas paniqué, nous savions que nous devions jouer 60 minutes, et mes gars ont fait exactement ce dont nous avions parlé."

Markus Peintner (attaquant de l'Autriche) : "L'Allemagne était meilleure, il faut être honnête. Starkbaum nous a sauvés. Nous n'étions pas favoris mais nous n'avons pas lâché, je suis super heureux. Il y a 14 mois, ma carrière était presque finie, et maintenant je marque un tel but, en plus contre l'Allemagne. On n'en rêve même pas. Dans la vie, tout revient."

 

Allemagne - Autriche 3-2 après prolongation (1-0, 0-1, 1-1, 1-0)
Dimanche 10 février 2013 à 15h15 à la Egetrans Arena de Bietigheim-Bissingen. 4517 spectateurs.
Arbitrage de Tom Laaksonen (FIN) et Vladimir Sindler (TCH) assistés de Jari Korteniemi (FIN) et Andreas Malmqvist (SUE).
Pénalités : Allemagne 4' (4', 0', 0', 0') ; Autriche 16' (2', 6', 4', 4').
Tirs : Allemagne 38 (10, 14, 11, 3) ; Autriche 19 (5, 9, 5, 0).

Évolution du score :
1-0 à 18'41" : Kohl assisté de Braun et Ma. Müller (sup. num.)
1-1 à 31'46" : A. Lakos assisté de T. Raffl et Welser
2-1 à 46'54" : M. Wolf assisté de Barta et Gogulla (sup. num.)
2-2 à 52'22" : Peintner assisté d'Oberkofler et Trattnig
3-2 à 62'34" : Reimer assisté de Braun (sup. num.)


Allemagne

Gardien : Rob Zepp [sorti de 58'59" à 60'00"].

Défenseurs : Jens Baxmann (-2) - Constantin Braun (-2, 2') ; Moritz Müller - Nikolai Goc ; Felix Petermann - Benedikt Kohl.

Attaquants : Marcel Müller (-1, 2') - Kai Hospelt (-1) - André Rankel (A, -1) ; Philip Gogulla (-1) - Alexander Barta (-1) - Michael Wolf (C) ; Marcus Kink (A, 2') - Felix Schütz - Patrick Reimer ; David Wolf - Garret Festerling - Jerome Flaake (-1) ; Daniel Pietta.

Remplaçants : Dennis Endras (G), Bernhard Ebner.

Autriche

Gardien : Bernhard Starkbaum.

Défenseurs : Matthias Trattnig (A, +1) - André Lakos (+2) ; Gerhard Unterluggauer (C) - Florian Iberer ; Martin Schumnig (+1, 2') - Mario Altmann ; Robert Lukas (2').

Attaquants : Michael Raffl - Thomas Koch (C, 2') - Gregor Baumgartner ; Matthias Iberer (4') - Thomas Hundertpfund (2') - Martin Ulmer ; Daniel Welser (A, +1) - David Schuller - Thomas Raffl (+1) ; Markus Peintner (+1) - Daniel Oberkofler (+2) - Rafael Rotter (+1, 2').

Remplaçant : Fabian Weinhandl (G). Absent : Manuel Latusa (déchirure ligamentaire au genou).